30/05/2014

Entretien avec le militant Christopher Mariën - Quatrième partie

 

      AF. En tant que résident belge et libéral, comment perçois-tu la Suisse ?

 

Ma réponse risque d'être assez courte, car je connais assez peu la Suisse, sa politique et sa façon de vivre. Les peu de fois où j'en ai entendu parlé véritablement c'était en lien avec des scandales bancaires ou de société (minaret). Ce que j'en ai retenu, c'est que contrairement à la Belgique, vous laissez une place plus concrète à la population par le biais de référendums. C'est un élément que je trouve primordiale au sein d'une démocratie. Sinon, à part les montres, les banques, les chocolats, et les fromages, je ne connais pas grand chose de la Suisse.
 

 

       AF. Si ton parti arrivait au pouvoir, quelles seraient les premières mesures les plus s  essentielles qu'il réaliserait ?

 

Tout au long de sa dernière campagne, le Mouvement Réformateur a eu trois grands sujets : une réforme fiscale, l'enseignement, et la transparence.

L'enjeu de nos élections (qui ont eu lieu dimanche dernier, ndlr) est surtout socio-économique et donc la réforme fiscale prime sur tous les autres sujets. Elle a pour but de donner du pouvoir d'achat aux plus démunis, de diminuer la rage taxatoire qui plane sur nos entreprises (nous avons un des impôts sur les entreprises le plus important d'Europe) et diminution de diverses taxes afin de relancer l'économie et la création d'emploi.

Au niveau de l'enseignement, le Mouvement Réformateur souhaite revaloriser les formations qualifiantes et proposer des formations aux demandeurs d'emplois qui n'en trouvent pas. Le MR souhaite aussi avoir un véritable suivi des élèves et une véritable remédiation, il refuse le nivellement par le bas de l'enseignement. Il souhaite supprimer le décret inscription. Ce décret avait différents objectifs :

 

  • Les écoles soient obligées d'inscrire les élèves dans l'ordre de demande et de tenir un registre dès le moment où l'école dépasse sa capacité maximale ;

  • Les élèves inscrits en primaire ne sont pas inscrits d’office ni prioritaires dans l’école secondaire correspondante ;

  • L’élève ne pourra pas changer d’école pendant un cycle, en primaire et au premier cycle du secondaire, sauf dérogation suite à un déménagement, un changement familial et un problème pédagogique ou psychologique.

     

Tout ceci avait pour but de favoriser la mixité sociale dans les écoles et donc ne plus cloisonner les élèves d'un milieu social favorable et les élèves moins favorisés. Cependant, cela a crée beaucoup trop de problème, des élèves qui ne sont pas inscrit à la rentrée ou alors dans des écoles bien trop loin de chez eux, mais aussi cela enlève la liberté de choix des parents. Ce décret a compliqué la vie de nombreuse famille. Il est évident que le manque de place dans les écoles a aussi joué un rôle, mais le décret a apporté son lot d'inconvénients et le MR aimerait le supprimer.

La transparence est primordiale pour le Mouvement Réformateur, toutes les institutions ne doivent pas déclarer leur activités, leur finance, etc. Par exemple, les syndicats n'ont pas à déclarer les moyens financiers qu'ils possèdent, alors que d'autres institutions comme les partis politiques doivent le faire.

 

 

      AF. Selon toi, qu'est-ce que le nationalisme ? Quel est son rapport au libéralisme ?

 

Le nationalisme est une idéologie qui consiste à penser en terme de nation et non plus en terme d'humanité. Il s'éloigne du principe de patriotisme qui est certes de reconnaître une nation comme étant la sienne, mais elle n'implique pas forcément un conflit entre les nations, entre les individus. Pour moi le nationalisme n'a aucune raison d'être, les nationalistes utilisent régulièrement des rhétoriques prônant la supériorité de leur nation et de leur identité, sauf que l'identité n'existe pas véritablement. Prenons le cas concret de la Belgique, elle se compose d'une partie néerlandophone, une partie francophone et une partie germanophone. Elle a été sous le joug des Celtes, des peuples germains, bourguignonnes, autrichiens, espagnols, français et néerlandais. Quel est donc son identité propre ? La Belgique n'est qu'un mélange d'autres identités, qui sont eux aussi des mélanges d'identité. La Belgique a certes des particularités, mais chaque individu a lui aussi des particularités qui lui permet de se créer une identité propre, au delà de sa nationalité.

Le libéralisme est aux antipodes du nationalisme. Par son principe de libre-échange, il va au delà des frontières des nations, il ouvre les frontières aux autres cultures en prônant le fait que nous avons des choses à apprendre l'un de l'autre et ainsi construire un « projet de société » qui pourrait toucher l'ensemble de l'humanité.

