30/06/2014

Pourquoi le projet socialiste a-t-il été abandonné ?


Cinquième partie de ma présentation sur le socialisme donnée à la Journée de formation de la Jeunesse Socialiste Genevoise le 17 juin 2014.

Contrairement à ce que j'avais dit lors de ma précédente publication, je vais espacer encore un peu cette présentation en divisant le contenu restant en trois parties distinctes. La présente traitera de manière générale des différents problèmes (facteurs) ayant amené à l'abandon du socialisme, la prochaine abordera spécifiquement les problèmes conceptuels rencontrés par le socialisme et par ses théoriciens, et la dernière exposera mes hypothèses sur un choix philosophique générale problématique pris par les mouvements se réclamant du socialisme (ce sera en fait la partie la plus osée). Dans la mesure du possible, j'essaie de ne pas me contenter d'exposer un problème, mais bien aussi de proposer des pistes (esquisses) de solution. Mais assez de ces introductions à répétition, et commençons.


Notre utopie, notre projet de société idéal, notre théorie du bonheur, tout cela ne semble pas trouver grâce aux yeux des populations européennes contemporaines, du moins de leur (grande) majorité. Comment est-ce possible ?

Il y a d'abord des facteurs externes à nos organisations.

1. Nos adversaires sont puissants. Patronat, financiers, propriétaires, droite, centre, gauche libérale, gouvernements, pouvoirs d’État divers et variés, disposent de vastes moyens de propagande, d'endoctrinement, et de répression. Tant de gens ont écrit sur ce sujet (Althusser et Foucault notamment) que je ne vais pas ergoter sur le sujet (qui plus est, j'ai déjà écrit là-dessus sur ce blog).

2. On ne sait plus qui est le sujet émancipateur dans nos sociétés européennes tertiarisées. Cela peut sembler trivial, mais les conséquences de cette évolution se font fortement encore sentir. La classe ouvrière ne représentant que 15% de la population dans des villes-cantons comme Genève ou 20% en Suisse, et la classe paysanne que 3 à 4%. L'ancien prolétariat semble donc bien peu nombreux pour réaliser sa révolution censée libérer toute la société (alors que le nombre était censé être sa force face à la minorité exploiteuse). Ajoutons en outre que la classe ouvrière contemporaine résidente en Suisse est probablement majoritairement composée d'ouvriers étrangers (avec ou sans papiers qui plus est) au pouvoir politique limité... Si la classe ouvrière n'est plus le sujet émancipateur, alors qui est-ce ?
A cette question, les théoriciens contemporains ont répondu tout et n'importe quoi, avec au choix : les jeunes, les étudiants, les féministes, les homosexuels, les migrants, les pauvres, les classes populaires, les sans-papiers, etc.
Et pourtant, les jeunes et les étudiants ne semblent plus très révolutionnaires, les féministes et les homosexuels non plus, les migrants et les sans-papiers sont trop faibles pour se révolter, les pauvres ne se révoltent que rarement par manque de moyens, et enfin, les classes populaires, on ne sait pas qui c'est (probablement un peu de toutes les catégories pré-citées). Certains avancent alors que le sujet émancipateur serait... tout le monde (ils nomment ce
tout le monde par le pompeux terme de multitude), et il me semble qu'ils ont raison. Le prolétariat est mort ? Les classes sociales ont disparu ? Vive la révolution des individus !

3. Les communistes ont été dé-crédibilisés par la chute de l'URSS. L'idée d'une alternative valable au capitalisme semble moins évidente. Bon nombre de ceux qui croyaient dans les mythes russo-soviétiques ont perdu leurs convictions et leur confiance dans le projet socialiste. La propagande de nos adversaires visent en plus à faire accroire que la vieille machine autoritaire russo-soviétique incarnait le top du socialisme...

Il y a aussi des facteurs internes à nos organisations.

4. Les organisations de gauche (je pense particulièrement à la social-démocratie, mais pas seulement) sont gangrenées par le carriérisme et l'électoralisme. Cela empêche toute réflexion de fond et bloque une véritable action allant dans le sens du socialisme. Je ne vais pas m'étendre davantage car j'ai d'ores et déjà dénoncé ce cancer sur ce blog.

5. Les organisations de gauche sont mal structurées. Trop rigides, conçues comme des machines électorales ou gestionnaires, elles reproduisent des tendances de la société capitaliste (hiérarchie, bureaucratie, verticalité, autoritarisme, domination, etc.). Il faudrait au contraire des organisations fondées sur un modèle autogestionnaire horizontal, et ultra-démocratique, où les militants seraient aux commandes du navire de A à Z (ce qui est techniquement possible avec la technologie contemporaine).

6. Les organisations d'extrême gauche présentent souvent des problèmes de forme. Les trotskistes par exemple se complaisent dans une rhétorique absolument in-audible aux oreilles des populations européennes contemporaines. Les anarchistes, quant à eux, se déguisent souvent (mais pas toujours) en punks iroquois ou en clochards des rues, ce qui ne facilite pas le travail d’approche et de conscientisation de la population... ou bien se perdent dans des slogans sans fin contre la machine policière ou pénitentiaire au lieu de s'en prendre aux gouvernements qui donnent les ordres. Bien entendu, ces critiques (comme les précédentes) ne concernent qu'une partie de ces organisations.

7. Les organisations de gauche pèchent au niveau de la formation des militants. Conçus comme de la main d’œuvre, les militants sont bien trop souvent formés à de simples tâches de propagande (assimilation d'argumentaires, rhétorique, etc.), alors qu'il faudrait former nos militants selon une véritable éthique des vertus (sur laquelle je reviendrai ultérieurement). On ne construit pas une société alternative sur des borborygmes propagandistes, mais sur la raison et la passion de véritables êtres humains.

8. Les organisations de gauche ont des problèmes de méthode. Leur militantisme semble se poser trop de limites et ne pas appréhender l'ensemble des possibilités d'action envisageables.


Les deux derniers problèmes sont des problèmes d'ordres conceptuels et philosophiques. Ce sont ces deux derniers ensembles de problèmes que je traiterai dans les deux dernières parties de cette présentation sur le socialisme.

17:47 Publié dans Dernière présentation sur le socialisme, Socialisme | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

"Les organisations d'extrême gauche présentent souvent des problèmes de forme. Les trotskistes par exemple se complaisent dans une rhétorique absolument in-audible aux oreilles des populations européennes contemporaines. Les anarchistes, quant à eux, se déguisent souvent (mais pas toujours) en punks iroquois ou en clochards des rues, ce qui ne facilite pas le travail d’approche et de conscientisation de la population..."

Haha, faut-il voir là une allusion subtile à certains de tes propres membres ? ;)... Merci pour tes textes Adrien. Pour une des remarques globales, je vais peut-être attendre les dernier de tes textes pour m'y lancer.

Jonathan

Écrit par : Jonathan Barras | 02/07/2014

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