01/11/2014

Le mouvement libertarien étasunien et la gauche

 


« Beaucoup de ceux qui se trouvent à droite devraient se rendre à gauche, et vice versa. L'alternative n'est pas capitalisme contre socialisme mais bien État fort centralisé contre le peuple. »

Carl Oglesby



« Les gens bien à droite et ceux bien à gauche étaient les seuls que mes idées intéressaient... étaient même les seuls que n'importe quelle idée intéressait. Seul le centre bureaucratique, qui était grand, était opposé à toutes les idées. Il y avait, surtout dans les universités, une sorte d'alliance gauche-droite en faveur de l'intelligence, contre la stupidité, qui se trouvait au centre. »

Leonard Liggio



Le mouvement libertarien étasunien s'est formé en tant que mouvement politiquement organisé durant les années 1950 au sein du Parti Républicain, comme une tendance et une fraction de plus en plus organisée et autonome de ce parti. Toutefois, dans les années 1960, les libertariens étasuniens finissent par prendre acte de leur marginalisation au sein de ce parti et de leur incapacité à influer sur sa ligne. Vers 1965, ils décident donc de rompre avec les Républicains et quittent le parti pour se lancer dans une alliance avec ... l'extrême gauche américaine (the New Left).



« L'avant-garde libertarienne [étasunienne] s'aventure à partir de 1965 dans une alliance avec la gauche radicale. Cette coalition entre la Nouvelle Gauche et l'avant-garde libertarienne, sur fond d'anti-étatisme, est encouragée par la réactivation d'un double héritage. Le premier, isolationniste, offre aux libertariens un espace d'accord avec le pacifisme de la gauche. Le second, anarchiste et inspiré d'un Thoreau ou d'un Tucker, ouvre un second lieu de rapprochement avec l'anti-autoritarisme des militants de la gauche radicale. »

(...)

« En 1968, Rothbard rejoignit avec une dizaine de libertarien un nouveau parti d'extrême gauche le Peace ans Freedom Party. Représenté à la présidentielle de 1968 par le candidat Black Panther Elridge Cleaver, le parti se donnait pour programme de retirer les troupes américaines du Vietnam et proclamait une liberté absolue pour chaque individu de conduire sa vie comme il l'entend. (...) Au sein du Peace and Freedom Party, les libertariens passèrent même une alliance avec la faction maoïste du Progressive Labor Party. »

Sébastien Caré



Dans le cadre de cette alliance, les libertariens se lancent dans une vaste campagne contre l'impérialisme étasunien.



« Nous savions tous que l'ennemi du Che était aussi le nôtre : cet immense colosse qui oppresse et effraye tous les peuples du monde, à savoir l'impérialisme américain. »

Murray Rothbard 
(extrait de son éloge funèbre d'Ernesto Che Guevara)


Et adoptent les codes de la contre-culture et du mouvement hippie.


« Nous nous identifions à la contre-culture. Les traditionalistes étaient des gens qui... étaient en costard cravate et portaient de belles chemises. Quant à nous, nous étions simplement affublés de jeans effilochés, écoutions de la musique rock, portions des chemises de travailleurs, laissions pousser nos cheveux, et écoutions les Doors ou d'autres groupes dans le genre... Les libertariens étaient en phase avec la liberté qui s'exprimait dans la génération Woodstock. »

Dana Rohrabacher 



Tout en rejetant la validité du clivage gauche-droite.


« Les catégories actuelles de la « gauche » et de la « droite » sont devenues erronées et obsolètes, et la doctrine de la liberté contient des éléments correspondant aux deux. »

Murray Rothbard


Cette alliance avec l'extrême gauche étasunienne durera jusqu'aux années 1973-1975. A ce moment-la les libertariens étasuniens forment leur propre parti, le Parti Libertarien, emmenant avec eux nombre de militants de gauche convaincus à leurs idées. De cette alliance avec la gauche émergera durablement au sein des libertariens étasuniens une tendance libertaire jusqu'à de nos jours.

