31/05/2013

Castoriadis & socialisme



« Nous déchiffrons, ou croyons déchiffrer dans l'histoire effective une signification – la demande d'autonomie. »

Cornelius Castoriadis


Si pour Marx le socialisme est un moment donné déterminé (et déterminant) de l'histoire humaine, et un stade nécessaire amenant au communisme, Castoriadis établit lui l'équivalence suivante : socialisme = projet d'autonomie = démocratie (véritable).

Cette équivalence est essentielle car elle fait du socialisme non pas un moment unique ou simple état statique (un mode de production avec des caractéristiques x ou y), mais un mouvement dynamique d'émancipation présent à plusieurs moments de l'histoire humaine.

Selon Castoriadis en effet, le projet d'autonomie apparaît donc durant la Grèce antique, puis disparaît, avant de ré-apparaître avec la modernité, puis de croître avec le mouvement ouvrier.

Si pareille analyse me paraît très pertinente, je trouve toutefois que c'est se limiter que de croire que le socialisme, le projet d'autonomie, peut être réduit à quelques moments précis de l'histoire.
Le projet d'autonomie, le socialisme, est selon moi présent en germes dès la naissance des premiers êtres humains, car le socialisme n'est pas uniquement une projet collectif, mais aussi une pratique individuelle qui transparaît dans les comportements.

C'est pourquoi le socialisme est présent tout le long de l'histoire humaine, des premiers millénaires nomades, à l'époque contemporaine, en passant par la sédentarisation et l'Antiquité, sous une forme potentielle, réalisée parfois individuellement, et exprimée parfois collectivement.

Et par cette interprétation de Castoriadis, nous pouvons donc affirmer le caractère intemporel du projet socialiste, ainsi que son universalité.


« Toute théorie est création, promotion à l'existence de nouveaux possibles. (...) La théorie politique suppose une articulation au projet d'autonomie qui permet de donner un sens à l'histoire humaine. »

Cornelius Castoriadis 

15:27 Publié dans Castoriadis, Socialisme | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

27/05/2013

Réformer la formation universitaire en histoire générale


Ma première année d'étudiant au département d'histoire générale se terminant, j'en profite pour proposer quelques réformes sur la formation universitaire.

1. Intégrer le département d'histoire économique (actuellement à la Faculté des Science économiques et sociales) à la Faculté des Lettres, ceci afin de permettre aux étudiants en histoire générale d'accéder à des séminaires d'histoire économique, ce qui sera sûrement un grand bienfait dans la formation.

2. Réforme du cours générale (actuellement BA1 et BA3) qui devrait se poursuivre sur une troisième année afin de pouvoir proposer aussi un semestre dédié à l'histoire suisse, ainsi qu'un semestre (donc à peu près 12 cours) de formation générale proposant une introduction à la sociologie (on pourrait y présenter en 4 cours les 4 paradigmes principaux de la sociologie : fonctionnalisme, structuralisme, individualisme méthodologique, et interactionnisme symbolique), à l'économie politique (sur 4 cours : un cours micro-économie, un cours macro-économie, un cours politique économique, et un cours bonus), et à la philosophie politique (sur 4 cours par exemple : libéralisme, socialisme et marxisme, nationalisme) , trois disciplines qui me semblent nécessaires pour étudier l'histoire ou pour « produire de l'histoire ».
En effet, essayez-donc de lire une monographie portant sur telle ou telle époque et de comprendre des mots-concepts comme idéal-type, habitus, ou même socialisation, sans formation sociologique.
Bien entendu, le cours de formation générale devrait se faire au premier semestre de la première année, puis être suivi du semestre sur l'Antiquité, avec ensuite dans l'ordre, Moyen-Âge et histoire moderne en deuxième année, et finalement époque contemporaine et histoire suisse en troisième année.

3. Réforme du système de séminaires.
Non, on ne peut supprimer le système d'exposés des séminaires, car apprendre à faire des recherches et à « produire de l'histoire » est essentiel à toute formation d'historien.
Oui, le système où un professeur donne un cours d'introduction à un champ d'étude spécifique pendant les trois premiers cours, puis laisse les élèves faire des exposés pendant le reste du semestre est extrêmement ennuyeux, tant les élèves n'écoutent pas leurs camarades (du fait aussi de la très grande spécificité des sujets abordés dans le cadre d'un séminaire dont le cadre est d'ores et déjà spécifique!).
Alors que faire ?
Grâce à un séminaire que j'ai eu ce dernier semestre, j'ai participé à une organisation alternative d'un séminaire (à noter que c'est une enseignante française qui a mis en place ce système dans son cours), où le professeur donne un cours continu durant tout le semestre jusqu'au dernier cours, et où les élèves font certes des exposés, mais d'une durée réduite à 20 minutes (au lieu de parfois 1h30...). Si on peut imaginer des exposés de 30 minutes, je trouve ce système excellent, tant il permet de concilier la nécessité pour les élèves d'apprendre par la pratique à « produire de l'histoire », et le désintérêt des élèves à assister à des cours-exposés donnés par leurs condisciples plutôt que par un professeur.

C'est tout pour le moment ! Car la formation en histoire générale est très bien, il faut quand même le dire.

12:20 Publié dans Histoire générale - UNIGE | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

26/05/2013

Socialisme suisse & transformation sociale



A présent que j'ai admis le dur constat que ce n'est pas le réformisme qui réalisera le socialisme, pas plus que ce ne sont généralement réellement les parlementaires de gauche qui réalisent des réformes à tendance socialiste (en fait ce sont les mobilisations et les luttes des travailleurs, des citoyens, et des militants, qui contraignent les parlementaires à mettre en place telle ou telle mesure à tendance socialiste), il est bon de faire le point sur les implications de ce constat.

D'une part, qu'est ce qui réalise le socialisme, si ce n'est point le réformisme ?

C'est la transformation sociale, que je définirais comme Castoriadis l'a fait, comme la prise de conscience par la société du caractère institué de son organisation et de ses institutions, et par la volonté mise en application d'auto-instituer une autre forme d'organisation sociale.
Cette auto-institution sociale prend probablement la forme d'une occupation des espaces de vie, des lieux de travail, des lieux de formation, et d'une réorganisation de ces espaces, de ces institutions, par la généralisation de la gestion des travailleurs, des étudiants, des usagers, sur leurs espaces. Ces occupations peuvent aussi se traduire par un arrêt des formes de vie aliénantes, comme le salariat, ce qui se traduit par la grève.
La transformation sociale est donc un processus conscient, réfléchi, mené par des individus autonomes désireux de bâtir une société autonome où la liberté de chacun est la condition de la liberté de tous.

