12/04/2014

Entretien avec le militant Idrees Samim




Je m'appelle Idrees Samim mais ça se prononce "Idriss Samim". J'ai 27 ans et je viens de terminer un Master à l'EPFL en Bio-ingénierie. J'hésite pour le moment entre un métier dans la recherche scientifique ou devenir enseignant. Mon signe astrologique est capricorne et ma couleur préférée est le rouge, naturellement. Si j'étais un animal je pense que je serais un hibou ou une chouette.

Je suis suisse d'origine afghane et mon père était un communiste engagé à l'époque. C'est pourquoi, de part mon éducation familiale, j'ai un penchant naturel pour les idées d'extrême-gauche. Mais comme je suis conscient que l'époque n'est pas à la révolution, en pragmatique que je suis, j'ai intégré le Parti Socialiste Suisse. Je suis actuellement conseiller communal depuis 2-3 ans.


AF. A quel groupe social penses-tu appartenir ?

 

IS. Si le prolétariat existe en Suisse, j'en fait partie sans aucun doute. Même si maintenant que j'ai fini mes études je risque de changer de classe sociale.

AF. Qu'est ce que la politique et le militantisme pour toi ? Qu'est ce que cela représente à tes yeux ? Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ?

IS. La politique et le militantisme commencent dans la rue. Tout le monde défend des idées et chacun agit sur le monde selon ses moyens. Mais tout le monde n'a pas le "pouvoir politique". Là est toute la différence. J'ai remarqué qu'on parlait très peu politique au sein des partis mais qu'on faisait souvent de la simple gestion, de la bureaucratie, de la validation de projet et des récoltes de signatures. Les partis politiques sont des structures très rigides et auto-consensuels. Il y a très peu de place pour le débat de fond et le changement. Alors que dans la rue, pendant une manifestation, à la sortie d'une conférence, dans un bar, etc… le terrain est selon moi bien plus propice. Le problème c'est que les partis politiques ont le pouvoir. Or selon moi, tout pouvoir représentatif est une confiscation de pouvoir. Tout le monde fait de la politique, mais tout le monde n'a pas le pouvoir. Quant à mes propres motivations elles vont dans ce même sens, je souhaite que le pouvoir soit distribué et partagé. Et tout mon engagement va dans ce sens.


AF. Qu'est ce que le socialisme selon toi ?

 

IS. Selon moi le socialisme est un collectivisme. Tout le reste ne devrait pas s'appeler socialisme ; je fais référence à ce socialisme qui a viré du "rouge" au "rose".

AF. Comment réaliser ton idéal aujourd'hui ? Par quels moyens ?

 

IS. Je n'ai jamais pensé à réaliser "mon idéal". Jamais je n'ai souhaité que "mon idéal" soit imposé aux autres. Même si je n'aime pas l'étiquette d'anarchiste, je pense que chacun à le droit de vivre son propre idéal et il ne me revient pas à moi de décider pour les autres. Mais pour que chacun puisse réaliser son idéal il faut lui en donner les moyens. C'est pourquoi je dirai qu'il faut se battre pour la liberté et l'égalité. Car il n'y a de liberté que lorsqu'il y a égalité parmi les Hommes (comme dans un jeux de miroir). Bakounine disait "l'esclavage d'un seul homme sur la terre, étant une offense contre le principe même de l'humanité, est la négation de la liberté de tous".

Quant aux moyens pour y arriver, la route sera longue. Cela commence par un travail de conscientisation, d'information, d'organisation et d'activisme. Mais dans tous les cas, même si nous y mettons tout notre cœur et notre courage, nous sommes emportés par les forces historiques. Car les grands changements n'interviennent que lorsque les conditions de l'époque le permettent (guerre, crise économique, grand saut technologique, etc.)

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

IS. Alors je suis un grand lecteur de K. Marx que j'apprécie à la fois comme économiste et comme philosophe. Cela dit, je le replace dans son contexte historique. Avec le temps je commence à déceler de nombreuses faiblesses théoriques chez lui et c'est pourquoi j'ai de nombreux points de désaccord avec lui. Afin de compléter la pensée de K. Marx je me suis mis à lire Spinoza que j'ai découvert tout à fait par hasard mais qui continue toujours à m'impressionner. Je trouve que lorsqu'on assemble Marx et Spinoza on obtient des résultats très intéressants.

Pour ce qui est des penseurs vivants, je choisirais F. Lordon qui est exactement sur cette lignée de Marx et Spinoza.


AF. Quelles sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?
 

IS. La liberté, l'égalité et la solidarité

15:19 Publié dans Entretiens avec des militants | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

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