15/09/2013

Coming-out révolutionnaire



Quel meilleur moment que les élections cantonales pour l'annoncer ?

Il y a plusieurs semaines, de passage à Lausanne pour une rencontre inter-cantonale du collectif artistico-politique Chlorure de sodium, j'ai pris le temps de discuter avec deux socialistes libertaires. La discussion a porté entres autres sur mon parti, nos activités, et nos buts. Et c'est ainsi que ces derniers ont instillé en moi le doute : le socialisme pouvait-il réellement être réalisé par une couche successive de réformes ? Si par un hasard transcendant notre histoire suisse minoritaire nous obtenions une majorité dans les parlements et les exécutifs de ce pays, pourrions-nous réellement voter des lois transformant radicalement la société, ses institutions, ses structures ?

L'histoire n'est pas du côté du réformisme.
Mitterrand n'a-t-il pas échoué ?
Jamais le socialisme n'a été réalisé par des réformistes.
Ses seuls moments d'existence sont des moments révolutionnaires : l’État du Soleil de Spartacus dans l'Antiquité, la Commune de Paris en 1871, la Catalogne de 1936, la Hongrie de 1956, etc.
Empiriquement, le socialisme semble n'être réalisable que par des révolutions.
Mais ce n'est pas un argument suffisant.

Ce qui m'a convaincu, c'est cette petite phrase qui m'a traversé l'esprit : « La liberté ne se donne pas, elle se conquiert. »

Ni Dieu, ni César, ni tribun.
Ni État, ni gouvernement, ni parti, ni avant-garde.
Nul ne peut donner la liberté à un individu.
On ne libère pas un esclave en lui notifiant sa liberté sur un bout de papier.
Car le réformisme est un formalisme, il croit qu'un peu d'encre sur un papier crée quelque chose de réel, alors que tout ce qu'il produit c'est une possibilité de réalité qui restera possibilité tant que la réalité ne rejoindra pas le contenu du bout de papier.
L'esclave doit vouloir au plus profond de son âme sa liberté. Et il doit la conquérir, sinon elle restera simple illusion de liberté.
On n'instaura pas l'autogestion d'un trait de plume sur un document officiel.
La gestion direct du monde par ses usagers ne saurait émerger que des usagers de ce monde.

Nous, socialistes révolutionnaires réunis au sein du Parti Socialiste et de la Jeunesse Socialiste, ferons du PS le parti de la révolution, et de la JS son avant-garde dans cette transformation.
Pour que ce projet soit crédible, nous devons obtenir en premier lieu l'entrée du PS dans une opposition radicale, ce qui implique : le retrait du PS de tout exécutif où nous sommes minoritaires, et prioritairement du Conseil Fédéral, la rupture avec toute idée de paix du travail, et la fin de la collaboration avec les partis bourgeois.


Ainsi prennent fin mes trois années de militantisme réformiste.

16:01 Publié dans Qui suis-je?, Révolution | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Alors que suggérez-vous? La lutte armée?

Écrit par : Déblogueur | 15/09/2013

"Nous, socialistes révolutionnaires réunis au sein du Parti Socialiste et de la Jeunesse Socialiste, ferons du PS le parti de la révolution"

Vous allez vous faire taper sur les doigts.

Écrit par : Plouf | 15/09/2013

"Alors que suggérez-vous? La lutte armée?"

Ou l'intelligence du commentaire...

Félicitations à Adrien qui va au bout de ses idées.
Pas comme les vieux ....

Écrit par : Johann | 15/09/2013

Mon pauvre Johann, décidément toujours aussi limité...

Le problème c'est que tout le monde parle de révolution et que personne ne la fait... Le jeune Adrien va certes au bout de ses idées, mais au bout de ses actions: il vit au sein de la société capitaliste qu'il abhorre, et il en vit (il fait ses études dans une université capitaliste).

C'est très confortable de bouffer à tous les râteliers. QUant à être vieux, parlez pour vous.

Écrit par : Déblogueur | 15/09/2013

"Mon pauvre Johann, décidément toujours aussi limité... "

Je vous suggère de vous acheter un miroir. A coté de votre personne, même DJ parait brillant.

Écrit par : Anticons | 15/09/2013

"le retrait du PS [...] prioritairement du Conseil Fédéral"

Je suppose que vous avez déjà écrit à Berset et Sommaruga pour les convaincre de démissionner séance tenante. Que vous ont-ils répondu ?

Écrit par : Plouf | 15/09/2013

@Plouf, je défendrai mardi devant la Jeunesse Socialiste Genevoise le dépôt d'une résolution devant l'assemblée de la Jeunesse Socialiste Suisse pour demander à cette-dernière de faire campagne au sein du PS pour obtenir le retrait du parti du Conseil Fédéral. D'autres moyens sont aussi envisagés dans cette optique.
Ecrire directement à Berset et Sommaruga sous forme de lettre ouverte est aussi une bonne idée, j'en prends note merci.

Écrit par : Adrien Faure | 15/09/2013

@Déblogueur, concernant le fait que je vis en système capitaliste, et bien je ne vois pas du tout en quoi cela rentre en contradiction avec le fait que je suis socialiste. D'ailleurs, d'après Marx, le socialisme étant le dépassement du capitalisme, et bien il faut de manière déterminée être dans le capitalisme avant de pouvoir passer au socialisme. Mais ne vous inquiétez pas, le socialisme est pour moi aussi une pratique que j'essaie d'appliquer tous les jours :-)

Écrit par : Adrien Faure | 15/09/2013

@Déblogueur, vous trouverez des pistes sur la forme que pourrait prendre un processus révolutionnaire contemporain en Suisse dans la rubrique "Transformation sociale" :-)

Écrit par : Adrien Faure | 15/09/2013

"Mon pauvre Johann, décidément toujours aussi limité... "

Et bien voilà quand on vous pousse dans vos derniers retranchements, vous êtes capable de pondre 3 lignes. Bravo!

Pour le contenu... il confirme mon commentaire précédent. Désolé.

Écrit par : Johann | 15/09/2013

- « Pour que ce projet soit crédible, nous devons obtenir en premier lieu l'entrée du PS dans une opposition radicale »

Adrien, une large partie de la population à une image du "socialisme" (comme le communisme, comme l'islam), soigneusement entretenue par la droite et l'église catholique pendant plus de 100 ans, qui correspond à la version moderne du diable.

Une chose que je peux vous affirmer, c'est que la révolution, pour avoir la moindre chance de naître, ne devra en aucun cas porter le mot "socialiste" dans son nom.

Une deuxième chose que je peux vous affirmer, c'est que la révolution, pour avoir une chance de gagner une masse majoritaire, devra forcément convaincre des électeurs qui votent à droite aujourd'hui, ne pouvant compter sur la mobilisation des électeurs girouettes pour soutenir les réformes, après la prise démocratique du pouvoir (Mitterand bis). S'affirmer comme opposition radicale aux partis bourgeois c'est garantir d'être assimilé à des activistes du contre-pouvoir actuel de la droite, en l'occurence à des socialo-communistes.

Enfin, il est d'une évidence absolue, sous peine de préparer une révolution du XXème siècle, juste bonne à renverser des monarchies bouffies par les invitations des banquiers de la révolution industrielle, au lieu de gagner l'attention, captiver, dompter une société et gagner des élections du XXIème siecle, qu'il faut complètement abandonner le vocable et la dialectique *** des gauches ***, la républicaine humaniste et la prolétarienne.

Il FAUT ranger Marx, les lunettes de Trostky, le cigare de Fidel, le bérêt du Che dans un tiroir et le fermer à clé.

Il FAUT prendre une feuille de papier vierge et reinventer, redéfinir, l'individu, l'Etat, le citoyen, la nation, le travail, la retraite, l'éducation, la spiritualité, le progrès, la vieillesse, les défis qui nous attendent, l'argent, le commerce, la technologie, le transport, les voyages, l'humanisme, les générations futures ... en des termes du XXIème siècle.

Poser et développer les idéaux que l'on a pour la société, puis leur anti-thèse qui serviront d'abord à identifier l'opposition politique et ensuite à la décrire pour la faire paraître contre-nature.

Briser les liens de pérennité de la droite avec la société actuelle, détacher ses électeurs et les faire s'en éloigner.

C'est ça le travail qui attend un révolutionnaire du XXIème siècle, Adrien.

Écrit par : Chuck Jones | 28/09/2013

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