29/11/2014

L'impôt c'est l'exploitation de l'Homme par l'Homme



Afin de clarifier cette position éthique libertarienne fondamentale, je reprends l'argument de Nozick présenté à la fin de mon précédent billet pour le formaliser très simplement.



Impôt/processus d'imposition : X est contraint par l’État à lui verser une partie de son revenu.


Par la suite, l’État donne/redistribue une partie des recettes fiscales (issues de l'imposition des individus) à certains individus.

Ainsi X est contraint par l’État de verser une partie de son revenu à Y.
Or le revenu de X correspond à une rémunération R pour un temps de travail T.*
Donc X est contraint par l’État de travailler pour Y durant une partie de son temps de travail T.

*Rémunération du temps de travail pour tout type de travail (travail salarié, entrepreneuriat, investissement, etc.)

Donc, être contraint par la force, indépendamment de sa volonté ou contre sa volonté, à travailler pour quelqu'un d'autre que soi-même est une définition valable du processus d'imposition.

Or, être contraint par la force, indépendamment de sa volonté ou contre sa volonté, à travailler pour quelqu'un d'autre que soi-même, est une définition possible de l'esclavage.

La nature de l'impôt est donc essentiellement l'exploitation de l'Homme par l'Homme et l’État n'est rien d'autre que l’institutionnalisation de la négation de la volonté individuelle et de l'esclavage.

Le projet libertarien peut donc se résumer ainsi : abolition de l'exploitation de l'Homme par l'Homme, abolition de l'esclavage, respect de la volonté individuelle.


 

 

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26/11/2014

L'erreur du géolibertarianisme (et celle de Rawls)



Les géolibertariens considèrent que les ressources naturelles (dont le sol) sont limitées et que comme elles sont limitées il n'est pas juste que certains individus s'approprient des ressources en toute liberté au détriment des autres. Cela leur permet de justifier une redistribution des richesses produites par les individus par le biais d'un État (et c'est pourquoi les géolibertariens sont des minarchistes de gauche).

Je pense toutefois que les géolibertariens font erreur lorsqu'ils considèrent que les ressources naturelles sont limitées. Car ils supposent que les ressources ont leur qualité de ressource de manière inhérente à elles-mêmes. Autrement dit, ils supposent qu'il est le propre d'une ressource d'être une ressource, que les ressources existent objectivement en dehors des êtres humains. Or, cela est faux, car A n'est une ressource pour X que du moment où X décide d'utiliser A pour en faire quelque chose. Si X n'imaginait pas un usage possible de A pour réaliser un but particulier, alors A ne serait pas une ressource, mais simplement un objet physique sans fonction particulière. Ce sont donc les êtres humains qui, lors d'un acte de création visant la réalisation d'un but, donnent le caractère de ressource à un objet physique sans fonction particulière prédéfinie. La propriété de A d'être une ressource pour X est donc relative à X.

Compte tenu du caractère relatif d'une ressource, on ne peut pas établir qu'il y a inégalité dans la répartition des ressources naturelles et la justification géolibertarienne d'une redistribution forcée (étatique) des richesses produites s'écroule. Par contre, on peut éventuellement dire qu'il y a inégalité dans la répartition des capacités des individus à créer de la richesse (à créer de la valeur pour les individus à partir d'objets du monde physique). Notons toutefois que cette inégalité ne découle pas forcément tant des capacités des individus (car chacun est compétent dans des domaines différents, mais tout le monde est compétent dans certains domaines), mais surtout de la valeur subjective qu'ils donnent aux fruits de ces capacités. Autrement dit, si X produit A à partir de B, la valeur de B dépend de la valeur que lui trouve Y. Il y a donc surtout une inégalité dans les capacités des individus à créer des produits qui répondent à la demande des autres individus.

A partir de ce constat du caractère inégalitaire de la répartition des capacités des individus à créer des produits qui répondent à la demande des autres individus (qui découle du fait évident que tous les individus sont différents), Rawls pense que les plus capables des individus devraient être contraints par la force à redistribuer une partie de ce qu'ils ont obtenu pour leurs compétences. Quoiqu'il faudrait revenir en détails sur son argumentation (et je le ferai), j'aimerais tout de même répondre ici que ce qu'il propose est éthiquement inacceptable, car, et si je ne me trompe pas c'est là un argument que l'on retrouve chez Nozick, nul n'a de droit sur autrui. En effet, si X a le droit à une partie du revenu de Y, cela signifie que X a le droit que Y travaille pour X un certain temps sans contrepartie et contre sa volonté. Or, le droit de X de faire travailler Y pour lui contre sa volonté est ce qu'on appelle l'esclavage... 



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25/11/2014

Le contrat social libertarien



J'étais hier soir à une conférence de Bertrand Cassegrain, co-organisée par la Société romande de philosophie et par l'Association des étudiant-e-s en philosophie de l'Université de Genève (Phileas), portant sur l'impossibilité de l'anarchisme (défini comme un processus de prise de décision collectif fondé sur le consensus/l'unanimité). Si je suis en accord avec la thèse du conférencier (effectivement le consensus ne fonctionne pas et se traduit bien souvent par l'ostracisme de certains des participants à la prise de décision), je pense toutefois qu'elle n'infirme que l'anarchisme conseilliste unanimiste (il y a aussi un anarchisme conseilliste démocratique), et non pas le libertarianisme anarchiste. Car entre l'anarchisme conseilliste unanimiste et l'état de nature (le chaos hobbesien), il y a une place pour le libertarianisme anarchiste, compris comme un consensus ultra-minimal sur un principe éthique, le principe de non agression (i.e. la liberté des uns s'arrête à la liberté des autres).

Si je reprends un schéma de la conférence d'hier, voilà la typologie que je proposerais :

- Monarchie => Un seul décide

- Aristocratie/Oligarchie => Une minorité décide

- Démocratie (dont l'anarchisme conseilliste démocratique, la démocratie directe, etc.) => Une majorité décide

- Anarchisme conseilliste unanimiste => En théorie, tout le monde décide pour tout le monde, mais en réalité une majorité finit par décider pour des minorités (donc retour à la case démocratique).

- Libertarianisme anarchiste => Personne ne décide pour personne, chacun décide pour soi-même dans le respect d'autrui.

- État de nature (anomie hobbesienne) => Chacun décide pour soi-même sans respect pour autrui.

 

L'anarchie libertarienne se fonde donc sur un consensus ultra-minimal sur un principe éthique qui est le principe de non agression. Bien entendu, il faut que ce principe soit défini. La définition libertarienne classique est la suivante : chacun est propriétaire de son corps et de son esprit et de ce qu'il acquiert par leur usage pacifique, nul ne doit violer les droits de propriété d'autrui, une violation des droits de propriété d'un individu correspond à un acte d'agression.
Une difficulté que présente cette définition classique réside dans ses applications pratiques. Un vol ou un meurtre est un acte d'agression évident, mais qu'en est-il de la nature d'un puissant projecteur braqué par x sur la maison de y, ou d'une insulte de x poussant y au suicide ? La solution se trouve probablement et pragmatiquement dans une approche au cas par cas, réalisée par les tribunaux et autres arbitrages privés dans une société sans État (cf. David Friedman).
Quant au respect du principe de non agression, on peut supposer qu'il sera le fait de tous (y compris d'agences de protection privées). En effet, à partir d'une certaine masse critique d'individus respectant le principe de non agression, les agresseurs potentiels sont automatiquement mis hors d'état de nuire.

Le libertarianisme anarchiste est donc bel et bien un projet de société proposant non un retour à l'état de nature, mais une forme ultra-minimale de contrat-social consistant à établir un consensus sur un principe éthique unique, le principe de non agression. 


 

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24/11/2014

Les libertarianismes de gauche



Le libertarianisme est une philosophie politique aux courants multiples et diversifiés. On a tendance à le présenter comme composé d'un triptyque : libertarianisme modéré (hayekien ou infra-hayekien), libertarianisme minarchiste, et libertarianisme anarchiste. Les libertariens modérés sont ceux qui sont favorables à une absence totale d'intervention de l’État dans l'économie, mais qui acceptent l'existence d'un État régalien s'occupant en outre de quelques tâches supplémentaires (assistance sociale, routes, etc.). Ces libertariens sont proches, voire parfois identiques, à ce qu'on appelait autrefois les libéraux classiques. Les libertariens minarchistes sont ceux qui sont favorables à un État minimal, réduit à ses fonctions régaliennes (police, justice, armée, diplomatie). Enfin, les libertariens anarchistes (tel que moi) défendent une société sans État.


Ce premier découpage possible des libertariens peut se doubler d'un second, centré sur la question des mœurs. Il y en effet des libertariens conservateurs et des libertariens progressistes (et toute une gamme de positions intermédiaires évidemment). Les libertariens conservateurs, appelés paléolibertariens, sont par exemple opposés à l'avortement ou à la consommation de drogues, mais contrairement aux conservateurs non libertariens, ils ne souhaitent empêcher personne de consommer des drogues ou de pratiquer l'avortement. Toutefois, ils se refusent à participer au financement de l'avortement ou à celui d'éventuels traitements sanitaires pour les individus ayant pâti de leur consommation excessive de drogues (ce qui n'est pas problématique car tout libertarien est pour un marché libre des assurances en matière de santé et de maladie). A la différence des libertariens conservateurs, les libertariens progressistes ne sont pas opposés à l'avortement ou à la consommation de drogues, bien qu'ils ne souhaitent obliger personne à financer l'avortement ou les éventuels traitements sanitaires pour les individus ayant pâti de leur consommation excessive de drogues.

 

On peut voir ici un premier clivage entre des libertariens de gauche et des libertariens de droite si on associe conservatisme et droite, et progressisme et gauche. Il y a toutefois une petite difficulté dans ce découpage, car il existe des libertariens de gauche comme Proudhon qui ne sont pas des libertariens progressistes, mais des libertariens conservateurs. Donc, on peut considérer qu'il y a un clivage gauche/droite sur la question des mœurs et un clivage gauche/droite sur les questions économiques au sein du libertarianisme, et qu'on peut être libertarien de gauche sur les questions économiques et libertarien de droite sur les questions de mœurs (comme Proudhon).

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Sur les questions économiques, nous avons une opposition entre trois formes de libertarianisme anarchiste. Il y a un libertarianisme anarcho-capitaliste, un libertarianisme anarcho-socialiste, et un libertarianisme anarcho-communiste. Le libertarianisme anarcho-capitaliste défend le salariat, la hiérarchie, et l'autorité au sein de l'entreprise. Le libertarianisme anarcho-socialiste défend le coopérativisme, l'absence de hiérarchie, et des rapports horizontaux au sein de l'entreprise. Le libertarianisme anarcho-communiste (de Proudhon par exemple) défend le mutuellisme. Ici, on a un clivage entre le libertarianisme anarcho-capitaliste que l'on classera très classiquement à droite, et deux libertarianismes de gauche, le libertarianisme anarcho-socialiste et le libertarianisme anarcho-communiste.


 

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Il existe cependant un autre clivage sur les questions économiques, axé sur la question de l'appropriation originelle de la propriété. Certains libertariens pensent que la répartition originelle des ressources naturelles et de la propriété a été fondée sur l'usage de l'agression (cas des bandits notamment), puis a été sans cesse le fruit de l'agression étatique. Compte tenu de cette origine agressive de la propriété, on ne pourrait considérer comme légitime aucune forme de propriété. Rothbard considère qu'il faut que des enquêtes soient menées pour voir si chaque propriété est légitimement acquise (c'est à dire sans usage de l'agression) et que les propriétés acquises par la force soient rendues à leur propriétaire légitime. Face à cette position pragmatique, d'autres libertariens, comme Franz Oppenheimer, défendent une remise à zéro de la répartition de la propriété. Autrement dit, toute la propriété doit être répartie de manière égalitaire entre tous les individus une bonne fois pour toute, et ensuite le libre jeu des échanges et des niveaux de créativité et de productivité différents fera le reste (en absence d’État et d'agression, la répartition sans cesse fluctuante de la propriété sur un marché libre est ensuite considérée comme légitime).


