16/03/2014

Nous sommes le socialisme

Affirmer que nous sommes le socialisme n'est pas une mince affaire !
En effet, affirmer que nous sommes le socialisme, c'est affirmer que notre parti, en tant qu'organisation politique, en tant qu'ensemble de structures politiques, incarne dès maintenant un espace de vie socialiste. Autrement dit, à l'intérieur de cet espace de vie les rapports sociaux sont d'ores et déjà différents de la réalité quotidienne de la société capitaliste. Nos pratiques organisationnelles, assez proches de pratiques autogestionnaires, sont d'ores et déjà un défi lancé à la rationalité mercantile et à la loi du plus fort, qui caractérisent les modalités organisationnelles du capitalisme. La rupture avec le capitalisme, l'adhésion au projet socialiste, est donc déjà contenu dans la forme même de notre parti.

Cette idée est importante je pense, car elle établit que le socialisme n'est pas qu'un concept abstrait, ou un sentiment diffus, mais au contraire, une conception éthique et politique qui se traduit directement dans la vie sociale par une modification de son environnement. Le militant socialiste est une sorte de micro-phalanstère à lui tout seul, et son adhésion aux valeurs socialistes (dont le cœur est la liberté) l'amène tout naturellement à modifier spontanément la vie quotidienne autour de lui. Ce micro-phalanstère grossit considérablement quand il fait la jonction avec d'autres micro-phalanstère, se traduisant par l'association partisane (le parti), qui n'est rien d'autre qu'un phalanstère militant.

Tout comme Bakounine en son temps avec l'Internationale anti-autoritaire, nous pouvons donc considérer que nous incarnons une brique de la société future, de la société idéale socialiste, et qu'il s'agit de construire autant de briques que nécessaire pour jeter les bases d'une contre-société à l'intérieur même du capitalisme. Ainsi la révolution dévore-t-elle la société capitaliste de l'intérieur, tandis que l'avènement révolutionnaire n'est que l'embrasement ultime qui voit la poussée sociale finale se hisser sur nos fondations révolutionnaires pour mieux porter le coup fatal à l'ordre capitaliste.

Ceux qui voudront aller plus loin dans cette idée auront raison d'en impliquer la nécessité de d'étendre au maximum ces espaces de vie qui échappent au capitalisme et à ses logiques, que ce soit des syndicats ou des partis, mais aussi des coopératives, des librairies alternatives, des éco-villages, des municipalités rouges (comme Marinaleda), des quartiers autonomes (comme Christiana), des cercles de discussion, des bureaux de recherche, des clubs ouvriers, etc.

Voilà pourquoi notre parti doit se considérer comme un espace de vie en révolution permanente contre le conformisme, l'autoritarisme, le consensualisme, le carriérisme, et le centralisme, toutes tendances ne pouvant que nous ramener à nous soumettre à la Loi du patronat, et voilà pourquoi incarner l'idéal que nous prônons est une nécessité révolutionnaire, et non une simple rêverie utopiste. 


Article paru dans la Cuite Finale numéro 8 

17:54 Publié dans Militantisme, Socialisme | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

10/03/2014

Pourquoi militer en faveur du socialisme ?


Pour un ethos militant harmonieux

A la question de savoir pourquoi militer en faveur du socialisme, un certain nombre de militants ont tendance à répondre qu'ils militent en solidarité envers telle ou telle cause parce qu'elle leur tient à cœur. C'est donc la pulsion altruiste qui fait vibrer leurs entrailles et les emporte dans le tourbillon du militantisme. Qu'il pleuve, qu'il vente, c'est cette émotion qui sera leur force.
Bien souvent, ces militants s'identifient à certains individus, ou plutôt à certains groupes sociaux, victimes d'une oppression ou d'une injustice. Ces militants ont ensuite tendance à voir en ces groupes sociaux (prolétariat, classe ouvrière, travailleurs, précaires, précariat, travailleurs immigrés, pauvres, minorités culturelles, femmes, homosexuelles, etc.) le sujet émancipateur, la classe ou le groupe appelé à émanciper l'ensemble de la société, pourvu qu'il prenne conscience de son rôle historique. Les militants n'ont alors pour objectif que de servir ce groupe social, en l'aidant à s'organiser.
A mon humble avis, cette position, si elle est certes moralement justifié évidemment, pose de gros problèmes. Combien de militants ne se lassent-ils pas de ne pas voir avancer leurs causes ? Combien désespèrent de ne point voir poindre un sursaut de révolte parmi leur sujet émancipateur favori ? Après quelques années de cette routine, je crains que ces militants ne lâchent l'affaire, et sombrent soit dans le fatalisme apolitisant, soit dans le carriérisme par défaut...

Chères et chers militant-e-s, nous devons faire de la politique par plaisir. Le militantisme doit être une fête éternelle, un enrichissement individuel continu, et non une quelconque forme de sacrifice ou d'austérité. Car notre projet de société n'est pas un objectif lointain, il est à vivre immédiatement, dans la vie quotidienne, dans nos rapports sociaux de tous les jours. La société n'est pas un bloc monolithique capitaliste et autoritaire, elle est multiple, plurielle, et nous pouvons y creuser dans ses parois des fresques et des phalanstères. Nos organisations sont d'ores et déjà des lieux de vie alternatifs, des espaces de pensée, de création, et d'expérimentation, en rupture avec la société dominante, nous devons les développer, étendre leurs modalités, et dévorer le monstre capitaliste de l'intérieur en étendant nos logiques et nos valeurs sans cesse à l'assaut de nouveaux bastions de la vie sociale, culturelle, symbolique, économique, politique, etc.
Notre idéal nous n'avons pas à l'attendre mille ans, il est à vivre ici et maintenant, et c'est sur cet ici et ce maintenant que nous aurons reconstruit, que nous bâtirons les fondations d'une révolution plus générale. Car la réalité est qu'il n'y a pas d'autre sujet émancipateur que nous-mêmes, et ce n'est nullement un problème. Dans une société où classe et groupes sociaux ne sont plus aisément perceptibles, c'est l'association des individus de bonne volonté qui prime pour donner vie à une société alternative.

Camarades, nous sommes notre idéal.
Vivons-le !

14:06 Publié dans Militantisme, Socialisme | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

09/03/2014

Fondements éthiques et ontologiques du socialisme


« La question que se pose l'anarchie pourrait être exprimée comme suit : quelles formes de sociétés permettent mieux à cette somme de bonheur de grandir et de se développer en quantité et en qualité ? »

Kropotkine


J'ai retrouvé chez Kropotkine l'intuition géniale qu'avait eu Gracchus Babeuf en son siècle sur la finalité du socialisme (à noter que je considère dans un texte philosophique, et non historique, comme équivalent socialisme, communisme, et anarchisme). Selon ces deux auteurs, le socialisme a comme finalité l'établissement du bonheur collectif et individuel.
Évidement, affirmer que le socialisme équivaut au bonheur c'est aller trop loin. Par contre, affirmer que le but du socialisme réside dans l'établissement des conditions idéales pour permettre à l'individu de rechercher et de trouver le bonheur me semble parfaitement valable. Il ne s'agit en effet donc pas de donner le bonheur aux individus, c'est proprement impossible car l'individu sait mieux comment atteindre le bonheur que la société ne le sait pour lui, mais simplement de mettre en place les conditions qui permettent à l'individu de rechercher le bonheur, et (éventuellement) de le trouver.
Je ne suis pas certain qu'à ce stade de la réflexion une définition du bonheur soit nécessaire. Si c'était le cas, je m'en tiendrais personnellement à proposer une définition ultra-simplifiée du bonheur comme étant la maximisation de sa satisfaction, quantitativement et qualitativement. Et je pense que cette définition n'infirme en rien mes premiers propos.

Les conditions idéales permettant à l'individu de rechercher le bonheur équivalent à la liberté. C'est en effet dans une société libre que l'individu a le plus de chance de trouver le bonheur, libéré qu'il est des contraintes et des asservissements de la société contemporaine. Ce point, comme le précédent et comme ceux qui suivront, nécessiteraient clairement un long développement argumenté, et j'y reviendrai dans un prochain billet. Disons que je me contente ici de poser les briques fondamentales de mon argumentation afin d'y voir plus clair.
Mais globalement, je rejoins les anarchistes libéraux qui pensent qu'il existe une nature humaine, mais je n'en tire pas les conclusions qu'ils en tirent sur la propriété de soi (et tout ce qui s'ensuit). Je pense que nous pouvons considérer que s'il existe bel et bien une nature humaine (universelle évidemment donc), cela explique pourquoi tous les êtres humains ont leur intérêt (leur possibilité de trouver le bonheur) dans le même projet de société : le projet de liberté, le projet socialiste. C'est notre nature humaine qui nécessite pour pouvoir se réaliser (soit trouver le bonheur) de pouvoir se développer au sein d'une société libre.

Il nous faut maintenant proposer une définition de la liberté. Ma position est que la liberté est en même temps positive et négative, les deux notions ne s'opposant pas, contrairement à ce que croient les anarchistes libéraux, mais se complétant harmonieusement.
La liberté est négative, car elle réside dans le fait de ne pas être entravé dans ce que l'on souhaite faire. L'oppression, l'exploitation, la domination, l'aliénation, sont toutes des entraves qui se traduisent dans l’État (au sens non platonicien du terme), le capitalisme (et donc le salariat), et dans toutes les expressions autoritaires et dans toutes les hiérarchies.
La liberté est positive, car elle réside dans la capacité qu'a l'être humain de se réaliser. Nul ne défendra en effet qu'un être humain vivant dans une misère matérielle est réellement libre, d'où l'importance de la liberté en tant que capacité de se réaliser, qui se traduit dans la solidarité, l'égalité, et le partage.
La réalisation de la liberté négative et positive, la réalisation de la liberté tout court donc, c'est la mise en place des conditions idéales permettant à l'individu de trouver le bonheur, et c'est le but du socialisme. Ainsi, la plus haute de toutes les valeurs du socialisme, c'est la liberté. Toute les autres valeurs lui sont soumises, et ne sont que les conditions de la réalisation de la liberté. Voilà pourquoi le socialisme est essentiellement libertaire, et voilà pourquoi toute forme de socialisme non libertaire n'est pas du socialisme.

Enfin, deux autres postulats (complémentaires) qu'il faudra que je développe. Premièrement, il faut différencier le libre-arbitre de la liberté (je suis déterministe et ne crois pas en l'existence du libre-arbitre, mais cela ne m'empêche en rien de croire en la possibilité d'une société libre composée d'individus libres).
Deuxièmement, la liberté n'est pas un sentiment subjectif. Se croire libre ne fait pas de vous quelqu'un de libre : soit on est libre, soit on ne l'est pas, objectivement.

« Quel est le but de la société ? N’est-ce pas de procurer à ses membres la plus grande somme de bonheur qu’il est possible ? Et que servent donc toutes vos lois lorsqu’en dernier résultat elles n’aboutissent point à tirer de la profonde détresse cette masse énorme d’indigents, cette multitude qui compose la grande majorité de l’association ? »

Gracchus Babeuf

16:52 Publié dans Socialisme | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

07/03/2014

Pourquoi je ne soutiens plus les trotskistes de Der Funke


Il m'est régulièrement arrivé de défendre les mêmes positions que les trotskistes de Der Funke, et même, parfois, de faire front avec eux dans des débats internes contre des membres plus proches du social-libéralisme que du socialisme.
Toutefois, il faut bien admettre qu'à présent que les tendances plus modérées sont moins présentes au sein de notre parti, les funkistes ne cachent plus leurs travers...

Tendance à l'autoritarisme

En faisant voter par une majorité de notre assemblée l'interdiction aux membres de la Jeunesse Socialiste Genevoise de se revendiquer librement de notre parti dans leurs rapports avec le Comité des jeunes, et en accompagnant cette interdiction de la menace d'exclusion des membres qui contreviendraient au vote de la majorité de l'assemblée, les trotskistes de Der Funke ont démontré le peu d'intérêt qu'a pour eux la démocratie. En imposant ainsi à une minorité le silence sur son appartenance partisane, les funkistes ne sont pas démocrates, mais autoritaires. Ce travers va totalement à l'encontre du projet socialiste et n'est que la démonstration de leur faible compréhension ou adhésion au dit projet.

Tendance au centralisme et au bureaucratisme

En s'attaquant régulièrement au fonctionnement quasi-autogestionnaire de notre parti afin d'y renforcer le pouvoir d'un petit groupe de membres sur le reste des membres, les trotskistes de Der Funke ont montré qu'ils sont adeptes d'un centralisme anti-socialiste et anti-démocratique. Qui plus est, en demandant sans cesse le renforcement du pouvoir du comité dans le but d'en faire non un simple organe exécutant, mais au contraire un organe dirigeant, les funkistes ont prouvé doublement le peu de respect qu'ils ont pour la démocratie au sein de notre parti, et leur désir de voir apparaître des chefs et des donneurs d'ordres.

Une propagande inefficace

La propagande de Der Funke est empreinte d'un marxisme archaïque qui se refuse à faire référence à des auteurs marxistes ayant réfléchi après 1940... Ce marxisme rudimentaire produit comme résultat une propagande suintant les premières décennies du siècle dernier, et ignorant les évolutions de fond qui ont suivi. De même, cette ignorance a comme corollaire une forme et un vocabulaire absolument pas en phase avec la société contemporaine. Voilà pourquoi je ne peux que constater que leur propagande n'est pas un grand bienfait pour la régénération et la diffusion des idées marxiennes ou marxistes au XXIème siècle, mais plutôt une limite à cette régénération et à cette diffusion.

Un discours incohérent sur la libre-circulation 


C'est sur le plan de la libre-circulation enfin que les trotskistes de Der Funke font preuve d'une vaste incohérence. Voilà une organisation qui prétend défendre les travailleurs, qui met en évidence les faiblesses existantes dans la libre-circulation avec l'Union Européenne, et qui en tire comme conclusion qu'il s'agit de rompre les accords de libre-circulation. Pourtant, la rupture des accords de libre-circulation n'a comme conséquence que l'instauration de contingents, avec ce que cela implique comme affaiblissement des conditions de travail pour les travailleurs que les funkistes prétendent défendre. La lutte pour l'organisation des travailleurs contre l'exploitation n'a pas besoin des contingents, au contraire, la libre-circulation est d'ores et déjà une amélioration par rapport aux contingents, et c'est à l'intérieur de cette libre-circulation que l'on peut ensuite s'engager en faveur de la défense des intérêts des travailleurs. 



Pour toutes ces raisons, je considère dès à présent Der Funke et ses membres comme des adversaires internes, au même titre que les social-libéraux ou les carriéristes.
En espérant que ce message les fera réfléchir sur ce qu'est le socialisme et sur ce qu'il n'est pas !


17:58 Publié dans Der Funke | Lien permanent | Commentaires (54) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg