03/05/2014

Repenser le militantisme



Depuis 200 ans, la gauche s'évertue à essayer de changer les choses en Europe. Pourtant, jamais la gestion de l’État et du pouvoir par les partis de gauche n'a su réaliser le socialisme, jamais les réformes des réformateurs et des réformistes en tout genre ne sont parvenues à réaliser une société libre et débarrassée de l'oppression et de la hiérarchie. Tout militant révolutionnaire doit donc le constater : la conquête du pouvoir politique et de l’État est aussi inutile que fastidieux, et ne représente qu'une perte de temps.

L'heure est par conséquent venu de faire le deuil de nos illusions perdues et de repenser notre militantisme à l'aune de ce constat éclairant : le pouvoir corrompt, il n'est pas à conquérir, mais à détruire. Il nous faut donc redonner aux élections et aux votations leur juste place, soit celle d'événements secondaires qui n'ont pas de rôle majeur à jouer dans la réalisation du socialisme, et qui ne méritent ni notre temps, ni notre énergie, et encore moins notre créativité. Aucun chef n'abolira la grande chefferie sociale, et ce n'est pas en hissant nos propres représentants à la tête de la pyramide que nous obtiendrons l'horizontalité sociale. La révolution ne saurait être autre chose que la construction d'une contre-société plus vivante, et plus attirante, que le spectacle désolant d'une société de maîtres et d'esclaves. Et cette contre-société commence avec un militantisme fondé sur l'individu.

Penser qu'il y a un autre point de départ à la révolution que celui qui se trouve dans l'individu, dans sa raison, dans sa subjectivité, dans sa force de création, dans sa liberté, dans son amour de la vie, dans sa passion, dans son exaltation, dans ses tourments, dans ses malheurs, c'est penser en dehors de ce qui fait l'être humain, et c'est se condamner à l'erreur. Le militantisme commence avec l'individu, dans sa pratique quotidienne de la vie, dans son respect d'une éthique en accord avec les valeurs du socialisme que sont la liberté, la solidarité, le partage, etc. Ce militantisme est ancré dans la vie réelle. Ce n'est pas un militantisme de temps libre, mais un militantisme en tant que choix de vie.
Cette pratique militante n'est rien si elle ne s'appuie pas sur une pratique philosophique, tournée vers la rechercher de la vérité et du bien, amenant l'individu à se poser sans cesse et sans relâche question sur question, l'entraînant à un débat incessant avec lui-même et avec autrui, et si elle ne s'appuie pas sur une pratique artistique, tournée vers la création, la sensibilité, l'expérimentation, et la recherche de l'intriguant, de la surprise féconde, et de quelque chose comme le beau. Enfin, ce militantisme doit être créateur d'espaces, les fameux phalanstères, où les individus pourront vivre dès à présent une vie différente, des rapports sociaux différents, dans les structures mêmes de leur quotidien et de l'organisation des choses qui les entoure.

L'émancipation de l'individu commence par l'individu, pas par le parti ou l’État. Il appartient à l'individu de se montrer responsable, de prendre en main son devenir, et de conquérir le pouvoir sur sa vie, sa liberté, et sa suprême félicité.
La liberté ne se donne pas, elle se conquiert. Le pouvoir ne se conquiert pas, il se détruit. Le socialisme n'est pas une utopie, il est à vivre dès maintenant. Le militantisme n'est pas un hobby, c'est un choix de vie. 


Article paru dans la Cuite Finale n°9 

14:19 Publié dans Militantisme | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

"L'émancipation de l'individu commence par l'individu, pas par le parti ou l’État. Il appartient à l'individu de se montrer responsable, de prendre en main son devenir, et de conquérir le pouvoir sur sa vie, sa liberté, et sa suprême félicité."

Nous dit un socialiste dont le coeur de la doctrine -visant à réduire l'individu au collectif- appliquée en politique consiste à vouloir organiser, contrôler et superviser l'activité des individus, à prétendre leur dire comment échanger, à quels tarifs, sur quoi ou avec qui, ou encore à vouloir des lois qui infantilisent les individus et les protègent contre leurs propres décisions, et pire que tout, qui consiste à prétendre savoir à la place des gens qu'est ce qui fait leur bonheur et à vouloir le leur imposer contre leur volonté.

