28/04/2014

Entretien avec le militant Diego Esteban

Diego Esteban, 20 ans, étudiant en droit à l'Université de Genève et aspirant à un métier dans la diplomatie et les relations internationales, est membre du Parti Socialiste Genevois depuis mars 2013, et co-préside la section des Trois-Chênes depuis octobre 2013. Il est membre du Parlement des Jeunes de Thônex depuis 2009 et a co-fondé le Parlement des Jeunes Genevois dont il préside la commission Engagement. Par ailleurs, son signe astrologique est vierge, et il est amateur des couleurs vives. 
 

AF. A quel groupe social penses-tu appartenir ?

DE. Je m'identifie avant tout aux artistes : en effet, j'ai grandi dans une famille de musiciens. J'ai moi-même joué de la trompette pendant 10 ans, puis fait du chant amateur pendant 2 ans. Ainsi, je m'identifie principalement à celles et ceux qui créent et véhiculent la vitalité de la culture et des arts, et ce le plus souvent de manière bénévole.


AF. Qu'est ce que la politique et le militantisme pour toi ? Qu'est ce que cela représente à tes yeux ? Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ?

 

DE. Le militantisme, c'est la démarche que l'on entreprend pour promouvoir des idées ou des projets tendant à changer la société. J'ai commencé à militer lorsque l'initiative contre la construction de minarets fut acceptée, car sa substance islamophobe et les pulsions racistes qui en étaient à l'origine m'ont convaincu de la nécessité d'inverser cette tendance sinistre et haineuse. Tout le monde milite un jour ou l'autre, car il est impossible que rien ne nous choque : ainsi, « changer le monde » est une ambition très répandue. J'ai d'ailleurs commencé à y croire lorsqu'au sein du Parlement des Jeunes Genevois, puis au Parti Socialiste, j'ai remarqué à quel point le militantisme (à plusieurs) pouvait avoir un impact réel sur la société. De cette observation, j'en déduis que la politique est la somme de toutes les actions qui visent à faire parvenir la société à un but déterminé. Dans un pays où les décisions sont prises à la majorité, il est essentiel de faire de la politique, de militer pour sa vision du monde, afin que la balance penche du « bon » côté (je conviens qu'il s'agit là d'une notion particulièrement subjective). En effet, ne laissons pas les choix de société à des personnes qui prônent l'inverse de nos idéaux : faisons de la politique !

 

AF. Qu'est ce que le socialisme selon toi ?

 

DE. Le socialisme est à mes yeux la doctrine qui réalise le principe du mieux vivre ensemble, de l'égalité des chances et de la solidarité. Il permet de contrer les effets néfastes de l'individualisme, du nationalisme, de l'exclusion et de la méritocratie. Je m'identifie au socialisme car il m'apparaît comme la seule ligne de défense crédible face à la xénophobie rampante, qui détruit la cohésion sociale nécessaire pour que la société vive en paix. Je m'identifie au socialisme car il s'attaque aux problèmes de fond, et non pas seulement les problèmes apparents, sans superficialité. Enfin, je m'identifie au socialisme car c'est la seule doctrine qui pense à toutes et tous les membres de la population, militant activement pour les personnes défavorisées, comme les working poors, les non-hétérosexuels et les migrants, afin qu'il y ait un équilibre social dépassant les divisions.


AF. Comment réaliser ton idéal aujourd'hui ? Par quels moyens ?

DE. En tant qu'étudiant en droit, je suis conscient de l'étendue du pouvoir de la loi dans un État de droit comme la Suisse. Ce sont la Constitution, les lois, les ordonnances, les règlements, les traités, qui organisent la société parfois jusque dans ses moindres détails. Ainsi, tout changement majeur ne peut passer que par les organes qui font la loi : le parlement ou le gouvernement, voire le peuple et les cantons. Or, le socialisme a quasiment toujours été minoritaire dans ces organes, que ce soit au niveau fédéral ou au niveau cantonal. Mon but est alors de travailler pour que le socialisme soit mieux représenté au sein de ces organes. Étant de nationalité étrangère (plus précisément américaine), je ne peux pas siéger au parlement ou au gouvernement, et je ne peux pas voter non plus. Mais en tant que co-président du Parti Socialiste Trois-Chêne, je peux contribuer à réaliser le socialisme au sein des communes de Chêne-Bougeries, Chêne-Bourg et Thônex, un bassin de population comprenant plus de 32'000 personnes. En tant que militant autoproclamé du Parti Socialiste, je peux aller convaincre les gens de faire certains choix de société sur les nombreux stands du parti dans la rue. Avec mon blog intitulé « soliloques engagés », je peux rédiger des argumentaires extensifs sur des thématiques diverses. Les moyens existent, et je les utilise au mieux. Je ne sais pas si ça permettra la réalisation de mon idéal, mais il est certain que ça y contribue.

