26/11/2014

L'erreur du géolibertarianisme (et celle de Rawls)



Les géolibertariens considèrent que les ressources naturelles (dont le sol) sont limitées et que comme elles sont limitées il n'est pas juste que certains individus s'approprient des ressources en toute liberté au détriment des autres. Cela leur permet de justifier une redistribution des richesses produites par les individus par le biais d'un État (et c'est pourquoi les géolibertariens sont des minarchistes de gauche).

Je pense toutefois que les géolibertariens font erreur lorsqu'ils considèrent que les ressources naturelles sont limitées. Car ils supposent que les ressources ont leur qualité de ressource de manière inhérente à elles-mêmes. Autrement dit, ils supposent qu'il est le propre d'une ressource d'être une ressource, que les ressources existent objectivement en dehors des êtres humains. Or, cela est faux, car A n'est une ressource pour X que du moment où X décide d'utiliser A pour en faire quelque chose. Si X n'imaginait pas un usage possible de A pour réaliser un but particulier, alors A ne serait pas une ressource, mais simplement un objet physique sans fonction particulière. Ce sont donc les êtres humains qui, lors d'un acte de création visant la réalisation d'un but, donnent le caractère de ressource à un objet physique sans fonction particulière prédéfinie. La propriété de A d'être une ressource pour X est donc relative à X.

Compte tenu du caractère relatif d'une ressource, on ne peut pas établir qu'il y a inégalité dans la répartition des ressources naturelles et la justification géolibertarienne d'une redistribution forcée (étatique) des richesses produites s'écroule. Par contre, on peut éventuellement dire qu'il y a inégalité dans la répartition des capacités des individus à créer de la richesse (à créer de la valeur pour les individus à partir d'objets du monde physique). Notons toutefois que cette inégalité ne découle pas forcément tant des capacités des individus (car chacun est compétent dans des domaines différents, mais tout le monde est compétent dans certains domaines), mais surtout de la valeur subjective qu'ils donnent aux fruits de ces capacités. Autrement dit, si X produit A à partir de B, la valeur de B dépend de la valeur que lui trouve Y. Il y a donc surtout une inégalité dans les capacités des individus à créer des produits qui répondent à la demande des autres individus.

A partir de ce constat du caractère inégalitaire de la répartition des capacités des individus à créer des produits qui répondent à la demande des autres individus (qui découle du fait évident que tous les individus sont différents), Rawls pense que les plus capables des individus devraient être contraints par la force à redistribuer une partie de ce qu'ils ont obtenu pour leurs compétences. Quoiqu'il faudrait revenir en détails sur son argumentation (et je le ferai), j'aimerais tout de même répondre ici que ce qu'il propose est éthiquement inacceptable, car, et si je ne me trompe pas c'est là un argument que l'on retrouve chez Nozick, nul n'a de droit sur autrui. En effet, si X a le droit à une partie du revenu de Y, cela signifie que X a le droit que Y travaille pour X un certain temps sans contrepartie et contre sa volonté. Or, le droit de X de faire travailler Y pour lui contre sa volonté est ce qu'on appelle l'esclavage... 



17:50 Publié dans Géolibertarianisme, Rawls | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Je me demande, dans ton premier paragraphe, si ce qui définit une ressource, ton X en l’occurrence, n'est pas relative à l'échelle sociale, plutôt qu'à celle de l'individu.
Je m'explique: je ne pense pas que A soit définie comme une ressource par un individu, mais par la collectivité intellectuelle humaine. Le bois sert à faire du feu: celui qui ramasse le bois ne crée pas une ressource (ou alors le premier qui l'a fait, et alors nous lui serions très redevables d'avoir tous volé sa propriété), il ramasse ce qui est considéré par tous comme une ressource.
Partant, celui qui ramasse trop de bois fait un tort aux autres, non?

Écrit par : Adrien Mangili | 27/11/2014

Hello Adrien :-)
C'est sympa de passer sur mon blog !
Imaginons que X utilise le bois pour faire du feu, et Y utilise de l'huile de baleine pour faire du feu, dans ce cas le bois n'a pas la même utilité pour Y que pour X (et ne prend donc pas le caractère de ressource). Bien entendu, le bois peut avoir une autre utilité que celle de faire du feu pour Y.
Si dans une société donnée, par exemple de chasseur-cueilleurs, tout le monde considère le bois comme une ressource, alors le premier à trouver l'arbre A en devient le propriétaire du moment qu'il mélange son travail avec le dit arbre (soit du moment où il en prend soin). C'est là la conception de l'appropriation que propose Rothbard et beaucoup de libertariens.
Il y a une multitudes d'objets physiques pouvant servir de ressources, donc le fait que certains s'approprient certains objets physiques pour créer n'est pas un problème. Pour s'enrichir un individu n'a de toute façon comme seule solution (si on exclut l'agression) que de produire ce que les autres veulent.

Écrit par : Adrien Faure | 27/11/2014

Bien sûr qu'il y a des créateurs de ressources, le premier à avoir compris les usages du bois en a fait une ressource pour lui-même et pour les autres à partir du moment où il leur a montré ou expliqué ces usages.
Celui qui ramasse beaucoup de bois l'échangera contre d'autres choses et évitera aux autres la peine de ramasser du bois. S'il crée pénurie de bois dans une région, et bien des ressources de substitution apparaîtront.

Écrit par : Adrien Faure | 27/11/2014

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