03/06/2015

Entretien avec des libertariens – Olivier Laurent



Olivier Laurent, entrepreneur de 39 ans et membre du Parti Libertarien belge, a vécu pendant 38 ans en Belgique où il a monté deux sociétés (la dernière comptait 12 employés). Aujourd'hui, il vit à Barcelone en Espagne.

 

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AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

Par la définition la plus simple, sans être simpliste, que j'ai pu trouver : “Don't hurt people and don't take their stuff.” (Ne blesse pas les gens et ne prends pas leurs affaires). Définition qui est de Matt Kibbe.

 

AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

Minarchisme. La théorie est une conception de la réalité et donc, forcément, elle l'a trahi un peu. Le minarchisme amène cette dose de pragmatisme qui permet de raccorder une théorie à la réalité.

 

AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

 

Une éthique de vie. C'est avant tout respecter les autres. Respecter ce qu'ils sont, ce qu'ils font. Accepter que l'on a aucun droit sur leurs vies. Beaucoup définissent le mouvement libertarien au travers de soi et de la révolte que l'on éprouve à juste titre à se faire continuellement dépouiller du fruit de ses efforts.

Je trouve l'approche beaucoup plus intéressante quand elle se projette sur les autres. D'ailleurs, c'est la base d'une vie en société libérale/libertarienne : reconnaître aux autres les mêmes droits que ceux que l'on désire.

 

AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

 

Non. Adolescent j'étais anarchiste, tendance Proudhon. Ensuite, adulte, je suis devenu libéral, et, suite à une rencontre avec Quentien Meunier et Pierre-Yves Novalet, je suis devenu libertarien.

 

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement?

 

Ron Paul comme homme politique. Il y a eu une nuit blanche que j'ai passée, suite à ce diner avec Quentin et Pierre-Yves. Pendant toute la nuit j'ai surfé de vidéo en vidéo de Ron Paul. Pour la première fois un homme politique disait exactement ce que je pensais... Le brouillon, jusque là dans ma tête, était exprimé avec une telle cohérence que cela m'a juste séduit et je suis devenu libertarien.

Dans l'espace francophone, la personne qui m'a le plus marqué est Serge Schweitzer. C'est juste un plaisir de l'écouter, surtout la mécanique du raisonnement. Et enfin, Stephen Davies : je pense n'avoir jamais entendu une personne ayant un tel don pour donner un cours d'histoire et le rendre si passionnant.

 

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?


Liberté, égalité, fraternité.

Quand on se documente un peu sur la révolution française et le libéralisme classique, on y découvre des perles oubliées depuis... Ou atrocement dénaturées par des générations de discours politiques. On a oublié, par exemple, que dans dans la première déclaration Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, le droit de propriété privé était clairement mentionné ainsi que le droit à résister à l'opression. Que vivons-nous aujourd'hui ?

Peut être, juste préciser, une chose qui peut parfois paraître surprenant pour un libertarien : la fraternité, la solidarité, souvent instrumentalisées par le pouvoir, impliquent un consentement. Vous consentez à aider quelqu'un, à donner de bon coeur, et c'est de là que le geste retire toute sa noblesse. La caricature bureaucratique qu'en a fait l'Etat n'a que faire de votre consentement. Il vous le prendra par la force. Ce que l'Etat organise n'est pas de la solidarité, de la “fraternité”, c'est de la redistribution forcée à des fins électoralistes.

 

AF. Ton livre libertarien préféré.

 

Mmmmh je proposerais “Le capitalisme au moyen-âge” de Jacques Heers, qui détruit en gros toute les théories marxistes sur la génèse du capitalisme.

 

AF. Ta citation libertarienne préférée ?

 

« Je veux que les couples gays mariés puissent défendre leurs plants de marijuana avec leurs armes. » (Tim Moen)

Ça plante le décor : ni de gauche ni de droite, juste plein centre.

 

AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Belgique, en Espagne et en Europe ?

Pessimiste. On évolue de plus en plus dans une société autoritaire ou un Etat omniprésent contrôle toujours plus les gens. L'Etat est devenu une sorte de divinité. On ne vous condamne plus au nom de l'amour mais au nom de la solidarité. Les politiciens sont devenus mystiques. Leurs discours ne font jamais référence à une quelconque réalité mais toujours à une société idéalisée qui ne correspond en rien à cette réalité. Bref, on retourne à un âge sombre. Je suis très pessimiste sur l'avenir du continent européen.

Je ne suis pas de ceux qui pensent que les lois liberticides qui fleurissent régulièrement sont le fruit d'une caste coupée du reste de la population. La mécanique est totalement démocratique. La majorité des gens veulent retirer toute liberté à leur voisin. Ils ne voient leur avenir qu'en le dépouillant. Ils sont littéralement en train de vendre sa liberté pour un peu de sécurité... Et comme l'a dit si bien Benjamin Franklin : ils ne méritent ni l'un ni l'autre, et vont perdre les deux. Au bout de la route vers la servitude, Hayek nous a bien montré ce qui s'y trouve... On y court malheureusement.

 

AF. Le mouvement libertarien est-il bien implanté en Belgique et en Espagne ?

 

Il est implanté dans les deux pays en effet. Cependant la représentation est modeste, c'est un début. L'éducation étatiste dans ces deux pays a bien formaté l'esprit des gens. Ils n'imaginent pas leur vies sans un Etat omniprésent, certains deviennent agressif quand on ose le remettre en cause. Ce sera un long travail, très long.

 

AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

Comme le disait un célèbre vieil homme qui portait une robe blanche :

N'ayez pas peur”.

Beaucoup se retiennent. Les idées libertariennes leur semblent extrêmes... Tôt ou tard vous allez vous rendre compte que c'est vous qui vivez à une extrêmité. Le mouvement libertarien c'est le centre.

 

 

12:56 Publié dans Entretien avec des libertariens | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Ce qu'on aimerait c'est un entretien d'Adrien Faure par Adrien Faure qui nous explique comment de socialo-marxiste assez dur, il est devenu libertarien. Mais pas une auto-interview avec des conneries relative au sens de la vie à l'idéal, machin-blabla, non comment il a compris que l'argumentaire qu'il avait jusqu'à lors lui posait soudainement problème et qu'est ce qui a fait le déclic.

A part ça, pour faire des interviews, des libertariens tu en as aussi en Suisse, c'est juste qu'ils ne sont pas très visibles ou qu'ils se cachent par peur d'être ostracisés.

Écrit par : Frederic Bastiat | 04/06/2015

Frédéric, quelque chose du genre est en cours de rédaction :-)

Écrit par : Adrien Faure | 04/06/2015

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