16/05/2014

Échecs et apprentissages à la Jeunesse Socialiste

 


Le but de mon dernier billet était de montrer ce qu’il était possible de faire dans une jeunesse de parti.
A présent, je vais m’étendre sur ce qu’il n’est pas  possible de faire à la Jeunesse Socialiste (ou de manière plus générale dans une jeunesse de parti), mais pour pouvoir faire cela convenablement il va me falloir d'abord remonter un peu dans le temps.



Il y a 2-3 ans, en pleine crise économique et sociale, les gouvernements social-démocrates européens se convertissaient tous à l’austérité, condamnant les populations du sud de l’Europe au chômage et à la pauvreté. Mes maigres convictions politiques de l’époque s’écroulaient devant pareil spectacle et ma foi social-libérale (très conventionnelle) dans le capitalisme chapeauté d’un État-providence ne devait plus jamais s’en remettre. Du social-libéralisme au réformisme, du réformisme à la révolution, de la révolution à l’anarchisme, le fossé qui me séparait de la social-démocratie s’accrut ensuite progressivement.
J’ajouterais qu’on entend souvent que la social-démocratie suisse serait plus à gauche que la social-démocratie européenne, et si cela est vrai sur le papier programmatique (qui m’a longtemps illusionné), la réalité des pratiques de collaboration avec la droite dément gravement cette affirmation.
Voilà pour le cadre général, à présent, revenons-en au vif du sujet : mes échecs à la Jeunesse Socialiste.

Ma première tentative, après la conversion de ma section aux idéaux socialistes, consista à imaginer un projet d’union entre Jeunes Socialistes et représentants de l’aile gauche du Parti Socialiste. De cette idée naquit le Mouvement Socialiste Anticapitaliste (ensuite renommé par souci tactique Mouvement des idées socialistes), dont le but était d’organiser la gauche du parti pour lui permettre de faire face aux social-libéraux. La première étape de cette possible union consistait à rassembler les diverses Jeunesses Socialistes de Suisse romande dans le mouvement avant de commencer à prendre des contacts avec l’aile gauche du PS. Naturellement, les premiers contacts furent pris avec la JS vaudoise, la section la plus proche géographiquement de Genève. Et c’est avec stupéfaction que je découvris alors que les JS vaudois, non seulement se méfiaient du projet, mais en plus n’étaient pas vraiment socialistes… C’est là que je compris que les sections JS en Suisse romande étaient bien différentes de la section genevoise. Organisées avec des comités possédant de grands pouvoirs et des assemblées générales sans réelles compétences, ces sections se considèrent généralement comme des sous-sections des PS cantonaux, et leurs positions sont plutôt social-libérales. Ce premier échec m’ouvrit les yeux sur la réalité de mon parti au niveau romand. Plus tard, je devais aussi constater la faiblesse de l'aile gauche du PS.

Ma seconde tentative était une conséquence logique de mon premier échec au niveau romand. Puisqu’agir depuis l’échelle romande était impossible, je décidais d’agir directement au niveau fédéral. Cette tentative se traduisit par le dépôt de deux motions par ma section, l’une demandant que la JS suisse s’engage pour la sortie du PS du Conseil Fédéral et l’autre demandant que la JS suisse s’engage pour que le PS ôte de son programme sa demande d’une adhésion de la Suisse à l’Union Européenne. Alors que la motion sur l’UE allait être présentée à l’assemblée de nos camarades suisses, les membres de ma section firent le constat que seule une infime minorité de JS présents s’apprêtaient à nous soutenir et retirèrent la motion pour éviter un fiasco. Je découvris alors que les JS romandes n’étaient probablement pas l’exception, mais la norme au sein de notre parti. L’aile gauche de la JS suisse, 150 trotskistes réunis dans l’organisation Funke avec un cercle d’influence de 100 autres membres environ (sur 3000 à 3500 membres que compte la JS suisse), n’avait quant à elle pas l’intention de soutenir nos démarches unilatérales.
Ce second échec me fit prendre conscience du rapport de force qui existait au niveau fédéral, et de la marginalité des positions que nous avions adoptées à Genève.

Ayant échoué au niveau romand et fédéral, ne croyant plus en la social-démocratie, je me résignais à une troisième tentative concentrée sur Genève. Il s’agissait de rassembler les jeunesses de gauche du canton en un vaste mouvement de jeunes militants. Pour réaliser cela, je lançais l’idée d’une initiative cantonale commune. Si l’idée sembla avoir quelques succès auprès des différentes jeunesses de gauche au début, quelques réunions plus tard les jeunes de SolidaritéS se retirèrent du projet, tandis qu’il devenait évident que les Jeunes Vert-e-s et la Jeunesse Communiste n’existaient plus vraiment...
De ce troisième échec je constatai la faillite de mes diverses tentatives, et décidai d’explorer de nouvelles modalités militantes.





18:10 Publié dans Jeunesse Socialiste Genevoise, Jeunesse Socialiste Suisse | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Adrien,


Si vous ne l'avez fait, vous liriez un livre en deux volumes paru aux Editions Campiche/poche: Le Tigre en papier, auteur Jean-François Sonnay. Ce livre évoquant la politique marxiste des jeunes des années 68 et suivantes "démonstration d'un esprit général régissant les mentalités" vous parlera... promis juré.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 16/05/2014

Bonjoue Adrien,

J'ai lu votre précédent billet sur votre démission à la direction des Jeunesses Socialistes, ensuite je lis celui-ci qui donne d'amples précisions sur votre démission.

Je vous trouve très courageux. Vous venez de choisir une voie des plus difficiles, car je pense que l'indépendance n'est pas à la portée de tout le monde. Vous avez donc choisi de partir quasiment seul sur la route.
C'est un acte fort. Oui! Fort par ce qu'en plus vous l'expliquez ouvertement. C'est la première fois que je tombe sur un militant partisan qui ose franchir le seuil du creuset en procédant à une rupture aussi tranchée dans l'esprit. C'est donc plus significatif et plus loin que la seule esthétique de vie. C'est un engagement vers une auto-discipline assez vetigineuse.

Votre démarche m'a fait réfléchir et j'aurais envie de partager quelques réflexions avec vous. Le temps manquant ne me permet pas de le faire dans l'immédiat, mais si cette rubrique ne sera pas fermée aux commentaires plus tard, j'y reviendrai dès que je le pourrai.

En attendant, je vais repenser à tout cela - épisodiquement - comme je le fais pour le communisme, le capitalisme, le néo-libéralisme, le conservatisme etc. qui me semblent n'avoir plus vraiment de réalité formelle ni de lien avec notre société actuelle que je considère faite, de plus en plus, de sujets rendus acratopèges qu'on humanitarise plus qu'on ne les humanise. Plus rien à voir avec les être humains, dans le sens simple et frustre du terme.

Quoi qu'il en soit, je vous souhaite beaucoup de courage pour tenir bon sur cette route escarpée si peu fréquentée mais si enrichissante. Je pense que la solitude (incontournable) ne vous fera plus jamais peur. Vous l'aurez défiée pour vaincre avec elle.

Écrit par : Beatrix | 20/05/2014

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