27/02/2013

La Librairie du Boulevard : la coopérative autogérée de Genève


« Il est absolument inutile qu'un chef de musique soit propriétaire des instruments de son orchestre, tout comme il peut parfaitement diriger ses musiciens en restant étranger à la question de leur « salaire ». Les fabriques coopératives démontrent qu'en tant que fonctionnaire de la production, le capitaliste est devenu tout aussi superflu que l'est suivant lui-même le propriétaire foncier. Son travail est complètement indépendant du capital du moment qu'il ne résulte pas du caractère capitaliste de la production, qu'il ne répond pas à la fonction qui a pour seul but l'exploitation du travail des autres et qu'il a pour point de départ le travail social, dans lequel la coopération de plusieurs est nécessaire pour atteindre un résultat déterminé. » Karl Marx

Alors que nous prônons sans cesse une société socialiste composée de coopératives autogérées uniquement, il paraît fort pertinent d'étudier celles qui existent d'ores et déjà, qui plus est à Genève. Ainsi, à deux pas du siège du Parti Socialiste, à la rue de Carouge, se trouve la Librairie du Boulevard, la coopérative autogérée de Genève fondée en 1975.

La Librairie du Boulevard est une excellente librairie qui propose un choix de livres variés, allant de la littérature jeunesse, aux ouvrages anti-capitalistes, en passant par la psychanalyse ou l'alimentation, sans oublier un beau rayon de littérature en poche. Mais au-delà de la qualité de son offre, c'est la qualité de son mode d'organisation qui est à relever. Fonctionnant en autogestion, les 6 travailleurs (à temps partiel) qui la composent se retrouvent tous les lundis matins pour se répartir les tâches et s'organiser pour la semaine. Convivial, ce mode d'organisation supprime la hiérarchie, et conduit les travailleurs à s'impliquer fortement.

En sus de l'autogestion, la Librairie du Boulevard est aussi une coopérative. Les coopérateurs (il y en a 200) ne travaillent pas tous à la librairie, mais participent à des assemblées générales. Ils ne touchent aucun revenu de l'activité de la librairie, mais soutiennent ainsi ce beau projet. Quant aux travailleurs, ils deviennent généralement à la longue eux-aussi coopérateurs.

Tous les profits que réalise la librairie sont partagés entre les travailleurs, qui touchent tous le même salaire, le temps de travail étant rémunéré de manière égalitaire. En cas de problème financier, les travailleurs ont toujours réussi à s'arranger, que ce soit avec le départ à la retraite de l'un d'entre eux, ou en faisant quelques heures supplémentaires. L'ancienneté au sein de la coopérative ne donne droit qu'à une semaine de vacances supplémentaire après 20 ans.

Cette expérience de socialisme appliqué est une belle démonstration qu'un autre modèle de société est possible, fondée sur des valeurs comme l'autonomie, la liberté, et l'égalité. Notre combat ne peut que sortir renforcé par l'existence de pareille expérimentation positive, résistance quotidienne à l'ordre capitaliste.

Alors, la coopérative autogérée, le modèle de demain ?

« Dans le cadre de la propriété privée des moyens de production, les fabriques coopératives créées par les travailleurs sont la première brèche dans l'ancienne forme de propriété individuelle des moyens de production. (...) Dans ces coopératives, l'antagonisme entre le capital et le travail est supprimée. (...) Elles montrent comment, à un stade déterminé du développement des forces productives matérielles et des formes de production sociales correspondantes, un nouveau mode de production peut surgir et se développer naturellement à partir d'un mode de production donné. » Karl Marx

Adrien Faure

Article rendu possible grâce à une interview réalisée auprès de Catherine Rosselet, travailleuse au sein de la Librairie du Boulevard que je remercie ici pour son temps et ses réponses.


Cet article a été publié dans la "Cuite Finale", le journal de la Jeunesse Socialiste Genevoise, ainsi que dans "Trouble Obsessionnel Politique", le journal des élèves de science politique. 


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Commentaires

@Adrien ,jouez vous d'un instrument? je peux vous certifier qu'ayant joué du piano, prendre des cours par distance avec la prof aurait déplu a ceux de ma génération et je ne pense pas que les musiciens de l'orchestre célèbre de musique baroque qui fait un tabac depuis quelques temps apprécierait de jouer sans sa directrice au premier plan.
Désolée je ne me souviens plus du nom de l'orchestre qui est un vrai régal autant pour les yeux que pour les oreilles

Écrit par : lovsmeralda | 27/02/2013

Pourquoi n'y a-t-il qu'un seul exemple de coopérative autogérée dans une ville comme Genève? Pourquoi, si ce modèle est si enviable, n'a-t-il pas fait plus d'adeptes? Un seul exemple ne fait pas une théorie et n'offre pas une modélisation extensible à l'ensemble de la société.

Le modèle n'a pas fait beaucoup d'adeptes, et pPourtant il me semble qu'à une époque on en parlait beaucoup. Ce n'est pas un manque d'information qui l'aurait occulté. A Genève seulement six personnes ont voulu le reprendre à leur compte. A ce niveau là on peut imaginer que l'entreprise a bénéficié d'une niche commerciale, peut-être une clientèle gagnée idéologiquement à la cause.

C'est semble-t-il le cas, comme on le lit dans l'historique:

"1974 Un groupe d'amis envisage de reprendre un kiosque situé au Boulevard Georges Favon dans le but de proposer des revues et des livres mal diffusés en Suisse, d'établir un lieu de rencontre et de créer petit à petit une librairie. Ils créent une coopérative et rassemblent les 70'000 francs nécessaires au démarrage de cette aventure."

http://www.librairieduboulevard.ch/historique.html

L'époque était favorable à ce genre d'idée et un public spécifique existait.

Par ailleurs la librairie a bénéficié d'un prêt en période difficile:

"1990 Après de multiples démarches, la Librairie s'installe à la rue de Carouge, dans une arcade neuve. Ce déménagement est rendu possible grâce à l'aide précieuse de la BANQUE ALTERNATIVE."

Etre alternative ne change pas le fait que la banque reçoit des dépôts de particuliers ou d'entreprises. Donc elle capitalise, et grâce à ce capital elle soutient des projets que les individus seuls ne seraient probablement pas capables de porter. C'est un capitalisme et un système de crédit.

Le modèle n'a donc pas fait collectivement envie. De plus il dépend d'un apport de capital extérieur. Le pouvoir, en terme économique et selon la théorie marxiste, étant dans les mains de qui possède les moyens de production, donc l'argent pour les créer, il appartient ici aux coopérateurs (associés) et à la banque, pas aux travailleurs eux-mêmes.

Migros et Coop sont des coopératives. A cette taille, la gestion type Boulevard peut-elle fonctionner: interchangeabilité des fonctions et tâches, en particulier?

Écrit par : hommelibre | 27/02/2013

Coop et Migros sont des sociétés déguisées en coopérative, rien d'autre. Ceci dit le constat d'Homme libre est juste. La coopérative au niveau des petits commerces ça fonctionne pas ou très très peu. Reste que dans d'autres secteur notamment agricole ça fonctionne mieux et au niveau immobilier bien. Nous sommes dans un système capitaliste, donc de l'argent provenant du circuit capitaliste devra nécessairement passer la coopérative. Ceci dit, le but n'est pas de créer ou trouver l'exemple parfait de la coopérative hors système (c'est pas possible dans un système capitaliste). Le but est de trouver des entités économiques qui se démarque du modèle traditionnel capitaliste. Au niveau du Boulevard, je pense que les gens qui y travaillent sont probablement mieux payés et plus libres qu'en allant bosser à la FNAC ou dans un entrepôt d'Amazon. Les clients en sont conscient et contents. Le client n'est donc plus un CONsommateur, mais un individu qui adhère à un concept militant et moral. C'est d'avantage de respect pour le libraire et pour le client. Alors oui, certains diront que c'est un truc de Bobo et que le capitalisme permet aux pauvres d'avoir accès à des biens moin chers. Mais le moins cher provoque du gaspillage et des grosses pressions sur les employés.... au final le bon marché coute cher à tout le monde.

Écrit par : Riro | 28/02/2013

Bonjour!
Etant membre du collectif de la Librairie du Boulevard, je me dois de répondre que les temps partiels sont fait pour avoir du temps pour faire autre chose que le travail et aussi pour qu'il n'y ait pas une personne qui prenne le pouvoir parce qu'elle est à la boutique plus que les autres. Nous vivons TOUTES et TOUS de notre salaire à temps partiel.

Écrit par : Anne | 05/03/2013

Quand on est 6, à temps partiel (donc ne dépendant pas de cela pour vivre), sans recherche de résultats, que l'on est là un peu en bénévole et partageant les mêmes orientations idéologiques (communiste pur et dur), tout est si facile. Moi aussi, je suis membre d'un club de motards, nous somme 7, nous prenons toutes nos décisions ensemble, nous faisons caisse commune. Sommes-nous un modèle pour Nestlé? Balivernes affabulantes. Je serais très curieux de voir cela avec 60'000 amployés, des gens qui font un vraie carrière, avec la compétition internationale, des gens tous différents qui ne se connaissent pas et majoritairement pas des communistes.....

Écrit par : QueFaire | 01/03/2013

@Que faire

Les travailleurs de la LbB vivent de leur travail à temps partiel.

Ils ne sont pas bénévoles.

Ils recherchent des résultats.

Tout n'est pas facile.

L'économie suisse est principalement composée de PME.

Pour les grandes entreprises on peut imaginer d'autres modèles intermédiaires.
Coopérative autogérée ne signifie pas absence de délégation.

Écrit par : Adrien Faure | 01/03/2013

Merci d'avoir pris la peine de me répondre. Mais je persite à penser que vous n'êtes que très peu au fait du fonctionnement réel d'une entreprise "normale". Votre modèle ne peut être utilisé à grande échelle et surtout ne peut s'imaginer dans des secteurs concurrentiels. La vente au détail ou l'agriculture, là oui c'est possible (et d'ailleurs nombre de grands détaillants ou exploitations agricoles sont à la base des coopératives) mais ces secteurs ne sont ceux qui font croître une économie...

Écrit par : QueFaire | 04/03/2013

Merci d'avoir pris la peine de me répondre. Mais je persite à penser que vous n'êtes que très peu au fait du fonctionnement réel d'une entreprise "normale". Votre modèle ne peut être utilisé à grande échelle et surtout ne peut s'imaginer dans des secteurs concurrentiels. La vente au détail ou l'agriculture, là oui c'est possible (et d'ailleurs nombre de grands détaillants ou exploitations agricoles sont à la base des coopératives) mais ces secteurs ne sont ceux qui font croître une économie...

Écrit par : QueFaire | 04/03/2013

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