D'autre part, que faire à notre humble niveau de militant ?

L'abandon du réformisme comme moyen fondamental de réalisation du socialisme implique l'abandon de l'électoralisme, compris comme la concurrence entre divers mouvements et composantes de la gauche socialiste (cela ne signifie pas selon moi non plus abandonner le parlementarisme, ou la gestion du pouvoir étatique par la gauche, mais cela relègue ces activités à un rôle inférieure).

Au contraire, si ce n'est pas la lutte électorale qui va réaliser le socialisme, alors c'est aux militants de la gauche socialiste de s'unir pour former un mouvement militant (mouvement social et culturel, transcendant les partis), à même d'organiser et de participer aux mobilisations, et luttes (notamment syndicales) qui traversent la société, et qui sont autant de moments potentiellement charnières où le germe du socialisme et de la transformation sociale réside. A nous de développer et d'accompagner de nouvelles formes de lutte subversives, comme le font les Indignés, les Anonymous, ou bien le collectif Chlorure de sodium.

Ce rassemblement de la gauche socialiste, nous avons déjà quelques outils en cours de développement pour le réaliser :

- Le rapprochement des jeunesses de gauche à Genève (Jeunesse Socialiste Genevoise, Groupe jeunes de SolidaritéS, Jeunes Vert-e-s, Jeunesse Communiste, Jeunesse Unia, Groupe jeunes de l'Organisation Socialiste des travailleurs, Jeunes du Mouvement pour le socialisme) autour d'un projet d'initiative cantonale collectif, et d'une campagne commune sur le salaire minimum (tout cela étant en cours de discussion).

- Le rassemblement de l'aile gauche du Parti Socialiste Suisse (l'Etincelle, la Plate-forme des travailleurs socialistes, le Cercle d'Olten, Pages de gauche, la Jeunesse Socialiste Suisse, et le plus possible de sections possibles du PSS) au sein du Mouvement des idées socialistes, et de son homologue suisse-allemand Linke-Plattform.

- Le rassemblement de la gauche radicale au sein d'une structure commune fédérale, comme la Gauche, ou bien comme cette nouvelle structure que tente de mettre sur pieds Laurent Tettamanti.

- La création d'une coordination pour l'organisation du Comité d'Olten 2018 qui devrait réunir toute la gauche suisse.




« Qu'est ce qu'une société autonome ? 
J'avais d'abord donné au concept d'autonomie, étendu à la société, le sens de « gestion collective ». 
Je suis maintenant amené à lui donner un contenu plus radical, qui n'est plus simplement la gestion collective (l'autogestion) mais l'auto-institution permanente et explicite de la société ; c'est à dire un état où la collectivité sait que ses institutions sont sa propre création et est devenue capable de les regarder comme telles, de les reprendre et de les transformer. 
Si on accepte cette idée, elle définit une unité du projet révolutionnaire. »

« Ce que nous appelons le projet révolutionnaire a été engendré dans et par les luttes des ouvriers, et cela avant Marx (entre 1790 et 1840 en Angleterre et en France). Toutes les idées pertinentes sont formées et formulées pendant cette période : le fait de l'exploitation et de ses conditions, le projet d'une transformation radicale de la société, celui d'un gouvernement par les producteurs et pour les producteurs, la suppression du salariat. »

« Aujourd'hui, les individus sont conformes au système et le système aux individus. Pour que la société change, il faut un changement radical dans les intérêts et les attitudes des êtres humains. La passion pour les objets de consommation doit être remplacée par la passion pour les affaires communes. »

Cornelius Castoriadis




19:41 Publié dans Transformation sociale | Lien permanent | Commentaires (19) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

24/05/2013

Du mauvais usage du mot « a-politique »



On l'entend partout et tout le temps : les parlements des jeunes sont a-politiques, les Indignés sont a-politiques, les jeunes sont a-politiques, les politologues sont a-politiques, bref, tout le monde est a-politique sauf les horribles individus qui osent affirmer leur appartenance à un parti, ou leur adhésion à un corpus x ou y d'idées politiques.

Ce lieu commun est profondément faux.
Les parlements des jeunes organisent des débats sur des questions politiques, et ce faisant, font de la politique. Par conséquent, ils ne peuvent certainement pas être dit a-politiques.
Les Indignés voulaient légèrement transformer l'organisation de toute la société, ce qui me paraît quelque peu politique...
Les politologues traitent de politique ! Comment pourraient-ils être a-politiques.

Ceci pour dire que le mot « a-politique » signifie bel et bien, qui n'est pas politique, qui n'est pas lié d'une quelconque façon à la politique.
Alors évidemment, si on part du principe que tout est politique, alors bien sûr le mot même « a-politique » devient une contradiction, un non sens.

Mais même s'il on accepte que tout n'est pas forcément politique, alors il faut bien quand même admettre que le mot « a-politique » ne doit pas être confondu avec le mot « a-partisan ».
Car c'est de cela dont il s'agit la plupart du temps : d'une non appartenance à un parti ou à un corpus idéologique défini.

Vive le mot « a-partisan » donc, et cessons d'abuser à tort et à travers du mot « a-politique ».

21:36 Publié dans a-politique vs a-partisan | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Du mauvais usage du mot « éducation » ?



Je m'interroge ces temps-ci sur l'emploi du mot « éducation ». On lit souvent en effet ces derniers temps que M. Freysinger va devenir « ministre de l'éducation ».

Pourtant, il me semble bien que le mot « éducation » fait référence à l'activité des parents de transmettre à leurs enfants un certain nombre de connaissances, d'aptitudes, et de valeurs, qui vont forger leur personnalité et leur comportement.
Éduquer n'est-il pas une tâche réservée aux parents ?

Je pense que le système scolaire ne se charge pas d'éduquer des élèves, mais de les instruire. L'instruction publique transmet certes elle-aussi des aptitudes, des connaissances, et des valeurs, mais l'instruction publique est neutre, contrairement aux parents, et agit en toute transparence et impartialité, ce qui n'est pas forcément le cas des parents, qui en outre peuvent se livrer éventuellement à une forme d'endoctrinement plutôt que d'éducation.

Ainsi, je maintiens mon interrogation quant au bon usage du mot « éducation », tant il me semble bien qu''il vaudrait mieux distinguer l'activité éducative des parents, de l'activité d'instruction des professeurs et de l'école. Ce ne sont pas forcément les mêmes connaissances qui sont transmises, ni les mêmes aptitudes, ni les mêmes valeurs, et les méthodes de transmission sont différentes des parents à l'école, sans même parler de la différence de relation qui existe, entre les parents et l'école, avec l'élève.

14:37 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

22/05/2013

Petit glossaire des principales idéologies et doctrines politiques contemporaines – version V



Plus d'un an et demi après mon dernier petit glossaire, j'en propose une nouvelle version, totalement renouvelée et améliorée, et débarrassée de toute la confusion de la version précédente. Les doctrines sont classées sous les axes politiques du clivage gauche/droite en fonction de leur sens contemporain, ceci car ce clivage n'a toujours été qu'un clivage fluctuant et subjectif, impliquant d'adapter mes classifications à l'esprit de l'époque. Certes, on pourrait écrire une saga sans fin sur chacune des doctrines que je présente en quelques mots, et l'intérêt de cette présentation est simplement de permettre au curieux de savoir mettre un nom sur son positionnement politique.

Extrême droite (ou droite radicale)

Nationalisme

Le nationalisme s'oppose à l'internationalisme des mouvements socialistes en prônant l'organisation de la société sur la base d'un regroupement historico-culturel autour du concept de nation. Afin de réaliser l'unité nationale, le nationalisme prône la collaboration de classe (le corporatisme), dont la forme contemporaine se traduit par la paix du travail, ou la consultation généralisée lors d'une prise de décision politique (néo-corporatisme). Une petite minorité de nationalistes parle parfois de réaliser l'unité nationale par la société sans classes ou l'égalité (simple posture ?), mais généralement les nationalistes prônent systématiquement la collaboration de classe.
Sur les questions économiques, les nationalistes adoptent soit un positionnement étatiste et protectionniste, soit un positionnement plutôt libéral.
Sur les questions morales ou sociétales, les nationalistes sont bien souvent généralement conservateurs.
Sur les questions de migrations, les nationalistes sont bien entendu pour une fermeture maximale (ou au moins forte) des frontières et une immigration des plus limitée.

Droite

Conservatisme

Le conservatisme s'oppose au progressisme. Il prône le maintien de l'ordre moral et sociétal actuel et refuse davantage de liberté dans les mœurs.

Réaction

Être réactionnaire, c'est être pour le retour à l'ordre ancien. Autrefois, les réactionnaires étaient favorables au retour de l'Ancien Régime et de la monarchie. Aujourd'hui on qualifie de réactionnaires les conservateurs.
On classerait aussi probablement le courant de l'écologie profonde (anti-humaniste), pour qui la biosphère est plus importante que l'être humain, dans les courants réactionnaires.

Libéralisme radical (ou minarchisme, ou libérisme, ou ultra-libéralisme, ou néo-libéralisme)

Les libéraux radicaux défendent le capitalisme de marché et s'opposent à une intervention de l’État dans la société et dans l'économie afin de préserver ce qu'ils appellent la liberté individuelle (ou liberté négative), entendue comme la liberté de faire ce qu'il nous plaît sans qu'autrui ne viennent nous empêcher de le faire. Les libéraux radicaux acceptent que l’État se charge des fonctions dites régaliennes de la justice, de la police, et de l'armée, mais refusent tout Etat-providence.
Les libéraux radicaux se présentent volontiers comme les descendants du libéralisme classique (la première formulation du libéralisme).

Anarchisme libéral (ou libéralisme humaniste, ou libertarianisme, ou anarcho-capitalisme)

Les anarchistes libéraux refusent l'existence de l’État et prônent son abolition afin de préserver la liberté individuelle telle que définie plus haut. Selon eux, le marché capitaliste seul devrait régler tous les échanges entre les êtres humains. Ils sont aussi favorables à l'abolition de la démocratie et de la politique, car par définition la démocratie et la politique sont coercitifs, une majorité imposant sa volonté à une minorité.

Centre droit

Écologie libérale

Les écologistes libéraux sont des social-libéraux de droite favorables à une forme relativement légère d'intervention de l’État dans le capitalisme de marché pour y mener des modifications favorables à l'environnement.

Social-libéralisme de droite

cf. Social-libéralisme

Les social-libéraux de droite sont favorables à un État-providence de petite taille.

Centre

Social-libéralisme

Descendants du courant du nouveau libéralisme du XIXe siècle, les social-libéraux prônent un État providence (ou État-social), au sein d'une économie capitaliste de marché, à même d'assurer les droits sociaux des individus. L’État-providence doit notamment organiser la solidarité par la fiscalité afin d'assurer le maintien d'un système de santé et d'instruction publique efficace, et de développer un filet social composé entres autres d'assurances chômage, d'aides sociales, et d'un système de retraite.

Centre gauche

Social-libéralisme de gauche ou keynésiens

cf. Social-libéralisme

Les social-libéraux de gauche sont des social-libéraux keynésiens qui ajoutent à leur vision d'une économie capitaliste de marché modéré par un Etat-providence d'autres rôles à l’État. Ce dernier est en effet censé assurer la bonne marche de l'économie capitaliste de marché par la régulation, la redistribution des richesses (dans un but économique et non uniquement social), et d'autres politiques économiques (soit budgétaires, soit monétaires).

Gauche

Écologie politique (ou décroissance)

Courant à l'origine proche du socialisme (si ce n'est dérivé), l'écologie politique contemporaine a tendance à perdre en consistance. Malgré cela, ce courant continue de porter une remise en question de notre mode de production et de notre mode de consommation, ainsi que de notre imaginaire, afin de nous amener à penser une société soutenable écologiquement qui ne se fonde pas sur le mythe d'une croissance économique infinie. La remise en question du productivisme (produire toujours plus) et du consumérisme (consommer toujours plus), ainsi que la critique du matérialisme (au sens commun du terme) et de la publicité, se retrouvent dans l'écologie politique, qui articule des idées phares comme la relocalisation des activités humaines ou le ralentissement de notre rythme de vie.

Étatisme philanthropique

Les étatistes philanthropiques sont favorables à une forme ou une autre de capitalisme d’État ou de capitalisme bureaucratique, c'est à dire à une forme d'économie où l’État a une propriété plus ou moins étendue des moyens de production et en organise la production dans des buts philanthropiques. La production peut être déterminée par les mécanismes de l'offre et de la demande (avec une régulation étatique forte), ou bien par un procédé de planification en fonction de la consommation. En sus de ce rôle d’État producteur, et éventuellement planificateur ou régulateur, l’État assure bien entendu aussi un rôle keynésien et organise un État-providence fort avec des services publics développés.

