04/11/2013

Lexique pour un marxisme actualisé



J'entreprends l'écriture d'un petit lexique, dont ce billet est le présent commencement, traitant du vocabulaire marxiste et de sa nécessaire actualisation.
Dans le cadre d'un militantisme de transition, il me paraît en effet fort souhaitable d'actualiser le vocabulaire marxiste (ce que les militants marxistes ont bel et bien fait dans bien des cas) pour le rendre audible au grand public.
La lutte culturelle, théorique, et éthique, que nous menons pour renverser l'hégémonie idéologique capitaliste, ne doit pas se confondre avec un dogmatisme (ou sectarisme) langagier nostalgisant.
Certes, celui qui dicte les termes du débat domine le débat, mais nous sommes dans un tel état de déliquescence théorique (désolé, mais je crois que c'est la vérité, tout est à reconstruire dans le champ de ruine de la pensée de gauche contemporaine), que nous sommes tactiquement contraints de faire un pas en arrière et d'accepter certains termes que nos adversaires ont su imposer, mais pas tous, comme on le verra.

Prolétaire/prolétariat

Voilà bien un mot, certes conceptuellement essentiel, que nous ne devons plus employer. Pour la majorité des gens, un prolétaire c'est un ouvrier du secteur industriel et uniquement cela (ou pire, c'est un ouvrier du secteur industriel du XIXème siècle...). Il faut lui préférer le terme « travailleur », un terme excellent, car directement en lien avec nos fondements théoriques et éthiques (sur l'exploitation et la domination), et qui plus est absolument subversif puisqu'il remet en question le terme « salarié » que nos adversaires aimeraient nous imposer. Pour parler du « prolétariat » il suffit de parler « des travailleurs ».

Classe ouvrière/classe prolétaire/classe prolétarienne

Dans une société suisse où 75% de la population travaille dans le secteur tertiaire, parler encore de « classe ouvrière » relève de la bêtise tactique (sans vouloir être aucunement désagréable). Au grand maximum on peut se permettre de parler de « classe des travailleurs », mais ce n'est même pas idéal je trouve. Dans la même logique, on se passera du terme « classe prolétaire » et de celui de « classe prolétarienne » autrement qu'entre marxistes (car bien sûr, entre marxistes on peut sans souci employer ces mots dans leur significations conceptuelles, et non dans leur connotation faussée). On peut aussi envisager le terme « classe populaire », puisque les médias l'ont amené dans le débat public, un terme dont l'usage est d'ailleurs en pleine croissance et qui pourrait présager des évolutions intéressantes.

Culture prolétarienne


Je dirais que là le terme le plus simple pour remplacer cette expression est "culture populaire" (Bourdieu l'utilisait déjà il me semble dans ses travaux). Pourquoi pas éventuellement dans certaines situations, « culture révolutionnaire ».

Lumpenproletariat (ou littéralement « prolétariat en haillons »)

Un terme de toute façon peu utilisé, même par les marxistes, aujourd'hui. Le concept peut être transcris à travers celui de « précariat » ou simplement de « précaires » (voire pourquoi pas, « pauvres »). On peut aussi leur préférer des expressions comme « marginaux », « déviants », « exclus », mais on est alors déjà en train de dériver un peu par rapport au concept de base.

Masses

Un terme qui est connoté fort négativement aujourd'hui je crois. Je propose de le remplacer par l'expression « grand public », tout à fait adapté à nos habitudes langagières il me semble.

Bourgeois

A part pour désigner les partis de droite comme « partis bourgeois », pour désigner des notions historiques, ou pour faire référence à l'ancienne bourgeoisie, il vaut mieux abandonner ce terme. Parler des « riches » à la place me semble une bonne solution, ou bien selon comment, de « patrons ».

Petit-bourgeois

Le terme peut encore être employé pour désigner un adversaire négativement. On peut sinon employer le mot « petit patron » dans les cas où cela se justifie. Bourgeois de Bohème, sous sa contraction populaire « bobo » peut aussi se justifier dans certains cas. Enfin, il y a évidemment aussi le terme « classe moyenne » que l'on peut différencier entre « classe moyenne inférieure » (équivalent éventuellement à « petite-bourgeoisie prolétarisée ») et « classe moyenne supérieure ».

Culture bourgeoise

A nouveau, sauf pour parler de notions historiques, ou de l'ancienne bourgeoisie, il vaut mieux parler de « culture dominante » (par opposition à la culture populaire).

Classe bourgeoise/classe capitaliste

Là très clairement, je conseille de parler de « classe dominante » (ou au pluriel « classes dominantes ». L'expression passe très bien. Bien entendu, on peut aussi parler « des riches » sinon, voire employer le terme « oligarchie » ou « ploutocratie », qui sont revenus un peu à la mode.

Capitaliste

Un joli mot, mais malheureusement il faut aussi l'abandonner pour le moment. Je propose de prendre le mot « manager » pour désigner le capitaliste gestionnaire, et le mot « actionnaire » ou « gros actionnaire » pour désigner le capitaliste propriétaire (et rentier). On peut évidemment aussi fort bien employer le mot « patron » de manière indifférenciée pour désigner ces deux concepts.


Capitalisme

Aucun problème. Au contraire, ce mot désigne très bien la société contemporaine.

Classes sociales

On préférera le terme « groupes sociaux ».

Lutte des classes

Mieux vaut en parler indirectement, en s'étendant sur la confrontation ou la lutte entre patrons et travailleurs.

Plus-value

Ce terme ne peut être utilisé dans son sens marxiste. Il faut privilégier les concepts de « domination » et « d'exploitation ».

Collaboration de classe

Je dirais que le terme à utiliser dans ce cas est celui de « compromission ». Je cherche encore un meilleur équivalent.

Révolution

Éventuellement « transformation sociale ».

Dictature du prolétariat

Totalement incompréhensible pour les contemporains. Un terme à abandonner.

Soviets

Superbement mal connoté, il faut revenir au sens d'origine, soit « démocratie des conseils ».

21:41 Publié dans Lexique marxiste | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Vous n'auriez pas envie d'aller vivre dans un des pays dont vous rêvez? Ils existent !

Mais autant vous aviser tout de suite, j'en ai rencontré des citoyens de ces pays. Ils fuyaient.

Écrit par : JDJ | 04/11/2013

@JDJ, pourquoi m'infligez ce genre de commentaire lieu-commun... ? :-(
Il est évident que la Corée du Nord n'est pas mon modèle de société idéal.
Combien de milliers de fois devrais-je le répéter...
Vu tout ce que j'ai écrit sur ce blog, pourquoi venir me sortir des choses aussi peu en lien avec ma réflexion ? C'est inutile je regrette.

Écrit par : Adrien Faure | 04/11/2013

Adrien, pourquoi ne pas militer carrément pour le stalinisme ? la gauche n'a rien fait de mieux !

Écrit par : Corto | 05/11/2013

Bon là vous trollez carrément Corto ;-)

Écrit par : Adrien Faure | 05/11/2013

Concernant votre réponse à JDJ, pas la Corée du nord, mais le système progressiste baasiste syrien et irakien !

Trouvez un seul modèle où la gauche que vous chérissez tant n'a pas finit dans le sang et le stupre ?

Écrit par : Corto | 05/11/2013

Adrien, si je troll, vous pouvez ouvrir une multinationale !!

Écrit par : Corto | 05/11/2013

Corto, tous les modèles de démocratie poussée : Athènes de Périclès, l'Etat du Soleil de Spartacus, la Commune de Paris en 1871, la Bavière de 1917, l'Italie de 1920, la Catalogne de 1936, la Hongrie de 1956, la Tchécoslovaquie de 1968, etc.

Écrit par : Adrien Faure | 05/11/2013

C'est bien ce que je voyais, vous n'y connaissez rien en histoire, quant à l'Athènes de Périclès, c'était l'exemple même de la ploutocratie, les suivantes ont toutes finies dans le sang !

Mais que vous osiez parler de Hongrie de 56 et de Tchécoslovaquie de 68, là vous êtes perdu à jamais !

Mais on vous aime bien Adrien, continuez, ça me rappel tous mes ex-potes marxo-léninistes et maoïste devenus hauts-fonctionnaires ou à la tête des fortunes de papa !!

Écrit par : Corto | 05/11/2013

Lexique intéressant, car trop souvent les gens de gauche parlent avec un vocabulaire que seuls les initiés comprennent. Par exemple, un discourt de Nathalie Arthaud de Lutte Ouvrière est une suite de concepts synthétises en mots... 70% des gens ne décrypte pas le message.

Et puis je souhaiterais rappeler l’existence des Kibboutz (de gauche) à Corto. Ces communautés basées sur le collectivisme qui fonctionnent encore en Israel.

Écrit par : Riro | 05/11/2013

Adrien, certes, le lexique que vous nous présentez est précieux mais tant que nous jugeons, pesons les mots, quid de la souffrance d'autrui (événements en Bretagne, par exemple)?

Écrit par : Alix | 05/11/2013

Oui, les kibboutz été l'une des seules expériences de gauche satisfaisante que je connaisse, quoi que le collectivisme n'est pas forcément à gauche, de nombreux kibboutz n'étaient pas à gauche du tout.

Le problème avec la gauche, c'est la pratique à long terme, au niveau théorique et sur le papier, le concept est quasi parfait, dans l'application, les démons humains se manifestent démesurément, tout est là !

Ce méfier des idéologies et de leurs gourous en général !

Écrit par : Corto | 05/11/2013

Je suis venu, j'ai lu, je ne suis pas convaincu.

Droite/gauche, je m'en fiche. Mais j'ai lu ce lexique et le trouve aussi flou, qu'insipide. Impossible de travailler avec ces termes, impossible de se comprendre et de dialoguer. Les mots portent des sens et sont à traiter avec sérieux.

Il faut revoir votre copie...

Écrit par : archi-bald | 05/11/2013

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