25/11/2013

La société sans propriété



De nos jours, l'apothéose de l'utopie sociale en Suisse peut envisager une économie de marché composée d'entités coopératives autogérées (autrement dit la généralisation de la propriété privée à toutes et tous), éventuellement en y adjoignant un crédit socialisé.
Autrement dit, le socialisme proudhonien (puisqu'il s'agit bien de ça si je ne m'abuse) semble être aujourd'hui ce qu'il y a de plus subversif au politiquement correct.

Bien entendu, d'un point de vue propagandiste, ce programme maximum forcé fait bien l'affaire, surtout quand on sait que le top du top de la radicalité contemporaine à gauche consiste bien souvent à la simple défense des services publics ou à l'étatisation de deux-trois usines.

Toutefois, je prétends qu'on ne gagne pas une lutte culturelle et idéologique sans braver les écoles de pensée dominantes et sans poser quelques esquisses d'alternatives. Car on ne s’extirpera pas du monde capitaliste sans en repenser les fondamentaux.
Et qu'est ce qu'il y a de plus fondamental dans le capitalisme, que la question de la propriété ?

Le marxisme apporte généralement comme réponse que la propriété privée des moyens de production doit être abolie afin de supprimer l'exploitation et l'aliénation des travailleurs.
Mais qu'est ce qu'un moyen de production ?
Les marxistes répondent généralement à cette question qu'un moyen de production est en gros tout ce qui ressemble de près ou de loin à une usine, à de la terre, à des matériaux bruts, etc.
Mais alors ? Un crayon m'est très utile pour produire un graphique, une marionnette pour donner un spectacle de marionnettes...
La vérité c'est que tout est potentiellement moyen de production !
Par conséquent, en bon marxiste, il faudrait supprimer la propriété privée de toute chose.

Généralement, quand on parle alors de supprimer la propriété privée, on sous-entend que l'on souhaite passer à un système de propriété commune.
Cette idée est juste, mais pourquoi garder ce concept, ce mot, propriété ?

La théorie libérale est fondée sur ce concept. Elle se base sur l'idée que l'on se possède soi-même, et qu'ensuite on possède ce que notre propriété sur nous-même parvient à produire.
Cette idée est fausse, car on est soi-même, et on ne peut pas se posséder (X ne peut pas posséder X, X est X).

Je considère que nous n'avons pas besoin de garder ce concept de propriété qui est étranger à notre tradition politique, à l'histoire de la doctrine socialiste.
Nous pouvons fonder notre conception du monde sur un autre concept : celui de gestion du monde par ses usagers.

Sur le lieu de travail, dans l'entreprise, gestion directe de la production et de son organisation par les travailleurs, dans les lieux de formation, dans les écoles ou les universités, gestion directe de la formation et de son organisation par les élèves et les professeurs, dans les espaces de vie communs, dans les lieux publics, gestion directe des usagers de l'organisation de ces espaces, dans les logements, gestion directe par les habitants de leurs lieux de vie, dans les quartiers, gestion directe par les citoyens, etc.

La gestion remplace ainsi la propriété comme fondement de l'organisation humaine.
Autrement dit, ce n'est plus le fait de posséder qui détermine la marche du monde, mais le fait d'exister. Démocratiser l'existence, c'est donc supprimer la propriété.

Quant au fait que certains biens (une brosse à dent par exemple) ne seraient utilisés que par un usager, ce n'est pas un problème, il suffit d'introduire le concept d'usage exclusif de ce bien.
La grosse différence que l'on introduit alors avec le concept de propriété, c'est qu'un droit d'usage est toujours quelque chose de socialement construit, et donc temporellement limité (ce qui fait par exemple particulièrement sens en ce qui concerne les biens fonciers ou immobiliers).

Une société sans propriété est donc envisageable.
La démocratie la plus pure, gestion du monde par ses usagers, en est la clef de voûte.



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22/11/2013

La Chinoise 2013 et comment dépasser la contradiction petite-bourgeoise



Suite à la lecture de la critique du Courrier sur la pièce la Chinoise 2013, actuellement en représentation au Théâtre Saint-Gervais, j'ai eu envie de donner quelques éléments complémentaires qui m'ont particulièrement marqué.

Ce que la pièce met en scène, c'est moins une expérience foireuse de communauté de jeunes, mais bien davantage la jeunesse révolutionnaire contemporaine en tant que telle (contemporaine car la pièce parle bien de 2013, et non plus de 1967).
Il s'agit en fait d'une véritable critique de la jeunesse révolutionnaire actuelle, et par conséquent de la jeunesse actuelle en général, mise en scène de manière caricaturale pour bien rendre saillant ses contradictions (supposées).

On contemple en effet un groupe de (petit-)bourgeois oisifs déclamant des salmigondis de concepts marxisant à la sauce soixante-huitard, le tout saupoudré de chansons signées Mao et consort.
Totalement incapables d'accorder leurs paroles à leurs actes, ces jeunes proto-révolutionnaires exploitent une pauvre femme de ménage (presque femme à tout faire en fait), et se dé-crédibilisent tant et plus, en actes, comme en paroles en fait.

Ceci étant dit, il y a une remarque essentielle qu'il faut faire maintenant. Cette pièce ne parle pas de la jeunesse actuelle, non. Cette pièce parle de la jeunesse actuelle telle que vue par l'auteur-metteur en scène, à travers ses souvenirs de la jeunesse soixante-huitarde.
La jeunesse actuelle ne se perd de loin pas (dans sa très large majorité) dans une bourrasque chaotique de concepts marxisant, mais au contraire adhère plutôt massivement à la doxa social-libérale consensuelle contemporaine dans une relative absence de culture politique (et dans un manque marqué de repères idéologiques).

Quant à la jeunesse révolutionnaire contemporaine plus particulièrement, je vais me permettre de prétendre l'incarner pour répondre à la contradiction petite-bourgeoise qui a tellement gêné la génération 68.
La jeunesse révolutionnaire (petite-bourgeoise et étudiante) de 68 affirmait vouloir émanciper le prolétariat, mais ne cherchait en fait qu'à s'émanciper elle-même.
La jeunesse révolutionnaire (petite-bourgeoise et étudiante) de 2013 n'affirme plus vouloir se mettre au service du prolétariat, mais affirme que la réalisation de la société socialiste est souhaitable d'abord pour elle-même, et ensuite seulement pour le reste du monde.
Cet individualisme socialiste assumé est une exigence de lucidité et d'auto-analyse nécessaire à toute démarche politique il me semble.
L'émancipation des pauvres, des veuves et des orphelins, du prolétariat, n'est que l'heureuse conséquence de notre propre émancipation, à nous, la jeunesse révolutionnaire petite-bourgeoise et étudiante, mais elle n'est pas le but premier.
La généralisation de la liberté à tous, voilà notre projet de société, voilà notre éthique individuelle. Mais nous le faisons d'abord pour nous mêmes, ensuite pour les autres.
Lucidité (révolutionnaire), vous dis-je. 

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18/11/2013

Pourquoi parler de romantisme ?



Cette question, je l'ai senti poindre sur bon nombre de lèvres à la publication de mon dernier billet.
En effet, pourquoi parler de romantisme ?

Mais parce qu'il faut être capable d'expliquer d'où viennent nos positions radicales !
Tout le discours argumentatif, rationnel, logique, toute cette belle construction de l'esprit, n'est venu se greffer qu'après l'engagement.
Ce n'est qu'un outil au service de la cause, et non la cause elle-même.


A la base de l'engagement (en tout cas à la base de l'engagement intègre et sincère), il y a peut-être ce temps d'empathie, d'identification, que l'on ressent avec la victime de l'injustice, avec cet autre être humain qui souffre, et qui nous ramène à nous même et à notre propre condition humaine.
Ou bien, l'engagement naît de la confrontation avec la froideur et la dureté du monde capitaliste et de ses modalités impitoyables qui nous révulsent et nous indignent.


Mais ce qui transforme cette émotion, cet engagement, cette révolte, en une remise en question totale de l'ordre bourgeois et du régime patronal, en un virulent et exaltant ethos révolutionnaire, c'est la pulsion romantique.

Car aujourd'hui il n'y a plus de conscience de classe, mais il y a le romantisme, assumé.

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17/11/2013

Romantisme et socialisme

Lorsque quelqu'un dit : Je suis socialiste et je dédie ma vie à la révolution.
Il ne fait en fait qu'avouer une seule chose : Je suis romantique et je dédie ma vie à la passion. 
 

Pour certains, la politique est un moyen de faire carrière, pour d'autres, c'est une manière avantageuse d'occuper son temps libre. Pour quelque uns, c'est une façon de trouver une seconde famille, ou tout simplement de combler ses besoins en terme de sociabilité. Enfin, certains y recherchent prestige ou reconnaissance sociale.

Mais pour le romantique, la politique n'est que l'extension logique du déchaînement des passions, le champ de bataille où bâtir une cathédrale au nom d'une divine exaltation.
Seul le romantique a de véritables convictions politiques, car lui seul va au bout de ses idées et est prêt à en assumer ses conséquences. Ainsi, le romantique est révolutionnaire par excellence.

L'état d'esprit du militant romantique est toutefois tiraillé par ses contradictions : entre militantisme en phase avec la population et ses propres aspirations, entre sa spontanéité et la nécessaire planification de l'action politique, entre son impatience et la lenteur des institutions, entre la réalité et son idéal, entre la nécessité de s'appuyer sur la raison et la logique, pour construire ses idées et son discours, et ses émotions.

Au lieu de donner des cours de marxisme, nous ferions donc mieux de donner des cours de romantisme.
Mais le romantisme ne s'apprend pas, il se vit.

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Le marché n'existe pas



On dit souvent que le marché n'est qu'une fiction pour représenter l'ensemble des consommateurs et des producteurs (de la même façon que les marchés financiers ne sont que la représentation des investisseurs). Mais ce qu'on ne dit pas, c'est que le marché est aussi une fiction d'une spontanéité qui n'en est pas une. Ce qu'on appelle le marché, ou l'économie de marché, n'existe pas.

Mon ami Jérémy D., auteur du très bon texte sur l'économie planifiée décentralisée et démocratique Codename Utopia, disait en effet il y a peu sur les réseaux que jamais la production (l'offre) n'est déterminée toute seule par la magie d'une Main invisible. Il n'y a pas de demande qui déterminerait de manière naturelle l'offre, toute demande en biens et services de consommation est une demande sociale qui implique une offre sociale. Autrement dit, il y a des hommes et des femmes qui à un moment ou à un autre doivent déterminer ce qu'il faut produire, comment, combien, et pour qui.

Dans ce qu'on appelle l'économie de marché, ce sont les entrepreneurs (dans leur rôle de gestionnaire d'entreprise) qui déterminent la production en fonction de la consommation (l'offre en fonction de la demande) en anticipant la demande pour les biens et les services qu'ils produisent. Il y a nécessité pour eux de prévoir ce qu'ils vont vendre pour pouvoir décider que produire, et donc ils doivent anticiper la demande (la consommation) pour leur production.

Cela semble ce qu'il y a de plus simple en économie politique, et pourtant, cela signifie que l'économie est toujours planifiée, et que le marché n'est rien d'autre qu'une planification par les entrepreneurs de la production. 

13:47 Publié dans Socialisme & économie planifiée | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

11/11/2013

Éloge de l'ivresse

Exercice de style  

Toute génération, parvenue à l'âge mûr, ne peut que sombrer dans l'approbation consensuelle des grandes lignes du monde qu'elle a participé à créer. Il ne reste alors aux survivants de ce monde mort, car vidé de tout changement, qu'à fignoler avec une hargneuse ténacité les détails du grand œuvre des élus.
C'est pourquoi, la jeunesse est le principe régénérateur, et donc créateur, de toute société. Elle seule peut briser les murs épais du conformisme.
Ainsi la jeunesse est-elle toujours romantique : passionnée, tourmentée, et exaltée.


La jeunesse boit trop, nous dit un « on » bourgeois ou embourgeoisé.
Est-ce un simple jeu ?
Est-ce une maladie incurable ?
Un passage obligé vers les dédales de l'âge de la moralité et des convenances ?
Une dette qui vient irriter les bourses de l'assurance maladie ?
Quel est ce troupeau de pourceaux dénué d'une once de civile discipline qui poignarde si souvent la doctrine d’Épicure ?
Puritains de tous les pays, unissez-vous contre ce Dionysos qui règne en maître sur nos cités luxurieuses ! Lois, taxes, et piloris médiatiques, l'artillerie politique canarde la fontaine de jouvence pour en réduire le vicié débit.

Mais qu'est ce que l'ivresse ?

Boire jusqu'à l'ivresse c'est pratiquer l'excès.
La pratique de l'excès n'est rien d'autre qu'un rituel purgatoire et autodestructeur, un défi à ses limites mortelles, une régénération.
Ainsi, le saint week-end, les masses se rassemblent pour célébrer l'eucharistie universel des fêtards, et dans le calice alcoolisé, communient au nom du seul Dieu qui existe encore sur cette Terre : le plaisir de vivre en ayant du plaisir. 
Sacrifier sur cet autel quelque part de son esprit et de son corps, voilà qui est bien sûr braver la Loi de l'ordre des médecins. 
Mais que vaut le courroux sanitaire face à l'émancipation de l'âme ?


L'ivresse c'est aussi le ridicule certes, et, comme le ridicule, elle ne tue pas, la plupart du temps. Se rouler dans la fange, ou se traîner nu parmi ses contemporains, voilà ce qui attend parfois le disciple par trop imprudent, ou par trop jouteur. Mais c'est le jeu auquel le joueur s'adonne, et dont il connaît les règles.
Transgression, déviance, désinhibition, exhibition, les maux de l'ivresse ne sont toutefois que les mots du poète. Ils brillent intensément, illuminent une nuit, voire deux, puis disparaissent dans une nouvelle voie lactée.
C'est pourquoi, nous avons tant besoin des poètes.


10:58 Publié dans Éloge de l'ivresse | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

05/11/2013

La bourgeoisie a un visage



Je dis souvent qu'il n'y a pas de déterminisme socio-économique absolu, et qu'un riche peut fort bien rejoindre nos rangs par humanisme ou carrément par adhésion au socialisme. Je le dis d'ailleurs d'autant plus lorsque je pense aux jeunes dont j'aime penser l'esprit non tant influencé par leurs parents (au sens large du terme).

Mon esprit catholique peu matérialiste me pousse en sus de cela à voir dans les riches des victimes de leur argent et à voir dans la réalisation du socialisme un bon moyen de leur venir en aide.

Mais voilà, ayant dit cela, je dois bien admettre que dans la réalité à laquelle je suis confronté tout n'est pas aussi simple.
La jeunesse dorée peut se montrer progressiste en matière de moeurs, cachée derrière une poignée d'idéalistes anarchistes libéraux elle peut même sembler aimable, mais proposer lui de partager son or, et vous verrez le dragon refermer ses griffes sur son magot.
Nous sommes les partageux, ils sont l'aristocratie à la tête de la pyramide capitaliste.
La jeunesse dorée tient à ses privilèges et affiche ouvertement son mépris de classe envers les gueux. Ayant foi dans le mérite de leurs idoles patronales, ils enrobent derrière leurs principes de libre entreprise et de patron méritant la misère qu'ils offrent au reste de la société.

Nous avons des adversaires, ils ont un visage et des noms. Ils ont l'or, nous avons les principes. Ils ont le pouvoir, nous avons la flamme. Ils ont, nous sommes. 

13:41 Publié dans Bourgeoisie | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

04/11/2013

Lexique pour un marxisme actualisé



J'entreprends l'écriture d'un petit lexique, dont ce billet est le présent commencement, traitant du vocabulaire marxiste et de sa nécessaire actualisation.
Dans le cadre d'un militantisme de transition, il me paraît en effet fort souhaitable d'actualiser le vocabulaire marxiste (ce que les militants marxistes ont bel et bien fait dans bien des cas) pour le rendre audible au grand public.
La lutte culturelle, théorique, et éthique, que nous menons pour renverser l'hégémonie idéologique capitaliste, ne doit pas se confondre avec un dogmatisme (ou sectarisme) langagier nostalgisant.
Certes, celui qui dicte les termes du débat domine le débat, mais nous sommes dans un tel état de déliquescence théorique (désolé, mais je crois que c'est la vérité, tout est à reconstruire dans le champ de ruine de la pensée de gauche contemporaine), que nous sommes tactiquement contraints de faire un pas en arrière et d'accepter certains termes que nos adversaires ont su imposer, mais pas tous, comme on le verra.

Prolétaire/prolétariat

Voilà bien un mot, certes conceptuellement essentiel, que nous ne devons plus employer. Pour la majorité des gens, un prolétaire c'est un ouvrier du secteur industriel et uniquement cela (ou pire, c'est un ouvrier du secteur industriel du XIXème siècle...). Il faut lui préférer le terme « travailleur », un terme excellent, car directement en lien avec nos fondements théoriques et éthiques (sur l'exploitation et la domination), et qui plus est absolument subversif puisqu'il remet en question le terme « salarié » que nos adversaires aimeraient nous imposer. Pour parler du « prolétariat » il suffit de parler « des travailleurs ».

Classe ouvrière/classe prolétaire/classe prolétarienne

Dans une société suisse où 75% de la population travaille dans le secteur tertiaire, parler encore de « classe ouvrière » relève de la bêtise tactique (sans vouloir être aucunement désagréable). Au grand maximum on peut se permettre de parler de « classe des travailleurs », mais ce n'est même pas idéal je trouve. Dans la même logique, on se passera du terme « classe prolétaire » et de celui de « classe prolétarienne » autrement qu'entre marxistes (car bien sûr, entre marxistes on peut sans souci employer ces mots dans leur significations conceptuelles, et non dans leur connotation faussée). On peut aussi envisager le terme « classe populaire », puisque les médias l'ont amené dans le débat public, un terme dont l'usage est d'ailleurs en pleine croissance et qui pourrait présager des évolutions intéressantes.

Culture prolétarienne


Je dirais que là le terme le plus simple pour remplacer cette expression est "culture populaire" (Bourdieu l'utilisait déjà il me semble dans ses travaux). Pourquoi pas éventuellement dans certaines situations, « culture révolutionnaire ».

Lumpenproletariat (ou littéralement « prolétariat en haillons »)

Un terme de toute façon peu utilisé, même par les marxistes, aujourd'hui. Le concept peut être transcris à travers celui de « précariat » ou simplement de « précaires » (voire pourquoi pas, « pauvres »). On peut aussi leur préférer des expressions comme « marginaux », « déviants », « exclus », mais on est alors déjà en train de dériver un peu par rapport au concept de base.

Masses

Un terme qui est connoté fort négativement aujourd'hui je crois. Je propose de le remplacer par l'expression « grand public », tout à fait adapté à nos habitudes langagières il me semble.

Bourgeois

A part pour désigner les partis de droite comme « partis bourgeois », pour désigner des notions historiques, ou pour faire référence à l'ancienne bourgeoisie, il vaut mieux abandonner ce terme. Parler des « riches » à la place me semble une bonne solution, ou bien selon comment, de « patrons ».

Petit-bourgeois

Le terme peut encore être employé pour désigner un adversaire négativement. On peut sinon employer le mot « petit patron » dans les cas où cela se justifie. Bourgeois de Bohème, sous sa contraction populaire « bobo » peut aussi se justifier dans certains cas. Enfin, il y a évidemment aussi le terme « classe moyenne » que l'on peut différencier entre « classe moyenne inférieure » (équivalent éventuellement à « petite-bourgeoisie prolétarisée ») et « classe moyenne supérieure ».

Culture bourgeoise

A nouveau, sauf pour parler de notions historiques, ou de l'ancienne bourgeoisie, il vaut mieux parler de « culture dominante » (par opposition à la culture populaire).

Classe bourgeoise/classe capitaliste

Là très clairement, je conseille de parler de « classe dominante » (ou au pluriel « classes dominantes ». L'expression passe très bien. Bien entendu, on peut aussi parler « des riches » sinon, voire employer le terme « oligarchie » ou « ploutocratie », qui sont revenus un peu à la mode.

Capitaliste

Un joli mot, mais malheureusement il faut aussi l'abandonner pour le moment. Je propose de prendre le mot « manager » pour désigner le capitaliste gestionnaire, et le mot « actionnaire » ou « gros actionnaire » pour désigner le capitaliste propriétaire (et rentier). On peut évidemment aussi fort bien employer le mot « patron » de manière indifférenciée pour désigner ces deux concepts.


Capitalisme

Aucun problème. Au contraire, ce mot désigne très bien la société contemporaine.

Classes sociales

On préférera le terme « groupes sociaux ».

Lutte des classes

Mieux vaut en parler indirectement, en s'étendant sur la confrontation ou la lutte entre patrons et travailleurs.

Plus-value

Ce terme ne peut être utilisé dans son sens marxiste. Il faut privilégier les concepts de « domination » et « d'exploitation ».

Collaboration de classe

Je dirais que le terme à utiliser dans ce cas est celui de « compromission ». Je cherche encore un meilleur équivalent.

Révolution

Éventuellement « transformation sociale ».

Dictature du prolétariat

Totalement incompréhensible pour les contemporains. Un terme à abandonner.

Soviets

Superbement mal connoté, il faut revenir au sens d'origine, soit « démocratie des conseils ».

21:41 Publié dans Lexique marxiste | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg