29/12/2013

Fondation de Tendance Socialiste Libertaire



Par la présente, nous, Pauline Schnorhk et Adrien Faure, constituons, à deux pour commencer puisqu'il faut bien un début à toute chose, la Tendance Socialiste Libertaire au sein de la Jeunesse Socialiste Suisse et Genevoise.
Sans ambition particulière, sans la prétention de renverser les rapports de force au sein de notre parti, nous souhaitons surtout affirmer notre identité politique et notre orientation.

Jeunes Socialistes trotskistes, Jeunes Socialistes social-libéraux, Jeunes Socialistes marxistes, Jeunes Socialistes réformistes, abandonnez vos tristes oripeaux doctrinaux qui ne sont que le reflet déformé de notre idéal de liberté : le socialisme libertaire !

Au sein de la JS, nous mènerons la lutte contre le carriérisme et la compromission, pour la transparence et la démocratisation de toutes les structures de notre parti, contre toute bureaucratisation, pour l'autonomie des sections par rapport au comité directeur, et pour l'autonomie et l'avant-gardisme de la JS par rapport au PS.

Liberté, démocratie directe, et autonomie partout !
Démocratie des conseils et autogestion partout !
Abolition du capitalisme et abolition de l’État !
Patrons et bureaucrates ça suffit !
Un seul moyen : la révolution !


La liberté ne se donne pas, elle se conquiert !

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28/12/2013

« Assez d'actes, des mots ! »



Une révolution politique, soit un renversement populaire de l’État capitaliste et une expropriation des possédants, est très improbable (même à long terme) dans un pays comme la Suisse, fort peu touché par la crise économique de 2007-2008 et par ses répercussions, et dont les structures économiques sont différentes du reste de l'Europe. Même une révolution dans certains pays du sud de l'Europe (par exemple en Grèce), si la crise persistait, ne changerait pas fondamentalement la donne en Suisse je suppose (quoique cela donnerait un sacré coup de fouet à nos mouvements évidemment). Dans la même optique, les prémisses à une révolution politique, comme une grève générale adjointe d'occupations, ne semblent pas non plus à l'ordre du jour (y compris à long terme), tout comme il semble illusoire d'envisager une victoire de la gauche par les urnes.
Le travail politique des militants socialistes réside donc d'abord dans un travail défensif en appui au mouvement syndical par l'usage des outils de la démocratie semi-directe et par la mobilisation militante dans la rue, couplé à un travail politique offensif visant à conscientiser la population sur les enjeux de nos luttes.

« Les paroles sont des actes sociaux. »

Kevin Mulligan 


Mais la véritable offensive est ailleurs.
La véritable offensive que nous devons mener se situe sur le terrain culturel, idéologique, et axiologique.
Car si la révolution politique semble utopique, une transformation culturelle, dans la poursuite et dans le même ligne que les années 68, me paraît par contre tout à fait envisageable. Une telle transformation culturelle pourrait impliquer un accroissement de la participation des individus à la bonne marche de la société, et ce, à tous les niveaux, y compris sur le lieu de travail. 
 

« Dans les amphithéâtres, les mots ont pris le pouvoir et siègent sans discontinuer. Tout le monde parle de tout, partout et à tout le monde, au pied de grandes fresques sombres et muettes. La révolution occupe les esprits et les discours, mais aussi la société, la politique, l'amour, la guerre, la mort, et la sexualité. Intellectuels, employés, ouvriers, clochards et militants se mêlent dans un chaos rhétorique inextricable. On parle pour agir, on parle pour comprendre, on parle pour se libérer, on parle pur parler. Cette éloquence torrentielle et confuse vaut par elle-même. Comme si un peuple lassé d'écouter le Maître se rattrapait en trente jours de décennies de silence. » 

Laurent Joffrin



Notre offensive culturelle se heurtera logiquement au centre conservateur qui gouverne ce pays, sous couvert de consensus et de paix du travail, mais qui est en fait en proie au copinage, à la corruption, au carriérisme, et au corporatisme.
Le mouvement socialiste ne peut malheureusement pas remporter cette lutte contre le système seul, car le peuple de gauche est historiquement minoritaire dans ce pays. C'est pourquoi je pense que nous aurons besoin du mouvement (anarchiste) libéral pour briser le règne des puissants. Je reviendrai là-dessus dans mon prochain billet.