On en a le souffle coupé. Voilà un socialiste qui nous dit en substance et sans aucune réserve, l'exact opposé de ce que le socialisme ne cesse de faire. Ce que tu décris c'est la doctrine libérale. Méfie-toi, après t'avoir implicitement reproché de vouloir réveiller la bête immonde quand tu défendais un certain nationalisme couplé au socialisme, tes camarades vont maintenant te prendre pour un défenseur de "l'ultra-libéralisme sauvage".

"L'émancipation de l'individu commence par l'individu, pas par le parti ou l’État. Il appartient à l'individu de se montrer responsable, de prendre en main son devenir, et de conquérir le pouvoir sur sa vie, sa liberté, et sa suprême félicité."

Nous dit un socialiste dont le coeur de la doctrine -visant à réduire l'individu au collectif- appliquée en politique consiste à vouloir organiser, contrôler et superviser l'activité des individus, à prétendre leur dire comment échanger, à quels tarifs, sur quoi ou avec qui, ou encore à vouloir des lois qui infantilisent les individus et les protègent contre leurs propres décisions, et pire que tout, qui consiste à prétendre savoir à la place des gens qu'est ce qui fait leur bonheur et à vouloir le leur imposer contre leur volonté.

On en a le souffle coupé. Voilà un socialiste qui nous dit en substance et sans aucune réserve, l'exact opposé de ce que le socialisme ne cesse de faire. Ce que tu décris c'est la doctrine libérale. Méfie-toi, après t'avoir implicitement reproché de vouloir réveiller la bête immonde quand tu défendais un certain nationalisme couplé au socialisme, tes camarades vont maintenant te prendre pour un défenseur de "l'ultra-libéralisme sauvage".

Le pouvoir corrompt? Va lire Acton. Ainsi, créer du pouvoir centralisé et hiérarchisé au travers de l'état est un danger, car ce pouvoir peut être utilisé par les chefs pour faire le mal au lieu du bien? Va lire Nock. Toute société qui agirait de la sorte est une société de maîtres et d'esclaves? Va lire Rand et Nozick. Il faut donc détruire le pouvoir au lieu de le faire changer de main? Va lire Constant. Le bonheur est subjectif? Va lire Menger. Chacun doit le définir lui-même et se prendre en main pour essayer de l'atteindre? Va lire Jefferson et Franklin. L'individu est le coeur du système et il est moralement indéfendable de réduire sa liberté en disposant de lui, même par un système démocratique ? Va lire Rothbard. Un société basée sur l'individu et les choix personnels libres est une société qui est compatible avec la coopération et la solidarité? Va lire Friedman. Etc., etc. On croit rêver.

De deux choses l'une, soit tu viens de retourner ta veste de façon magistrale en faisant un virage à 180 degrés et tu viens ainsi de passer chez les libéraux-libertariens, soit tu délires complètement. Le dernier cas échéant, je serais alors ravi de te prescrire quelque chose pour t'aider à faire passer tes hallucinations.

Écrit par : mais tout à fait | 03/05/2014

...Cher Adrien, si vous n'étiez pas socialiste, vous seriez probablement Jesus People......

Écrit par : vieuxschnock | 03/05/2014

"L'émancipation de l'individu commence par l'individu, pas par le parti ou l’État. Il appartient à l'individu de se montrer responsable, de prendre en main son devenir, et de conquérir le pouvoir sur sa vie, sa liberté, et sa suprême félicité."

Nous dit un socialiste dont le coeur de la doctrine -visant à réduire l'individu au collectif- appliquée en politique consiste à vouloir organiser, contrôler et superviser l'activité des individus, à prétendre leur dire comment échanger, à quels tarifs, sur quoi ou avec qui, ou encore à vouloir des lois qui infantilisent les individus et les protègent contre leurs propres décisions, et pire que tout, qui consiste à prétendre savoir à la place des gens qu'est ce qui fait leur bonheur et à vouloir le leur imposer contre leur volonté.

On en a le souffle coupé. Voilà un socialiste qui nous dit en substance et sans aucune réserve, l'exact opposé de ce que le socialisme ne cesse de faire. Ce que tu décris c'est la doctrine libérale. Méfie-toi, après t'avoir implicitement reproché de vouloir réveiller la bête immonde quand tu défendais un certain nationalisme couplé au socialisme, tes camarades vont maintenant te prendre pour un défenseur de "l'ultra-libéralisme sauvage".

"L'émancipation de l'individu commence par l'individu, pas par le parti ou l’État. Il appartient à l'individu de se montrer responsable, de prendre en main son devenir, et de conquérir le pouvoir sur sa vie, sa liberté, et sa suprême félicité."

Nous dit un socialiste dont le coeur de la doctrine -visant à réduire l'individu au collectif- appliquée en politique consiste à vouloir organiser, contrôler et superviser l'activité des individus, à prétendre leur dire comment échanger, à quels tarifs, sur quoi ou avec qui, ou encore à vouloir des lois qui infantilisent les individus et les protègent contre leurs propres décisions, et pire que tout, qui consiste à prétendre savoir à la place des gens qu'est ce qui fait leur bonheur et à vouloir le leur imposer contre leur volonté.

On en a le souffle coupé. Voilà un socialiste qui nous dit en substance et sans aucune réserve, l'exact opposé de ce que le socialisme ne cesse de faire. Ce que tu décris c'est la doctrine libérale. Méfie-toi, après t'avoir implicitement reproché de vouloir réveiller la bête immonde quand tu défendais un certain nationalisme couplé au socialisme, tes camarades vont maintenant te prendre pour un défenseur de "l'ultra-libéralisme sauvage".

Le pouvoir corrompt? Va lire Acton. Ainsi, créer du pouvoir centralisé et hiérarchisé au travers de l'état est un danger, car ce pouvoir peut être utilisé par les chefs pour faire le mal au lieu du bien? Va lire Nock. Toute société qui agirait de la sorte est une société de maîtres et d'esclaves? Va lire Rand et Nozick. Il faut donc détruire le pouvoir au lieu de le faire changer de main? Va lire Constant. Le bonheur est subjectif? Va lire Menger. Chacun doit le définir lui-même et se prendre en main pour essayer de l'atteindre? Va lire Jefferson et Franklin. L'individu est le coeur du système et il est moralement indéfendable de réduire sa liberté en disposant de lui, même par un système démocratique ? Va lire Rothbard. Un société basée sur l'individu et les choix personnels libres est une société qui est compatible avec la coopération et la solidarité? Va lire Friedman. Etc., etc. On croit rêver.

De deux choses l'une, soit tu viens de retourner ta veste de façon magistrale en faisant un virage à 180 degrés et tu viens ainsi de passer chez les libéraux-libertariens, soit tu délires complètement. Le dernier cas échéant, je serais alors ravi de te prescrire quelque chose pour t'aider à faire passer tes hallucinations.

Écrit par : mais tout à fait | 04/05/2014

L'individualisme éthique, c'est romantique, Adrien, et c'est vrai, la société de l'avenir ne peut se construire qu'à partir des individus, eux seuls ont les moyens spirituels de construire quelque chose de réellement neuf.

Écrit par : Rémi Mogenet | 04/05/2014

@Mais tout à fait, vous ne comprenez rien au socialisme vu votre commentaire.
Relisez donc cela : http://adrienfaure.blog.tdg.ch/archive/2014/03/09/fondements-ethiques-et-ontologiques-du-socialisme-253840.html

Écrit par : Adrien Faure | 04/05/2014

Rarement vu un exalté pareil et un texte aussi plein de sottises.
Mais soyons francs et concrets, Adrien, si vous le permettez.

1. Puisque les élections doivent devenir "des événements secondaires" et que le pouvoir doit être "détruit" (et non conquis) par la "révolution" qui va construire une "contre-société plus vivante, plus attirante" (je me réjouis), pourquoi n'avez-vous pas démissionné depuis longtemps du PS (d'ailleurs pourquoi le PS qui est tellement plus à droite que vos théories ?) et pourquoi vous présentez-vous sur des listes électorales ?

2. Pensez-vous que dans les rares pays (y en a-t-il d'ailleurs ?) qui encore aujourd'hui appliquent vos doctrines , ( http://www.agoravox.fr/auteur/adrien-faure ) les habitants soient plus heureux que chez nous ? Le cas échéant, qu'attendez-vous pour y émigrer et nous montrer, de là-bas, les magnifiques résultats de vos réalisations ? Je suis persuadé que vous y seriez sans doute plus à l'aise qu'à Genève.

3. Sans vouloir être indiscret, je serais très intéressé à savoir de quoi vit un jeune homme comme vous qui manifestement refuse notre système économique mais dispose de beaucoup de temps pour exposer ses idées. Je pense qu'il doit y avoir également de ce côté quelques jolies contradictions.

Je me réjouis de vous lire.
Bien à vous
A. Piller

Écrit par : A. Piller | 04/05/2014

@A. Piller

Gardez vos insultes merci, ou du moins jusqu'à ce que vous soyez capables d'infirmer mes propos.

1. Je suis essentiellement actif à la JS, pas au PS.
Si je me présente à des élections, c'est pour les raisons suivantes :
http://adrienfaure.blog.tdg.ch/archive/2013/09/04/pourquoi-je-suis-candidat-246544.html

2. De quels pays parlez-vous ?

3. Je suis étudiant, c'est pourquoi j'ai un peu de temps pour militer.

Écrit par : Adrien Faure | 04/05/2014

Allons, allons, Monsieur Faure, critiquer n'est pas insulter! Vous êtes un sacré numéro, quand même, et vos idées et celles de certaines personnes que vous interviewez ont de quoi faire peur.
En tout cas, je retiens bien votre nom pour être sûr de ne jamais voter pour une liste dans laquelle vous apparaissez.

Il n'y a pas que Bush qui n'a pas bénéficié du mercredi matin....

Écrit par : vieuxschnock | 04/05/2014

@ Adrien :

J'admets qu'il est difficile d'infirmer des propos qui se contredisent au fur et à mesure des lignes, comme l'ont remarqué déjà quelques intervenants plus haut.

1. "JS pas PS" : une fois de plus, vous êtes ambigu car pour moi (et pour le grand public sans doute) les JS sont un groupement issu du PS et formé de jeunes qui, avec les années, glisseront au PS comme d'ailleurs votre président actuel !!!! Et les élus JS comme Olga apparaissent sur le site du PS.

2. Corée du Nord et Cuba pour la doctrine économique, Russie et Chine pour la liberté d'expression.

3. Très bien et je suis content que vos études vous laissent autant de temps libre ; mais étudier c'est également pouvoir profiter de l'apport financier de parents ou de proches qui eux, "font tourner" ce système économique que vous voudriez voir détruit mais qui en attendant remplit votre assiette et donne du courant à votre PC... A ce titre, je pense que vous devriez un minimum de respect au travail de ceux qui vous ont permis d'arriver déjà jusque là et au système qui nous fait vivre, même s'il n'est pas parfait sur tous les points, je vous l'accorde...

Bien à vous

AP.

Écrit par : A. Piller | 04/05/2014

@A. Piller

Où voyez-vous une quelconque contradiction ?

1. Le débat sur la JS est vaste. Mais je vous accorde que votre commentaire n'est pas dénué d'une certaine pertinence. Un point pour vous :-)

2. Ne soyez pas dans la caricature gratuite.

3. Mes idées ne vont en aucun cas à l'encontre de l'économie. Le socialisme c'est une économie bien plus satisfaisante que le capitalisme.

Bien à vous aussi,

AF

Écrit par : Adrien Faure | 04/05/2014

A votre décharge, je trouve le fait que vous preniez le temps de rédiger vos arguments et que vous les portiez à la lecture des internautes pour en débattre, est une grande générosité. C'est une qualité dont il ne faut pas douter malgré les dénigrements.

Adrien, votre texte est merveilleux parce qu'il pose un problème de défi pour les aînés quant à convaincre les jeunes générations à l'utilité de militer et à les amener à la compréhension de notre monde. C'est une longue histoire qui pourrait se raconter avec des hauts et des bas. Oui! c'est un réel défi. Une vie, sans doute, n'y suffira pas.

Jeune, à la découverte du monde et de notre société, vous êtes en pleine interrogation. C'est une très bon commencement. je ne sais pas si on peut se faire comprendre en quelques lignes, mais je suis persuadée que lorsqu'on sait formuler ses questionnements et que ceux-ci sont compris par certains, c'est déjà une avancée.

Je dirais ceci pour le militantisme: s'il est une nécessité, il n'est, en tout cas, pas un but. On peu le considérer comme un moyen, un outil, tout comme le pouvoir, lorsqu'il est confié. Les deux sont des instruments de travail, pas des buts en soi, ni une finalité. La finalité, c'est le résultat de ce qu'on en a fait. Le pouvoir doit être utile à tout le monde et non à soi tout seul. Il ne se partage pas, ne se conquiert pas. Il doit être la résultante d'une adhésion collective.

Contrairement aux avis majoritaires, je dirais que le militantisme de jeunesse est une expérience, un passage obligé pour découvrir l'humain, ses limites, ses défauts et ses qualités.
Oui, le militantisme limité aux objectifs préalablement fixés est un lieu commun privilégié d'évaluation des choses et des gens.
Mais comme tout rassemblement d'hommes et de femmes, il faut toujours s'obliger à un certain recul et s'accorder un certain temps de digestion-assimilation avant de pouvoir délibérer (faire des choix).

En parlant du pouvoir, vous dites le conquérir en même temps le détruire.
Vous voulez sans doute exprimer deux postulats, en même temps montrer les effets antagonistes que suscite le pouvoir...(?) Plus loin, vous parlez d'horizontalité. Je pense que vous veniez de tenter deux démonstrations pour ses vecteurs antagonistes. me trompé-je?

Et puis, plus loin, vous soulignez que l'émancipation commence par l'individu, pas par le parti ou l'état.
Je souscris à cette idée mais elle n'est pas vraie pour qui seulement le veut. L'émancipation requiert une somme assez importante d'expériences et de savoirs, de réflexion et de maturation, elle dépend de la personnalité de l'individu et de sa capacité à gérer son univers.
Mais tout ne doit pas reposer uniquement sur l'individu. Le parti, lui aussi, doit reconnaitre sa part de responsabilité. C'est ce qu'on appelle une responsabilité collective. Autrement ce serait une chambre de la bourse et des affaires.

Mais les individus qui forment ce collectif ne s'embarrassent pas tous, comme vous, du compter sur soi-même pour s'émanciper. Ils pensent même que le collectif leur doit tout puisqu'ils font l'honneur d'être là. Ils confondent volontiers émancipation et satisfaction et, souvent, ils ont des ambitions à satisfaire. Je pense que vous allez en rencontrer beaucoup.
Je précise que je n'ai rien contre les ambitions personnelles, mais ces ambitions ne doivent pas se manifester ou se réaliser au détriment du reste ni que ce soit un devoir pour les autres de s'y soumettre.
Je fais ici une différence: les ambitions collectives s'appellent objectifs.

D'ailleurs, cette formulation, je la reconnais, elle émane des lieders des partis politiques. Ils sont assez individualistes, égo-centriques et narcissiques. Ils redoutent les rivalités comme la peste brune.
Pour parvenir à leur fin, ils vont jusqu'à frauder. C'est là que commencent les biais sur la nécessité de la transparence et des débats. Les thèses doctrinales sont là, posées comme une charte de fonctionnement et de comportement. C'est la feuille de route pour la marche des militants (militaires, miliciens) mais qui fait office d'offre de programme pour le grand collège électoral. Il arrive même que les congrès successifs, au lieu d'être des opportunités pour réformer, changer, corriger ou innover, deviennent des instances autoritaires qui verrouillent la position dominante du cheffariat et qui évacuent tous autres aspirations. Il n'est pas étonnant qu'on dise que l'émancipation est du seul fait de l'individu, comme s'il était, par naissance et par essence, la substance même qui va muter et, in finale, s'émanciper.

L'émancipation est un processus dialectique et mutuel. Bien sûr il faut de la qualité d'homme, bien sûr, il faut de l'éthique, de l'ontologique. Mais cela ne l'empêche pas d'entretenir des relations avec un collectif, en l'occurrence le parti, à condition qu'il y ait du respect, du sentiment de devoir et des droits réciproques.
La réalité est hélas contraire à notre époque parce que nous ne sommes pas dans une situation de survie où solidarité et fiabilité, dont confiance, sont deux facteurs décisifs. Parce que plus personne n'aurait quoi que ce soit à perdre.
Aujourd'hui, le pain quotidien n'est pas de vivre encore demain, c'est davandage de confort, plus de pouvoir, mieux que le voisin, admiré dans son cercle, faire de la place autour de soi, être incontournable, puissant économiquement. Devenir ne star publique, une star politique!

Je ne vais pas plus loin pour ce soir, mais je crois deviner, en lisant votre texte, que vous êtes inquiet pour votre avenir politique. Vos doutes et vos interrogations sont parfaitement légitimes. Le sens politique face à une jeunesse qui semble ne pas avoir de perspective humaine ni sociale, devient presque une question d'herméneutique. Sinon une question angoissante.

Une question dont votre réponse m'aidera à comprendre le sens de votre texte:
Avec les mobilisations so-cié-ta-les que l'on connait, tant pour les questions d'égalité entre homme et femme, pour les genres, pour les minorités spécifiques, pour les droits humains et "LA" démocratie, l'écologie et l'économie. Où vous situez-vous et comment définissez vous tous ces postulats qui résonnent différemment aux oreilles de individus non encadrés politiquement qu'Il s'agit de convaincre. Je veux dire par leur contenu et non par leurs suppositions superficielles ou artificielles que crient les slogans.

Une réfutation:
"...La Jeunesse socialiste n'est pas le parti socialiste".
Ne vous dupez pas vous-même Sébastien, le Jeunesse Socialiste est l'anti-chambre du Parti Socialiste. Les aînés ont un oeil sur vous. L'oeil de la présélection pour votre intégration.

A mes yeux, pas tous les jeunes de la JS vont y rester pour travailler. Certains vont rejoindre d'autres partis, d'autres vont militer moins ouvertement ou cesser tout simplement de militer.
Un grand nombre poursuivront leur but vers le pouvoir, si mince soit celui qui lui est promis, et intègrera le parti socialiste. C'est mon observation.
Je ne vois aucun mal à cela. Je ne suis pas concernée. Pour celui qui y est ou qui y sera, c'est une histoire d'amour qui le regarde comme tout individu qui entre en sacerdoce quelque part.

Écrit par : Beatrix | 05/05/2014

Je vous remercie pour la qualité de votre réponse Beatrix. J'avoue que certains commentaires me désespèrent sur ce blog...
Si vous le permettez, je vais développer mon billet dans une nouvelle publication pour répondre à certaines de vos interrogations :-)

Écrit par : Adrien Faure | 05/05/2014

"@Mais tout à fait, vous ne comprenez rien au socialisme vu votre commentaire."

Tu te trompes, j'ai très bien compris le socialisme, et aussi le socialisme utopique auquel tu fais référence indirectement.

J'ai lu Fourrier ou Saint Simon que tu étais encore dans des langes à boire au biberon. J'ai même été voir par curiosité leurs précurseurs comme Babeuf pour comprendre comment ces idées avaient pu se forger.

Ce sont les socialistes utopistes qui n'ont pas compris qu'il y a une différence entre les beaux plans qu'on tire sur une table à dessin en laissant aller son imagination, et la réalité avec ses contraintes matérielles, biologiques et sociales.

Dans la réalité, si je fais simple, tes élucubrations intellectuelles n'ont que deux issues possibles. L'une c'est celle de l'expérience de New Harmony par Owen. L'autre c'est la dictature à la soviétique.

Dans le premier cas, si certains avec toi veulent s'organiser selon le socialisme utopique, personne ne vous en empêche. Tu as tout l'arsenal législatif à disposition qui vous permet de vous organiser de la sorte entre vous: ça s'appelle entre autre le droit associatif. Vous montez une association dont les statuts demandent une participation économique collectiviste et entre qui veut vous rejoindre. On vous encourage même à essayer. Par contre fait nous plaisir, si tu veux être crédible, ne demande pas de subvention payées de force par d'autres.

Ca va nous amuser, on aura juste de la peine pour les pauvres crétins qui te suivraient dans cette expérience à l'issue fatale dès que vous dépasserez environ 150 personnes, mais au moins vous ne feriez pas de mal aux autres.

Par contre, il faudra nous expliquer alors pourquoi tu ne cesses d'être favorable à des mesures qui veulent imposer tes lubies aux gens. Et c'est là qu'on aboutit au second cas. Dans celui-ci, d'ailleurs le plus fréquent en terme d'apparition quand on met en place le socialisme, on aboutit à la dictature en plus de la ruine.

Mais Adrien va nous ressortir à ce stade le le sempiternel argument que les socialistes nous sortent de la manche encore et encore à ce moment là.

Toutes ces dictatures, bien qu'elles constituent l'issue systématique de leurs doctrines dans la réalité, et bien accrochez-vous chers lecteurs: Adrien avec les autres illuminés de gauche nous diront que ça, ce n'est pas du socialisme.

C'est pour cela qu'il me dit aussi que je ne comprends rien au socialisme.

Pour comprendre la supercherie, il est intéressant de voir le cheminement précédant cette réponse.

Au début quand un pays se lance, ça s'annonce bien sur le papier. On entend les socialistes de partout féliciter le nouvel état socialiste pour ses progrès contre le capitalisme. Que de joie et d'espoir, enfin le paradis socialiste est à portée de main, il va être possible! Imaginez, voici enfin un peuple qui se libère de l'esclavage du capitalisme.

Ensuite, quand ça commence à dégénérer économiquement, on accuse les spéculateurs et les bourgeois de créer la pénurie. Les salauds! On a beau avoir à peu près 4000 ans d'histoire économique derrière nous qui nous montrent pas des centaines d'exemples que le contrôle de prix entre autres interventions crée la pénurie, on a beau l'avoir observé à toutes les époques dans toutes les cultures, rien n'y fait, c'est toujours la faute des spéculateurs.

La solution proposée consiste à éliminer les spéculateurs en éliminant le peu de liberté économique qui restait dans le système. le problème vient bien sur du fait qu'on n'a pas assez fait de socialisme, nous disent les gens comme Adrien, c'est donc plus de socialisme qu'il faut.

Arrive ensuite l'étape de la répression, parfois elle arrive en même temps que la précédente, mais parfois pas. Mais elle arrive nécessairement pour que les gens se taisent quand la déchéance économique fait gronder dans les chaumières. Là les socialistes de part le monde se font plus discrets. Les encouragements publics s'estompent. Ils regardent ailleurs, ils font comme si de rien n'était. Ils se tournent alors vers d'autres combats, ceux qui en sont encore à germer la première étape. C'est tellement plus beau.

Et finalement, quand tout cela a basculé dans la ruine et la dictature, que les autres droits humains s'en sont envolés avec les libertés économiques, et que les gens comme moi donnent en exemple ce pays pour dire que ça ne fonctionne pas, on reçoit toujours la même réponse de ceux qui s'agitaient en bons supporters dans l'étape une: mais voyons, cela n'est pas du socialisme! Tu n'y comprends rien!

A ce propos, on ne vous entend plus beaucoup sur le Vénézuela. C'est qu'on y est peut-être à l'aube de l'étape de la répression après celle des premières pénuries (malgré les recettes du pétrole, c'est dire), à tout le moins on est un peu entre les deux. Le moment ou vous commencez gentiment à faire semblant de rien et à regarder ailleurs est-il arrivé?

Vous verrez chers lecteurs, les mêmes qui ont encensé le Vénézuela dans le milieu des années 2000, nous dirons sans rire en 2030 si le Vénézuela continue sur cette voie et finit en dictature, que ce résultat,ce n'est pas celui du socialisme. Le vrai s'entend, celui dont parle Adrien, il est bien évidemment différent. Et nous, pauvres imbéciles que nous sommes, notre réticence ne montrera qu'une chose, c'est nous n'aurons alors pas compris ce qu'est le socialisme dont ils nous parlent.

Tu peux d'ores et déjà ranger ton arsenal de billevesées, ça fait des décennies que tes collègues plus vieux et aguerris que toi essayent de nous faire le coup, on y a eu droit avec la RDA, l'union soviétique, la Chine de Mao, Cuba, la Corée du nord, etc. L'artifice commence à être usé jusqu'à la corde.

Écrit par : mais tout à fait | 24/05/2014

Mais tout à fait, que de mépris mon cher ;-)
Je me demande pourquoi je publie encore ce genre de commentaires de vieux condescendant malheureux et grincheux.

Sur le fond, je crois que ta vision bipolaire du socialisme est simpliste. Il est possible de ne pas opposer socialisme utopiste et action révolutionnaire, coopérative/phalanstère et militantisme.

Bonne journée

Écrit par : Adrien Faure | 25/05/2014

Un petit peu de lecture:
http://www.pourlecommunisme.com/Foire%20Aux%20Questions%20sur%20le%20Communisme.htm

Écrit par : Keren Dispa | 25/05/2014

"Mais tout à fait, que de mépris mon cher ;-)"

Pas davantage que toi quand tu me dis que je n'ai rien compris au socialisme.

"Je me demande pourquoi je publie encore ce genre de commentaires de vieux condescendant malheureux et grincheux."

Là par contre, je pense que ma réponse va te plaire:

C'est probablement parce que contrairement au 99% de tes coreligionnaires, toi tu es en train de lire les auteurs, de distinguer les courants, et de basculer au fur et à mesure vers une tendance libertaire et socialiste utopiste.

Et cela implique que tu refuses qu'il y ait un chef ou un politburo qui décide de ce qu'on peut dire ou non et que tu tolères le débat et les idées contradictoires. C'est même nécessaire à ta vision: si tous sont égaux tous doivent pouvoir donner leur avis même s'il ne plaît pas aux autres.

Tu acceptes donc ton détracteur, même quand son discours est un peu acide et pique l'ego. Tes coreligionnaires eux, ne tolèrent pas leurs détracteurs et tu as même probablement été choqué de voir comme ils sont rigides mentalement. Ils ont la haine de tout ce qui n'est pas exactement dans les mêmes bottes qu'eux et la tête remplit de certitudes, eux savent mieux que quiconque ce qui est bien.

Ce ne sont pas des théoriciens qui lisent. Ils ne lisent pas ou très peu. Chez eux seul compte le pragmatisme et l'accès au pouvoir. Et tu as commencé à le percevoir.


Et on imagine bien que c'est un des éléments derrière ta démission.


Alors que pour toi la théorie c'est tout, pour eux, au final c'est accessoire. Tu as donc probablement commencé à discerner chez eux la contradiction dont ils font preuve, entre les luttes personnelles de pouvoir entre eux d'un côté, et l'égalité qu'ils prétendent défendre de l'autre côté. Tu as dû déchanté, toi pleins d'illusions sur les théories, tu t'es retrouvé confronté à la real politik.

Et ainsi, tu as commencé à voir dans les interactions avec tes camarades, qu'ils ne sont que des dictateurs en puissance, et que s'ils ont du pouvoir, il n'y aura pas la mise en place de New Harmony dans la joie, mais bien l'union soviétique des bolchéviks pour tout le monde et dans la douleur.

En conséquence tu as ouvert les yeux et compris, qu'en fait tu n'avais rien à faire avec eux. Et c'est pour cela probablement, que contrairement à eux tu ne censures pas, même ce qui te déplaît.

Ai-je mis dans le mille cher Adrien, ou suis-je en train de rêver debout comme toi avec ton socialisme?

Écrit par : mais tout à fait | 29/05/2014

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