18/05/2015

Entretien avec des libertariens – Christophe Plateau

 


Bonjour Adrien, je me présente : je m'appelle Christophe Plateau, je vis à Orléans, et j'ai 36 ans. Je suis actuellement vendeur en jardinerie, et ce depuis longtemps, trop peut-être.

Selon certains je suis libertarien, et on me classe comme anarcho-capitaliste, mais 11291303_10206943857494515_361237475_n.jpgje préfère me voir comme un autonomiste profondément anarchiste. Je n'appartiens à aucune formation politique par principe et par conviction ; je suis un radical et je ne trouve pas chaussure à mon pied. Je ne fais pas partie d'associations, mais je partage avec qui le veut et qui en à besoin mon savoir sur les plantes, le potager, et je milite pour la libération des graines et leur libre échange.

Je suis un sagittaire qui aime le noir, qui pratique la photo de rue de manière assidue, qui s'extasie devant la nature et ce qu'elle nous offre, un libertarien écolo.



AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

 

En deux mots : libre choix.

Il n'y a pas un libertarianisme, mais une multitude. Je pense qu'il y a autant de façon de le définir et de le voir que de façon de concevoir sa vie. Il n'est de richesse que la liberté, voilà comment je conçois le libertarianisme.



AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

 

Je ne suis pas un spécialiste des courants. Je lis pas mal d'articles, quelques livres, je m'informe à droite à gauche et je me fais ma propre opinion et suis mon propre courant. Je suis un adepte d'un pays sans État où chacun vit sa vie comme il entend, dans le respect des droits naturels des uns et des autres. Donc je me sens proche de tout courant qui prône l'individu, le moins d’État possible, et le plus de Liberté.


AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

 

Je pense que c'est avant tout une philosophie politique qui cadre et garantie les droits naturels. Une philosophie qui garantie le libre choix et ainsi permet à chacun de se développer et de suivre sa propre éthique. Mais je le conçois quand même comme une éthique de vie.



AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

 

Questions qui entraînent une grande réponse. Je vais commencer par les deux dernières. Ai-je toujours été libertarien ? Je pense. Malgré mon parcours chaotique, j'ai toujours vu les choses différemment des autres et mis ma liberté en priorité.

Mes positions politiques antérieures ? Un jour, en cours d'histoire, j'ai appris que j'étais anarchiste (le cours en question parlait de Marx et Kropotkine). Je suis ça : un révolutionnaire. Mais je suis un non violent de nature, et le communisme et son lot de révolutions ont fini par m'en guérir. (Petite précision, en histoire, être communiste c'est être anarchiste.)

Je suis d'une famille qui n'était pas plus politique que ça, mais qui vote à gauche, alors j'ai adopté le socialisme. Mais il me manquait quelque chose, j'avais du mal à comprendre certains points comme la redistribution, ce qui est à moi est à lui aussi, etc. Je n'ai jamais été satisfait, ni à ma place.

Puis, plus tard, entre mes mains est arrivé Proudhon, l'anarchiste premier. J'ai de suite accroché à « la propriété c'est la liberté », à son refus de la révolution et son lot de violence. Les bases sont posées : je suis anarchiste proudhonien.

« Voilà donc tout mon système : liberté de conscience, liberté de la presse, liberté du travail, liberté de l'enseignement, libre concurrence, libre disposition des fruits de son travail, liberté à l'infini, liberté absolue, liberté partout et toujours ! La Liberté donc, rien de plus, rien de moins. »

 

On en vient à la première question : « Comment ? ».
Je suis devenu libertarien depuis peu en réalité, et c'est grâce à Mélenchon, qui, à force de nous dire que les méchants libéraux allaient nous manger tout cru, a piqué ma curiosité. Après trois ou quatre recherches sur le net, je tombe sur un livre Pulp libéralisme : la tradition libérale pour les débutant. Découverte !

En fait, c'est tout l'opposé de ce que l'on en raconte. Il y a quelques trucs qui me chagrinent quand même. Ça me plaît mais il y a des mais, comme l’État minimum par exemple, car, comme Rothbard, je pense qu'un État, même minimum, tend à reprendre sa taille ; donc autant s'en passer. Je fouille sur Facebook, je tombe sur un groupe, Capitalisme et liberté, et je découvre que je ne suis pas seul à penser comme ça, et même, on porte un nom : on est des libertariens. Et c'est ma deuxième révolution politique ; il y a des gens qui adulent la Liberté autant que moi.

Voilà, je suis libertarien grâce à Mélenchon. Faudrait que je le remercie un jour.

 


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

J'ai une grande passion pour Frédéric Bastiat, son œuvre et surtout sa facilité à vulgariser et expliquer simplement les choses au commun des mortels. Jacques Bonhomme, l'éphémère journal, en est l'illustration parfaite.

Une autre personne compte énormément : mon grand-père maternel. Après sa mort, j'ai cherché a connaître une partie de sa vie. Il est entré dans la Résistance à tout juste 16 ans pour échapper aux travaux forcés. J'ai appris qu'il avait pris part à un combat important dans le Lot, où lui et une vingtaine de camarades mirent en déroute une garnison de soldats allemands. La sanction allemande fût lourde de conséquence, vingt civils furent exécutés. Le jour où je suis retourné sur les lieux de cette bataille, j'ai compris toute l'importance et la lourde signification du mot Liberté. Depuis je l'ai élevé comme un dogme, et c'est le seul nom commun que j'écris avec un majuscule.

Enfin, il y a celui qui arrive dans ce monde. C'est pour lui qu'il faut continuer de se battre afin de conserver nos Droits et nos Libertés, pour que lui aussi puisse en jouir à son tour et en acquérir de nouveaux.

 

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

Respect, amour et tolérance ; bien que respect et tolérance aillent de paire.

 

AF. Ton livre libertarien préféré ?

 

L'éthique de la liberté de Murray Rothbard, en fait, c'est le seul que j'ai lu (rires).

 

AF. Ta citation libertarienne préférée ?

 

Une citation de Ron Paul qui résume en deux phrases la façon dont je juge les gens, de manière individuelle et par leurs actes :

« Le racisme n'est qu'une forme détestable de collectivisme une mentalité qui ne voit les êtres humains que comme les membres d'un groupe plutôt que comme des individus. Les racistes croient que sont semblables tous les individus qui partagent de superficielles caractéristiques physiques ; en tant que collectivistes, ils ne pensent qu'en termes de groupes. »



AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en France et en Europe ?

 

Je ne suis pas un spécialiste, je ne vois ça que de mon petit écran et de mes lectures, mais la situation socio-économique en France court à la catastrophe si rien ne change. Les écarts en tout genre sont de plus en plus important, des fossés se creusent entre les gens, les classes économiques, les religions, les individus d'origines diverses. Le canevas des relations est en train de se défaire et je suis inquiet, car jusqu'où cela ira-t-il ? Tout le monde voit en l'autre un concurrent, un bouc émissaire, une raison, une excuse à la haine.

Chaque politique pense avoir la solution mais enlève un fil du canevas à chaque décision prise. On sent la rupture à tout moment, et elle pourrait avoir lieu en 2017, on pourrait avoir la première femme présidente en France, et ça ne sera pas Ségolène Royal.

En Europe, je ne sais pas trop. Pas simple d'avoir une vraie vision globale des choses, les infos arrivent à moitié et déformées. Personnellement, je vois l'Europe prendre une mauvaise direction la BCE est trop présente. Je pense que si ça continue, les Allemands et les Anglais vont prendre le large et larguer les boulets. Dommage, car je suis un européen convaincu, mais pas pour cette Europe-ci. J'aime beaucoup la vision qu'en a Stefan Zweig.

 

AF. Le mouvement libertarien est-il bien implanté en France ?

 

J'ai appris il y a quatre jours qu'un parti libertarien existait, donc, non. Il y a du travail. En France, beaucoup sont libertariens mais ne le savent pas à cause de nos médiatico-politiques.


AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

 

Vivez, vivez libre. N'attendez pas qu'on vous le dise pour l'être, sortez des sentiers tracés par l’État, par l'école, pour vous instruire, élevez-vous. On ne sera peut-être jamais des loups, alors soyons des moutons mais évoluons de l'autre côté de l'enclos, car quoi qu'il arrive on meurt, alors autant vivre comme on en a envie.
Il n'est de richesse que la Liberté.

 

 - Photographie de Tib Larcher



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