« Et si c'était vrai ? Et si la France bazardait dans la magie de la révolte les appareils vermoulus pour inventer la vraie politique, celle du cœur et de l'imagination, celle de la démocratie réelle ? »

Laurent Joffrin

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26/12/2013

Manifeste pour le droit à la difformité



Nous, individus difformes, revendiquons :


Le droit de ne pas faire de sport.

Le droit d'être en mauvaise santé.

Le droit d'être gros.

Le droit d'être laid.

Le droit d'être maigre.

Le droit de ne pas porter de jeans ou de ne porter que des jeans.

Le droit d'être trop.

Le droit de demander pourquoi.

Le droit d'être fou.

Le droit d'être marginal ou marginalisé.

Le droit d'être minoritaire.

Le droit d'être comme nous souhaitons l'être.

Le droit de s'asseoir par terre.

Le droit de porter des haillons.

Le droit d'écrire n'importe quoi.

Le droit de ne pas être vulgaire.

Le droit d'être des individus.

Le droit d'avoir les prétentions que nous voulons.

Le droit d'être ridicule ou de ne pas être ridicule.

Le droit de ne pas dormir.

Le droit de ne pas manger.

Le droit de ne pas survivre.

Le droit d'avoir des cernes.

Le droit de perdre ses cheveux.

Le droit de ne pas être authentique.

Le droit d'arborer des masques.

Le droit d'être sur Terre comme sur une scène.

Le droit de lire ce qui nous intéresse.

Le droit de ne pas parler anglais.

Le droit de ne pas comprendre ses contemporains.

Le droit de ne pas passer son permis de conduire.

Le droit d'allumer des feux là où les braises rougeoient.

Le droit de dormir dans les arbres.

Le droit de parler au vent.

Le droit de ne pas rechercher à être médiocre.

Le droit à l'insomnie.

Le droit de ne pas boire de café.

Le droit de ne pas aimer les chats.

Le droit de ne pas offrir de cadeaux et de ne pas en recevoir.

Le droit de ne pas marcher dans les rangs.

Le droit d'être seul.

Le droit de ne pas savoir danser.

Le droit de chanter n'importe comment.

Le droit de parler latin.

Le droit de danser où bon nous semble et pas seulement dans les boîtes à fric.

Le droit de ne pas sourire.

Le droit à la difformité.


Partout où ces droits sont respectés se trouve l’État difforme.
Partout où ces droits ne sont pas respectés se trouve la Conformité.


Adrien Faure, Tristan Pun, et Pauline Schnorhk

16:24 Publié dans Manifeste pour le droit à la difformité | Lien permanent | Commentaires (36) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

24/12/2013

Du socialisme castoriadien (complément)


Il ne semble pas que le propos de mon texte ait été bien saisi au vu de certains commentaires que l'on m'a fait à son sujet.

