05/08/2013

Problèmes du marxisme contemporain


Je crois qu'une des causes qui explique la faiblesse actuelle du socialisme en Europe se trouve dans une certaine interprétation (économiciste) contemporaine du marxisme qui affirme que le socialisme est la solution au capitalisme. Cette affirmation est juste, et c'est là tout le problème...
Cette affirmation est juste, mais elle n'en reste pas moins une réduction problématique du socialisme. Je dis problématique, car du moment où l'on réduit le socialisme à une solution aux crises (ou autres défaillances) du capitalisme, et à ses inégalités créatrices de pauvreté (ce que j'ai fait quand j'ai cherché à mes débuts sur ce blog à trouver une solution à la crise de 2007-2008), on établit une réduction du socialisme à une simple solution à la paupérisation qu'implique le capitalisme.
Le problème que je vois dans cette réduction, c'est qu'elle tue le caractère universel du socialisme. Et si le socialisme n'est pas universel, alors il n'est pas valable dans toutes les situations, mais uniquement comme remède au capitalisme paupérisant (selon l'analyse marxiste précédemment abordée).

Pourtant, il est possible que le capitalisme, grâce (par exemple) au développement scientifique et technologique, puisse accroître (jusqu'aux limites écologiques de la planète évidemment) le niveau de vie de la population, c'est une hypothèse qu'il faut peser (certes avec la crise actuelle du capitalisme en Europe elle semble farfelue, mais c'est justement pourquoi il faut d'autant plus la peser), et dans ce cas il est essentiel de savoir pourquoi nous pouvons malgré tout toujours affirmer : nous souhaitons encore et toujours le socialisme.
Pourquoi en effet ?
Car le capitalisme aura beau nous abreuver d'or et d'argent, de victuailles à foison, le socialisme n'est pas désirable en tant qu'outil technique permettant d'améliorer le niveau de vie, mais parce qu'il est le modèle de société permettant de réaliser la liberté ! (Et là il va falloir que j'écrive sur cette équivalence socialisme = liberté, car je ne l'ai pas encore assez développé.)

A noter que je ne nie ici nullement l'excellence d'une analyse socialiste (ou d'une analyse réalisée par l'économie marxiste) portant sur les bases matérielles de la société, capable d'appréhender sa composition sociale en termes de classe, et apte à comprendre l'antagonisme capital-travail dans le capitalisme et à en tirer les implications qui s'imposent, mais cette analyse ne doit pas se muer en une réduction du socialisme en une simple solution aux crises du capitalisme, ou à un capitalisme paupérisant (et c'est une erreur de lier ce type d'analyse socialiste à cette interprétation du marxisme dont je parlais plus haut).

Enfin, le capitalisme est inégalitaire, inéquitable, c'est un fait. Et cette simple constatation (et évidemment les implications qui en découlent) peut certes suffire à proposer un modèle alternatif. Toutefois, c'est formuler le problème par son mauvais bout (l'égalité n'étant en effet selon moi qu'un moyen pour atteindre la liberté).
Ce qui compte c'est que le socialisme réalise la liberté.





17:29 Publié dans Marxisme | Lien permanent | Commentaires (19) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Je ne vois pas trop comment c'est possible, car la liberté est celle de l'individu, et la société éventuellement la garantit, mais ne la crée pas, seul l'individu peut la créer. Lorsqu'elle essaye de créer la liberté, elle l'impose, et ce n'est plus la liberté, mais son apparence extérieure. C'est le défaut du socialisme, que de compter sur la société pour la liberté, c'était du reste déjà l'illusion de Rousseau, et que ce soit une illusion a été démontré dès la Terreur en 1793. Par contre, le socialisme, en défendant l'idée d'égalité, tout comme Rousseau, remplit un rôle très positif, à mon avis. Le sentiment de justice est peut-être au fond aussi important que celui de la liberté.

Écrit par : Rémi Mogenet | 05/08/2013

@Rémi, l'illusion réside dans la croyance que l'on peut être libre tout seul. La liberté est individuelle et collective. Mais je compte bien écrire un texte plus fourni sur cette question de la liberté et du socialisme, qui est essentielle à mes yeux :-)

Écrit par : Adrien Faure | 05/08/2013

Mais qu'est-ce qu'on en a à foutre du Marxisme aujourd'hui ??!!! Sur quelle planète vivez-vous ??... Vous avez l'air plutôt intelligent, dommage, tout ce temps de perdu ! Enfin, à chacun ses phantasmes ! Bonne Soirée !
ChristoS

Écrit par : ChristoS | 05/08/2013

@ChristoS, l'étude du marxisme est intéressante en soi quand on est socialiste, quand on fait de la politique, et quand on étudie la philosophie.
En outre, je milite souvent avec des marxistes, et ce texte s'inscrit dans mes débats avec eux.
Bonne soirée à vous aussi

Écrit par : Adrien Faure | 05/08/2013

a mon avis on est toujours libre tout seul. La liberté, c'est celle de la conscience, de l'esprit, des pensées, des sentiments, et cela n'appartient qu'à soi. Souvent la société essaye d'imposer des idées particulières aux individus, et souvent aussi elle protège les individus qui sont attaqués par d'autres à cause de leurs pensées. Mais sinon, la société qui impose les idées qui rendent libre, c'est assez comique, comme concept. Tous les systèmes socialistes y ont cru, et même Rousseau y croyait, c'est de là que sont venues les catastrophes, d'ailleurs le catholicisme y croyait aussi. S'il y a bien un endroit où le libéralisme est totalement légitime, c'est dans la sphère culturelle. Ce que vous dites sur l'idée qu'on n'est pas libre tout seul me rappelle ce que des catholiques me disaient: on n'est pas chrétien tout seul. Je leur répondais: Sur la croix, Jésus était seul. Oui, mais le droit d'être le Christ n'est pas réservé aux individus, il faut déjà demander l'autorisation au Pape ou à l'Etat!

Écrit par : Rémi Mogenet | 05/08/2013

@Rémi, considérez-vous que Robinson Crusoë est plus libre que vous et moi ?
Je gage que non, la vie en société permet le partage du travail et nous permet d'avoir accès à un réseau de soin de qualité, d'avoir accès à des formations poussées, etc.
Tout seul vous devez savoir tout faire par vous même... On ne peut appeler cela liberté.

Écrit par : Adrien Faure | 05/08/2013

Vous l'avez lu, "Robinson Crusoë"? Le roman raconte justement comment il parvient à trouver seul la liberté. Au bout du compte, il devient un homme libre. Au départ, il se croit moins libre que les autres, puisque confiné sur l'île; mais l'expérience montre qu'il n'en est rien, qu'il ne l'est pas moins, même s'il ne l'est pas plus. C'est d'ailleurs pour cela que Rousseau aimait ce roman et en conseillait la lecture aux adolescents. A mon avis, sans perspective spirituelle et morale, on ne sait pas ce qu'est la liberté. Vous parlez d'avantages matériels et pratiques apportés par la vie en société; mais du point de vue moral, ces choses peuvent aussi bien enchaîner, et Machiavel disait même que les princes se servaient justement de ces avantages matériels qu'ils mettaient en place pour asservir la population: quand la survie ou simplement le bien-être dépend du gouvernement, celui-ci est par essence tyrannique.

En réalité, le partage du travail et de son produit s'appuie sur le principe de fraternité, c'est la base de l'économie, de l'échange, et l'erreur du libéralisme est précisément de confondre la liberté spirituelle et intérieure avec la vie économique et la possibilité d'échanger des denrées et des services. Mais Daniel Defoe a bien montré avec son livre que la liberté était en réalité un phénomène moral, intérieur, spirituel, et qu'effectivement un homme confiné sur une île, seul, peut y parvenir aussi bien qu'un autre.

L'Etat doit donc protéger la liberté, la vie culturelle, morale, spirituelle, la liberté par exemple de religion, mais il ne peut pas la créer, il n'y a que l'individu qui le puisse, et c'est bien, malheureusement, la leçon du roman de Defoe, dans les faits, c'est justement pour le montrer qu'il l'a écrit!

Écrit par : Rémi Mogenet | 05/08/2013

Adrien, il est pour le moins étonnant qu'un pays aussi antisémite que la Russie, se soit inspiré des théories d'un juif.

Il est encore plus surprenant qu'un Lénine ou bien un Trotsky en soient arrivés aussi haut dans la hiérarchie d'un nouvel état.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 06/08/2013

C'est dingue le nombre de pays antisémite si on écoute certaines personnes. A un point qu'il y aurait pas de Juif en Iran ni en Russie.....c'est oublier les Ashkenaze.
Bref, comme d'habitude il devient de plus en plus infantile de partir d'un sujet et de dévier vers une fois de plus vers la religion. C'est dingue que les hors sujets sont toujours sur le meme sujet!

Écrit par : plume noire | 06/08/2013

"C'est dingue le nombre de pays antisémite si on écoute certaines personnes."

Il faut pas accorder pas la moindre importance à ce que DUMITRESCU dit. C'est un abruti.

Écrit par : RFK | 06/08/2013

Je suis très content de mon audience.
Malgré les insultes, qui elles, ne me touchent pas.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 06/08/2013

T'es content de ton audience? Il semblerait que tu ne saches même ce que terme signifie, ce qui prouve ton ignorance. On insulte quelqu'un quand on le dénigre et non quand on constate les faits. En ce qui te concerne, il suffit de lire ce que tu écris pour le vérifier.

Écrit par : RFK | 06/08/2013

Dans "marxisme" et "contemporain" il y a une erreur de logique fondamentale. Le marxisme n'étant pas contemporain, l'association de ces deux termes est un non-sens.

Écrit par : Déblogueur | 06/08/2013

@ plume noire

Vous avez au moins une fois dans votre vie entendu parler du nazisme et des victimes juives (et pas seulement).

Vous avez au moins une fois dans votre vie entendu parler des pogroms en Russie tsariste.

Vous avez au moins une fois dans votre vie entendu parler des collabos en France avec l'Allemagne nazi.

Cela en fait déjà 3.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 06/08/2013

Mon audience est là , je suis lu , insulté , commenté , donc je ne laisse pas indifférent mes fidèles lecteurs.

Je vais donc continuer dans cette voie.

Merci pour vos encouragements.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 06/08/2013

"...insulté..."

Personne t'insulte Victor. On te dit la vérité. C'est différent d'insulter cela. Quant à ton "audience" il faut pas que tu confondes cela avec attirer l'attention. Tu attires l'attention avec les idioties psychopathiques que tu débites.

Écrit par : RFK | 06/08/2013

Cher Victor,

Merci pour votre résumé facon jacquette de livre poche sur l'histoire de l'humanité! Je m'en sens grandis de cette affection particulière que vous m'avez démontré.

Cela dit, je réitère ce que je dis. Je n'ai pas vu dans le texte d'Adrien une quelconque référence à ces 3 sujets que vous avez évoqué.

Par conséquent, je pense que cela fait 3 bonnes raisons de laisser balader par 3 fois vos doigts sur le clavier avant d'écrire.

Bien à vous!

Écrit par : plume noire | 08/08/2013

Rémi Mogenet, sur la croix Jésus était seul, oui et non: les deux larrons?

Apprendre, dès l'enfance, aux petits: respect compassion partage

avec, s'adresse à tous, AUTRE REPARTITION DES BIENS, donc, autre mentalité,

donc, en ce sens R EVOLUTION

Ne pensez-vous pas? myriam belakovsky

Écrit par : myriam belakovsky | 18/09/2013

- « ... une certaine interprétation (économiciste) contemporaine du marxisme qui affirme que le socialisme est la solution au capitalisme. »

Pardonnez moi, Adrien, mais, ce que j'ai retenu de ma propre escapade avec Marx, ce n'est pas que le capitalisme en soi est un problème, auquel le socialisme saurait être une solution, mais la nature même de la propriété.

Ainsi, pour paraphraser "le revenu minimum d'un travailleur doit être équivalent à la force de travail produite", la notion de propriété individuelle ne peut s'étendre qu'à "ce qu'un homme peut porter de lui-même".

Ainsi, tout bien dépassant la capacité de charge d'un individu devra forcément appartenir à un groupe de propriétaires capable de porter ensemble le bien, et de décider ensemble de son usage.

Le principe premier à l'oeuvre, est qu'il n'est plus possible pour un seul individu, ou un petit groupe d'individus, d'accaparer une ressource en quantité suffisante pour fausser les lois de marché, les principes en découlant naturellement étant ceux d'un capitalisme à vocation socialiste.

Ainsi plus un bien est massif et lourd, plus le groupe de propriétaires devra-t-il être important pour pouvoir le revendiquer et en faire un usage qui devra bénéficier au plus grand nombre.

Quant à l'individu, il ne profite de sa liberté que parce qu'il n'emporte avec lui que ce qu'il peut effectivement porter.

Écrit par : Chuck Jones | 28/09/2013

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