26/05/2015

Entretien avec des libertariens - João Manuel Salvador



Je m'appelle João Manuel Salvador, 24 ans, et j'habite à Luanda en Angola, juste à coté de l'océan Atlantique. Actuellement, je suis étudiant en sciences économiques en 1ère année. Pour tous ceux qui on connu l’Angola et l’Afrique en général, j'ai pris l'habitude de prendre du11265364_481398932016173_8387950128493630875_n.jpg fufu et du nfumbua, et un peu de maluvus. Voilà, c’est tout ce que je peux dire sur moi.

AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

Le libertarianisme est une philosophie politique prônant un libéralisme jusnaturaliste ou utilitariste, qui fonde ses piliers sur la liberté individuelle et le principe de non-agression comme principes moraux fondamentaux du droit naturel.

AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

Eh bien, de l’anarcho-capitalisme (pas d'Etat). Je considère donc que les pouvoirs de l’État devraient être supprimés, à terme, mais pas en supprimant quoi que ce soit. Les services de l’État seraient probablement, graduellement remplacés par des services privés et, in fine, il n’y aurait plus d’État (plus de monopole) puisqu’il n’aurait plus de travail à offrir.

En effet, l'Etat n’est autre chose qu’une organisation de personnes parfaitement normales, sans la moindre compétence particulière, qui cherchent juste à obtenir un monopole sur la violence légale sur un territoire donné. L’Etat n’est pas la société et par conséquent la société n’a pas besoin de l’État pour exister. Puisque c’est l’État qui succède à la société, et que l’État ce ne sont que des personnes normales, TOUT ce que fait l’État peut aussi être fait par d'autres formes d'organisation.

AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

Je considère le libertarianisme comme étant d'abord une morale individuelle, et ensuite une philosophie de la vie en société, dérivée de cette morale individuelle. Le libertarianisme m’inspire juste que chacun doit être libre de faire ce qui le rend heureux. Si je suis heureux dans ma yourte au milieu de nulle part, que je veux qu’on me laisse en paix, je ne compte pas empêcher les autres de vivre leur vie. Bref, que les gens fassent ce qu’ils veulent tant qu’ils font pas chier aux autres. Tu te mêles de ce qui te concerne, idem pour moi. Tu ne dois pas me dicter ce que je vais faire, et je ne te dicterai pas ce que toi tu feras. C’est bien, en résumé, ce que je peut conclure du libertarianisme.

AF. Comment es-tu devenu libertarien ?
As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

Mystère, mystère de la mondialisation. J’étais de gauche, mais, évidemment, avec peu de culture. En tout cas, c’est grâce à internet que j'ai connu le libertarianisme et ait décidé d'y adhérer entièrement.

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

Eh bien, il m’est par conséquent tout à fait impossible de citer toutes les personnes et toutes les influences qui ont marquées mon apprentissage et envers qui j’éprouve une profonde reconnaissance. J’ai eu le bonheur de profiter d’innombrables discussions, échanges, orientations, avec un grand nombre de libertarien sérieux et cultivés, qui m’ont aidé à former mes propres idées, et surtout à se faire plus confiance à soi-même plutôt qu’à compter sur les autres. Dont, en l'occurrence : Antoine Conforti II (bien qu’il ne soit pas libertarien), Stefan Metzeler, François-René Rideau (Faré), Gidmoz Gdm, Frédéric Jollien, Roberto Fucile, etc.

Pour les auteurs, il y a Bastiat, Ludwig von Mises, Hayek, Adam Smith et enfin pour conclure, le professeur Rothbard.

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

L'amour, peut-être? L’amour est bien galvaudé de nos jours. Le respect, peut-être ? Oui, c'est la seule valeur qui puisse exister : le respect des autres humains dans leurs droit à être eux même et non ce qu’on voudrait qu’ils soient.

AF. Ton livre libertarien préféré ?

Je n’ai pas lu beaucoup de livres libertariens, mais en tout cas, c’est le professeur Murray Rothbard et son « Ethique de la liberté » qui m’a totalement convaincu de par la clarté et cohérence de sa pensée.

AF. Ta citation libertarienne préférée ?

«  On reproche au libéralisme d'être matérialiste, de prôner la poursuite exclusive de la richesse aux dépens de toute autre valeur, alors qu'il n'a d'autre aspiration que de permettre l'épanouissement des êtres humains et la réalisation de leurs objectifs, spirituels, affectifs ou esthétiques autant que matériels. On lui reproche d'être sauvage alors que, fondé sur le respect intégral des autres, il exprime l'essence même de la civilisation. »

- Pascal Salin

« Ce n'est guère exagéré que de dire la chose suivante : un État ne fonctionne correctement que s'il est composé exclusivement de saints, et une anarchie n’échoue que si elle est peuplée exclusivement de démons. »

- David Friedman

« La seule révolution possible, c'est d'essayer de s'améliorer soi-même, en espérant que les autres fassent la même démarche. Le monde ira mieux alors. »

- Georges Brassens

AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Angola et en Afrique ?

Un désastre. Aussi longtemps que les Africains n’auront pas compris que l’État n’est pas leur ami, aucune autre alternative ne sera possible. L’Afrique fait partie des continents le plus pauvres du monde et pour se débarrasser de cette pauvreté l’Afrique doit adopter une politique strictement libérale. Pour commencer : commerce libre, facilitation à créer des entreprises, garantie de la propriété, protection des personnes, et liberté de contrat. Sans cela, rien n’est possible.

Les Africains ont un immense avantage, ils savent déjà ce qui marche (précisément en Europe et en Amérique) et ce qui ne marche pas. Probablement qu'ils peuvent ne copier que les bonnes choses et rejeter les mauvaise. Sur ce point, la Suisse serait un bon exemple. Ils doivent comprendre que les ressources c'est la production humaine, ce ne sont pas les matériaux dans le sol, mais ce que produit l'activité humaine.

AF. Le mouvement libertarien est-il bien implanté en Angola et en Afrique ?

En Afrique ? Au moins au Maroc, mais je ne suis pas suffisamment renseigné concernant les autres pays. Pour ce qui est de l’Angola, pas encore. C’est vraiment une philosophie qui est très combattue par le gouvernement angolais, mais nous tenons à nos projets de façon à faire connaître à tous les Angolais que l’instauration du libertarianisme serait une délivrance.

AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

J'aimerais faire comprendre aux Africains que l’État n’est pas leur ami : l’État Père-Noël, c'est la seule maladie grave que l'on n'ait pas d'abord expérimentée sur les animaux.



 

 

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