Les point 1 et 2 de mon texte visait à arriver au point 3, soit à affirmer le caractère universel du projet socialiste. Cette universalité, on aurait aussi pu l'établir par d'autres biais (cf. mon texte sur l'objectivisme par exemple), mais ce qui est intéressant avec Castoriadis, c'est sa définition du socialisme qui permet de retracer le parcours du socialisme à travers plusieurs événements et mouvements historiques.
Le point 4 reprend cette définition du socialisme, mais cherche à établir ce qui fait que quelque chose est socialiste. Ainsi, un projet de société politique est socialiste parce qu'il comprend des mesures socialistes fondées sur des valeurs socialistes. Un projet de société socialiste expérimenté collectivement (comme une coopérative autogérée ou un éco-village) est socialiste parce qu'il est l'application pratique des valeurs socialistes à l'organisation sociale. Un individu socialiste est socialiste parce qu'il adhère à des valeurs socialistes et qu'il les met en application.
Il y a donc toujours un aspect adhésion aux valeurs socialistes (quel que soit le niveau d'échelle), et un aspect respect de ces valeurs en pratique.
Je suis socialiste parce que j'adhère à l'idée que la liberté est la valeur fondamentale de toute organisation sociale certes (parce que condition du bonheur), mais je respecte aussi cette valeur de liberté en pratique en n'opprimant jamais quiconque.
La liberté impliquant égalité et solidarité pour être une liberté réelle et respectueuse d'autrui, j'applique ces préceptes à moi-même d'abord en me montrant solidaire envers autrui, etc.
Il ne faut donc pas dissocier un idéal politique d'un idéal individuel, d'une pratique individuelle, et il ne faut pas les opposer. Ce n'est pas anodin si des militants quittent la politique pour vivre dans des fermes autogérées dans les montagnes. Leur désir de vivre selon leurs principes les poussent simplement à un moment donné de cesser d'attendre l'avènement révolutionnaire, et à vivre leurs idéaux immédiatement en pratique.
Pour éviter cette rupture entre militantisme et aspirations personnelles, je pense que l'individu socialiste doit trouver un moyen de concilier les deux, un peu comme le font les personnes œuvrant dans les coopératives Lungo Maï mais qui militent aussi en faveur de l'ensemble des travailleurs et soutiennent leurs luttes. Idéal politique et idéal individuel ne s'opposent pas, mais forment un tout qu'il faut vivre de la manière la plus harmonieuse possible selon moi.

17:00 Publié dans Castoriadis, Socialisme | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

22/12/2013

Du socialisme castoriadien



Le raisonnement suivant est celui qui m'a permis d'arriver à une définition que je trouve valable du socialisme. Il part de la philosophie politique socialiste de Cornelius Castoriadis, mais va au-delà des intuitions du penseur je crois (je n'en suis pas sûr parce que je n'ai lu, loin de là même, tout ce qu'il a écrit sur le sujet).

1. Qu'est ce que l'idéal de Castoriadis ?

Castoriadis définit d'abord son idéal comme étant le socialisme. Il ne me semble pas qu'il emploie le mot « communisme », car ce mot fait alors référence à l'URSS (et pour beaucoup de gens c'est malheureusement toujours le cas).
Mais dans un deuxième temps, Castoriadis trouve plus pertinent d'employer le mot « gestion directe de la production par les ouvriers » ou « gestion ouvrière » pour désigner son idéal. Le but est alors de se distancier des trotskistes qui ne font pas toujours (à l'époque) de différence entre étatisation des moyens de production et socialisme.
Avec l'évolution culturelle des années 60, Castoriadis établit une équivalence (assez évidente certes) entre « autogestion » et « gestion directe de la production par les ouvriers ». En fait, il s'agit non pas d'une équivalence, mais d'un retour à la source d'une implication, car l'autogestion c'est la gestion directe ouvrière généralisée à tous les individus et à tous les secteurs de la vie. On retrouve ici ma définition du socialisme comme étant la gestion du monde par ses usagers (ce qui est logique puisqu'elle découle de ma compréhension de Castoriadis).
Mais Castoriadis va plus loin et établit que l'autogestion n'est rien d'autre que la démocratie la plus radicale et la plus directe possible.