 

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

DE. Parmi les vivants, je peux citer Jean-Claude Guillebaud, philosophe français qui incarne tout ce qu'il y a de mieux dans la démocratie chrétienne, à savoir un sens développé de l'humanité et de la charité. J'ai tout de suite adhéré au raisonnement avec lequel il rejette le clonage, l'eugénisme ou encore la commercialisation du vivant (notamment à travers la brevetisation des gènes par des institutions privées). Je cite également Noella Rouget, la dernière rescapée de l'Holocauste vivant à Genève, et qui fut déportée en tant que détenue politique au camp de concentration de Ravensbrück. Résistante face à l'Occupation nazie, elle est longtemps restée dans un demi-silence quant à son passage dans les camps, jusqu'à ce qu'elle ait été confrontée à des négationnistes. Depuis lors, elle tient des conférences dans lesquelles elle appelle à rejeter la haine qui divise les gens sur la base de critères arbitraires. Il y a aussi Anita Hill, ancienne collègue du juge fédéral américain Clarence Thomas, contre lequel elle a témoigné lors d'audiences très médiatisées en 1991 en raison de son comportement sexiste. C'est elle qui a éveillé les consciences de la population américaine sur la question du harcèlement sexuel. Parmi les morts me vient à l'esprit le nom de Harvey Milk, premier élu d'importance ouvertement gay aux Etats-Unis, qui fut assassiné pour avoir porté en avant les revendications égalitaires du mouvement aujourd'hui nommé « LGBT », voire « LGBTIQ ».

 

AF. Quelles sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?

 

DE. La première valeur qui me guide dans mon engagement est l'honnêteté. J'ai déjà été confronté à trop de politicien-ne-s dont le mensonge, la manipulation et la désinformation sont le fonds de commerce, je n'ai absolument aucune envie d'allonger la liste, et je préfère la démarche consensuelle et constructive à l'insulte et au jeu de qui a la plus grosse. Mais je remarque cependant que les politicien-ne-s malhonnêtes restent une minorité du monde politique : c'est une réalité souvent oubliée qu'il convient de rappeler.

La deuxième valeur est la solidarité (dont l'égalité, l'antiracisme, etc). Mon engagement tend vers une société inclusive, où toutes et tous ont leur place et où la stigmatisation disparaît. A ce titre, le problème le plus évident est le traitement réservé aux gitans et aux roms, discriminés à l'excès par les partis racistes comme l'UDC ou le MCG, qui affirment qu'être rom prédispose à la criminalité, ce qui est inacceptable.

La troisième valeur que je pourrais mentionner est la liberté. En Suisse on a déjà beaucoup d'avance sur de nombreux autres pays mais il reste des lacunes : la loi sur la surveillance des communications (LSCPT) qui devrait être votée cet été par l'Assemblée Fédérale est l'exemple par excellence des violations modernes de la liberté, exemple auquel peuvent s'ajouter l'impôt ecclésiastique que connaissent certains cantons ou encore les restrictions au droit de manifester. C'est en revanche sur la thématique de la surveillance des données que je suis le plus attentif, car les enseignements de Wikileaks et de la NSA nous montrent qu'entre notre monde et celui d'Orwell, dans son ouvrage intitulé « 1984 », il n'y a qu'un pas. En revanche, la liberté a des limites, raison pour laquelle je condamne fermement l'invocation de la sphère privée comme moyen de cacher des preuves de fraude fiscale ou d'évasion fiscale.

 

AF. Envie d'ajouter encore quelque chose ?

 

DE. Une chose que j'ai remarquée, lorsque je passais en revue les différents partis du canton pour savoir auquel je m'identifiais le mieux, est la tendance à réduire une personne à sa seule étiquette politique. Je tiens à faire savoir que le parti ne dit pas tout sur une personne : il est réducteur de tout ramener à cela dans une société qui autorise la liberté d'expression. Comme le dit cette phrase de l'humaniste Abraham Maslow : « si ton seul outil est un marteau, tu verras des clous partout ».

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Commentaires

Bonne interview, mais détestable personnage.

Écrit par : Fabio Battiato | 28/04/2014

C'est réciproque, mon cher

Écrit par : Diego Esteban | 29/04/2014

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