25/11/2014

Le contrat social libertarien



J'étais hier soir à une conférence de Bertrand Cassegrain, co-organisée par la Société romande de philosophie et par l'Association des étudiant-e-s en philosophie de l'Université de Genève (Phileas), portant sur l'impossibilité de l'anarchisme (défini comme un processus de prise de décision collectif fondé sur le consensus/l'unanimité). Si je suis en accord avec la thèse du conférencier (effectivement le consensus ne fonctionne pas et se traduit bien souvent par l'ostracisme de certains des participants à la prise de décision), je pense toutefois qu'elle n'infirme que l'anarchisme conseilliste unanimiste (il y a aussi un anarchisme conseilliste démocratique), et non pas le libertarianisme anarchiste. Car entre l'anarchisme conseilliste unanimiste et l'état de nature (le chaos hobbesien), il y a une place pour le libertarianisme anarchiste, compris comme un consensus ultra-minimal sur un principe éthique, le principe de non agression (i.e. la liberté des uns s'arrête à la liberté des autres).

Si je reprends un schéma de la conférence d'hier, voilà la typologie que je proposerais :

- Monarchie => Un seul décide

- Aristocratie/Oligarchie => Une minorité décide

- Démocratie (dont l'anarchisme conseilliste démocratique, la démocratie directe, etc.) => Une majorité décide

- Anarchisme conseilliste unanimiste => En théorie, tout le monde décide pour tout le monde, mais en réalité une majorité finit par décider pour des minorités (donc retour à la case démocratique).

- Libertarianisme anarchiste => Personne ne décide pour personne, chacun décide pour soi-même dans le respect d'autrui.

- État de nature (anomie hobbesienne) => Chacun décide pour soi-même sans respect pour autrui.

 

L'anarchie libertarienne se fonde donc sur un consensus ultra-minimal sur un principe éthique qui est le principe de non agression. Bien entendu, il faut que ce principe soit défini. La définition libertarienne classique est la suivante : chacun est propriétaire de son corps et de son esprit et de ce qu'il acquiert par leur usage pacifique, nul ne doit violer les droits de propriété d'autrui, une violation des droits de propriété d'un individu correspond à un acte d'agression.
Une difficulté que présente cette définition classique réside dans ses applications pratiques. Un vol ou un meurtre est un acte d'agression évident, mais qu'en est-il de la nature d'un puissant projecteur braqué par x sur la maison de y, ou d'une insulte de x poussant y au suicide ? La solution se trouve probablement et pragmatiquement dans une approche au cas par cas, réalisée par les tribunaux et autres arbitrages privés dans une société sans État (cf. David Friedman).
Quant au respect du principe de non agression, on peut supposer qu'il sera le fait de tous (y compris d'agences de protection privées). En effet, à partir d'une certaine masse critique d'individus respectant le principe de non agression, les agresseurs potentiels sont automatiquement mis hors d'état de nuire.

Le libertarianisme anarchiste est donc bel et bien un projet de société proposant non un retour à l'état de nature, mais une forme ultra-minimale de contrat-social consistant à établir un consensus sur un principe éthique unique, le principe de non agression. 


 

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16:15 Publié dans Libertarianisme | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

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