31/01/2013

Fonder un bar-coopérative autogéré ?



A présent que j'ai découvert qu'il n'y avait qu'une seule coopérative autogérée à Genève, la Librairie du Boulevard, et éventuellement le Jardin de Cocagne (je manque d'informations sur ce dernier), je me dis que le tissu économique genevois est finalement assez pauvre de ce point de vue là... (Si vous connaissez d'autres coopératives autogérées à Genève, merci de bien vouloir m'en informer, je suis preneur !)

Il semblerait que même nos bars de gauche aient préféré adopter le modèle économique dominant (je ne les en blâme pas, je constate).
Ce qui m'amène à me dire que nous devrions y remédier par nous-mêmes, nous autres jeunes socialistes (j'emploie le terme socialiste ici de manière générale et a-partisan), puisque nous sommes de loin les premiers à fréquenter les bars à Genève.

Fonder un bar qui serait une coopérative (selon le principe de la propriété des travailleurs sur leurs moyens de production) et autogérée (prise de décision collective des travailleurs sur le fonctionnement de leur coopérative), et qui reposerait sur une égalité de revenu (même revenu pour le même temps de travail), voilà un beau projet.

Concrètement, il faudrait rassembler quelques jeunes motivés et prêts à mettre un peu d'argent pour les frais de départ (location, achat du mobilier, achat des fournitures pour la vente). Ensuite, on pourrait imaginer un tournus dans les présences pour faire tourner le bar, ce qui permettrait un revenu d'appoint par exemple pour des étudiants comme moi.

Le projet peut-il ensuite réussir à tourner financièrement ?
Étant donné son statut de coopérative autogérée il devrait probablement attiré bien des gens désireux de soutenir un autre modèle de société. Rendez-vous compte : le seul bar-coopérative autogéré de Genève !
Et puis il faudrait compter sur les évènements particuliers, conférences, concerts, et autres meeting alternatifs.
Sans oublier une déco bien socialiste, et une bibliothèque militante.

Bon, il ne me reste plus qu'à trouver un groupe de jeunes motivés.

A suivre, j'espère.

17:17 Publié dans Bar-coopérative autogéré | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Cher Adrien,

Pour une fois je te félicite. Voilà une bonne idée. C'est bien la première fois que je t'encourage, ça valait la peine de le souligner.

Tu proposes de chercher des volontaires pour organiser ton modèle? C'est très bien! Essaye, expérimente. Dépasse les bonnes paroles sur ton blog et retrousse tes manches. Pour une fois qu'un socialiste parle de s'appliquer ses doctrines à lui avant de les imposer aux autres, on ne peut qu'approuver.

Dans un système où les gens sont libres de s'organiser comme bon leur semble cette organisation particulière est quasiment enexistante? Tire-en les conclusions qui s'imposent en terme d'utilité apportée aux gens par les différents systèmes: les gens font le choix d'une organisation différente de celle que tu prônes parce qu'ils n'y trouvent pas leur compte en comparaison aux autres formes d'organisation.

C'est peut-être pour cela que les collectivistes socialistes ont systématiquement besoin de contraindre les gens pour obtenir d'eux ce qu'ils veulent: ce que proposent les collectivistes aux gens réduit assez systématiquement leur utilité.

Vas-y essaye de monter ta coopérative auto-gérée. Tu vas très vite voir que le don de soi est très limité et que la plupart des gens veulent retirer un avantage du temps qu'ils passent à exercer une activité. A commencer par toi, lorsque tu dis: "Ensuite, on pourrait imaginer un tournus dans les présences pour faire tourner le bar, ce qui permettrait un revenu d'appoint par exemple pour des étudiants comme moi." C'est presque puéril d'égocentrisme.

Et c'est précisément la raison pour laquelle ça ne fonctionne que très mal en comparaison aux autres formes d'organisations des échanges dans lesquels chacun est maître de son activité. Très vite, ceux qui ne sont pas étudiants demanderont pourquoi la rémunération est réservée aux étudiants, ceux qui passent plus d'heures demanderont pourquoi ils sont payés comme ceux qui passent moins d'heures. Puis , puis ceux qui vont faire les courses ou organisent les concerts demanderont pourquoi leur activité n'est pas rémunérée alors que de tenir le bar oui, etc. LEs artistes demanderont rémunération, surtout les bons, et certains membres de la coopérative demanderont pourquoi les artistes sont payés. Etc., etc.

