28/05/2014

Entretien avec le militant Christopher Mariën - Troisième partie

      AF. Existe-il une lutte des classes aujourd'hui selon toi ? Y a-t-il encore une bourgeoisie et un                         prolétariat ? Existe-il une classe ou un groupe social censé émanciper la société ?
 

J'ai dû mal à répondre à cette question car je ne vois pas le monde sous cet angle. Malgré l'un de mes précédentes réponses où j'expliquais faire partie de la « classe moyenne », j'apprécie peu les catégories de ce genre. Pour moi, la lutte des classes n'existe pas aujourd'hui ou si elle doit exister, elle n'est pas entre la bourgeoisie et le prolétariat, mais entre l’État et l'individu. En effet, l’État pourrait représenter la classe bourgeoise d'antan, il contrôle nos vies dans les moindres détails et nous impose des choses. La grande différence entre la lutte des classes d'antan est qu'à notre époque la barrière entre la « bourgeoisie » et le « prolétariat » est mince. Je m'explique. Nous avons des exemples concrets d'individus qui venaient de nulle part et qui sont allés très loin par leur force de travail et leur créativité (Bill Gates par exemple). Certes, cet individu a eu accès à des études lui permettant d'innover le monde de l'informatique, mais à l'heure actuelle, et ceci dans beaucoup de pays (en Occident principalement), même le fils ou la fille d'ouvrier peut avoir accès à des études supérieures, ce qui était très rare à l'époque où la bourgeoisie oppressait le reste de la population.

Pour moi, il n'y a pas de groupe social qui doit émanciper la société, c'est l'individu qui doit innover la société. Certes, à l'heure actuelle, les personnes ayant un certain capital investissent dans des entreprises et créent ainsi de l'emploi. On pourrait donc penser que les riches émancipent la société, mais ce n'est pas mon interprétation des choses. Malgré le fait que les personnes à gros capitaux investissent dans des entreprises, ce sont les entrepreneurs, les travailleurs, les chercheurs, en gros, les individus qui émancipent la société en travaillant sur le monde (science, nouvelles technologies, santé, etc.).

 

    AF. Comment résoudre la crise écologique selon toi ? Est-ce seulement encore                possible ?
 

Il y aurait deux possibilités selon moi. La première serait une intervention de l’État qui obligerait les individus et les sociétés a investir dans des énergies renouvelables, à trier leurs déchets, à prendre soin du monde qui l'entoure. La deuxième serait de sensibiliser les individus à cette problématique et laisser parler leurs raisons afin d'investir de leur propre gré dans ces énergies renouvelables et donc avoir une conscience écologique spontanée.

La première pose encore une fois le soucis de l'obligation, elle part du fait que les individus ne pourraient pas réfléchir par eux-même sur le monde qui les entourent et qu'ils ne pourraient donc pas en prendre soin sans l'intervention de l’État.

La deuxième pose le soucis que tous les individus ne sont pas sensibles à cela. Certains individus préféreront l'appât du gain, plutôt que le respect de la nature.

Cette question amène son lot de difficulté. En effet, tout le monde n'est pas sensible à ce problème, mais est-ce que cela donne le droit d'imposer des choix de vie aux individus ? J'aurais tendance à dire que non, mais il est vrai que sans la nature, sans la terre, il n'y a pas d'individu, il n'y a pas de vie possible. Je pense qu'il faudrait sensibiliser le plus possible, tenter d'avoir une véritable vision du problème, car tous les scientifiques n'arrivent pas à la même conclusion et cela amène un certain flou sur la question. Dernièrement, il faut permettre l'accès aux énergies renouvelables, permettre aux individus de garder le fruit de leur travail ou le salaire (complet) qui leur revient, et ainsi leur laisser le choix d'investir ou non.

 

     AF. Que représente pour toi la Révolution française ?
 

La Révolution française représente véritablement la lutte des classes selon moi. Une époque où des élites dominaient véritablement le pays et ne laissaient aucune possibilité d'émancipation au peuple. A l'heure actuelle, nous avons aussi des élites, mais l'émancipation est possible. Il y a bien sûr des améliorations à faire, mais elles restent à la portée de tout individu (bien sûr, ceci dépend du pays et de la politique mise en place).

Pour revenir sur la Révolution française, elle démontre la force d'un groupe, mais aussi l'envie d'individus d'avoir accès à la liberté, à leur envie d'entreprendre librement et non sous le joug d'une élite esclavagiste. Le mot est fort, mais je pense qu'il correspond bien à l'époque.

 

     AF. Et quid de mai 68 ?
 

Mai 68 a été vu comme un mouvement des forces de gauches, progressiste et pacifiste. Je refuse en partie cette description. Mai 68 a surtout été le mouvement d'une jeunesse souhaitant plus de libertés individuelles ! C'est véritablement ainsi que je le vois, je ne peux cependant pas en dire plus, je ne connais que trop peu cette période pour m'avancer davantage sur le sujet.

 

     AF. Selon toi, existe-il un lien entre libéralisme et spiritualité ?
 

Si lien il doit y avoir, ce serait que le libéralisme permet toute sorte de spiritualité, permet à chaque individu d'avoir sa vision du monde, sa religion, sa philosophie de pensée. Certain pourrait faire un lien entre libéralisme et laïcité, mais la laïcité est selon moi aussi une philosophie parmi d'autre et sa définition est floue.

Il existe selon moi deux laïcités. La première est la laïcité française, c'est-à-dire une laïcité où on considère que la spiritualité fait parti de la vie privée et qu'elle ne doit donc pas être montrée dans des lieux publics. C'est ainsi que des lois, notamment sur le voile islamique, ont pu faire leur apparition. La deuxième laïcité serait pour moi la possibilité à tout individu de vivre sa spiritualité dans la vie privée et publique. Il y aurait cependant des exceptions, des individus étant à des postes dans la fonction publique ou dans l'enseignement devraient garder une neutralité, car ils sont les représentants soit d'un État, soit ils sont à une place où ils doivent permettre à toute individualité de s'exprimer et donc de mettre la sienne de côté afin que tous puissent s'exprimer sans jugement.

 

     AF. Comment définirais-tu le socialisme ?

 

Le socialisme selon moi est une philosophie politique collectiviste, c'est-à-dire qu'elle voit avant tout le groupe avant l'individu, le bien commun avant le bien privé, l’État avant le peuple. Même si le socialisme vient des « entrailles » du peuple ouvrier, il n'en est pas moins une philosophie étatiste. Il y a certes différentes sortes de socialisme, mais dans toutes ses formes, elle a besoin d'un pouvoir coercitif afin de pouvoir partager le bien commun. Contrairement au libéralisme qui, selon moi, n'a pas besoin d'un État ou alors d'un État faible. Le socialisme a quant à lui besoin d'un État fort afin de contrôler chaque élément de la vie d'un individu afin de partager le fruit de son travail au sein du groupe. 

18:09 Publié dans Entretiens avec des militants | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Voila des propos marqués au coin du bon sens par ce militant... Peut-être devriez-vous y réfléchir attentivement?

Écrit par : Déblogueur | 30/05/2014

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