Socialisme

Le socialisme est un projet de société qui prône l'organisation de la société afin de maximiser l'autonomie et la liberté individuelle et collective. Afin de supprimer l'exploitation et la domination, le socialisme préconise la propriété des travailleurs sur leurs moyens de production, (ou simplement la propriété collective), l'abolition du salariat, et le dépassement du capitalisme. Des modèles de socialisme de marché ou planifié sont envisageables. L’État peut ou pas jouer un rôle plus ou moins grand dans l'organisation d'une société socialiste, selon le degré d'autonomie atteint par les membres de la société dans leur capacité d'auto-organisation et d'autogestion.

cf. Aussi mon article sur le socialisme.

Extrême gauche (ou gauche radicale)

Communisme

Le communisme est un socialisme accompli où l'autonomie de tous a été réalisé, et où par conséquent l’État n'est plus particulièrement nécessaire. L'égalité économique (et pas seulement l'équité) est aussi une réalisation du communisme. Enfin, le communisme est nécessairement un système planifiée.

Anarchisme

L'anarchisme est un projet de société assimilable au socialisme. La principale différence réside dans sa plus grande rapidité à vouloir abolir l’État et la hiérarchie.

Marxisme

cf. Mon article sur le marxisme.

15:02 Publié dans Idéologies politiques & projets de société | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

19/05/2013

Du mauvais usage du mot « salarié »



On trouve régulièrement dans la presse de gauche (par exemple dans le journal de SolidaritéS) une drôle de confusion par rapport au mot « salarié ».

Ainsi, on peut lire par exemple :  « Les salariés fonctionnent en autogestion dans leur coopérative. »
Ce qui est perturbant, car du moment que les travailleurs fonctionnent en autogestion dans une coopérative, ou autrement dit du moment qu'ils sont propriétaires de leurs moyens de production et que le rapport de domination capitaliste a été aboli, alors ils ne sont plus des salariés, mais des travailleurs libres, autonomes, indépendants.

L'abolition de la propriété privée des moyens de production amène justement les travailleurs à abolir le salariat, et par conséquent à ne plus être, de facto, des salariés.

C'est pourquoi, il est erroné de dire qu'un travailleur resterait un salarié après l'abolition du rapport salarial. La catégorie sociale des salariés n'est en effet qu'une sous-catégorie de celle des travailleurs.

Les mots ont leur importance, et ils montrent peut-être dans le cas présent qu'un trop grand nombre de gens à gauche ont oublié qu'un objectif central du socialisme consiste bel et bien à abolir le salariat. 

20:00 Publié dans Salariat, salariés | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

16/05/2013

Du mauvais usage du mot « économie »



On tombe de manière récurrente dans la presse sur un étrange usage du mot « économie ». Il semblerait en effet que pour bon nombre de journalistes, y compris dans la presse de gauche (aïe), le mot « économie » désigne aujourd'hui les patrons. Ainsi, on lit souvent des phrases telles que : « L'économie et les syndicats s'opposent sur les salaires. »

Pourtant, qu'est ce que l'économie en fait ?
L'économie est-t-elle constituée de patrons ? Certes oui, mais est-t-elle uniquement composée de patrons ? Non, il y a des travailleurs, et qui plus est, il y a bien entendu davantage de travailleurs que de patrons.

Donc, déclarer que l'économie équivaut aux patrons est erroné.

En outre, qu'est ce qui pré-existe ? Le patronat ou les travailleurs ?
Il est évident que l'aventure humaine commence avec le travail, et c'est seulement après que se forme le capital.
Bien entendu, le mot « patronat » lui-même est polysémique. Un autoentrepreneur est-il un patron par exemple ?

Je pense que le mot « économie » devrait désigner patronat et travailleurs, mais que s'il fallait trancher pour savoir si ce mot désigne davantage le patronat ou les travailleurs, je dirais qu'il désigne davantage les travailleurs.
L'emploi de ce mot dans les médias me semble donc problématique, et relève un peu de la propagande en mettant l'accent sur le patronat plutôt que sur les travailleurs.

« Le capital est seulement le fruit du travail et il n'aurait jamais pu exister si le travail n'avait tout d'abord existé. » Abraham Lincoln

23:36 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

15/05/2013

Présence des élèves en classe non obligatoire : hypothèses


Suite à ma proposition de donner la possibilité aux élèves du cycle de ne pas être pénalisés pour leur non présence en classe, j'ai interrogé un de mes élèves (15 ans, en dernière année du cycle, 11ème Harmos, niveau A) pour lequel je travaille comme répétiteur. Le résultat m'a semblé intéressant.


Selon lui, sur une classe de 20 élèves en 11ème année Harmos, niveau A, qu'il juge dans la moyenne des classes motivées, 75% des élèves continueraient d'aller en cours normalement ou quasi-normalement (c'est à dire ne louperaient volontairement que quelques cours d'une matière ou l'autre), et seul 25% des élèves iraient à seulement 50% ou moins des cours.

Sur une classe de 20 élèves en 11ème année Harmos, niveau A, qu'il juge dans la moyenne des classes peu motivées, 50% des élèves continueraient d'aller en cours normalement ou quasi-normalement (c'est à dire ne louperaient volontairement que quelques cours d'une matière ou l'autre), et 50% des élèves iraient à seulement 50% ou moins des cours.

On le voit, la distinction (faite par mon élève, et non par moi) entre classes motivées et peu motivées, m'amène à renforcer ma conviction en faveur de davantage d'implication des élèves dans l'élaboration des programmes scolaires (enfin actuellement il n'y a simplement pas de possibilité pour les élèves de donner leur avis).
En outre, d'après mon élève, les élèves sont assez grands et assez matures dès la 10ème année pour choisir plus spécifiquement leur parcours scolaire désiré.

Par ailleurs, selon lui, sur une classe de niveau B, 11ème Harmos, seul 25% des élèves iraient à seulement 50% ou moins des cours, et 75% des élèves à 25% ou moins des cours.

On peut constater qu'il a une image assez négative de la participation volontaire des élèves de niveau B aux cours, ce qui s'explique peut-être par le fait qu'il est dans un cours de niveau A.
Pour rappel, le nouveau système scolaire comprend à présent 3 niveaux et non plus seulement 2 (A et B).

Enfin, ajoutons qu'il pense que les élèves de 9ème année Harmos (1ère année du cycle) viendraient à tous les cours, tandis que la 10ème année Harmos représenterait une étape intermédiaire entre celle décrite plus haut et celle de 1ère année.

Bien entendu, ces chiffres n'ont pas de valeur généralisable, et c'est pourquoi je m'occuperai l'année prochaine de réaliser un sondage sur les élèves d'un cycle entier. 

16:45 Publié dans Instruction publique | Lien permanent | Commentaires (22) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

14/05/2013

Réformer le capitalisme ?

 

En tant que membre d'un parti réformiste comme le PS et de sa branche réformiste radicale la JS (et le Mouvement des idées socialistes), je me dois de poser la question du réformisme.

Peut-on réformer le capitalisme pour réaliser le socialisme ?
Si j'ai pu le penser autrefois, je dois bien me rendre à l'évidence que historiquement aucune tentative réformiste de réformer le capitalisme pour réaliser le socialisme n'a abouti à du socialisme, et je vois mal comment l'équilibre politique actuel aurait la moindre chance de changer ce constat historique étant donné l'abandon du socialisme comme objectif par la majeure partie de la gauche en Europe.

Le socialisme ne peut se réaliser que par le bas, pas par le haut, comme on a pu le voir avec la Catalogne en 1937 ou avec la Hongrie de 1956, ou à l'inverse en 1937 en France lorsque le Front populaire fit tout pour contrer les pulsions révolutionnaires du mouvement ouvrier prêt à instaurer le socialisme.
Ainsi, même si un gouvernement composé de militants aussi radicaux que moi arrivait au pouvoir et instaurait l'autogestion dans toutes les entreprises, que se passerait-il ?
Et bien il est possible que nombre de travailleurs n'en veuillent pas forcément et reviennent aux formes capitalistes d'organisation.

L'autonomie véritable ne se donne pas, elle se conquiert.

Si le réformisme ne peut mener au socialisme, alors que pouvons-nous faire nous autres militants dans nos partis et nos mouvements politiques socialistes ?
D'abord, les outils de la démocratie semi-directe (initiatives populaires, référendums, et même pétitions dans une moindre mesure) nous permettent de proposer des changements directement au peuple.
Ensuite, l'activité parlementaire et la gestion du pouvoir par des socialistes peuvent permettre de réaliser certaines réformes positives, notamment dans la démocratisation du pouvoir lui-même.

A un autre niveau, c'est par l'action consciente, autonome, et politique, des usagers sur leurs espaces de vie (notamment par l'organisation associative), des travailleurs sur leur travail (notamment par l'action syndicale), et des étudiants sur leur lieu d'étude, que peut se construire directement des pans d'une société socialiste, et c'est par ces luttes que le socialisme peut être rendu possible.

Enfin, il reste la lutte culturelle : les mouvements socialistes doivent former un mouvement culturel proposant des idées et un mode de pensée différent (c'est aussi la lutte idéologique), et mettant cela en pratique dans leurs rapports immédiats avec autrui. Un mouvement culturel ne réalisera probablement pas le socialisme, mais il peut y participer et instiller des idées et des débats nécessaires parmi la population.

16:12 Publié dans Réformisme | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

13/05/2013

Libéralisme culturel ou progressisme ? L'erreur Michéa.


Un argument de Michéa, qui est presque devenu un lieu-commun rabâché par une certaine gauche conservatrice (voire communautariste), consiste à dire qu'en France la droite fait la promotion du libéralisme économique tandis que la gauche social-démocrate fait la promotion du libéralisme culturel, et qu'ainsi tous deux marchent main dans la main sur la voie du capitalisme libéral.

La première erreur de Michéa consiste à croire que les classes populaires ont forcément envie de revenir à une société pré-capitaliste communautariste (Gemeinschaft), ce qui n'est à mon sens pas le cas.

La deuxième erreur de Michéa, la plus importante car elle ruine sa thèse, consiste à confondre libéralisme culturel et progressisme. En effet, le libéralisme culturel n'est pas identique au progressisme, car le libéralisme culturel ne peut que prôner la liberté des mœurs, mais il ne peut nullement prôner la coercition collective pour mettre en place une certaine vision d'un idéal culturel ou moral, contrairement au progressisme !
Par exemple, le libéralisme culturel sera contre l'interdiction de l'avortement par la collectivité, mais il sera aussi contre son remboursement par la collectivité, car ce remboursement passerait par une coercition collective (l'impôt pour financer ce remboursement notamment). Au contraire, le progressisme, s'il est lui aussi contre l'interdiction de l'avortement par la collectivité, et en plus de cela favorable à son remboursement.

Et voilà, la gauche social-démocrate étant progressiste et non favorable au libéralisme culturel, la thèse de Michéa s'effondre.



12:22 Publié dans Libéralisme, Progressisme et libéralisme culturel | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

12/05/2013

Qu'est ce que le socialisme ?



M'étant éloigné du marxisme, je me dois de formuler une nouvelle définition du socialisme, et cette-dernière sera castoriadienne.

Le matérialisme historique et ses différentes phases ne voient qu'une succession d'infrastructures et de superstructures dans l'évolution historique, et le socialisme est pour Marx un moment déterminé de l'histoire.
Pour Castoriadis au contraire, le socialisme, qui a certes une finalité structurelle ou organisationnelle, est un un projet d'autonomie et de liberté qui tente de voir le jour de nombreuses fois dans l'histoire, sous des noms différents. S'il n'est réalisé que rarement complètement, le socialisme n'en reste pas moins une pulsion historique qui revient donc de manière récurrente.
J'irais même plus loin en disant que le socialisme commence dans l'individu, lorsque celui-ci adopte comme état d'esprit et comme projet de vie le projet d'autonomie et de liberté. Le socialisme est donc intemporel puisqu'il peut fort bien apparaître de manière isolée hors des sentiers balisés de l'histoire.

Les individus ayant adopté le projet socialiste (le projet d'autonomie et de liberté) et se réunissant pour le réaliser deviennent donc le mouvement socialiste.
Et c'est ce mouvement qui jette les bases de la première démocratie en Grèce antique, puis c'est lui qui réapparaît avec la révolte des esclaves dans la Rome antique, et c'est encore lui qui est à l’œuvre lorsque se forment les premières républiques modernes.
La révolution française, loin d'être une simple révolution bourgeoise ou libérale, est l'expression de ce mouvement pour l'autonomie.
Puis, le mouvement socialiste prend son nom véritable en se confondant avec le mouvement ouvrier. Après le mouvement ouvrier, ce sont les femmes qui portent le projet socialiste en se battant pour leurs droits. Puis le mouvement des jeunes lors de mai 68 qui brise le conservatisme, et enfin le mouvement écologiste qui s'attaque à l'exploitation sous de nouvelles formes.

Par ailleurs, le socialisme est quelques fois réalisé : la Commune de Paris en 1871, la Catalogne républicaine en 1937, le soulèvement hongrois de 1956, Marinaleda sûrement aujourd'hui sous une forme modeste.

En ayant tracé ce cheminement historique du mouvement socialiste et du socialisme, on peut voir que toute conception d'une classe en soi, d'une classe déterminée à réaliser le socialisme, est une erreur. Les individus qui se battent pour réaliser le socialisme le font parce qu'ils pensent que ce projet de société est valable, en tous temps, en tous lieux, par amour de la liberté, par amour de l'autonomie.
Le capitalisme pourrait nous abreuver d'or et d'argent, il pourrait nous engloutir sous des monceaux de victuailles et de richesses, que nous voudrions toujours le socialisme, car c'est moins une question de niveau de vie, que de liberté.
Bien sûr, ces individus ont une histoire, des origines, qui leur ont permis d'adhérer ua projet socialiste. Cette adhésion ne sort pas de nulle part. Toutefois, il faut abandonner les déterminismes économiques et cesser de croire qu'une mythique classe ouvrière réalisera le socialisme.
Le socialisme sera réalisé par ceux qui croient en ce projet de société.

Faut-il à présent donner une définition des structures d'une société socialiste ?
Je me contenterais de dire que la société socialiste est celle où l'individu peut le plus se gouverner par lui-même et le moins déléguer sa souveraineté à autrui. C'est celle où la liberté a été réalisée par la suppression de toute exploitation et par l'élimination de la domination. C'est enfin la gestion des individus sur leurs espaces de vie, de travail, sur ce qui les touche et les concerne, de manière horizontale, et autogestionnaire.
(Pour une description plus détaillée, se référer à mes autres textes sur les structures du socialisme.)

14:18 Publié dans Socialisme | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Le socialisme se suffit à lui-même (suite)



J'aimerais compléter ma précédente publication en généralisant le principe que j'y ai affirmé. En effet, si j'ai dit que l'écologie politique est une composante du socialisme, cela n'est pas valable que pour elle. Le socialisme n'est pas qu'un type d'organisation idéal du mode de production et des institutions politiques, ces points n'étant que des implications de ses prémisses éthiques, le socialisme contient aussi, implique, le progressisme, le féminisme, l'internationalisme, etc.
Et voilà pourquoi il est vain d'accumuler des listes de mots pour se définir politiquement (SolidaritéS est un expert la-dedans), car du bon sens donné au mot « socialisme » découle tout le reste.
C'est aussi pourquoi un socialiste ne peut être ni conservateur, ni nationaliste, ni productiviste. 

J'ajouterais que la tentation inverse est simplement une erreur.
Penser que le féminisme impliquerait le socialisme ne me paraît pas fondé, car le féminisme est tout simplement une catégorie moins globale. Et c'est pareil pour l'internationalisme ou le progressisme, ou l'écologie politique. Seul le socialisme peut impliquer l'ensemble de ces courants, car seul le socialisme a une portée aussi générale puisqu'il se confond avec le projet d'autonomie et de liberté en tant que catégorie éthique fondamentale, impliquant toutes les sous-catégories de projets autonomisants. 
Le socialisme est donc un tout qui se suffit à lui-même. 
 

13:23 Publié dans Socialisme | Lien permanent | Commentaires (45) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

11/05/2013

Le socialisme se suffit à lui-même



C'est par ma lecture de Marx que j'ai compris que le socialisme n'avait pas besoin d'une reconceptualisation à la sauce néo-socialiste (et encore moins écosocialiste), et c'est par ma lecture de Cornelius Castoriadis que j'ai compris que le socialisme n'a pas besoin du marxisme.

Mais à présent, je me rends compte, toujours grâce à ma compréhension des écrits de Castoriadis, que le mouvement socialiste, le mouvement d'émancipation qui traverse l'histoire et les individus, comprend le mouvement écologiste et décroissant.
L'objection de croissance, la décroissance, l'écologie politique, ne sont qu'une des composantes de ce mouvement socialiste, de ce mouvement de lutte pour la liberté et l'autonomie.

Étant conséquent, par la présente, j'abandonne l'usage du terme « objecteur de croissance » pour définir mes idées politiques.
Je suis socialiste, et le socialisme se suffit à lui-même.

19:29 Publié dans Socialisme | Lien permanent | Commentaires (29) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

09/05/2013

Réformer l'instruction publique



Voici quelques propositions pour réformer l'instruction publique dans le sens du projet socialiste d'une société plus autonome et plus libre.


Réforme du contenu enseigné

1. Renforcement des cours d'éducation citoyenne au cycle.
Dans l'état actuel des choses, ce cours sans structure est une quasi farce où les élèves n'apprennent presque rien. Il faut impérativement que ce cours soit donné par un professeur issu des sciences politiques, afin qu'il puisse offrir un contenu sérieux, et précis. L'apprentissage du fonctionnement des institutions politiques est essentiel si on veut former des citoyens informés. Une dotation horaire d'une heure par semaine en dernière année du cycle (11ème Harmos) me semble par ailleurs un minimum pour ce cours.

2. Création d'un cours d'initiation à la politique au post-obligatoire (en 1ère ou en 2ème année par exemple).
Ce cours enseignerait aux élèves à connaître les enjeux de la politique, les idéologies politiques, et les partis politiques (ainsi que les autres acteurs concernés, par exemple syndicaux ou associatifs), formant ainsi des citoyens intéressés et conscients des enjeux de la cité. Il devrait être donné par un professeur issu de la philosophie (ou éventuellement de l'histoire ou de la science politique).
Deux heures par semaine sur un an me semble le minimum pour ce cours.

3. Renforcement de l'enseignement de l'histoire suisse dans les cours d'histoire (que ce soit au cycle ou au post-obligatoire).
Aujourd'hui, les élèves n'apprennent quasiment rien sur l'histoire suisse, et ne connaissent ni la révolution genevoise, ni l'épisode du Comité d'Olten.

4. Introduction de l'enseignement de l'histoire économique dans les cours d'histoire (cycle et post-obligatoire).
L'histoire économique n'est pas vraiment enseigné aujourd'hui en cours d'histoire, et cela voile aux élèves un pan de compréhension du monde (par exemple, il serait je pense fort souhaitable que les élèves puissent apprendre comment l'Europe en est arrivée là où elle est aujourd'hui, ou autrement dit, comment s'est déroulé son développement économique, et comment a pu se faire la Révolution industrielle, phénomène unique dans l'histoire de l'humanité).

5. Introduction de l'enseignement de la sociologie au post-obligatoire.
Cet enseignement existe déjà dans la plupart des pays européens, nous avons simplement du retard à reconnaître l'importance de la sociologie dans la compréhension du monde.

6. Mise à option des mathématiques et du français en 3ème et 4ème année au collège. En effet, rien ne sert de surcharger les élèves de cours qu'ils ne souhaitent pas forcément suivre. 4 ans de mathématiques et de français non voulus, c'est bien trop, 2 ans me semble suffisant pour transmettre un contenu minimal.

7. Réforme du cours d'éducation sportive qui devra proposer des modules à options dès le cycle jusqu'au post-obligatoire.
Il est absolument abusif de demander aux élèves de faire tout et n'importe quoi avec leur corps. Un tel modèle à modules contraindra les professeurs à faire preuve d'originalité et à se renouveler pour proposer du contenu attractif.


Réforme de l'organisation disciplinaire

1. Suppression de la pénalisation et de la sanction de la non présence des élèves aux cours (au cycle et au post-obligatoire).
Il est absurde qu'une classe soit complètement stoppée dans ses activités parce que certains élèves ne sont pas intéressés par le contenu des cours. Par conséquent, il faut accepter que les élèves peu motivés par le contenu d'un cours ne soient pas toujours présents à celui-ci. C'est la seule solution que je vois aux gros problèmes de discipline qu'endurent aujourd'hui élèves et professeurs (au cycle). En outre, un élève qui n'assiste pas à un cours se sanctionne lui-même, puisque son contenu devra être rattrapé par lui-même.

2. Facilitation des renvois (au cycle et au post-obligatoire).
Si des élèves ne sont pas intéressés par le contenu d'un cours, mais qu'ils viennent néanmoins à ce cours et y expriment d'une manière ou d'une autre leur manque d'intérêt, il est souhaitable que les professeurs puissent leur demander de partir.
On pourrait se passer des carnets de notation dans ce cas.

3. Suppression des retenues (au cycle et au post-obligatoire).
Le système des retenues est inutile du moment que les élèves n'assistent pas contraints à des cours qui ne les intéressent pas, car ils ne causent plus de problèmes disciplinaires.


Réforme de l'organisation de la gestion de l'enseignement

1. Création d'une Assemblée générale des élèves dans chaque établissement (dont les tâches administratives seraient gérées par un comité élu) dont tous les élèves seraient automatiquement membres (au cycle et au post-obligatoire). Cette Assemblée déciderait de l'organisation de la vie de l'établissement en collaboration avec les professeurs (qui sont déjà réunis au sein de la FAMCO et de l'Union), et avec des représentants du Département de l'instruction publique (mais aucun des trois acteurs ne pourraient l'emporter sur les autres, ils devraient avoir chacun 1/3 des voix).
L'ensemble des Assemblées générales des élèves seraient réunies au sein d'une Fédération.

2. Participation des élèves à l'élaboration des programmes d'enseignement, à travers des commissions réunissant des délégués des professeurs (les Responsables de discipline) et de l'Assemblée générale des élèves, et de représentants du Département de l'instruction publique.

3. Suppression de la Direction de chaque établissement. Ses membres s'occuperaient uniquement des tâches de gestion, et seraient soumis aux décisions prises par les élèves, les professeurs, et les représentants du DIP.


NB : Je sais que je suis plutôt ambitieux avec les élèves (très jeunes) du cycle. Il est possible qu'il soit plus facile de commencer par réformer le post-obligatoire, avant le cycle. 

18:13 Publié dans Instruction publique | Lien permanent | Commentaires (38) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

08/05/2013

Le MCG touche le fond


Avec son dernier tout-ménage, le MCG touche le fond, et fait une belle démonstration de sa vacuité idéologique. 
Populisme est encore un mot trop recherché pour définir cet amas de lieux-communs sans fondement qui se veut un discours politique.
Permettez-moi de revenir sur les points les plus erronés que j'ai trouvé pendant ma lecture de cette mauvaise propagande.

Les dealers

Il y a des dealers à Genève.
Que propose le MCG ?
Répression policière accrue.

Pourtant, s'il y a des dealers (c'est à dire une offre), il faut bien qu'il y ait des consommateurs (une demande) sur ce marché (noir) !
Par conséquent, ce marché ne disparaîtra jamais, et mieux vaut faire preuve de pragmatisme et de bon sens en légalisant et encadrant le marché, plutôt qu'en poursuivant la spirale de la répression, coûteuse et inefficace.
On pourra ainsi surveiller la qualité des produits vendus, mettre en place des lieux de vente adéquats (avec comme conséquence la disparition des dealers dans les rues), suivre médicalement les consommateurs, et financer le tout par une taxation sur la vente des produits.

Les mendiants

Il y a des mendiants à Genève.
Que propose le MCG ?
Répression policière accrue.

Pourtant, l'interdiction de la mendicité est complètement inutile et inefficace, et qui plus est coûte des millions chaque année en frais de justice, policiers, et postaux (pour les envois des factures en Europe de l'est...) Pareil aveuglement frise donc l'obsession et l'incompétence, tant il est évident que l'interdiction doit être levée.

Les frontaliers

Il y a des frontaliers à Genève.
Que propose le MCG ?
Stigmatisation et rejet.

Pourtant, les frontaliers ne prennent nullement le travail des Genevois. La dernière étude commanditée par la Fédération des entrepreneurs romands (c'est pas vraiment des gauchistes eux) et réalisé par le professeur d'économie de l'université de Genève Yves Flückiger le prouve bien : les frontaliers ne prennent que les emplois que les Genevois ne veulent ou ne peuvent pas exercer.
La lutte contre le chômage passe par le partage du temps de travail, la création d'emplois étatiques dans des secteurs nécessaires, par l'amélioration de l'insertion des jeunes sur le marché du travail, et par un crédit (public par exemple) à bas taux à de potentiels entrepreneurs-coopérateurs.

Les « prisons-palaces »

Le mythe de la prison comme lieu de plaisance est largement entretenu par le MCG.
Comment peut-on dire des absurdités pareilles ?
Les MCG a-t-il le moins du monde conscience de ce que représente l'emprisonnement d'un être humain ?

L'emprisonnement, il faut le rappeler semble-t-il, consiste à priver un individu d'une grande part de ses droits et de ses libertés. La condition de prisonnier n'est certainement pas une condition enviable ni plaisante. Une prison n'est jamais un palace ! (Et je ne parle même pas l'horreur que doit représenter une prison totalement surpeuplé comme Champ-Dollon...)

Le bonneteau

Ridicule non affaire sur lequel le MCG tente bêtement de capitaliser des voix de quelques mécontents.
Les citoyens sont bien assez grands pour ne pas participer d'eux-mêmes à pareille escroquerie pour attrapes-nigauds.

Les villas

Pour conclure, une jolie démonstration du caractère bourgeois du MCG qui, bien qu'il critique formellement la crise du logement, affirme qu'il faut à tout prix préserver la zone villa pour mieux entasser les précaires dans des grosses tours de béton, alors qu'en déclassant les zones villas de Genève on pourrait au contraire construire suffisamment de logements pour en finir avec la crise du logement, au plus grand profit des 83% de locataires genevois. 

17:27 Publié dans MCG | Lien permanent | Commentaires (23) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

05/05/2013

Le socialisme, un projet pour la liberté



Certains militants pensent parfois que le socialisme serait composé de deux courants antagonistes, dont l'un (dominant) serait exclusivement tourné vers l'augmentation du niveau de vie de la population (et en premier lieu des catégories dominées de la population) via la croissance de l'Etat-providence, et dont l'autre, plus libertaire, se concentrerait sur la réalisation de l'autogestion (la gestion des travailleurs sur leurs moyens de production, la gestion des usagers sur leur lieu de vie, la gestion des étudiants sur leurs lieux d'étude, etc.).
Mais à mon avis, c'est une erreur de vouloir opposer l'un à l'autre, comme il est erroné de chercher à opposer l'égalité ou la justice à la liberté.

Cette erreur provient probablement d'une confusion sur l'essence et la finalité du projet socialiste, ou bien d'une non adhésion au projet socialiste en tant que tel.
Car le socialisme n'est pas seulement un projet égalitariste par amour de l'égalité, pas plus qu'il n'est un projet de justice par adulation de la justice. Le projet socialiste met simplement l'égalité et la justice au service de la liberté, et affirme que sans égalité et sans justice, il ne peut y avoir de liberté réelle.
Le développement de l’État-providence, l'extension du respect des droits sociaux, l'amélioration des conditions de vie, sont partie intégrantes du projet socialiste car ils servent sa finalité : la réalisation de la liberté.
En effet, nul n'est libre sans accès à des soins, sans accès à l'instruction, sans accès à des transports publics de qualité, sans accès à un minimum vital, etc.
La liberté passe nécessairement par l'instauration d'un bon niveau de vie.

Toutefois, la critique du capitalisme, la critique de l'exploitation, n'est pas qu'une critique envers un niveau de vie insuffisant (puisqu'un niveau de vie suffisant est absolument nécessaire à toute liberté réelle), c'est aussi, et ce de manière essentielle, une critique contre l'exploitation en tant qu'aliénation de la liberté.
Car l'existence structurelle du patronat est productrice d'une domination qui aliène la liberté des travailleurs, et qui nie leur autonomie à décider souverainement de ce qui les concerne en premier lieu : la gestion de l'organisation du travail. De même, l'existence d'une autorité extérieure à celle des étudiants et des professeurs au sein de l'université aliène la liberté des usagers de leur espace de vie (étudiants et professeurs) à décider souverainement. Ces exemples montrent que la liberté n'est pas qu'une question d'augmentation du niveau de vie, de réalisation de la justice ou de l'égalité, mais bien aussi une question de démocratie réelle, d'autonomie réelle des individus, et de suppression de toute exploitation ou domination (de toute hétéronomie).

Ainsi, le socialisme se confond avec le projet d'autonomie, avec le projet de liberté, et vouloir lui ôter une de ses composantes ne fait pas sens selon moi. 

17:48 Publié dans Liberté, Socialisme | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

02/05/2013

Cahuzac & transparence


L'affaire Cahuzac, où un ministre haut placé d'un gouvernement social-démocrate se permet de ne pas participer à l'effort de solidarité entre les membres de la société en cachant des centaines de milliers d'euros en Suisse, met en évidence la dégénérescence de la social-démocratie française, incapable de réaliser ne serait-ce qu'un pas en direction du socialisme. 

Face à cette situation désastreuse, nombreux sont ceux qui appellent à l'instauration de la transparence pour les élus. Certes, cela semble être une bonne idée pour éviter des cas comme celui de Cahuzac, mais cela ne va pas au fond du problème.

Le fond du problème c'est qu'un individu qui possède un bien immobilier va être moins incité à soutenir l'extension du contrôle de la collectivité sur le sol et le logement, de même un individu riche sera peu tenté par l'idée d'accroître l'impôt sur la fortune, quant à celui qui a investi beaucoup de capitaux, il sera peu enclin à augmenter la taxe sur les gains du capital.

On pourrait continuer longtemps avec ce type d'exemples qui nous montre simplement la nécessité que la transparence ne concerne pas que les élus, mais aussi, et déjà, les candidats. Je pense en effet que dans une véritable démocratie, il est souhaitable que les citoyens puissent choisir à qui ils délèguent leur souveraineté en toute transparence, et en pleine connaissance des intérêts de chaque candidat, ce qui implique de connaître la situation économique des candidats, comme la fortune, la possession immobilière, le revenu, les capitaux mobiliers, etc.

Donc oui à la transparence, mais pas seulement après les élections !


Article publié dans la Cuite Finale de mai, le journal de la Jeunesse Socialiste Genevoise. 

Je suis toujours très chargé à cause de mes études. Je me remets sérieusement à écrire sur ce blog pendant les vacances, après les examens, car je manque actuellement de temps pour avancer vraiment dans mes recherches personnelles (par contre j'essaie d'écrire de la fiction, mais c'est une autre histoire...)

23:38 Publié dans Transparence | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg