05/03/2013

De la démocratisation des institutions politiques



Tandis que le projet libéral réduit le champ politique à la question de plus ou moins de libertés négatives (celles de ne pas être dérangé dans ses affaires par un autrui qui peut être aussi bien son voisin, que la collectivité, ou l’État), et qu'il traduit cette revendication par celle du plus ou moins d’État, il semble éminemment nécessaire et souhaitable pour les socialistes de replacer comme question centrale du champ politique la question de plus ou moins d'autonomie. Depuis ma lecture de Cornelius Castoriadis, je suis en effet convaincu que c'est là la notion clef du socialisme, car c'est elle qui agrège et réconcilie liberté positive et négative, et qui exprime le mieux l'essence de notre lutte et de notre projet de société.

Si l'autonomie est donc la finalité de notre action politique, il faut pouvoir la développer dans toutes les sphères d'activité de la société, et en premier lieu dans la sphère des institutions politiques et dans celle de l'organisation de notre mode de production et de consommation.

Dans les lignes suivantes, je souhaite simplement esquisser quelques idées, quelques pistes, pour avancer sur la voie de la démocratisation des institutions politiques.

Pourquoi ce souci de démocratiser les institutions politiques ?
Car je pense qu'on peut considérer que c'est en renforçant la possibilité qu'on les membres de notre société d'agir sur leur destin en tant que membre de cette société que l'on renforce leur autonomie et leur liberté.*

Voici donc quelques mesures pour démocratiser les institutions politiques que je présente ci-dessous par ordre de radicalité (et donc de faisabilité).

- Réduction du nombre de signatures pour pouvoir déposer une initiative ou un référendum. La volonté des citoyens de soumettre au vote de toutes et tous une question qui leur importe ne doit point se heurter à un mur de signatures trop élevé.

- Suppression des rentes à vie pour les élus. Il est en effet surprenant et choquant que quiconque puisse toucher de la collectivité une rente à vie parce qu'il a exercé une quelconque charge politique. Ce privilège doit être aboli.

- Instauration de la transparence sur le financement des partis. N'est-il pas souhaitable que les citoyens sachent vraiment pour quelles organisations ils votent et les intérêts que ces organisations défendent ? Car on ne peut douter que le financement d'un parti est assez révélateur des intérêts qu'il défend.

- Baisse de l'âge minimal du droit de vote à 16 ans. Car à 16 ans (voire plus jeune), nombre de jeunes sont prêts et intéressés à participer à la prise de décision collective et au débat politique. Quant aux autres, et bien ils viendront grossir les rangs des abstentionnistes. Mais donner la parole à davantage de jeunes, c'est accroître nos chances d'avoir de futurs citoyens motivés et informés, et c'est seulement sur la base d'individus autonomes que peuvent s'élever des sociétés autonomes.

- Limitation des dons privés aux partis politiques. On ne peut laisser certains partis politiques recevoir tellement plus que d'autres, car les campagnes sur des sujets de votation ou lors d'élection s'en trouvent complètement inégales. Pareille inégalité nuit à la liberté de choix des citoyens qui se retrouvent parfois harcelés par certains partis aux moyens faramineux.

- Suppression du quorum. Pourquoi faudrait-il mettre une barre arbitraire à un parti pour qu'ils puissent participer à un législatif ? Lorsqu'un législatif a 100 sièges, n'est-il pas fort logique que 1% des voix des votants reviennent à obtenir un siège ?
Les petits partis ont le droit d'être représentés sans être écrasés par les grands partis. Cette mesure améliore la représentativité du législatif, et respecte davantage le choix des votants.

- Instauration de la transparence à propos des élus. Les citoyens ont le droit de savoir qui ils ont élu pour savoir qui les représentent. C'est une condition nécessaire à tout acte de délégation de sa liberté et de sa souveraineté sur soi-même à quelqu'un d'autre. Transparence doit donc être faite sur les fonctions, métiers, capitaux mobiliers et immobiliers, fortunes, possessions, et revenus, de tout élu.