« Qu'est ce qu'une société autonome ? 
J'avais d'abord donné au concept d'autonomie, étendu à la société, le sens de « gestion collective ». 
Je suis maintenant amené à lui donner un contenu plus radical, qui n'est plus simplement la gestion collective (l'autogestion) mais l'auto-institution permanente et explicite de la société ; c'est à dire un état où la collectivité sait que ses institutions sont sa propre création et est devenue capable de les regarder comme telles, de les reprendre et de les transformer. 
Si on accepte cette idée, elle définit une unité du projet révolutionnaire. »


Plus tard, lorsqu'il est très âgé, il affirme qu'il a toujours parlé et lutté pour le même idéal. Ainsi, le socialisme équivaut à la gestion directe ouvrière, qui équivaut à l'autogestion, qui équivaut à la démocratie.
Selon lui, derrière ces différentes manière de désigner son idéal réside un même projet de société, qu'il nomme « projet d'autonomie » ou « projet de liberté ».

2. L'idéal de Castoriadis par rapport l'histoire

« Ce que nous appelons le projet révolutionnaire a été engendré dans et par les luttes des ouvriers, et cela avant Marx (entre 1790 et 1840 en Angleterre et en France). Toutes les idées pertinentes sont formées et formulées pendant cette période : le fait de l'exploitation et de ses conditions, le projet d'une transformation radicale de la société, celui d'un gouvernement par les producteurs et pour les producteurs, la suppression du salariat. »

Castoriadis affirme, comme on peut le voir, que le projet de liberté commence avant Marx, avec le mouvement ouvrier lui-même.
Mais il va aller encore plus loin en affirmant que le projet de liberté commence en fait avec l'invention de la démocratie athénienne, se développe, atteint son apogée sous Périclès, puis sombre. Après un millénaire d'oppression, il renaît avec la Révolution française, puis est porté par le mouvement ouvrier. Enfin, il est successivement porté par le mouvement des femmes (le mouvement féministe), le mouvement des jeunes (le mouvement étudiant notamment), et le mouvement écologiste.

« Nous déchiffrons, ou croyons déchiffrer dans l'histoire effective une signification – la demande d'autonomie. » 


Tout cela me semble très juste et très cohérent. Mais pourquoi devrions-nous nous arrêter là ?
Pourquoi les formes primitives de démocratie pré-antiques ne seraient-elles pas elles-aussi des prémisses au projet de liberté ?

3. Le socialisme/le projet de liberté est universel

Nous avons un projet de société, le projet de liberté, que l'on retrouve dans l'Antiquité, puis à l'époque moderne, et enfin tout le long de l'époque contemporaine avec différents mouvements sociaux.
Je pense qu'il n'y a qu'une manière d'expliquer cela, c'est ce que le socialisme/le projet de liberté est universellement valable, soit valable pour tous les individus, en tous temps, et en tous lieux. Les exemples de Castoriadis ne sont donc que des illustrations de certains moments où le projet de liberté/le socialisme a été réalisé.

4. Qu'est ce que le socialisme ?

Ce projet de société qu'est le socialisme/le projet de liberté semble être un projet collectif, un but à réaliser, une expérimentation collective.
Pourtant, le mouvement ouvrier (pour reprendre l'exemple de Castoriadis) est d'abord et avant tout un mouvement composé d'individus se battant pour un idéal.
Ces individus qui veulent réaliser le socialisme sont appelés « socialistes » parce qu'ils veulent vivre dans une société différente (socialiste).
Donc eux-mêmes sont porteurs de quelque chose : une adhésion aux valeurs de cette société différente. Cette adhésion à ces valeurs signifie que le socialisme est d'abord ça : une adhésion individuelle à des valeurs portant le projet de liberté.
Mais si j'adhère aux valeurs socialistes dans le but de réaliser un projet de société, alors je suis moi-même respectueux de ces valeurs socialistes (de liberté).
Donc le socialisme c'est aussi et d'abord des valeurs impliquant un comportement impliquant une action individuelle. Donc le socialisme est d'abord une éthique individuelle.
Vécue en groupe elle donne des expérimentations collectives (coopératives autogérées, municipalités rouges, jardins collectifs, etc.)
Politiquement elle donne le projet de société socialiste.

18:32 Publié dans Castoriadis, Socialisme | Lien permanent | Commentaires (23) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg