01/07/2014

Pourquoi le socialisme ne parle-il plus aux populations européennes ? - Un problème de concepts


Sixième partie de ma présentation sur le socialisme.

Les théoriciens socialistes ont créé ces dernières décennies un certain nombre de concepts non pertinents ou erronés. Ces concepts servent (notamment) de base à la construction programmatique et au fond des campagnes politiques, et c'est pourquoi ils sont aussi problématiques. Pour un exposé complet de l'influence de la théorie (de la philosophie politique) sur la pratique (sur la vie sociale, économique, et politique), se référer à la première partie de cette présentation.
Ces errements et erreurs ont pour moi une source commune qui se trouve dans un choix paradigmatique philosophique fallacieux, et ce sera la dernière partie de ma présentation. Pour le moment, je propose de se contenter de donner quelques exemples de concepts erronés.

1. Le néo-libéralisme

En remplaçant le capitalisme par le néo-libéralisme, les théoriciens socialistes (en question) se croyaient probablement très malins et se disaient peut-être que cela incarnerait une forme de modernisation de la critique socialiste de l'exploitation et de la domination, mais ils n'ont créé qu'un poncif vide de sens. Nul ne sait réellement définir le néo-libéralisme qui devient l'incarnation de tous les fantasmes des gauchistes. Généralement, les militants naïfs (sans vouloir être désagréable) emploient ce concept comme équivalent au mot « mal ». Quel concept pratique... mais vide de sens.
A vrai dire, les social-libéraux (la gauche libérale non socialiste) ont fini par s'emparer du concept pour présenter leur propre libéralisme comme parfaitement présentable, face aux méchant libéralisme des néo-libéraux, et par le faire désigner simplement n'importe quelle action en faveur du moins d’État. C'était ainsi réaliser le premier pas de leur stratégie visant à remplacer le socialisme par l'étatisme.
Devant ce naufrage de la pensée, une seule solution : l'élimination de ce concept absurde.

2. Le remplacement du socialisme par l'étatisme (et le keynésianisme)

Ce n'est pas seulement le problème (capitalisme par néo-libéralisme) que les social-libéraux ont remplacé suite aux mauvaises théorisations socialistes, mais c'est aussi la solution. On entend la gauche s'étendre sans relâche sur la nécessité de préserver l’État (éventuellement providence), sur la nécessité de grossir les services publics, de gonfler le nombre de fonctionnaires, sur l'importance de l'impôt (« l'impôt heureux » disaient pitoyablement certains membres du PS) et de la taxation...
Pourquoi s'étonner que la population européenne ne se sente pas particulièrement motivée à voter pour davantage de ponctions étatiques ? La liberté positive du socialisme c'est la solidarité, pas l’État et le contrôle social de la machine bureaucratique ! Il est donc impératif de cesser de créer cette confusion entre socialisme et étatisme. Ré-affirmons plutôt notre volonté de nous débarrasser de la hiérarchie, voilà un combat bien plus noble.

3. Le remplacement du socialisme par le moralisme (et l'élitisme)

Ceci est probablement le pire de tous les problèmes conceptuels provoqués par les théoriciens socialistes... Faire passer le socialisme pour une théorie moralisatrice devant dire à tout le monde comment il doit vivre !
L'acte de consommation (la société de consommation) est de manière absurde critiquée à n'en plus finir (le consumérisme c'est le mal, n'allez pas au McDonald, votez éthique avec votre porte-monnaie, etc.). Le jeu vidéo fait l'objet des pires condamnations, le cinéma de masse (les blockbusters) est l'incarnation de Satan, l'alimentation rapide (snack food) est un travers diabolique, la technologie est toujours porteur d'un vice quelconque, le savoir n'est qu'une forme de domination, etc. Ce tissu de moralisations vient remplacer le projet socialiste, le projet de liberté, par une politique de culpabilisation rabaissant les goûts de la majorité de la population à des vices critiquables.

4. Suprématie de la lutte internationale sur la lutte nationale

Les théoriciens socialistes parlent beaucoup de lutte des classes au niveau mondial, les vilaines nations occidentales exploitent les gentilles nations du Tiers-Monde, et cela est très mal. Ce qui nous ramène à une dose de moralisme supplémentaire (il vous faudra obtenir la rédemption par l'humanitaire, en payant de votre porte-monnaie votre juste expiation) et nous éloigne du commencement du projet socialiste : l'individu et sa volonté de vivre autrement (pleinement) ici et maintenant, parmi ses voisins et ses compatriotes.
Les théoriciens socialistes parlent beaucoup de post-colonialisme, de multinationales, de l'empire américain, et ils en oublient de s'intéresser aux humbles problèmes des locaux et des nationaux. Peut-être qu'un peu plus de réalité et de localité dans leur théorisation/militantisme serait bienvenue. Marx le disait déjà : la révolution est mondiale, mais elle ne peut se faire que nationalement (ce qui signifie que la révolution mondiale n'est que la somme de toutes les révolutions nationales).

5. L'abandon de la lutte économique pour la lutte culturelle

Le socialisme n'est-il qu'un progressisme ? Son but est-il de réaliser le mariage homosexuel et l'égalité entre les genres ? Ce sont bien là des implications du noyau essentiel du projet socialiste certes. Toutefois, le socialisme ne l'emportera pas en mettant l'accent sur des questions de mœurs. La lutte se doit d'abord d'être essentiellement économique et sociale, et non uniquement morale et culturelle. 



Dans la prochaine et dernière partie, je conclurai en abordant la question du mauvais choix philosophique effectué par la gauche. 

 

14:32 Publié dans Dernière présentation sur le socialisme, Socialisme | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Coucou Adrien.

En commentaire rapide à un de tes points: je te rejoins sur la question de l'abandon de la lutte sociale pour la lutte culturelle. C'est d'ailleurs ce qui me hérisse le plus dans une certaine gauche aujourd'hui. Je pense à tout ce qui est libéralisme sociétal: mariage homosexuel, régularisation totale des sans papiers, dépénalisation des drogues, féminisme ultra... sur ce dernier point l'inénarrable Sandrine Salerno est une perle incroyable avec ses cours de langage épicène !
(http://www.lematin.ch/suisse/desexualisation-sandrine-salerno/story/10239712)

En soi, ces combats n'ont rien à voir avec le socialisme. Je pense même, à la suite de J.-C.Michea, que ces combats sociétaux font des gens de gauche qui les soutiennent des idiots utiles d'une forme très poussée de néo libéralisme (désolé pour ce terme que tu n'aimes pas), qui veut faire sauter tous les cadres de la société traditionnelle, pour isoler les individus qui deviennent ainsi de meilleurs consommateurs. Je discutais hier avec mon ami Robin qui me disait d'ailleurs à ce sujet que selon lui, le libéralisme sociétal était indissociable du libéralisme économique.

Jonathan
Un ami de droite qui vous veut du bien :p

Écrit par : Jonathan Barras | 02/07/2014

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