13/02/2014

Les différents types de militants



D'après mon expérience personnelle au sein des partis et des organisations politiques (c'est à dire, pas uniquement au sein du mien propre), je pense pouvoir tirer quatre types de militants.

Il y a d'abord le militant au grand cœur, ce militant un peu crédule, un peu naïf, et surtout encore vierge de toute « formation politique », qui ressent dans ses entrailles la pulsion de l'indignation ou de la révolte face à l'injustice ou à l'oppression. Ce militant, je l'ai été dans les premières années de mon engagement (de mes 15 à mes 20 ans je dirais), et je le suis encore bien des fois !

Il y a ensuite le militant religieux, quasiment fanatique, qui verse dans le dogmatisme et ne recherche pas la vérité, mais seulement la réalisation de ses dogmes. Cette posture quelque peu malheureuse, on la retrouve dans certaines sectes politiques (je crains souvent dans certains milieux trotskistes, mais pas seulement).
Le militant religieux ne débat pas, il scande, il n'agit pas de manière rationnelle, mais émotionnelle, au nom d'une mythologie politique.
Ce militant, je l'ai parfois incarné lors de mes tous premiers pas en philosophie politique (j'en suis toujours à mes premiers pas, mais plus aux tous premiers), et mes premiers textes s'en ressentent, y compris sur ce blog.

Et puis, il y a le militant carriériste. Le militant carriériste, je ne devrais même pas l'appeler « militant » car il a déjà tout du politicien. Sa pensée est totalement limitée à ses possibilités de carrière, l'empêchant de tendre vers la vérité et donc de prendre des positions politiques valables. Le militant carriériste agit par opportunisme en fonction du politiquement correct et du consensus dominant, il ne s'oppose pas à l'autorité et évite toute prise de position subversive.
Il m'est arrivé d'avoir des hésitations carriéristes, surtout lorsque j'étais encore social-libéral.

Enfin, il y a le militant que je vais qualifier de philosophe. Je veux dire par là que ce militant recherche la vérité, puis après avoir trouvé ce qui lui paraît être bon et bien, il agit dans le sens de la réalisation de ce bien et de ce bon, sans jamais cesser de remettre l'ensemble de ses positions en question. Ce militant à la recherche évite la posture religieuse aussi bien que le gouffre carriériste. Il est, je pense, la meilleure des transformations possibles pour le militant au grand cœur.
J'essaie d'être ce militant, même si ce n'est jamais facile.

Pour conclure, je tiens à dire que l'on est jamais un seul de ces types de militant, mais toujours un mélange de ces quatre types. Qui plus est, rien n'est immuable et tout le monde peut changer.

19:20 Publié dans Typologie militante | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Bonsoir Adrien,

Petit commentaire d'humour:

- "... je pense pouvoir tirer quatre types de militants". Bon sang, les tirer?!¿?... Euh... vous les avez eus les quatre ¿¿¿

- M'enfin... pourquoi ne pas avoir intitulé ce billet "Autoportrait"...?

:-)

Écrit par : hommelibre | 13/02/2014

Excellent!

HL a oublié de nous dire à quel type il appartient. Mais c'est vrai que tout le monde connaît la réponse.

Écrit par : Johann | 14/02/2014

il n'y a pas photo. Vous avez absolument raison...moi mon école politique ? la terre et les humains en montagne et en ville...
Le problème :la cupidité qui dérive l'humain...dommage!
Même avec un esprit d'ouverture on reçois pas forcement un retour de partage...la cupidité amène aux coups dans le dos...drôle de remerciement...
La cupidité amène au pouvoir, et ceux qui l'on attendu longtemps, et qui l'on maintenant, change de grâce et compliment en redoutables chacals.

Écrit par : philemon | 14/02/2014

La société primitive japonaise se divisait entre paysans, commerçants, soldats et prêtres (à une époque où il n'y avait pas de différence entre savants et prêtres, chose que certains oublient un peu vite aujourd'hui...)...

Écrit par : Géo | 14/02/2014

Ca me rappelle les 4 traits de caractère que nous sommes dans le quotidien précisément au travail.
Asserti (qui recherche des solutions en essayant de contenter tous le monde)
Passif (prend de la distance par rapport à une situation et réfléchi)
Agressivité (faire passer les choses avec force)
Manipulateur.

Ces 4 traits de caractère présent chez tous les hommes s'expriment par contre pas de la meme manière chez tous le monde. Certain sont d'abord agressif puis manipulateur passif et asserti ou dans l'autre sens. Les combinaisons sont infinies du fait de la diversité de l'individu. Une fois notre réserve d'énergie utilisée dans un mode nous passons au suivant.

Très intéressant ce billet et me parait tout à fait proche de la réalité.

Écrit par : plumenoire | 22/02/2014

@Adrien,

Le militant à la recherche de la vérité que vous décrivez, me fait penser à certains artistes interprètes. J'évoque plus volontiers un interprète instrumentiste, parce qu'en plus de la musique qu'il reproduit, il essaie de restituer l'âme qui a conçue l’œuvre avec un plus d'âme à lui pour mieux faire saisir la cause qui doit être objet de soin de sa part et objet d'attention des auditeurs. Si la joie et l'envie en nait, c'est alors formidable.

Je dirais ceci en écoutant un pianiste: l'artiste s'efface pour que l'oeuvre vive pleinement et prenne chair en celui qui écoute. L'artiste, lui, n'est qu'instrument comme son piano. Son âme apporte les articulations nécessaires à une écriture qui ne révèle pas immédiatement sa physionomie ou la subtilité de son langage. Celui qui ne pratique pas cet instrument ni ne parle la langue de cet instrument a besoin d'aide. Si l'artiste l'aide bien, il dira à la fin qu'il a tout compris, qu'il peut aimer ou pas. Il aura une opinion.

Beaucoup ne parlent aucune langue politique. Ce n'est pas pour autant qu'ils soient dépourvus de philosophie... pratique ou théorique.

Des "miliciens" comme vous, on espère les retrouver encore dans 20 ans. Combien ont succombé aux tentations du pouvoir, d'un statut, d'une reconnaissance?
En tout cas, veillez à ce que le biotope politique ne vous dépouille du plaisir de vivre, de rire, de rire de vous-même, de garder votre sens de l'humour et de la dérision. Tous ces sens sont miroir de notre humanité, dans lequel on peut se voir au milieu d'elle.

Gardez le plaisir des choses simples.
Gardez la capacité de faire des projets.
Gardez-vous d'attendre quelque chose en retour d'un parti quelconque ni de la part d'aucune organisation de profession de foi.

Écrit par : Beatrix | 23/02/2014

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