30/01/2014

Critique du salariat



S'il y a bien quelque chose qui caractérise la pensée socialiste c'est la critique du salariat. On pourrait dire que c'est là l'élément clef qui fait de quelqu'un un socialiste ou non. Je considère d'ailleurs que quelqu'un qui accepte le salariat n'est pas socialiste.
Pourquoi cette critique socialiste du salariat ? Sur quoi porte-t-elle ?
C'est ce que je vais présenter en retraçant de manière analytique et systématique l'ensemble de la critique que l'on peut faire au salariat. J'ajoute que ma critique se porte sur le salariat en soi, en tant que catégorie universelle (et donc, quelle que soit l'époque, le lieu, ou les modalités de ce salariat), et non uniquement sur le salariat en tant que rapport social capitaliste actuel (en tant que phénomène isolé).


1. Le salariat en tant que non choix culturel et idéologique

Le salariat n'est pas un choix.

Quiconque naît au sein du capitalisme du côté des non possédants est automatiquement et systématiquement soumis à une propagande systémique (à travers ce que certains appellent les appareils idéologiques d’État) visant à conditionner l'individu à accepter sa future condition de salarié.
L'hégémonie culturelle capitaliste érige en modèle unique, et total, le salariat, qui devient une catégorie perçue comme évidente, comme naturelle, par l'ensemble des membres de la société.
On peut noter par exemple l'absence du mot « travailleur » de la plupart des discours dominants (presse, médias, télévision, école, politique, économie, etc.) et l'utilisation systématique du mot « salarié » à la place qui tend à gommer sémantiquement (dans le langage même) l'existence d'alternatives au salariat (sans mots pour désigner une alternative au salariat, l'alternative en question devient impossible à envisager).
Au final, quiconque croit préférer le salariat à la condition de travailleur libre n'est donc que victime de la propagande du régime en place.
A noter que le capitalisme exerce aussi un conditionnement sur les membres des classes dominantes, mais qu'il vise plutôt à les faire appréhender le fait de salarier comme quelque chose de naturel, voire de charitable, pour mieux former le futur patronat à ses fonctions de classe.

2. Le salariat en tant que non choix économique

Le salariat n'est pas un choix.
Les individus, hors des classes dominantes possédantes, n'ont pas d'accès facile au capital (sous toutes ses formes) ce qui leur interdit d'investir et de s'émanciper par entrepreneuriat de la condition de salarié. On ne prête qu'aux riches, dit fort justement la maxime. Si vous n'avez rien, aucune garantie à faire valoir, ni banques ni investisseurs ne vous prêteront quoique ce soit. Si vous n'avez qu'un faible revenu, jamais vous ne pourrez suffisamment mettre de côté (économiser) pour avoir de quoi investir.
Qui plus est, la position dominante de grands groupes capitalistes jouissant de position monopolistique (et d'avantages comparatifs) empêchent l'entrée de nouveaux acteurs sur des marchés cloisonnés.
Enfin, la concurrence avec des entreprises capitalistes pressurant leurs travailleurs contraint les coopératives autogérées à être constamment sous pression, réduisant leur nombre à peau de chagrin. Cette quasi-absence d'entreprise alternative aux entreprises capitalistes contraint les travailleurs à se faire salarier par absence de choix alternatif.

3. Le salariat en tant que choix matériellement imposé

Le salariat n'est pas un choix.
Si vous cherchez à éviter le salariat en refusant tout emploi, vous serez tout de même contraint de vous salarier. En effet, des contraintes matérielles basiques (manger, boire, vous vêtir, vous loger, vous soigner, etc.) peuvent vous amener à avoir besoin d'un revenu. Lorsque l’État-providence prend en charge votre dénuement, c'est alors la pression sociale et culturelle exercée par les autres membres de la société et par la propagande du régime capitaliste qui vous pousse à sortir de cette situation de dépendance. Enfin, si la pression socio-culturelle n'est pas suffisante, c'est alors l’État qui vous contraint par la force à aller travailler comme salarié pour lui-même (dans une entreprise d’État ou subventionnée) ou pour une autre entreprise capitaliste.

4. Le salariat subjectivement mal vécu

Le salariat est une souffrance, une insatisfaction.

Si vous êtes salarié, vous prendrez probablement conscience que cette condition ne vous satisfait pas. L'être humain naît libre, sa nature humaine le pousse à aspirer à vivre librement, et c'est pourquoi il ne peut que souhaiter s'émanciper d'une condition qui ne correspond pas à un état lui permettant d'être complètement heureux (la liberté étant la condition nécessaire au bonheur le plus complet).

5. Le salariat en tant que domination du travailleur

Le salariat c'est la domination du patron sur le salarié, ou autrement dit, c'est la hiérarchie (qui n'est toutefois pas présente uniquement sur le lieu de travail, mais aussi dans bien d'autres aspects et secteurs de la vie en régime capitaliste).

La hiérarchie, c'est l'imposition de chefs, d'un système où certains donnent des ordres à d'autres et où ces autres doivent obéir les yeux fermés. C'est tout une organisation de sanctions contre les réfractaires, et de cadeaux pour les obéissants, visant à faire accepter de gré ou de force aux travailleurs un ordre social fondé sur la violence, où l'agression des chefs patronaux est la règle.

6. Le salariat en tant qu'aliénation et réification du travailleur

Le travailleur, dans sa condition de salarié, est aliéné. Autrement dit, il est mis dans une position où il n'est pas en mesure comprendre la finalité de son action (les entrepreneurs/managers réalisant le travail d'anticipation de la demande, de planification de la production, et d'organisation du travail), transformant de son point de vue son activité en travail absurde.

Qui plus est, le travailleur, en tant que salarié, est réifié, ou autrement dit, il est mis dans une position où il n'est pas en mesure de décider ce qu'il souhaite faire, comment il souhaite s'organiser individuellement ou collectivement. Le salarié est donc ramené à la condition de chose-objet, simple exécutant sans autonomie propre.

7. Le salariat en tant qu'expropriation de la valeur individuel du travail

Le salariat c'est l'exploitation individuelle.

Dans le cadre de l'entreprise capitaliste, le propriétaire des moyens de production (l'actionnaire/le patron/le capitaliste) exerce son droit de propriété (capitaliste) sur les travailleurs en retirant sans rien faire une rente (le revenu du capital) de l'activité des travailleurs qui se voient ainsi spoliés d'une partie de la valeur de leur travail. Si un capitaliste (créditeur) a prêté de l'argent à l'entreprise, les travailleurs sont aussi expropriés par ce-dernier qui touche une part de la valeur de leur travail pour avoir simplement prêté son argent. Enfin, les travailleurs sont aussi exproprié d'une part de la valeur de leur travail par le manager/patron/gestionnaire qui se verse généralement un revenu supérieur à la valeur réelle de son travail.

8. Le salariat en tant qu'expropriation de la valeur collective du travail

Le salariat c'est l'exploitation collective.

Un travailleur seul ne peut exécuter ce que vingt travailleurs peuvent ensemble. Par exemple, un travailleur ne pourra jamais, même avec un million d'années à sa disposition, soulever une charge trop élevée (disons un obélisque pour reprendre l'exemple consacré par la tradition) pour sa seule force de travail, tandis que vingt travailleurs le pourront en une demi-heure.
L'alchimie productive de la coopération entre travailleurs correspond à une valeur supplémentaire du travail collectif sur le travail individuel. En entreprise capitaliste, le patron s'approprie cette valeur collective du travail des travailleurs.

Conclusion

Voici, je pense, les huit principaux aspects de la critique socialiste du salariat, qui le rendent inacceptables à mes yeux.
Le dépassement du salariat, ou son abolition, sont donc la clef du projet socialiste visant à fonder une société de travailleurs libres et autonomes, sans chefs, sans capitalistes, et sans patrons.
Seule une telle société est réellement qualifiable de société libre.


11:04 Publié dans Salariat, salariés | Lien permanent | Commentaires (17) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

05/01/2014

Courte somme sur le panditisme à Warwarilla

Comme je viens de l'annoncer sur mon blog auxiliaire, j'ai décidé d'ouvrir mon blog à d'autres amateurs de philosophie politique.
Pour ouvrir le bal, j'ai le plaisir d'accueillir un texte d'Antoine Conforti II


Je vais faire ici une courte présentation d’un royaume appelé, sans doute : Warwarilla, dont la localisation tant dans le temps que dans l’espace n’est pas connue vraiment (qu’au vu de certains éléments de la tradition et leur concordance avec des choses extérieures). Ce qui sera présenté ici n’est autre que le système qui, à ma connaissance, lui est propre et que j’ai nommé d’après la place capitale d’hommes appelés pandits : le panditisme.

La valeur historique des choses que je vais raconter n’est pas une question dont on va se soucier, puisqu’elles ne me sont connues que de témoignage, mais c’est en tant que base de pensée que nous allons les peser.

 

D’abord, voici je vais vous dire en peu de mots comment, selon la légende, est né ce royaume et les grandes lignes de son aventure, car vous le verrez plus tard : Cela peut aider à mieux saisir le regard particulier de cette nation :

On raconte que tout aurait commencé autour de l’équipage d’un pêcheur nommé Bâline qui allait de port en port, appelant qui voulait à le suivre au loin pour y fonder un pays meilleur. Ainsi, ce n’est pas le voyage d’une tribu ancienne que nous allons présenter, mais celui d’hommes déçus par leurs milieux, venus de partout et au hasard, afin de fonder ce qu’à leurs yeux le genre humain n’avait pas su faire ou bien garder.

Quand ils furent bien nombreux, ces braves s’en allèrent sur l’océan et après de longues traversées trouvèrent une terre qui leur sembla sans homme, une terre sur laquelle ils marchèrent au milieu des marécages pendant bien longtemps, puisqu’ils cherchaient des plaines où bâtir leur cité. L’un d’eux, que nous connaissons sous le nom de : Boscot-Bœuf, dit aussi le Grogneur, choisit de s’arrêter, disant qu’il valait mieux endiguer le fleuve et faire de quoi planter les champs que continuer à pied, peut-être pour toujours, sans jamais rien trouver. Mettant d’accord la plupart des Warwarons, il fut nommé roi, le premier du domaine qu’on commençait de bâtir avec les arbres coupés. On raconte qu’aussi longtemps qu’il vécut il fut un homme sage et plein de bon sens, qui jugea toujours les lois comme des choses de peu d’importance.

Après sa mort l’on apprit d’un chasseur qu’un autre peuple vivait quelque part dans les alentours du village et qu’ils avaient une ville forte de grands murs armés. L’héritier de boscot-bœuf envoya au tyran son voisin un message offrant de faire la chose suivante : mettre en place un marché, ce à quoi Mâr-Matsia le Premier (Il est parfois appelé d’autres façons.), le tyran donc, topa sans hésitation. En ce temps-là, tandis que l’on mettait en place à Warwarilla les premiers vrais tribunaux, les premières vraies écoles, ainsi que toutes ces choses qu’on met en place dans une cité naissante, les deux nations se lièrent tant par leurs traffiques marchandes qu’on vit ce peuple si brave jurer bientôt de servir Mâr-Matsia le Premier et que le royaume devint une province. Les champs étaient alors si nombreux dans chaque pays qu’ils se mêlaient même de part et d’autre, mais c’est sous Mâr-Matsia le Second, fils du Premier, qu’eut lieu la révolution d’un juge fâché du marché avec la tyrannie, un juge que l’on appellerait plus tard : Sans-Couronne.

C’est cette révolution qui marque la vraie naissance du Royaume de Warwarilla en ce que je le trouve plaisant et la majeure partie des choses que je vais présenter en viennent, par ailleurs, avec pour premier choix de vivre dès lors sans échange marchand avec le reste du monde. Mâr-Matsia le Second, bien qu’il perdît alors un partenaire bien riche en grains et d’autres choses, préféra ne pas marcher sur le royaume en sécession, mais après la mort de Sans-Couronne fut nommée reine des Warwarons la brave Cœur-Joie (elle aussi connue sous plusieurs noms), qui força son voisin de laisser s’en aller de son pays qui le voulait. La bataille est l’une des plus connues de l’histoire de ce peuple, mais il ne sert à rien de la raconter ici. Au fil du temps, cependant, il est à voir que Warwarilla reçut à peu près tous les anciens citoyens de Mâr-Matsia le Second, signant aussi la fin de sa tyrannie : Les autres, pour la plupart, quittèrent les alentours.

Les Warwarons vécurent ainsi pendant bien longtemps et ce qui se passa par la suite ne nous servira pas, puisque c’est le royaume à cette époque particulière que j’ai choisi de vous présenter.

 

Je commencerai par un principe drôle qui répondra peut-être à la première question que vous voudrez me poser : Les Warwarons, une fois majeurs, sont libres de prendre le nom qu’ils veulent et d’en changer aussi souvent. C’est ce qu’on appelle : principe de nom vaillant. Je tiens aussi à dire que ça n’est pas forcément la raison de l’étrangeté de certains noms dans l’histoire de Warwarilla : On m’a appris qu’elle n’était pas racontée toujours avec les mêmes noms et que c’est une possibilité, souvent, que des noms n’aient été donnés qu’après la mort des hommes mêmes, comme entre autres à Sans-Couronne, parce qu’il est obvi qu’on entend : le roi sans couronne, lui qui n’a pourtant jamais été roi vraiment, selon sa légende.

Ce principe est d’ailleurs l’un des plus anciens et aussi l’un des seuls à n’avoir, à ce qu’il semble, jamais été remis en question.

 

Voilà, pour parler de choses plus importantes, le premier principe des warwarons est le droit d’aller et venir dans le royaume, de devenir citoyen ou de ne plus l’être à l’envi : Est warwaron qui veut et ce jusqu’à ce qu’il ne veuille plus. Il n’y a pas d’écart fait entre ceux qui sont nés à Warwarilla et ceux qui y viennent, ni pour ceux qui y sont venus longtemps de ça face à ceux qui viennent d’y arriver, blâ-blâ. Cette première loi fait aussi bien sûr que l’exil n’est pas une peine qu’on puisse peser comme vaillante au sein du royaume et vous comprendrez bien pourquoi.

 

Maintenant voyons comment Sans-Couronne a changé les fondations mêmes du royaume selon ce qu’on appellera désormais : le panditisme.

Tout d’abord il s’agissait de renvoyer dos à dos les rois de sang et le peuple-roi, tous deux pour des raisons qui me semblent obvies, même si bien sûr beaucoup de gens de nos jours croient au peuple-roi et quelques-uns aussi aux rois de sang : Le panditisme veut en effet que le pays soit mené par des pandits, choisis par des épreuves et élevés par les pandits plus anciens. Ces épreuves sont des devinettes de sages, de bon sens, des questions aussi d’esprit pur comme avec les nombres ou la raison : Elles sont faites par les anciens et ce sont eux qui les font passer : Chaque pandit crée des épreuves, mais ils sont tous présents quand un brave tente d’en passer quelques unes, afin que tous ceux qui n’ont pas écrit les questions mettent sur papier leurs propres réponses. On peut ainsi dire si la question était bien faite et si les réponses des prétendants (mais aussi des pandits) sont vaillantes. Les moines sont là pour témoigner de ces épreuves, car les pandits ont le rôle sans doute le plus important, puisqu’ils sont tout à la fois chef de la nation et juges, seuls à choisir pour toute chose. Tout le monde peut passer ces épreuves, des warwarons de naissance à ceux qui sont venus seuls. Si un pandit est remis en question par un citoyen quelconque alors qu’il n’y a pas de candidats à la panditerie pour lancer les épreuves, on lui fait passer de nouvelles épreuves et ce aussi souvent qu’on le demande : si bien sûr on ne demande pas trop souvent.

Un autre groupe spécial au sein du royaume est l’ordre des moines qui sont à la fois les gardiens en arme et les seules personnes à travailler (dans les champs, les mines, les fabriques, blâ-blâ-blâ) d’après des attentes : un certain temps au moins et, selon, un certain fruit. Il faut que je dise, bien qu’on ait choisi de ne pas parler vraiment ici des usages et habitudes de la nation, qu’ils ne sont pas, ces moines, tous de la même foi, ni de la même école, partageant pourtant les mêmes règlements au sein de l’ordre. L’entrée dans l’ordre, comme le départ, est : libre. Ils dépendent, comme tout le monde en somme, des pandits seuls.

Il n’y a que deux autres genres de citoyens qui ne sont pas compris dans les communs vraiment : les docteurs et les techniciens. Les docteurs sont forcés de soigner aussi bien qu’ils peuvent : Y manquer les verrait, selon leur tort, dits criminels et mis au cachot. Les techniciens (comprenant agronomes, ingénieurs, architectes et au moins mille choses autres quelconques) doivent répondre toujours à l’appel des pandits quand on leur veut demander de travailler sur quelque chose et s’y mettre ou c’est, selon leur tort, la sentence de criminel, le cachot. Les docteurs et les bâtisseurs sont élevés à le devenir s’ils en ont l’envie et la possibilité : Ils peuvent choisir de ne plus l’être quand ils veulent.

Nous arrivons maintenant à la majeure partie : le commun ou les communs. En son sein nous pouvons encore séparer trois groupes : les chérifs, les maîtres et les poètes. Les chérifs sont des citoyens du commun nommés par les pandits pour se soucier de l’ordre. S’ils ont mal fait leur travail, ils peuvent être, selon leur tort, démis ou dits criminels et mis au cachot. Les maîtres sont des citoyens du commun choisis par leurs pairs pour s’affairer d’un champ, d’une forge, d’une fabrique ou de tout autre lieu de travail particulier, comme ferait un patron. Ce sont eux aussi qui doivent apprendre aux citoyens qui viennent y travailler à y faire leur travail comme il faut, ce pour quoi il peut être aidé par des gens qu’il nomme ou, si ça ne fait pas de souci, d’autres maîtres nommés par le commun. Ils sont libres d’accepter comme de ne pas accepter ce rôle de maître, mais s’ils l’acceptent et s’ils font mal leur travail, alors, selon leur tort, ils seront démis ou dits criminels, puis envoyés au cachot. On appelle : poètes les gens qui donnent leurs leçons aux enfants dans les écoles. Les poètes sont nommés par leurs pairs, mais sont forcés de donner les leçons que les pandits choisissent : Ces leçons ne sont pas en grand-nombre et les poètes sont dès lors très libres d’apprendre d’autres choses encore aux enfants. Quand ils sont très nombreux, certains pandits donnent parfois les leçons eux-mêmes. Les poètes qui font mal leur travail sont démis. Voilà, maintenant, les communs qui ne sont ni chérifs, ni maîtres, ni poètes, ces communs n’ont pas de travail particulier : Ils sont libres de travailler ou de ne pas travailler, où ils veulent, avec pour seule règle s’ils choisissent de travailler de suivre le commandement des maîtres : eux-mêmes sous le goubernement de la panditerie.

 

Aucun homme n’a proprement de trésors tangibles, même si l’on pèse quand même pour parler grossièrement que chaque homme doit avoir un toit : Ça n’est jamais que prêté par la cité. Si un homme seul a d’ailleurs une grande maison et qu’une grande famille en a une petite, alors les pandits se dépêcheront d’échanger ces choses (C’est à titre d’image, car en vérité tout dépend d’au moins mille petits points). Les citoyens sont bien sûr libres de choisir entre eux qui dort où, mais les pandits ont, comme sur toute chose, le droit de trancher. Un principe majeur veut encore qu’on n’emporte rien au-dehors du royaume, que ce qu’on nous donne pour le voyage : car on donne des choses à ceux qui veulent s’en aller, pour le voyage, et de même on doit tout abandonner à la cité en y entrant : Tous les Warwarons vivent, en somme, avec les mêmes possibilités et le luxe d’un seul passe plus ou moins par le luxe de tous les autres.

 

Enfin, j’ai parlé tout à l’heure du cachot : La seule peine pour le crime d’un homme libre est celle des travaux forcés. La seule peine pour le crime d’un forçat est celle de mort. Les travaux sont forcés au sens où l’on doit, quand on est dans les fers, gagner en travaillant ce que l’on va manger : Il est interdit par ailleurs de partager son pain, ce qui fait qu’on meurt de faim si l’on ne travaille pas, grosse mode : un genre de peine de mort déjà, mais pour la peine de mort à proprement parler, celle qu’on donne aux criminels des criminels selon leurs torts, les forçats qui tuent, volent ou font du mal à d’autres forçats, assavoir alors qu'ils ont été jugés et sont en train de se racheter, il s’agit cependant d’une mort par artifice. On les pend. On leur tranche le chef. On les jette au milieu du colisée.

Notez que les forçats ont à faire bien plus que ce qu’on leur donne à manger en paiement : et ce pour que le commun des hommes libres ait moins de travail, sans pour autant qu’on vienne à manquer ou que la famine guette. Si ç’arrive malgré tout, c’est aux moines de sauver le royaume selon leurs possibilités : Tous les autres hommes libres sont appelés à les aider, mais ils n’y sont jamais forcés. Si l’on n’arrive pas à faire assez de nourriture pour que tout le monde mange, alors le royaume s’effondre et demeure éteint jusqu’à ce que de braves gens viennent le rebâtir, même s’il semble que ça ne soit jamais arrivé dans son histoire pour cette raison de famine.

 

Toutes ces choses ici sont dites en peu de mots et je n’ai fait que tracer les grandes lignes du royaume à une certaine époque, royaume qui a changé souvent : Il est arrivé que les chérifs soient nommés par le peuple, pour prendre une chose parmi toutes les autres.

Je ne suis pas entré dans les questions que l’on pourra me poser vraiment en lisant tout ça, mais je ne pense pas qu’il y en ait une seule à laquelle je ne saurais répondre, ni même une seule que je trouverais difficile, donc puisque je n’ai fait que présenter les choses en grosse mode, hê bien, je vous en prie : Posez-moi des questions.


 

17:02 Publié dans Panditisme | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg