24/05/2014

Entretien avec le militant Christopher Mariën

Christopher Mariën, 25 ans, réside en Belgique, et est actuellement en formation pour obtenir le Certificat d'Aptitudes Pédagogiques (CAP). Il est membre du Mouvement Réformateur (MR), un parti de centre-droit francophone belge, dans lequel il milite depuis deux ans. Son signe astrologique est bélier, et ses couleurs préférées le bleu et le noir.

    AF. A quel groupe social penses-tu appartenir ?
 

CM. Je pense appartenir à la classe moyenne. Mes parents sont tout deux magasiniers et ont enchaîné les boulots afin de pouvoir vivre. Je suis aussi issu du « monde » de l'enseignement supérieur, ce qui m'a ouvert à une culture supplémentaire, qui peut parfaitement être accessible en dehors du cursus scolaire, mais qui est plus facile d'accès lorsqu'on est dans le « milieu ».

 

    AF. Qu'est-ce que la politique et le militantisme pour toi ? Qu'est-ce que cela                 représente à tes yeux ? Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ?
 

CM. La politique selon moi n'existe pas, du moins à proprement parlé. Lorsque j'entends des personnes dire qu'ils ne s'intéressent pas à la politique, je me dis qu'ils ne doivent donc s'intéresser à rien du tout, car la politique n'est rien d'autre que ce qui touche à la vie de tous les jours. Je m'explique, je ne dis pas que la politique est la vie, je dis que la politique en tant que telle n'existe pas car elle n'est qu'un ensemble de sujets touchant à la population et au monde : économie, écologie, enseignement, justice, etc. Elle est ce qui entoure ces problématiques, la façon dont on gère ces sujets pour le bien-être de la population.

Le militantisme quant à lui est l'action de promouvoir ses idées, et dans nos démocraties, celles de notre parti. Il ne s'arrête cependant pas à cela. En effet, je me méfie fortement des personnes étant en accord total avec les idées de son parti, le militantisme n'est pas le conformisme. Si les propositions données par les politiques que nous soutenons ne nous correspondent pas totalement, il est aussi bon de le dire et de changer les choses. Le militant n'est pas le laquais du parti qui fait le sale boulot, il est aussi un acteur essentiel au sein du parti qu'il soutient et doit défendre ses opinions afin de changer (ou du moins essayer) les éléments n'allant pas dans le sens de ses idées

 

    AF. Qu'est-ce que le libéralisme selon toi ?
 

CM. Le libéralisme est pour moi une philosophie progressiste. Progressiste dans le sens qu'elle apporte le plus de liberté et surtout de libertés individuelles ! Si on suit les principes du libéralisme jusqu'au bout, l’État n'existerait pas ou très peu, il ne serait présent que pour des fonctions régaliennes et l'impôt ne serait dédié qu'à cela. Le libéralisme est une philosophie et donc, une vision du monde. Elle est humaniste, car elle cherche à utiliser le meilleur de chaque individu et pense que les individus sont responsables de leurs actes. Le principe de non-agression est pour moi essentiel dans le libéralisme, il est ce qui apporte la part d'humanisme, par ce simple principe, les libertés individuelles peuvent être maintenues et cela sans le pouvoir coercitif d'un État. Le libéralisme donne aussi la possibilité à chacun d'entreprendre sans contrainte. Si on observe clairement les choses, quand un individu ne peut pas entreprendre, ce n'est pas dû à la liberté des autres, mais bien à l'absence de liberté laissée par l’état.

Pour résumé, je dirais que le libéralisme est une philosophie et une politique de vie qui permet à tout un chacun de vivre comme bon lui semble en respectant la liberté d'autrui : sa liberté de vivre comme il le ressent, sa liberté d'entreprendre par le biais du contrat consentis, sa liberté d'innover, sa liberté d'exprimer ses opinions sans risque de poursuite, ...

 

    AF. Comment réaliser ton idéal aujourd'hui ? Par quels moyens ?
 

CM. Malheureusement, il est difficile à l'heure actuelle de mettre en place un vrai projet libéral. En effet, même les partis se revendiquant du libéralisme ne vont pas jusqu'au bout de la logique libéral. Selon moi, pour entreprendre un véritable projet libéral, il faudrait réduire à son maximum les interventions de l’État, celui-ci ne devrait imposer que très peu de chose (impôt pour le financement d'armée par exemple) ou bien rien du tout, chaque individu ou groupe d'individu pourrait gérer à sa manière sa/leur manière de vivre. Je pense que dans un projet libéral, il pourrait y avoir des groupements socialistes ou communistes, si cela est le choix d'un certain nombre d'individu de vivre en autarcie, telle est leur liberté d'entreprendre cette démarche. Pour ceux qui souhaiterait vivre dans un système capitaliste, rien ne leur empêcherait d'entreprendre, d'innover, de concevoir des contrats entre eux afin d'amener un libre-échange et donc une économie de marché. Cet idéal est sans doute utopiste, mais je crois sincèrement en la liberté et la responsabilité de chacun.

Étant de nationalité belge, je vis dans un État-providence où tout les partis (qu'ils soient de gauche ou de droite) soutiennent (à des niveaux différents) ce type d’État. Dans ma logique actuelle, je suis pour défendre le système de sécurité sociale, je vis dans un système le mettant en place et trouve cela intéressant dans la pratique. Cependant, au niveau des principes, je ne conçois pas qu'une entité telle que l’État puisse intervenir à chaque niveau de notre vie. Durant l'enfance par le biais des allocations familiales, à l'âge adulte par l'obligation d'être inscrit à une mutuelle (voire à un syndicat), à l'âge de la pension par le système de pension par répartition (qui est une abomination à mon sens). Tout ceci laisse penser que les individus ne savent pas se gérer eux-même, qu'ils ne savent pas prendre soin d'eux. Je conclurais cette question par une citation : « Les conservateurs veulent tous être votre papa, qui vous dit ce qu'il faut faire et ne pas faire. Les sociaux-démocrates veulent tous être votre maman, qui vous nourrit, borde vos draps et vous mouche. » (David Boaz, Libertarianism: A Primer)

 

    AF. Quels individus, vivant ou mort, inspirent ton engagement ?
 

CM. Je n'ai pas de personnalités particulières qui m'inspirent, je suis toujours dans une phase où je m'instruis sur le libéralisme et sur ces auteurs. Je dois cependant admettre que j'apprécie les propos de Milton Friedman. Je préciserais tout de même que je n'ai pu voir qu'une dizaine de vidéo de ce monsieur et qu'il m'est donc difficile d'admettre que cette personne m'inspire, ne connaissant pas toute l’œuvre du personnage.

  

AF. Quels sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?

 

CM. La liberté d'entreprendre est pour moi primordiale. Elle est le moteur d'une économie saine et d'une construction de soi sereine. Si toute personne, et ceci peu importe la classe sociale, a l'opportunité d'entreprendre, de créer de la richesse et d'être reconnu pour son travail, alors c'est que le système fonctionne. Ce qui n'est malheureusement pas le cas aujourd'hui à mon sens.

La liberté d'expression est peut être encore plus importante à mes yeux que la liberté d'entreprendre. Elle est quant à elle le moteur d'une société saine. Si toute personne, toute idéologie, toute opinion peut s'exprimer librement, alors le concept de démocratie prend tout son sens et toute son utilité.

Le droit à la différence, la liberté d'être différent est aussi très importante. Chaque individu, en respectant bien sûr le principe de non-agression, a le droit d'exister et de vivre comme il le souhaite. Je suis un fervent défenseur du droit à la différence, qu'elle soit de culture, de religion ou de sexualité. Souvent, ce sont les États qui imposent des normes de vie empêchant ainsi ce droit à la différence. Pour reprendre une idée défendue par Milton Friedman dans l'une de ses vidéos sur l'esclavage, il est anormal et honteux de soumettre des hommes pour quelques raisons que ce soit et même lorsque l'esclavage n'était plus de mise, la politique de l’État américain continuait à discriminer les populations noires en ne leur permettant pas d'avoir accès à un enseignement de qualité, mais aussi en les bloquant sur le marché de l'emploi par la mise en place du salaire minimum qui les empêchaient de se former sur le tas. Cet exemple est utilisé pour démontrer, encore une fois, que ce sont les politiques des États qui créent les discriminations, qui créent les différences, qui empêchent la progression et ce n'est pas les individus, les particuliers, le privé qui empêche cela.

17:45 Publié dans Entretiens avec des militants | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Vous faites quoi s'il y a une majorité de personnes qui veut vivre en autarcie?

Écrit par : adrisinc | 25/05/2014

Peut-être ne pas vivre en autarcie mais en tout cas vouloir aspirer à plus de respect et d'égalité.Imaginons qu'une Entreprise de jeux vidéos(qui a uniquement des employés bien payés et qui aiments leur tâches)doit faire nettoyer tous les jours ses locaux et que plus personne ne veut travailler dans ce secteur(Car tout le monde a compris qu'il était chiant et mal payé)Que fais-tu à ce moment là?

Écrit par : adrisinc | 27/06/2014

Les commentaires sont fermés.