Cette position libertarienne égalitariste fait face à une autre position libertarienne que l'on nomme géolibertarianisme ou georgisme (du nom de celui qui en est le précurseur, Henry George). Les géolibertariens considèrent que les ressources naturelles, et notamment en premier lieu le sol, sont limitées et que par conséquent il n'est pas légitime que chacun s'approprie ces ressources comme il le souhaite (en mélangeant son travail avec ces ressources). Il convient donc que l’État taxe les individus en compensation des ressources perçues. On pourrait appeler cette dernière approche : minarchisme de gauche (par opposition à un minarchisme régalien de droite).
On voit ici se dessiner un clivage entre libertariens remettant en question la légitimité de l'appropriation originelle des ressources et de la propriété avec une position minimale de droite (Rothbard) et une position maximale de gauche (Oppenheimer) en passant par une position minimale de gauche (les géolibertariens).


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Voilà, j'espère que ce petit tour des différentes positions libertariennes de gauche aura donné un aperçu de toute la richesse et la diversité d'une philosophie politique pleine de vitalité intellectuelle, dont la créativité tranche avec la morne stagnation des autres familles politiques. 


 

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22/11/2014

Libérons les écoles : supprimons l'école obligatoire et étatique



« Si nous enfermons la jeunesse dans de vastes prisons en guise "d'éducation", avec des professeurs et des administrateurs en guise de geôliers, pourquoi alors ne pas nous attendre au mécontentement et à la rébellion de la jeunesse ? »

Murray Rothbard


Depuis quelques semaines, je travaille comme remplaçant au cycle (dans un établissement d’État) avec des élèves de 12 à 15 ans et je n'ai pu que constater que le degré de motivation des élèves équivaut à zéro (et encore je pourras descendre dans les chiffres négatifs...). Cette situation d'absence de motivation crée un climat de conflit entre élèves et professeurs, ces derniers s'efforçant de leur faire ingurgiter de force des contenus qui ne les intéressent que rarement. Résultat, des élèves et des professeurs mécontents et en souffrance, et un gaspillage de temps et de ressources.

Mais cette situation n'est pas le fruit du libre consentement des individus (élèves, parents, professeurs, directions des établissements scolaires), mais bien plutôt le fruit de la coercition autoritaire des bureaucrates et des politiciens qui se sont arrogés le contrôle total sur le système éducatif. Au lieu de laisser la demande en enseignements et en formations rencontrer librement l'offre en enseignements et en formations, la classe politicienne et bureaucratique décide des programmes enseignés et enferme la jeunesse dans des écoles pendant des années et des années, sans demander ni l'avis des élèves, ni l'avis de leurs parents. Le comble étant que l’État contraint les parents à payer, à travers taxes et impôts, pour des enseignements pour leurs enfants qu'ils n'ont absolument pas choisi, au lieu de laisser chacun payer pour ce qu'il choisit volontairement de consommer.

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« Tous les enfants seront éduqués dans les écoles de l'Etat. Dans ces écoles, les préceptes de la moralité et de la religion seront inculqués, ainsi que les habitudes de soumission et d'obéissance. 
Les parents ne savent pas comment éduquer leurs enfants. L'Etat, dans sa compassion et sa sollicitude pour leur bien-être, doit prendre en charge les enfants et les placer dans les écoles de l'Etat où leurs esprits et leurs coeurs peuvent être illuminés par la vertu. »

 

Archibald D. Murphey, 
père de l'école publique/étatique en Caroline du Nord


Il est temps d'en finir avec cet archaïsme barbare qu'est l'école obligatoire et le contrôle étatique sur l'éducation, et de laisser les jeunes et leurs parents contracter librement avec des écoles indépendantes et des professeurs autonomes. Que chaque établissement propose divers programmes, diverses formations, qu'il trouve les professeurs disposés à travailler pour lui, que chaque professeur propose ses services aux établissements de son choix ou directement aux élèves et à leurs parents, que les jeunes et leurs parents choisissent librement leur destinée, et que cesse le paternalisme et l'ingérence étatique dans l'autodétermination des individus.



« Tout système éducatif contrôlé par les politiciens et les bureaucrates inculquera tôt ou tard la doctrine de la suprématie étatique. A partir du moment où cette doctrine a été intégrée par les individus, il devient extrêmement difficile de renverser le pouvoir qu'exerce l'Etat sur leur vie. 
Un tel système éducatif, étatique et obligatoire, est donc le parfait modèle d'Etat totalitaire. »

Isabel Paterson

 

 



 

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02/11/2014

Appareils idéologiques d’État ou comment l'Etat nous asservit



Beaucoup de gens croient que l’État est une hydre omnipotente millénaire (si ce n'est éternelle) que rien ni personne ne pourra détrôner de son piédestal. Et il est effectivement le cas que l’État jouit d'un atout puissant : le monopole de la violence légale (ou le monopole légal de la violence) sur un territoire donné et pour une population donnée. Et pourtant, ce n'est ni la police, ni les tribunaux, ni l'armée, qui maintiennent l'ordre étatique en place à coups de triques et de crosses. Ce qui maintient l’État est en place est bien plus pernicieux : c'est nous-mêmes.

Refoulée en nous, notre croyance en cette grande fiction qu'est l’État, notre crainte devant un monde fondé sur la liberté et le consentement mutuel, s'expriment sous la forme d'une adhésion répétée à l'existence du Léviathan.
Mais pourquoi laissons-nous la part libertaire de notre esprit être étranglée de la sorte par sa part autoritaire ?

Le marxiste Althusser y a répondu en trois lettres : AIE (pour Appareils Idéologiques d’État). Ce sont les structures de propagande étatiques qui influencent notre esprit, et le conditionnent à craindre la liberté et à se résoudre à la société bureaucratique contemporaine. Parmi ces nombreuses structures, ses trois piliers sont : le contrôle des médias (et de la presse), le contrôle des arts (ce qu'on appelle souvent de nos jours la culture), et le contrôle de l'éducation (et de la formation).

Par le contrôle des médias, soit direct lorsque l’État est propriétaire majoritaire de certains médias, soit indirect lorsqu'il se contente de les subventionner, l’État favorise la diffusion des informations qui arrangent ses intérêts (ceux de la classe politicienne et bureaucratique, et de leurs complices économiques). Toute concurrence des médias étatiques ou subventionnés par des médias libres est évidemment rendue ainsi très difficile (très coûteuse et risquée), ce qui pousse les médias libres à rentrer eux aussi dans le système de la dépendance-subvention envers l’État.

Par le contrôle des arts, essentiellement à travers le système asservissant des subventions, l’État peut favoriser les formes d'expression artistique, et les contenus idéologiques qu'ils colportent, qui ne remettent pas en question son existence ou ses intérêts. Même des artistes anarchistes finiraient par cesser de critiquer l’État s'ils se mettaient à vivre sous perfusion étatique. Et c'est ainsi que se crée la servitude volontaire et que les opposants sont muselés avant même d'envisager tout acte subversif.

Enfin, par le contrôle total étatique de l'éducation et de la formation, le pire de tous, la classe politicienne et bureaucratique contrôle le formatage des esprits de l'ensemble des membres de la société et élimine tout enseignement potentiellement subversif.

 

Voici comment la classe politicienne et bureaucratique, et ses complices économiques, maintient son pouvoir, et voilà ce que nous devons libérer en premier lieu. Car si le mouvement libertarien parvient à libérer les médias, les arts, et l'éducation, les verrous mentaux sauteront, l'endoctrinement étatique prendra fin, et une société libre deviendra enfin possible.


 

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13:33 Publié dans Aliénation idéologique, Appareils idéologiques d'Etat | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

01/11/2014

Le mouvement libertarien étasunien et la gauche

 


« Beaucoup de ceux qui se trouvent à droite devraient se rendre à gauche, et vice versa. L'alternative n'est pas capitalisme contre socialisme mais bien État fort centralisé contre le peuple. »

Carl Oglesby



« Les gens bien à droite et ceux bien à gauche étaient les seuls que mes idées intéressaient... étaient même les seuls que n'importe quelle idée intéressait. Seul le centre bureaucratique, qui était grand, était opposé à toutes les idées. Il y avait, surtout dans les universités, une sorte d'alliance gauche-droite en faveur de l'intelligence, contre la stupidité, qui se trouvait au centre. »

Leonard Liggio



Le mouvement libertarien étasunien s'est formé en tant que mouvement politiquement organisé durant les années 1950 au sein du Parti Républicain, comme une tendance et une fraction de plus en plus organisée et autonome de ce parti. Toutefois, dans les années 1960, les libertariens étasuniens finissent par prendre acte de leur marginalisation au sein de ce parti et de leur incapacité à influer sur sa ligne. Vers 1965, ils décident donc de rompre avec les Républicains et quittent le parti pour se lancer dans une alliance avec ... l'extrême gauche américaine (the New Left).



« L'avant-garde libertarienne [étasunienne] s'aventure à partir de 1965 dans une alliance avec la gauche radicale. Cette coalition entre la Nouvelle Gauche et l'avant-garde libertarienne, sur fond d'anti-étatisme, est encouragée par la réactivation d'un double héritage. Le premier, isolationniste, offre aux libertariens un espace d'accord avec le pacifisme de la gauche. Le second, anarchiste et inspiré d'un Thoreau ou d'un Tucker, ouvre un second lieu de rapprochement avec l'anti-autoritarisme des militants de la gauche radicale. »

(...)

« En 1968, Rothbard rejoignit avec une dizaine de libertarien un nouveau parti d'extrême gauche le Peace ans Freedom Party. Représenté à la présidentielle de 1968 par le candidat Black Panther Elridge Cleaver, le parti se donnait pour programme de retirer les troupes américaines du Vietnam et proclamait une liberté absolue pour chaque individu de conduire sa vie comme il l'entend. (...) Au sein du Peace and Freedom Party, les libertariens passèrent même une alliance avec la faction maoïste du Progressive Labor Party. »

Sébastien Caré



Dans le cadre de cette alliance, les libertariens se lancent dans une vaste campagne contre l'impérialisme étasunien.



« Nous savions tous que l'ennemi du Che était aussi le nôtre : cet immense colosse qui oppresse et effraye tous les peuples du monde, à savoir l'impérialisme américain. »

Murray Rothbard 
(extrait de son éloge funèbre d'Ernesto Che Guevara)


Et adoptent les codes de la contre-culture et du mouvement hippie.


« Nous nous identifions à la contre-culture. Les traditionalistes étaient des gens qui... étaient en costard cravate et portaient de belles chemises. Quant à nous, nous étions simplement affublés de jeans effilochés, écoutions de la musique rock, portions des chemises de travailleurs, laissions pousser nos cheveux, et écoutions les Doors ou d'autres groupes dans le genre... Les libertariens étaient en phase avec la liberté qui s'exprimait dans la génération Woodstock. »

Dana Rohrabacher 



Tout en rejetant la validité du clivage gauche-droite.


« Les catégories actuelles de la « gauche » et de la « droite » sont devenues erronées et obsolètes, et la doctrine de la liberté contient des éléments correspondant aux deux. »

Murray Rothbard


Cette alliance avec l'extrême gauche étasunienne durera jusqu'aux années 1973-1975. A ce moment-la les libertariens étasuniens forment leur propre parti, le Parti Libertarien, emmenant avec eux nombre de militants de gauche convaincus à leurs idées. De cette alliance avec la gauche émergera durablement au sein des libertariens étasuniens une tendance libertaire jusqu'à de nos jours.

Il faut encore ajouter que le vote libertarien (entre 10 et 20% des Étasuniens seraient libertariens aujourd'hui) s'est porté davantage sur le candidat démocrate que sur le candidat républicain lors des élections de 2008.



« Un sondage réalisé par Rasmussen à l'été 2008 indique que 53% des libertariens [américains] auraient soutenu Obama, contre 38% en faveur de Mac Cain. Cette désaffection des voix libertariennes s'explique aisément par la politique suivie par le Président George W. Bush, à la fois interventionniste à l'extérieur, peu respectueux des libertés individuelles et finalement économiquement peu libéral à l'intérieur. »

Sébastien Caré


D'après-moi, l'ensemble de ces éléments devraient donc servir de base de réflexion au mouvement libertarien européen quant à ses possibilités d'extension et de recrutement.


« A l'exception de Ayn Rand et de quelques paléolibertariens fondamentalistes, il n'est pas d'intellectuel libertarien qui n'ait envisagé l'existence de communautés socialistes dans son modèle idéal de société. (...) Les tenants d'un communisme utopique devraient peut-être considérer avec moins d'hostilité une pensée qui prétend leur offrir le moyen de le réaliser. »

Sébastien Caré

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