 

  

      AF. Selon toi, qu'est-ce que le conservatisme ? Quel est son rapport au                          libéralisme ?

 

Ce sujet est assez particulier pour moi. En effet, j'entends souvent des personnes s'identifier de libéral conservateur. J'avoue ne pas comprendre ce terme, car il n'a pas de sens à mes yeux. Comment un libéral peut être conservateur ? Un libéral est un individu qui regarde toujours en face de lui et non derrière lui, il ne reste pas figé sur le passé en se disant que telle ou telle période était la meilleure et qu'elle devrait être remise au goût du jour.

Si je devais donner une définition concrète du conservatisme, je dirais que c'est une idéologie prônant le retour en arrière ou souhaitant rester figer sur une forme de la société précise, même si celle-ci possède des défauts, le conservateur est pour moi quelqu'un qui se dit que c'est la moins pire forme de société. Ce qui est tout le contraire du libéralisme, qui lui cherche la meilleure forme de société et ai donc en perpétuel mouvement. Le conservateur n'aime pas le changement et a souvent du mal avec les libertés individuelles, il reste figé sur des normes précises de la société. Le conservateur est un individu qui ne se prend pas véritablement en main, mais cherche soit à être un « Grand Homme d’État », soit à suivre un « Grand Homme d’État ». Beaucoup d'hommes et de femmes politiques belges et français font souvent référence à De Gaulle, pour moi, ils ont un côté assez conservateur à cause de cela. Je ne suis pas dans le culte de la personnalité, même si des personnes ont fait de grande chose, je ne souhaite pas personnellement les mettre sur un piédestal.

 

      AF. Selon toi, qu'est-ce que l'anarchisme ? Quel est son rapport au libéralisme ?

 

L'anarchisme pour moi est une forme de société sans État, avec ou sans règles prédéfinies. L'anarchie est une idéologie qui s'oppose au système mis en place, à condition que ce système soit aux antipodes de l'idéal anarchiste. Pour moi, un des éléments de l'anarchie est la désobéissance civique. Je m'explique. Je fais ici référence à un ouvrage d'auteurs libéraux où un de ces auteurs explique qu'il serait prêt à ne pas payer d'impôt si ceux-ci servaient à financer une future guerre. Pour moi, cet acte est un acte anarchiste, car il s'oppose à une partie du système mis en place. Je précise bien qu'une personne qui ne fait que désobéir n'est pas un anarchiste, mais bien que la désobéissance dans certains cas peut être un acte anarchiste.

Le rapport avec le libéralisme serait pour moi assez simple. Si on suit la logique libéral jusqu'au bout, on en vient à la conclusion que l’État est une entité à éviter, qu'elle n'a pas à avoir de pouvoir sur l'individu. Les anarchistes sont souvent présentés comme des gens de gauche, du moins c'est toujours l'image que j'en ai eu, sauf que l'anarchie n'a selon moi pas de position précise. Elle est comme le libéralisme une idéologie changeante et possédant des formes diverses et variées, c'est ce qui m'amène à penser que si nous suivions la logique libérale, l'anarchie serait l'alternative idéal au système étatiste actuel.

 

     AF. Quel est l’événement historique le plus important à tes yeux ?

Il n'y a qu'un seul véritable événement historique qui me fascine et c'est la Seconde Guerre Mondiale. L'homme d’État Hitler est un personnage qui me fascine et me dégoûte à la fois. Ayant fait des études de psychologie, et donc m'intéressant à la logique humaine, je me pose toujours la question de savoir comment et surtout pourquoi cet homme en est arrivé à faire de telles atrocités. Comment un individu a réussi à monter au pouvoir et à manipuler toute une nation. Là est le problème du nationalisme, on pourrait penser que c'est le propre d'un individu et de son délire xénophobe, sauf que non, cet homme a été soutenu par toute une nation, même s'il y avait des anti-fascistes qui le combattaient, il faut se mettre à l'évidence que l'entité État est aussi derrière cet événement. En effet, nous avons la preuve un peu partout dans le monde que si les hommes d’État ne respecte pas l'attente du peuple, des actes de rébellion se font partout dans le pays et ceux-ci sont parfois accompagnés par une intervention de l'armée qui déloge le gouvernement en vue d'en créer un nouveau. Or, ce ne fut pas le cas durant la seconde guerre mondiale, l’État et la nation était derrière lui, le soutenait, même quand les premières atrocités commencèrent. Beaucoup n'étaient certes pas au courant de ce qui se passait dans les camps, mais les déportations quant à elle était bien visible. Tout ceci pour dire que cet événement me « marque », je ne l'ai certes pas connu, mais c'est un élément de l'histoire européen qui fait écho chez moi et qui me donne envie de m'informer et de comprendre cette période désastreuse de l'Europe.


 

 


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