La question se posera de savoir qui décide. Et tous voudront comme toi décider des critères de rémunération, et bien sur tous diront que ceux qui doivent à tout le moins être rémunéré sont ceux qui sont "comme moi".

Puis dès que ce sera intéressant et que tu te seras tapé tout le boulot d'organisation tu ajouteras aux problèmes l'arrivée des opportunistes. Ils essayeront de rentrer dans le système pour en bénéficier sans avoir à fournir d'effort en contre partie. Comme par définition, n'étant propriétaire de rien, tu ne pourras pas décider toi-même, ce sont ceux qui formeront le groupe d'intérêt le plus nombreux qui décideront. Tu sentiras la coopérative t'échapper: des coalitions se formeront et t'éjecteront. Au final, les jeux de pouvoirs l'emporteront très vite sur le reste et deviendront le seul enjeu. Ton système créera un sentiment d'injustice généralisé chez la plupart des perdants à ce jeu qui finiront par partir, toi le premier.

Et c'est tout le problème du collectivisme: pour pouvoir faire bénéficier les uns de l'activité des autres, très vite ce doit être sur la demande des uns contre la volonté des autres. A terme, ce système s'effondre s'il ne maintien pas les gens de force à l'intérieur. C'est pour cela que les organisation spontanées et volontaires de ce type sont rarissimes. A terme, le colletivisme pour se maintenir en tant que système d'organisation des échanges et de l'activité doit mettre des barbelés et des miradors pour empêcher les gens de partir........


ps: après plusieurs échanges sur ton blog come sur celui des jeunesses socialistes, il devient impossible de publier une nième réponse. Le système demande de recopier une série de lettres, mais une fois cela fait le message n'apparaît pas. Ca donne aux lecteurs l'impression à tort que tes détracteurs cessent de débattre. J'ai une réponse pour la novlangue sur ton blog comme une réponse aux deux chiffres sur les armes sur le blog de la jeunesse socialiste que le système m'empêche de mettre.

Écrit par : mais tout à fait | 01/02/2013

Cher Mais tout à fait,

Merci pour les encouragements^^
J'ai déjà trouvé quelques personnes, mais ça va prendre un moment pour trouver suffisamment de gens.

Par rapport aux rémunérations je ne vois pas de problème : à temps de travail égal, revenu égal, quoiqu'on fasse à côté.
Quant aux éventuels artistes, et bien nous leur donnerions un cachet (c'est à dire une rémunération ponctuelle pour chacune de leur prestation).

Concernant les commentaires moi aussi ça me fait ça :-S
Je n'y peux rien... c'est la tdg qui est comme ça.

Écrit par : Adrien Faure | 01/02/2013

Un bar autogéré ; si l'envie vous en prend, rendez-vous au Moloko ou au Nadir. Demandez-leur comment ils s'organisent.

Votre projet est admirable, cela dit j'espère que vous réalisez comme il est difficile d'obtenir du revenu, comme vous l'imaginez, suffisant pour payer les membres de la coopérative et les artistes dès le départ.

Écrit par : Coq | 01/02/2013

@Coq, le Nadir est subventionné et ses membres sont bénévoles...
Le Moloko n'est pas une coopérative non ? Et comme il appartient à l'Usine il doit être subventionné aussi :-S

Écrit par : Adrien Faure | 01/02/2013

@Adrien Faure ; Le Nadir profite des locaux universitaires en effet, mais ne reçoit aucune subvention. Les membres sont bénévoles car tout l'argent reçu grâce au prix libre est utilisé pour faire tourner l'endroit. Pas de gain monétaire personnel pour qui ce soit ; le bénévolat est une forme d'engagement intéressante, souvent motivée par des valeurs solides ; je l'apprécie par ailleurs car cela permet de faire découvrir un mode de fonctionnement moins fréquent.

Le Moloko reçoit peut-être une part de subventions de la ville accordées à l'Usine, il est vrai ; mais sans celle-ci, ses membres se retrouveraient probablement à être bénévoles eux aussi, ne pensez-vous pas ? Difficile de tout avoir. Une organisation horizontale, l'autogestion, les décisions par consensus prennent un temps et une énergie considérables.