Il faut encore ajouter que le vote libertarien (entre 10 et 20% des Étasuniens seraient libertariens aujourd'hui) s'est porté davantage sur le candidat démocrate que sur le candidat républicain lors des élections de 2008.



« Un sondage réalisé par Rasmussen à l'été 2008 indique que 53% des libertariens [américains] auraient soutenu Obama, contre 38% en faveur de Mac Cain. Cette désaffection des voix libertariennes s'explique aisément par la politique suivie par le Président George W. Bush, à la fois interventionniste à l'extérieur, peu respectueux des libertés individuelles et finalement économiquement peu libéral à l'intérieur. »

Sébastien Caré


D'après-moi, l'ensemble de ces éléments devraient donc servir de base de réflexion au mouvement libertarien européen quant à ses possibilités d'extension et de recrutement.


« A l'exception de Ayn Rand et de quelques paléolibertariens fondamentalistes, il n'est pas d'intellectuel libertarien qui n'ait envisagé l'existence de communautés socialistes dans son modèle idéal de société. (...) Les tenants d'un communisme utopique devraient peut-être considérer avec moins d'hostilité une pensée qui prétend leur offrir le moyen de le réaliser. »

Sébastien Caré

12:44 Publié dans Mouvement libertarien | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Votre vision utopique du monde me fait penser à un enfant innocent qui ne tient pas compte de tout ce qui l'entoure. Par exemple, dans votre monde parfait, il n'y aurait point d'Etat et donc de police. Dès lors, comment pensez-vous régler les problèmes qui pourraient survenir (étant précisé qu'il y a des personnes qui font un peu comme elles veulent tout en empiétant sur les libertés des autres) ?

Écrit par : davide | 01/11/2014

Je comprends vos efforts désespérés pour tenter de souligner les liens entre les libertariens et la gauche. J'imagine que la plupart de vos proches peinent à vous suivre.
A votre place, je ne dépenserais pas tant d'énergie. On ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif.
Mais surtout, de manière inéluctable et indépendamment des choix politiques, nos sociétés sont parfaitement débordées par l'avènement d'internet et tout particulièrement l'arrivée imminente du web 3.0 qui ancrera durablement le changement de paradigme profond pointé par Jeremy Rifkin depuis quelques années.
Demain, nous serons tous "prosumers" Producteurs/consommateurs, et nous n'aurons plus besoin d'intermédiaires qui se sucrent au passage. Nous vivons le crépuscule du capitalisme financier et l'aube de la coopération versus compétition. Un véritable socialisme qui vient d'en bas, du besoin fondamental de l'individu devenu universel.
Oui, les extrêmes se rejoignent car ce n'est qu'en exacerbant la liberté individuelle qu'on permettra aux humains de choisir la coopération plutôt que de l'imposer d'en haut par des doctrines improbables.
J'espère que vous ferez partie de cette jeunesse qui permettra l'accélération de cette échéance inéluctable.
Je vous recommande les deux derniers ouvrages de Jeremy Rifkin :
"The third indurstial revolution"
"The near zero marginal cost society"

Écrit par : Pierre Jenni | 01/11/2014

Davide, dans une société sans Etat, il y aurait des agences de protection privées qui se chargeraient de proposer leurs services de protection. David Friedman a décrit et développé toutes ces questions dans son livre-phare : "Vers une société sans Etat".

Écrit par : Adrien Faure | 01/11/2014

Pierre Jenni, vous vous trompez partiellement sur les raisons de ce genre de publication. Elles visent avant tout à montrer des aspects méconnus du libertarianisme, et notamment ses liens avec la gauche, afin de convaincre les militants de gauche de se joindre à notre mouvement. Dans l'idéal mes camarades libertariens provenant d'organisations de droite pourraient faire de même afin que davantage de gens se joignent à notre combat pour la liberté.

Je vous remercie pour vos conseils de lecture, j'y penserai sérieusement :-)

Écrit par : Adrien Faure | 01/11/2014

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