21/05/2015

Entretien avec des libertariens - Mario Cinardi




Mario Cinardi a 27 ans, il vit à Toulouse et travaille comme réceptionniste dans l'hôtellerie. Son signe astrologique est balance et sa couleur préférée est le
bleu.

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AF. Comment définiriez-vous le libertarianisme ?

Tout d'abord, je dois vous dire que je n'apprécie pas tellement ce mot "libertarianisme", je préfère largement "anarcho-capitalisme" car il marque, dans son appellation, une continuité anarchiste qui me plaît. Néanmoins, pour respecter les mots utilisés dans ce questionnaire ça ne me gêne pas de l'employer. Ce que vous appelez le libertarianisme est tout simplement la philosophie de la liberté , qui se situe dans une longue généalogie historique dont il faudrait rechercher les origines dès l'Antiquité. On pourrait dire que le libertarianisme est un ensemble de théories politico-économiques (qui s'affrontent parfois de façon méthodologique) visant à définir les optimums de liberté.

AF. De quel courant du libertarianisme vous sentez-vous le plus proche et pourquoi ?

Je me sens proche de l'objectivisme, car j'aime la méthode de raisonnement, mais aussi, parce que les auteurs des inclinaisons théoriques de cette famille de pensée ont tendance à déborder sur des sujets qui dépassent le cadre strictement économique, comme la géopolitique ou bien divers domaines d'ordre sociologique, sociétal, culturel, démographique, et également vers des idées politiques (comme l'a démontré Hans-Hermann Hoppe dans différents documents en plaidant pour une autorité politique fédérale en Europe ou pour une immigration limitée dans le cadre d'une société de libre-marché). En dehors de ça, je me sens proche du libéralisme italien et allemand (l'ordo-libéralisme).

AF. Selon vous, le libertarianisme est-il un projet politique
ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

La liberté peut être érigée en éthique et même en esthétique comme l'a démontré Philippe Nemo (cf. "Esthétique de la liberté", PUF, 2014). Quant à être un projet politique, c'est un peu plus complexe. Un nouveau gouvernement, dès demain, pourrait décider de mettre en application des mesures allant dans le sens du "libertarianisme", mais une quantité de choses qu'on ignore aujourd'hui peut compromettre l'instauration de ces mesures.

En sociologie politique, on apprend assez rapidement qu'une idée politique ne créé pas, automatiquement, l'idée politique voulue. Les projets volontaires de liberté ne créent pas forcément la liberté, comme le disait Nietzsche : « Une chose est la pensée, une autre est l'action, une autre encore, l'image que l'on se fait de l'action. La roue de la causalité ne roule pas entre elles. » La science politique dépend d'une anthropologie particulière dont ne peut pas s'extraire, c'est ma conviction, à partir de là, une de mes volontés serait de réussir une endoxa politico-économique.

En outre, il est à prendre en compte aussi que l'art politique est une question de mesure, de bonne application, de tempo. Les mouvements radicaux ont parfois tendance à oublier qu'il faut agir avec sagesse, - ce qui n'est pas incompatible avec la radicalité - , sous peine d'échouer, voire, de permettre à ce que l'on redoute le plus de voir le jour. Par exemple, aujourd'hui, nous subissons bien une répression au nom de la liberté. L'histoire humaine donne plusieurs exemples de cette ironie, qui se nomme effet d'hétérotélie.

AF. Comment êtes-vous devenu libertarien ?
Avez-vous toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient vos positions politiques antérieures ?

Je me suis intéressé au mouvement libertarien en me questionnant sur la situation économique, tout simplement, car je me suis rendu compte, étant un actif, un travailleur, et ayant travaillé auprès de petits entrepreneurs dès mon plus jeune âge, qu'il y avait un décalage entre le discours intellectuel français contre le "libéralisme" et le "capitalisme" et la réalité quotidienne du travailleur, du producteur. Plus jeune, j'ai été marxiste-léniniste, du moins, je pensais l'être. Cela tenait beaucoup à une position de style, qui, je dois l'avouer, est beaucoup plus agréable à tenir, et plus facile, que celle d'un anarcho-capitaliste, d'un libertarien, d'un libéral.

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent votre engagement ?

En sociologie et philosophie politique : Julien Freund, Carl Schmitt, Machiavel, Gaetano Mosca, Vilfredo Pareto, Georges Sorel, PJ.Proudhon. Dans le domaine économique : Hans-Hermann Hoppe, L.V.Mises, M.N.Rothbard, Wilhelm Röpke.

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à vos yeux ?

Pour rester dans le débat, je vais dire : Liberté, Justice, Propriété.

AF. Votre livre libertarien préféré ?

''L'éthique de la liberté'', de M.N.Rothbard.

AF. Votre citation libertarienne préférée ?

Il y en a beaucoup, mais je choisis celle-ci :

« En fait, il ne faut jamais avoir la moindre hésitation à s'engager dans un radicalisme (« extrémisme ») idéologique. Non seulement tout le reste serait contre-productif, mais plus important encore, seules les idées radicales, des idées radicalement simples, peuvent remuer les émotions des masses ternes et indolentes. Et rien n'est plus efficace, pour persuader les masses, que de cesser de coopérer avec le gouvernement et que d'exposer de façon constante et sans relâche, la dé-sanctification et le ridicule des gouvernements et de ses représentants comme des fraudes morales et économiques : empereurs sans vêtements sujets au mépris et cibles de toutes les moqueries »

- Hans-Hermann Hoppe.

AF. En tant que libertarien, quelle est votre analyse sur la situation socio-économique et politique en France et en Europe ?

Seul un gouvernement mettant en place des mesures radicales pourra relever notre pays, et peut-être également notre continent, l'Europe. Ce que Vilfredo Pareto nommait "circulation des élites" peut engendrer un mouvement révolutionnaire. Sans ça, il est probable qu'une situation de crise puisse apparaître par convergence politique, économique et sociale. L'ère européenne semble être plongée dans une asthénie.

AF. Le mouvement libertarien est-il bien implanté en France ?

A ma connaissance, il n'existe pas de mouvement libertarien.

AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

J'aimerais ajouter que je suis partant pour prendre part à une aventure qui serait dans la continuité du journal d'Antonio Gramsci, "l'Ordine Nuovo", ou de Piero Gobetti avec sa "Rivoluzione liberale". Je lance un appel, car je pense que seuls les libéraux sont capables de redonner vie à un mouvement pour les travailleurs, pour les producteurs, à un syndicalisme (dans le sens de G.Sorel). Voilà la synthèse que nous devons réaliser : la réconciliation des fils de l'industrialisme, le socialisme et le libéralisme, en plaidant pour la liberté de l'entrepreneuriat.

 

 

 

17:12 Publié dans Entretien avec des libertariens | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

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