Écrit par : Coq | 01/02/2013

Adrien,

Comme les autres intervenants ci-dessus je vous adresse mes voeux de succès pour votre projet. Comme "Mais tout à fait" j'aimerais vous faire part de mes réflexions-expériences-suggestions issues tant de mon expérience professionnelle d'indépendant que de mes nombreux et intenses engagements associatifs passés. Vous ne me le demandez pas mais j'ose, donc comme d'hab sentez-vous libre de prendre ou non.

De même qu'en système non collectiviste, l'idée initiale de cette entreprise vient non d'un groupe mais d'un individu. Cela me paraît classique et normal. Cela veut dire que vous avez déjà des idées sur votre projet (vous les exprimez d'ailleurs) et que ceux qui vous rejoindront entreront déjà dans "votre" projet. C'est comme cela. C'est la marque initiale, de même qu'en amour la première rencontre conditionne souvent la suite de la relation.

Ensuite cela deviendra un projet collectif mais vous serez longtemps l'origine. Les autres construiront sur votre idée. Une suggestion? Quelle que soit ensuite votre désir de partager les responsabilités, ne lâchez pas ce en quoi vous croyez, tenez bon jusqu'au bout. Ne vous effacez pas par crainte de prendre la place des autres. C'est aux autres à se montrer à votre niveau d'idées et d'investissement, pas l'inverse. Cela vous vaudra d'être critiqué. Si vous voulez l'éviter, si vous laissez le groupe bouffer l'individu, vous perdrez. Un groupe c'est un ensemble d'individus. Un projet collectif contient aussi ses apports contradictoires et ses conflits, il faut donc aller chacun au bout.

Pour faire avancer le projet de manière efficace, concrétisez-le, mettez-le par écrit, détaillez chaque point. Puisque vous avez les idées et que vous être l'initiateur c'est à vous qu'il incombe de poser les premières balises et de convaincre. Dans les préparatifs je suggère:

- un projet de budget de fonctionnement,
- un listing de tous les postes nécessaires,
- un listing du matériel nécessaire.

C'est le minimum.


Vous avez le choix de trouver des locaux prêtés, ou de payer un vrai loyer. Le fonctionnement en professionnel suppose qu'il faut gagner plus d'argent qu'on en dépense et avoir de vraies charges. Si vous réalisez un projet avec trop de cadeaux, il sera sous perfusion et il ne montrerait pas sa viabilité. Il faudra donc assez vite fixer le prix horaire du travail pour l'inclure dans le budget.

Il faut aussi déterminer qui s'occupera des stocks, commandes, nettoyages, tout ce qui demande une présence assez continue. Les temps partiels à un jour ou deux par semaine, ou quelques heures, ne feront pas cela. Ça demande un suivi rigoureux. Qui signera le bail? Qui gère le compte en banque? Qui aura une responsabilité juridique? Tout cela doit être prévu et organisé. Y aura-t-il une responsabilité collective sur tout ou une division des tâches? Je conseille la deuxième solution. Il faut aussi la constitution de la structure juridique. L'association sans but lucratif ne permet pas de payer des salaires aux membres du comité, seuls des défraiements techniques sont autorisés. La société en nom collectif est une formule facile à mettre en place. Les séances supposent un leader désigné. Là vous pourrez tester les formules qui vous conviennent.

Un autre point: votre projet égalise les salaires par la durée de travail. Les compétences différentes ne sont donc pas valorisées. Ceux qui en ont plus vont donc être conscients qu'il font un cadeau par rapport à ceux qui en ont moins. A moins d'être tous au même niveau d'incompétence, il y aura une inégalité de fait. Mieux vaut le savoir. Il faudra un responsable disposant de la patente, donc qui aura investi dans une formation et qui en fera cadeau.

D'autre part il faudra être rigoureux sur le temps investi par chacun, quitte à devoir le justifier. C'est pour éviter les tensions liées à ceux qui, à un moment, argueront d'une inégalité de traitement par rapport au temps passé. Les tensions liées aux personnalités suffiront amplement...!

Dans un groupe il y a des alliances explicites ou implicites. Elles se forment par l'admiration envers les leaders naturels, par affect, par identité de langage ou de ton, par les co-dépendances qui s'installent, par convergence d'opposition, par charme rhétorique, par charisme personnel, par projections inconscientes. Quand il y a un leader clair et défini, qui a un pouvoir reconnu, c'est plus simple à gérer. Il y a aussi ceux qui ont une forme de sagesse et qui prennent un ascendant pour le bien de tous. Et ceux qui veulent inconsciemment montrer ce dont ils sont capables. Ceux qui veulent se prouver quelque chose. Ceux qui refusent toute autorité et mettent les pieds au mur sur des prétextes idéologiques légitimes en apparence. Ceux qui seront rapidement en compétition. Etc...

Une activité commerciale doit vivre et faire vivre. Mais au début elle peut être aidée, jusqu'au point où elle tourne d'elle-même. Si vous y voyez une quelconque utilité je mets bénévolement ma compétence de coach à votre service, pour poser les bonnes questions (celles qui dérangent), écouter, vous conseiller personnellement ou le groupe quand il sera formé si cela est souhaité. C'est ouvert, à vous de prendre ou non, sentez-vous libre.

Dernier point. L'aspect a-partisan, je veux bien, mais c'est une exigence pour réaliser cela. Il faudrait l'inscrire quelque part!!! A titre d'exemple la Librairie du Boulevard a refusé de vendre mon livre Féminista ras le bol à un client qui le demandait, sous un prétexte fumeux - je soupçonne que ma critique du féminisme n'a pas plu à cette librairie.

Bonne chance pour le reste.

Écrit par : hommelibre | 01/02/2013

Adrien,

Je ne peux que vous encourager à essayer d'accomplir votre projet. Je vais être franc, je ne crois pas une seconde à votre modèle coopératif, de salaire égal - la pratique risque fortement de contredire vos espoirs (j'allais écrire utopies...). Le monde et les gens sont ce qu'ils sont.

Cela dit, j'espère que vous nous ferez partagez cette expérience - cela sera très instructif, pour tout le monde (et je suspecte surtout pour vous...)

Écrit par : Lancez-vous! | 01/02/2013

En premier lieu j’apprécie que vous faite la différence entre autogéré et subventionné. C'est loin d'être toujours le cas.

Maintenant si même les bar "de gauche" n'utilisent pas le modèle coopératif, c'est certainement qu'il y a de bonnes raisons qui existent depuis bien avant vous. Je vous encourage néanmoins a faire vos propres expériences et c'est avec plaisir que je boirai quelques bières dans le futur seul bar autogéré de Genève.

Écrit par : Eastwood | 01/02/2013

Bonjour John,

Je vous remercie pour vos remarques et vos conseils !

Vous me faites prendre conscience de certaines lacunes que j'ai, et j'ai immédiatement contacté un ami entrepreneur pour qu'il me file un coup de main.

Puisque vous avez l'amabilité de nous offrir votre aide, qui plus est gracieusement, je suis bien entendu heureux de l'accepter :-)

Pour le moment que je commence à rassembler un groupe de jeunes, motivés à s'engager dans le projet (et motivés à y engager travail et capital).

Mais effectivement il faudra trouver une patente, car sans cela rien n'est possible. Mais dites-moi pourquoi donc cette nécessité d'une patente ?
Après tout, les patrons ne se gênent pas pour engager des jeunes étudiants sans aucune formation ou expérience dans ce domaine !

Écrit par : Adrien Faure | 02/02/2013

@Lancez-vous, je tiendrai tout le monde au courant depuis mon blog. Si le projet donne quelque chose nous publierons tous les chiffres. Je suis 100% favorable à la transparence économique.

Écrit par : Adrien Faure | 02/02/2013

@Eastwood, un modèle économique doit être capable de s'autofinancer. L'autogestion subventionnée par l'Etat n'est qu'une illusion d'indépendance.
Si le projet marche, je vous attends^^

Écrit par : Adrien Faure | 02/02/2013

La patente de cafetier me semblait nécessaire, c'était cela que je voulais dire. mais dans votre nouveau billet vous dites que cela n'est pas nécessaire. Cela a dû changer, tant mieux. Mais prenez quand-même toutes les infos administratives pour bien assurer vos bases.

Écrit par : hommelibre | 03/02/2013

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