26/05/2014

Entretien avec le militant Christopher Mariën - Deuxième partie

      AF. Qu'est-ce que l’État selon toi ? A-t-il un rôle à jouer dans la construction de            ton idéal ? Quel est son rapport au libéralisme ?

 

CM. Le rôle de l’État est selon moi de garder la paix au sein d'une société, son rôle est donc au niveau de la justice et de l'armée. Tout le reste peut être privatisé à mon sens.

Cependant, l’État peut avoir un pouvoir coercitif par le biais de la justice et de l'armée, cela rentre en collision avec l'idéal libéral qui est de donner des libertés individuelles avec le principe de non-agression. Or, l’État utilise l'agression. L'armée est punitive, la justice est punitive, l'impôt est punitif, même si cela apporte des avantages (protection, sécurité sociale, etc.), elle apporte aussi son lot d'inconvénients (diminution des libertés individuelles, vol d'une partie du travail de l'individu, etc.).

Je suis donc assez mitigé en ce qui concerne le rôle de l’État, à la fois, l'idée d'être protégé par une armée et une justice (tribunaux, police) est intéressante, mais à la fois, elle ne l'est pas car elle suppose son lot d'impôt. Même si l’État n'existait pas, la création de tribunaux serait indispensable afin de régler les problèmes de contrat entre individu. En effet, une branche du libéralisme (libertarianisme) suppose que les individus pourraient vivre librement par le biais de contrat, mais que faire quand ceux-ci ne sont pas respectés ? Il doit y avoir poursuite pour faire valoir ses droits, mais qui décide de cela ? Des juges, mais qui les payent ? Ce ne sont pas des créateurs de richesse, ils ne peuvent vivre par leur travail seul, ils ne vendent pas leur jugement, leur prestation en tant que telle. Il faut donc un accord consenti (liberté individuel) ou imposé (État) afin de créer une justice crédible, ce qui en vient à créer un impôt pour la financer.

 

 

      AF. Qu'est-ce que la science selon toi ? Quel rôle doit-elle jouer dans la                          construction de ton idéal ? Quel est son rapport au libéralisme ?

 

CM. La science est l'étude des phénomènes de ce monde et de l'univers. Elle est un outil créé par l'homme afin de mieux comprendre son environnement. Malgré les innovations faites en la matière, elle reste biaisée dû au fait que l'homme n'utilise pas toutes ces capacités intellectuelles et que les instruments scientifiques sont continuellement améliorés.

La science dans la construction de mon idéal n'apporterait rien en soi. Mon idéal serait que toute personne puisse vivre comme elle le souhaite sans restriction. Cependant, la science peut permettre à certain d'avoir des réponses à leur questions existentielles, mais aussi à créer des instruments/outils permettant un meilleur rendement dans la production de produit, tout en essayant de respecter la terre qui nous accueille. La science servirait donc aux hommes et à son monde (celui dans lequel il vit et non celui qui lui appartient).

Son rapport au libéralisme serait que tout individu pourrait se lancer dans des recherches scientifiques précises permettant d'améliorer son quotidien, et indirectement celui des autres. Économiquement, elle serait un atout essentiel au développement de machine augmentant le rendement et la prospérité écologique. Chaque individu, chaque entreprise pourrait investir dans un domaine précis et apporter des services en lien avec ces recherches scientifiques.

 

      AF. Qu'est-ce que la philosophie selon toi ? Quel rôle doit-elle jouer dans la                  construction de ton idéal ? Quel est son rapport au libéralisme ?

 

CM. La philosophie est la vision d'un homme, d'une femme ou d'un groupe d'individu sur le reste du monde. La philosophie est une forme d'expression qui consiste à expliquer sa façon de voir le monde, sa façon de voir le vivre ensemble, sa façon de voir la nature et son fonctionnement, sa façon de voir les phénomènes naturels ou non qui nous entourent et de les interpréter. Certaines philosophies pourraient se rapprocher de l'approche scientifique, mais je considère véritablement que la philosophie est le propre d'un individu et non des vérités absolues. Nous pouvons nous reconnaître dans des philosophies, mais elles ne seront jamais totalement les nôtres.

La philosophie aurait une place importante dans mon idéal, elle serait une source de connaissance inouïe permettant le libre-échange d'idées entre les individus et ainsi parvenir à une quasi vérité absolue de l'être humain. En effet, si chaque individu exprimait sa vision du monde, nous pourrions supposer que l'être humain posséderait une définition plus ou moins concrète de ce qu'il est, des raisons de son existence et de ce qu'il doit faire. Elle serait aussi à la base de toute création, car toute création demande réflexion et la philosophie est un acte de réflexion sur le monde.

Le libéralisme est une philosophie et donc une vision du monde. Il est donc évident que les libéraux seuls ne peuvent définir ce qu'est l'être humain, ce qui le pousse à avancer, à agir, ... Il est une vision du monde parmi d'autres, mais contrairement à d'autres philosophies, à d'autres idéologies, elle est l'une des rares à permettre la présence d'autres philosophies qu'elle. Elle est donc une philosophie quasi universelle, car elle ne représente pas tout, mais permet que tout soit représenté.

 

 

     AF. Qu'est-ce que l'art selon toi ? Quel rôle doit-elle jouer dans la construction de       ton idéal ? Quel est son rapport au libéralisme ?

 

CM. L'art consiste en la création de bien « matériel » pouvant créer un ressenti, une émotion chez un individu. Le bien « matériel » est ici à comprendre comme création d'un produit. Prenons quelques exemples concrets, si je vous parle d'un film, d'une peinture, vous allez tout de suite penser à de l'art, mais si je vous parle d'une chaise en bois, allez-vous y penser ? Pourtant, une chaise n'est pas une autre, certaines sont faites en boucle (production de bien) et d'autres sont faites avec précision et parfois à modèle unique (travail d'artisan). L'art est une création réfléchie par son créateur, conçu par son créateur et de préférence « fabriquer » par son créateur. Dans le cas de film ou de théâtre, nous parlerons davantage d'un groupement de créateurs que d'un créateur isolé, car contrairement à une peinture ou un dessin, le film ou la pièce de théâtre demandent plusieurs créations : metteur en scène, scénariste et autres.

L'art est une forme d'expression, c'est une force créatrice. Au delà de son côté marchand, il est le reflet d'une époque et possède donc une force historique à mon sens. Les artistes sont le reflet d'une époque, d'une civilisation, d'une philosophie de pensée, c'est cela qui crée leur force.

Le lien avec le libéralisme me semble évident, l’œuvre d'art est le produit d'un individu, de sa force de travail, de sa force créatrice et de son entrepreneuriat. Elle représente à la fois une philosophie de l'époque, mais aussi la vision du monde de l'artiste, ce qui d'un point de vue historique est primordiale pour les générations futures et du point de vue sociétale, l'artiste est un empêcheur de tourner en rond. Certains jouent sur la corde du marketing et du commercial, alors que d'autres jouent au contraire sur l'art pur, celui qui ne cherche pas à se vendre, mais à faire réfléchir, à déranger, à bousculer les esprits coincés afin de les libérer de leur carcan idéologique.

 

 

      AF. Faut-il réformer le système éducatif ? Si oui, comment ?

 

CM. Chaque système éducatif est différent, il dépend de l'histoire du pays, de la région, voire même de la ville. Cependant, nous pouvons nous poser des questions sur son fonctionnement. En Belgique, certains politiques tentent de rendre l'enseignement accessible à tous (que ça soit financièrement ou intellectuellement). Si la première raison semble louable, la deuxième pose problème. Un décret portant sur le système éducatif belge francophone a permis de réduire la cote minimale pour réussir. Cette cote qui était de douze sur vingt est passée a une cote de dix sur vingt. Que devons-nous penser d'une telle réforme ? Premièrement, elle est inutile car les compétences propre aux métiers doivent être évaluées et les élèves doivent posséder un minimum obligatoire de connaissances pour accéder à la profession, ce qui causera un durcissement des examens de la part des professeurs. Deuxièmement, ce n'est pas en demandant moins d'effort intellectuel que nous aiderons les populations « moins éduquées » à se cultiver davantage, tout au contraire ! C'est en les poussant à viser l'excellence que l'envie de l'effort se ressentira.

Au-delà des points mentionnés ci-dessus, je tiens à faire part de mon inquiétude sur ce décret. Nous pourrions dire qu'une cote ne représente pas véritablement les acquis de l'élève, cela est en partie vrai. En effet, entre une cote théorique et la mise en pratique, il peut y avoir une très grande différence. Cependant, prenons le cas de médecin, aimeriez-vous être soigné par un médecin qui a réussi sa formation de médecine avec une moyenne de dix sur vingt, cela signifie tout de même que ce médecin ne possède que la moitié des compétences requises pour ce type de travail. Il est cependant vrai qu'il serait mieux d'évaluer selon les métiers. Certaines professions demandent peu de théories ou celles-ci peuvent être mises en partie de côté lors de la pratique et s'apprendre sur le tas. Les formations doivent être vue de façon individuelle et unique, chacune d'elles devrait posséder sa propre pédagogie et donc sa propre méthodologie d'apprentissage et d'évaluation.

 

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Commentaires

J'apprécie particulièrement la remarque de CM, sa précision à propos des philosophies. Jeanne Hersch, phisosophe et prof à l'UNI de Genève, notamment, insistait sur le fait que telle philosophie fût-ce d'un tout grand philosophe peut convenir à une personne pas à une autre selon le vécu des uns et des autres ainsi que leur ressenti de leur vécu. "Ressenti" unique pour chacun/e d'entre nous.

Écrit par : Alix | 26/05/2014

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