01/06/2014

Entretien avec le militant Christopher Mariën - Cinquième partie

     AF. Que penses-tu de l'Union Européenne ? Es-tu favorable au fédéralisme                     européen ?

 

CM. Je connais très peu le fonctionnement de l'Union Européenne et ce qu'elle fait véritablement. Mais un gros défaut que je lui reprocherais, c'est son manque de communication et de transparence !

Sur le principe de l'Union Européenne et du fédéralisme européen, je suis assez sceptique. Cela est sans doute dû à mon manque d'information, mais comme je l'ai dit dans les questions précédentes, mon idéal serait l'absence d’État ou du moins qu'il soit réduit à son minimum que sont les fonctions régaliennes. Est-ce le cas de l'Union Européenne ? Absolument pas, elle est déjà un État qui domine les autres États qui dominent l'individu. Je risque d'être un peu cru dans mes propos, mais de ce que je connais de l'Union Européenne, elle me fait étrangement penser à l'URSS, avec la dictature en moins (et encore). Il y a une sorte de domination plus forte encore qu'un simple État et un manque de cohérence. Je m'explique. Lorsque des lois ou traités sont votés au parlement européen, ceux-ci ont un impact direct sur la politique des États membres, sauf que chaque État interprète un peu à sa manière les lois et traités européens, soit on va jusqu'au bout de l'idée et nous créons un fédéralisme européen avec un véritable gouvernement européen et on transcende les États jusqu'à leur disparition totale (transformation en région à de l'Europe à la limite), soit on oublie totalement cette idée, et on laisse les individus gérer leur vie comme bon leur semble. Cette Union Européenne crée encore plus de coercition selon moi, l’État est déjà coercitif, mais en rajoutant un État au dessus de l’État, on double les réprimandes, car lorsque l'Union punit, elle s'attaque aux États. Et à qui s'attaque l’État ? Aux individus !

Pour conclure, je dirais que de ce que je connais de l'Union Européenne, je comprend l'idée, mais ai peur que dans l'avenir nous entrions dans une concurrence de « super État », alors qu'au contraire on devrait être dans la concurrence libre de chaque individu.

 

 

     AF. Adhères-tu à l'idée d'un gouvernement mondial ?

 

CM. Je ne visualise pas bien l'idée de gouvernement mondial. A quoi consisterait-il ? Comment fonctionnerait-il ? Créerait-il lui aussi des impôts ? A qui cela reviendrait ? Comment ce gouvernement serait-il élu ? Comment communiquerions exactement ? Cela me parait fort peu probable. Le seul « gouvernement mondial » que je visualise est l'absence de gouvernement justement et la libre concurrence, la loi de l'offre et de la demande et donc l'économie de marché.

 

      

    AF. Selon toi, quel est le rapport entre le keynésianisme et le libéralisme ?

 

CM. Le keynésianisme est selon moi une dérive d'un libéralisme devenu étatique. En effet, de ce que j'ai pu lire de ce courant, cette théorie économique propose d'influencer l'économie. Pour donner un exemple concret, je pense que le parti que je présente (le Mouvement Réformateur) est keynésien. Il cherche à influencer l'économie en créant des dispositifs d'aides aux entreprises, aux indépendants, etc. L'un d'eux fait d'ailleurs polémique et il y a de quoi effectivement. Ce dispositif se nomme « les intérêts notionnels ». Ils consistent au fait qu'un patron d'entreprise reverse l'argent qu'il a gagné dans son entreprise (fonds propres) ce qui lui permet d'avoir une déduction fiscale. Ce dispositif était à la base conçu pour permettre aux PME de diminuer leur fiscalité très importante en Belgique. Sauf que ces intérêts notionnels ont privilégié au final les grandes entreprises !

Pourquoi je vous parle de cela ? Pour vous démontrer que l'utilisation de dispositif d’État discrimine une partie de l'économie à chaque fois. C'est ce que Milton Friedman met en avant lorsqu'il évoque les monopoles, ceux-ci sont à 99% créés par l’État, et ce dispositif en est en quelque sorte la preuve, vu qu'elle a privilégié des entreprises qui étaient déjà privilégiées. Certes, il a aussi aidé les PME, mais pas comme il l'aurait dû à la base. Et même si cela avait privilégié les PME, celles qui auraient utilisé ce dispositif se serait enrichies, se seraient agrandies, seraient devenues de grandes entreprises et auraient donc créé un autre privilège, et ceci peut être au détriment d'autres grandes entreprises qui n'auraient pas reçu d'aides de l’État. Donc pour moi, le keynésianisme est un libéralisme d’État, un libéralisme influencé par des idées étatistes.

 

 

     AF. Quelle est la personne qui a marqué le plus l'histoire positivement ?

 

CM. Il est difficile de répondre à ce type de question, tellement d'individus ont influencé l'histoire que n'en citer qu'un est assez injuste pour les autres. De plus, nos réponses seront sans doute influencé par notre culture et notre époque. Par exemple, j'aurais directement répondu Mandela ou Luther King, car ils ont permis à une population opprimée depuis des siècles de s'en sortir ou d'avoir au moins une possibilité de s'en sortir. Je ne saurais en dire davantage, il y a beaucoup trop de personnes qui ont influencé l'histoire.

 

 

     AF. Et négativement ?

 

CM. Pareil pour cette question, j'aurais répondu Hitler, mais ceci influencé par notre histoire, notre culture et notre contexte de vie. Pourquoi j'ai choisi Hitler, car il démontre à quel point un individu peut influencer une société et manipuler les dispositifs mis en place par l’État. Soyons clair, pour moi, cela démontre les côtés néfastes d'un État fort. En effet, Hitler a certes débuté au bas de l'échelle, a gangrené la société petit à petit, mais cette société l'était déjà ! La propagande anti-juif était déjà de mise et était propagé par des agents de l’État et ceci avant même qu'Hitler se lance en « politique ». Le contexte était donc propice pour qu'un individu puisse influencer davantage la société. Lorsqu'il fut au pouvoir ou du moins assez connu, il a eu en sa possession d'autres outils donnés soit par des particuliers, soit par l’État, car soyons sérieux un moment, un individu seul n'aurait jamais pu faire ce qu'il a fait. Si cette partie de notre histoire démontrait une « crise de l'individu », il aurait suffit que l'armée, qu'un général, qu'une personne proche de lui ou même une personne lambda l'assassine avant qu'il ne fasse ce qu'il a fait, mais ce ne fut pas le cas ! L’État a été un outil encore plus coercitif pour les individus et ils ont presque tous suivi. Nous avons des exemples concrets à notre époque de coup d’État par l'armée ou par des individus lorsque le gouvernement en place ne leur convient pas, il n'y a rien eu de cela durant l'époque Hitlérienne.

 

 

    AF. Qu'est-ce que le communisme selon toi ? Comment le différencier du                         socialisme ?

 

 

CM. Selon moi, le communisme cherche à avoir un État fort afin de régler, à tout niveau, la vie de l'individu. Tout est propriété de l’État, l'individu aura droit aux restes. Prenons un exemple concret. En Belgique, nous avons un parti politique nommé PTB qui se revendique de « la vraie gauche », du « vrai socialisme », mais aussi du marxisme – léninisme. Lors d'une interview, son représentant expliquait que les cachets qu'il recevait lors de ses mandats étaient directement versés au parti. C'est là qu'on voit, selon moi, le côté sectaire du communisme. Du moins de ce type de communisme. Que fait le parti de cet argent ? Va-t-il forcément l'utiliser de la manière que le peuple, que les individus auraient voulu ? C'est le genre de question que l'on pourrait se poser lorsqu'un État est fort. Dans le monde, les régimes qui se sont tentés au communisme ont quasiment tous fini en dictature : Cuba, Corée du Nord, Chine, URSS et sûrement d'autres.

Le socialisme pour moi se différencie du communisme, même si un certain type de socialisme cherche à se rapprocher du communisme, ce socialisme là est dangereux. Le socialisme, comme une certaine forme de libéralisme, cherche à transcender l’État, à le pousser dans ces retranchements, voire à l'éradiquer. Comme je l'ai dit dans une précédente question, le libéralisme pourrait permettre des sociétés socialistes où il y aurait une cohésion sociale, une sorte d'auto-gestion en petit comité. Pour moi, c'est ça le socialisme, c'est penser au bien commun, à la communauté avant le bien individuel, avant l'individu. Les deux finissent par se compléter à un moment, car l'individu ne peut vivre seul et le groupe ne serait pas le même selon les individus qui le composent. Le groupe influence donc l'individu et vice-versa.

 

 

 

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