- Introduction du tirage au sort dans le choix des élus aux législatifs. Soit avec un système de parlement mixte où une partie (10, 20, 30, 40, ou 50%) des parlementaires serait tirée au sort (par exemple sur la base du volontariat et du parrainage citoyen), et l'autre élue. Soit avec un système bicaméral où une chambre serait élue et l'autre tirée au sort. L'introduction du tirage au sort permettrait d'en finir avec la domination des plus riches, des plus instruits, et des meilleurs orateurs, qui ont tendance à accaparer les places des législatifs au détriment de tous les autres.

Voilà quelques mesures que notre future majorité de gauche au Grand Conseil pourrait avoir à coeur de réaliser.



*On notera que contrairement à une catégorisation stupide que j'avais faite, on ne peut séparer la philosophie politique entre philosophie sociale et économique, et philosophie éthique. La philosophie politique est toujours éthique, puis économique et sociale. Ce texte illustre cela de manière évidente.

15:10 Publié dans Démocratie & institutions politiques | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Bonjour Adrien,

Quelques commentaires sur votre article:

«Tandis que le projet libéral réduit le champ politique à la question de plus ou moins de libertés négatives», «liberté positive et négative» la liberté «négative» pose les limites dans la relation aux autres, tout en laissant chacun organiser son propre champ privé. Ce qui ouvre la possibilité à l’inattendu, l’audace, la créativité. La liberté «positive» organise le champ privé et public, et contraint selon ce qui est décrété bon par certains. C’est à mon avis cette liberté qui réduit le champ politique - et culturel. La liberté «négative» est un système ouvert, l’autre est un système fermé.

«Réduction du nombre de signatures pour pouvoir déposer une initiative ou un référendum»: il ne faut pas non plus être appelé aux urnes tous les week-ends. La démocratie s’userait vite. Les élus sont aussi là pour faire passer des projets et en discuter. Le nombre de signature laisse entendre qu’il faut que son idée convainque assez de gens pour être mise en vote. Trop peu de signatures deviendrait ingérable. Quel est le bon nombre? ...

- «Suppression des rentes à vie pour les élus»: Oui, sauf peut-être pour des postes qui ont nécessité l’abandon d’une vie professionnelle, et que celle-ci n’a pas pu être reprise à un bon niveau par la suite.

- «Instauration de la transparence sur le financement des partis»: j’y suis moins sensible. je vote pour une idée ou une personne, pas spécialement pour un parti.

- «Baisse de l'âge minimal du droit de vote à 16 ans»: je ne suis pas convaincu. A 18 ans on n’est déjà pas au clair sur pleins de choses, et très influençable. Décider de la conduite d’un pays à 16 ans, alors il faut mettre tout à 16 ans: majorité légale, pénale, financière, professionnelle, etc.

- «Limitation des dons privés aux partis politiques»: idem financement.

- «Suppression du quorum»: le quorum sert, semble-t-il, à faciliter la vie du parlement, et à exiger une certaine audience pour un parti. Les Verts ont commencé avec peu de voix, aujourd’hui ils ont deux Conseillers d’Etat. Le quorum n’a pas été un frein mais un stimulant.

- «Instauration de la transparence à propos des élus»: oui et non. J’en comprends l’idée, mais je trouve que l’on réduit de plus en plus la vie privée, ce qui me paraît très dommageable.

«Introduction du tirage au sort dans le choix des élus aux législatifs»: je suis opposé au tirage au sort. On risque de mettre au gouvernement des gens qui n’ont peut-être aucune idée sur rien, qui n’ont pas appris à négocier, à résister aux pressions, à se faire entendre.

J’aimerais pour ma part qu’il y ait un médiateur et qu’il puisse être actionné par les citoyens, faire des audits, mener des enquêtes sur les élus ou sur la justice, rendre ses conclusions publiques.

Bien à vous.

Écrit par : hommelibre | 05/03/2013

Si l'autonomie est la finalité de votre action politique, ce à quoi j'adhère sans difficulté, pourquoi dès lors prôner le contrôle de l'état, notamment sur les banques, et la "socialisation des revenus et profits?

Pourquoi accroître l'exercice de droits populaires dont on sait qu'aujourd'hui, ils sont le frein à toute réforme du système politique en Suisse?

Décodément, j'ai de la peine à suivre les méandres de votre prnsée et de votre philosophie... Mais bon, ça doit être moi qui suis complètement con.

Écrit par : Déblogueur | 06/03/2013

"Mais bon, ça doit être moi qui suis complètement con."

On te le fait pas dire mon vieux.

Écrit par : Napolitano Vero | 06/03/2013

Déblogueur, on peut imaginer un contrôle des banques par les travailleurs aussi.
L'Etat n'est pas une obligation, je ne suis pas contre une forme de socialisme libertaire.
Quant à la socialisation des revenus et des profits, il faut la comprendre comme une redistribution des richesses, l'autogestion et la propriété des travailleurs sur leurs moyens de productions, et une distribution équitable des richesses.

Enfin, renforcer les droits populaires c'est renforcer la démocratie et les libertés des gens. Je ne vois pas en quoi ce serait un frein à des réformes politiques positives.

Écrit par : Adrien Faure | 06/03/2013

"Suppression des rentes à vie pour les élus. Il est en effet surprenant et choquant que quiconque puisse toucher de la collectivité une rente à vie parce qu'il a exercé une quelconque charge politique. Ce privilège doit être aboli."

Petit ajout : pour les élus ET les magistrats (judiciaires notamment).

Il est en effet proprement scandaleux qu'une personne puisse bénéficier d'un parachute pour le seul fait qu'il a été "béni" par ses petits copains et présentée pour ses qualités politiques. Et plz, arrêtons de nous lamenter sur ces pauvres politiciens/magistrats qui craignent de ne pas retrouver un travail s'ils se retrouvent en concurrence avec le bon peuple. Qu'ils se démerdent, comme nous ! Ils le font d'ailleurs très bien, du moins généralement dans la limite pour ne pas perdre leur rente.

A quand une initiative Minder bis sur cette question ?

Écrit par : Gil | 06/03/2013

Excellente idée !

"Suppression des rentes à vie pour les élus. Il est en effet surprenant et choquant que quiconque puisse toucher de la collectivité une rente à vie parce qu'il a exercé une quelconque charge politique. Ce privilège doit être aboli."

Je signe où ?

Écrit par : Victor Winteregg | 07/03/2013

A déguster : http://www.dailymotion.com/video/xiyzhh

Écrit par : Djinus | 07/03/2013

Pour ce qui est de la transparence, je dirais qu'elle devrait être étendue et obligatoire à tous les services de l'Etat ainsi que toute institution subventionnée.

Pas seulement sur leurs finances, mais sur leurs actes ou plutôt leur absence.

Écrit par : Jmemêledetout | 07/03/2013

Je dirais même plus, le financement des partis politiques, ces derniers agissants dans la sphère public principale de la démocratie par le truchement des élections et des campagnes de votation pour les référendums et initiatives populaires, doit être également totalement transparent.

Ceci évidemment fera tomber les chaussettes du PLR qui devant la question agite compulsivement l'argument fallacieux de la protection de la sphère privée ... ces guignols.

Écrit par : Djinus | 07/03/2013

Vous êtes bien jeune et vous n'avez jamais travaillé... On en reparlera dans 20 ans, quand vous aurez un peu d'expérience du monde. Mais serez-vous encore de gauche?

Écrit par : JMR | 08/03/2013

JMR, je vois mal en quoi le fait d'avoir un emploi devrait changer ma vision des institutions politiques ?

Écrit par : Adrien Faure | 08/03/2013

@Jmemêledetout, bonne idée que d'étendre la transparence à tous les services de l'Etat. J'aurais dû inclure cela dans ma liste !

Écrit par : Adrien Faure | 08/03/2013

Les commentaires sont fermés.