08/06/2015

Entretien avec des libertariens – Fabien Truffer



Fabien Truffer a 27 ans et réside à Vevey, dans le canton de Vaud. Il milite au sein de l'association Pour l'Egalité Animale et est membre des Jeunes Libéraux-Radicaux vaudois. Professionnellement, il est juriste et travaille actuellement comme stagiaire au Registre foncier. Son signe astrologique est Balance, sa couleur préférée le bleu, et son animal-totem le faucon.

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AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?


C’est difficile de répondre à cette question. Je dirais que c’est l’idée selon laquelle les autres personnes ne nous appartiennent pas et que, par conséquent, on ne peut pas les contraindre à faire ce que l’on veut même si l’on pense que ça serait mieux pour eux. 
Le principe paraît évidement et tout le monde semble l’accepter même si rares sont ceux qui l’appliquent vraiment.


AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

Je ne connais pas les différents courants qui existent. Sauf si la question est de savoir si je suis plutôt minarchiste ou anarcho-capitaliste, mais dans ce cas je ne pourrais pas répondre car je n’ai pas encore suffisamment étudié la question. Disons que ce qui m’intéresse, c’est plutôt la direction qu’il faut adopter, et elle est claire : « Plus de liberté ». Pour le reste, on verra en chemin où je déciderais de m’arrêter.


AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique
ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

Je vois plus ça comme étant un projet politique qu’il faut défendre, et surtout faire connaître, car je suis persuadé que beaucoup de personnes adhéreraient à ce projet si elles avaient conscience de son existence.

Quant à l’éthique de vie, ça me semble une évidence : je préférerais toujours collaborer avec les gens plutôt que de me battre contre eux et les contraindre à faire ce qui me plait. Mais je dois avouer que lors de certaines votations, il n’est pas toujours facile de choisir l’option la plus juste alors que c’est l’autre qui nous bénéficierait.


AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

Je pense que le déclencheur a été des cours d’économie politique que j’ai suivi au collège. Mon prof était clairement libéral et, d’après mes souvenirs, plutôt keynésien. Après ça, j’étais acquis au libéralisme économique mais restait conservateur pour ce qui est de la société en général.

Je me suis ensuite informé de mon côté sur différents sites, et en passant de temps en temps sur un forum politique, et c’est là que j’ai pour la première fois lu des mots comme « minarchiste », « libertarien » ou « anarcho-capitaliste ». Et quand j’ai compris qu’ils ne disaient tous qu’une chose : que la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres et que tout le monde devrait respecter ce principe, je n’ai pu qu’embrasser ce principe qui est profondément juste et l’appliquer à l’ensemble des domaines politiques.


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

Je n’ai jamais été « fan » de quelqu’un. Je lis et m’informe à droite à gauche, plutôt sur des thématiques que sur des auteurs ou des penseurs. Mais disons que j’aime bien Bastiat pour son côté particulièrement accessible, didactique, et parfois assez caustique, notamment avec la pétition des marchands de chandelles qui est juste géniale.


AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

Liberté, tolérance et engagement.

Si la première parle d’elle-même, je pense que la tolérance est quelque chose d’important car les gens ont souvent tendance à être intolérant vis-à-vis de l’Autre : cette personne d’une autre culture ou d’un autre pays que le notre, cette personne que l’on ne cherche pas à comprendre et dont je veux qu’il soit « assimilé », alors qu’en réalité ses différences sont une richesse. Pour ce qui est de l’engagement, c’est quelque chose qui me tient à cœur car je pense que les gens devraient se battre pour leurs idées et toujours oser les exprimer. Rester passif face à une situation qui ne nous convient pas en espérant que d’autres vont agir est quelque chose que je trouve triste.


AF. Ton livre libertarien préféré ?

Je n’en ai pas encore lu beaucoup mais j’ai beaucoup apprécié « La Loi » de Bastiat. Il est court, clair et met le doigt là où ça fait mal. Sinon « Nudge - La méthode douce pour inspirer la bonne décision » de Richard Thaler et Cass Sunstein est à mon avis un livre dont les personnes qui s’engagent en politique devraient s’inspirer. Le principe c’est de laisser les gens choisir la solution qui leur convient le mieux mais offrir par défaut l’option que l’on pense la meilleure pour eux. Ça serait à mon avis un moyen idéal pour amener en douceur les gens vers plus de liberté, tout en contentant les personnages politiques constructivistes.


AF. Ta citation libertarienne préférée ?

« Le libéralisme économique ne se bat pas en faveur des intérêts de ceux qui sont riches aujourd'hui. Au contraire, ce que le libéralisme économique veut, c'est laisser les mains libres à quiconque possède l'ingéniosité pour supplanter le riche d'aujourd'hui en offrant aux consommateurs des produits de meilleure qualité et moins chers. Sa principale préoccupation est d'éliminer tous les obstacles à l'amélioration future du bien-être matériel de l'humanité ou, dit autrement, à la suppression de la pauvreté. »
- Ludwig von Mises

J’aime beaucoup cette citation car elle coupe l’herbe sous les pieds de nos détracteurs qui disent qu’être libertarien, c’est être contre les pauvres et pour protéger les plus riches alors que c’est exactement le contraire.


AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Suisse et en Europe ?

Je me fais du soucis concernant cette tendance nationaliste à laquelle on est de plus en plus confronté. En Europe, j’ai l’impression que c’est souvent une couverture à une haine des musulmans refoulée alors qu’en Suisse, c’est « juste » de la xénophobie au sens propre du terme : les gens ont peur des étrangers ce qui dénote un manque de confiance en soi.

L’UDC voit les étrangers comme des parasites de notre système social et les socialistes tapent sur les étrangers car ils seraient la cause de sous-enchère salariale alors que ce sont souvent des gens bien formés dont on a besoin ou qui viennent faire un travail dont aucun suisse ne veut.

De plus, quand les gens ont peur, ils sont prêts à faire n’importe quoi, notamment accepter des lois sur la surveillance généralisée sans se rendre compte dans quoi ils mettent les pieds. Tout ça ne peut qu’être négatif que ça soit au niveau européen ou suisse. Je pense que nous devrions tous avoir plus confiance en nos capacités à rendre le monde meilleur. Mais le rendre meilleur par notre engagement individuel ou associatif et non par l’action étatique où l’on est prêt à sacrifier une minorité au « bien commun », que cette minorité soit composée d’entrepreneurs devenus riches ou de quelque autre groupe d’individus.


AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

 

J’aimerais finir par proposer deux réflexions à ceux qui me liront :

- Premièrement, aux socialistes ou aux conservateurs : un pays libertarien est favorable à tous (y compris aux socialistes et aux conservateurs) car nous n’empêcherons jamais des personnes qui partagent les mêmes idées de vivre en société, par exemple au niveau d’une ville, selon leur idéal (socialiste par exemple). 

Le contraire est par contre absolument impossible et les libertariens seront toujours contraints et sacrifiés sur l’autel de ce que les socialistes ou les conservateurs jugent « bon » et qu’ils veulent imposer à l’ensemble des individus. Je pense que l’on devrait se souvenir de ça : d’un côté on a des personnes ouvertes et qui permettent à tout le monde de cohabiter en paix (les libertariens) et de l’autres des personnes qui cherchent à imposer leurs idées par la force (les partisans de l’action étatique).

- Deuxièmement aux libertariens ici présents : j’ai noté dans ma description que j’étais militant dans l’association PEA (Pour l’Egalité Animale) et j’aimerais qu’ils réfléchissent à une question : si les humains ont le droit de vivre et d’être libres, pour quelle raison est-ce que les animaux non-humains ne bénéficieraient pas de ces mêmes droits ? Ils ne sont pourtant pas moins intelligents qu’un nouveau-né, ni plus capables que ce dernier de respecter vos propres droits.

 

 

 

 

15:59 Publié dans Entretien avec des libertariens | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Après la lecture de ce deuxième interview de Libertarien, j'en arrive à une conclusion et quelques questions:

Conclusion: Ceux qui possèdent véritablement cette conviction devraient aussi bien lutter contre la gauche qui défend l'Etat, que contre une bonne partie de la droite, qui souvent ne défend pas une vraie liberté d'échange, mais utilise son réseaux au sein de l'Etat pour défendre ses intérêts (quelle différence alors avec les anarchistes?)

Question: Imaginons que demain l'Etat vienne à disparaître, quels sont les critères qui régiraient la vie en société sur le plan économique? Peut-on garantir que le citoyen lambda, intelligent et travailleur, mais venant d'un pays et/ou d'une famille pauvre, serait en mesure de s'assurer un avenir comparable à une personne moins méritante, mais ayant eu la chance de mieux "commencer dans la vie"? Remplacer la dictature de l'Etat par celle de la ploutocratie est-elle une situation désirable à vos yeux? La fonction de réserve de l'argent lui confère un pouvoir de "nuisance" comparable à celui de l'Etat lorsque celui-ci se retrouve très concentré. L'Etat est donc nécessaire pour servir de contre-pouvoir.

Écrit par : Mark | 10/06/2015

Tout à fait. Et c'est pour cette raison que les libertariens ne sont ni de gauche ni de droite (qui ont toutes deux des politiques étatistes leurs propres intérêts) mais au-dessus de ça.

Un libertarien s'opposera par exemple avec acharnement à l'instauration d'un salaire minimum mais il refusera tout aussi férocement les subventions publiques à des entreprises (ou au sauvetage des banques qui seraient autrement tombées en faillite, pour donner un exemple suisse).

Et étant donné que nous sommes opposés aux protections légales données aux entreprises (brevets, monopoles étatiques, restrictions tellement compliquées à mettre en œuvre que seules les plus grosses on les moyen de les respecter, etc.), je pense qu'au contraire, un monde libertarien serait bien moins polarisé qu'il ne l'est actuellement.
Une personne qui naîtrait riche devrait continuer à fournir un produit ou un service de qualité et que les gens sont prêt à payer sous peine de voir sa fortune décroitre rapidement. Il ne pourra plus se contenter de faire du lobbying auprès de l’État afin de protéger sa situation de la concurrence ou d'obtenir des avantages indus.

Une personne moins favorisée aurait quant à elles toutes les portes ouvertes pour s'en sortir: si elle veut ouvrir une entreprise, elle n'aurait pas besoin d'engager dix juristes et vingt comptables pour respecter toutes les obligations légales, si elle ne veut pas tout de suite économiser pour sa retraite et préfère investir son argent dans une formation complémentaire, elle est libre de le faire et finalement, les employeurs n'ayant pas autant de contraintes à l'engagement, les offres d'emplois seraient bien plus nombreuses.

Écrit par : Fabien Truffer | 15/06/2015

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