10/12/2012

De l'expropriation de la valeur du travail des travailleurs par le patronat


Ne pas comprendre ce qu'est l'expropriation de la valeur du travail des travailleurs par le patronat, c'est se priver du fondement éthique qui légitime le dépassement du capitalisme.

On peut en effet vouloir dépasser le capitalisme parce que ce système est inefficace, productiviste, impérialiste, inégalitaire, inéquitable, injuste, oppressant, etc.
Mais le cœur de la critique du capitalisme réside selon moi dans cette idée-constat qu'est l'expropriation de la valeur du travail des travailleurs par le patronat. 


De quoi parle-t-on ?


Du constat que l'on peut faire, lorsque l'on étudie le capitalisme, que le travailleur salarié qui travaille dans une entreprise privée est expropriée de la valeur de son travail par son patron. C'est à dire que le patron ne paie pas la valeur complète du travail du travailleur qui œuvre sous sa domination. 

Cette expropriation correspond à une rente patronale que l'on peut diviser en deux types d'expropriation différentes : l'expropriation actionnariale, et l'expropriation managériale. 
L'expropriation actionnariale correspond aux revenus du capital. L'actionnaire (le capitaliste) investit son capital, puis il touche des gains sur ce capital. Concrètement, cela revient à dire que l'actionnaire touche de l'argent (une rente) sur son capital investi dans des entreprises sans travailler dans ces entreprises. Les travailleurs se voient ainsi privés, expropriés, de la valeur de leur travail par les actionnaires. Autrement dit, pour payer la rente des actionnaires oisifs, la valeur du travail des travailleurs est baissé (ce qui revient à dire que leur salaire est baissé).


Bien entendu, les libéraux (comprenez, les idéologues du patronat) répondent généralement que le travailleur peut lui-même être actionnaire. 

Mais ceci est une illusion ! (Plus exactement, c'est l'une des trois illusions libérales : illusion de la liberté formelle, illusion de la moyennisation, et illusion de l'actionnariat.) 

Car concrètement, seule 0,2% de la population mondiale possède 50% de toutes les entreprises cotées en Bourse.

Quant à l'expropriation managériale, elle correspond à la rente que touche le manager (ou entrepreneur) sur le dos des travailleurs. Ainsi, le salaire des travailleurs est baissé pour permettre au manager de toucher un revenu supérieur à la valeur de son travail. 

Ceci étant dit, certains auront toujours du mal à cerner cette notion.

Pour les éclairer, prenons un cas éclairant, celui des fluctuations salariales mises en parallèle avec les fluctuations de la productivité du travail (la croissance de la productivité du travail correspond à la croissance de ce qu'un travailleur produit en un laps de temps plus court, ainsi plus la productivité du travail augmente, plus le travailleur produit de choses en moins de temps, c'est à dire plus il est productif). 

Selon le Bureau International du Travail (BIT), « entre 1999 et 2011, l'augmentation de la productivité du travail moyenne dans les économies développées a été plus de deux fois supérieure à celle des salaires moyens. Aux Etats-Unis, elle a été de 85% depuis 1980 dans les secteurs non agricoles, tandis que la rémunération horaire réelle n'a augmenté que de 35%. En Allemagne, la productivité a augmenté de 25% en vingt ans tandis que les salaires mensuels réels n'ont pas bougé ».

Ces exemples illustrent bien l'expropriation de la valeur du travail des travailleurs dont ils sont victimes au profit du patronat : les travailleurs ont beau être davantage productifs (la valeur de leur travail croît), leur rémunération n'augmente pourtant pas (du tout) proportionnellement, le patronat les expropriant.

Quelle réponse apporter à l'expropriation de la valeur du travail des travailleurs par le patronat ?

L'expropriation des expropriateurs : la collectivisation des moyens de production, c'est à dire la propriété des travailleurs sur leurs moyens de production. 

Le socialisme, what else ?

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02/12/2012

Bilan intermédiaire sur l'économie planifiée



Je suis toujours surpris de constater que nombre de gens qui visitent mon blog tombent dessus en cherchant des informations sur l'économie planifiée. Vu l'intérêt porté à ce sujet, je reviens présentement dessus pour établir un petit bilan de ma position à ce propos.

Ces temps-ci, j'ai débattu un peu avec des marxistes qui avaient l'air convaincu du bien-fondé de l'organisation de l'économie sous une forme planifiée et centralisée.

Pourtant, malgré les avantages très clairs d'une économie planifiée, il n'en reste pas moins qu'une économie planifiée centralisée n'est pas une économie permettant de répondre efficacement aux attentes de la population, tout simplement parce que ces attentes sont difficiles à définir.

On peut certes définit les besoins d'une population à l'aide par exemple de la pyramide de Maslow, mais on ne peut pas déterminer efficacement les envies des individus, car le propre d'une envie c'est de varier en fonction des individus, contrairement aux besoins.

Une façon possible de faire remonter l'information de l'envie du consommateur-usager, réside dans l'utilisation de sondages généralisés et réguliers (hebdomadaires, mensuels) informatisées. Mais la praticabilité et l'intérêt d'un tel système reste à prouver, par la pratique... Et on peut en outre douter de l'intérêt réel des individus à devoir s'astreindre à pareille planification participative de l'économie.

L'économie planifiée centralisée pose donc des questions auxquelles il me semble difficile de répondre de façon efficace.

Par contre, il est très facile d'envisager un type d'économie planifiée décentralisée (du type de celles envisagées assez probablement par les écologistes, les objecteurs de croissance, les communistes, et les anarchistes), car l'organisation de ce type d'économie simple ne pose pas de problème au niveau de l'information.
La communauté village – quartier autogéré définit démocratiquement la production en fonction des besoins et des envies des consommateurs-usagers, par démocratie directe.
Il faut remarquer que le principale problème de l'économie planifiée réside dans la délégation de la prise de décision des choix de production.
Donc, une économie planifiée fonctionnant en démocratie directe ne pose pas de problèmes particuliers, autre que la critique habituelle de la démocratie (règne de la majorité dans le respect des minorités certes, mais dont la majorité peut parfois ne pas respecter autant qu'il le faudrait les minorités).

Bilan donc, puisqu'il le faut : non la planification de l'économie n'est pas aujourd'hui la panacée. Peut-être que plus tard, après l'instauration du socialisme (c'est à dire de la propriété des travailleurs sur leurs moyens de production et de l'autogestion) et/ou d'une utopique économie décroissante, nous pourrons essayer de telles expérimentations. Mais pour le moment, il faut admettre que le marché, encadré et régulé, éventuellement avec certains secteurs planifiés, est probablement notre horizon direct.






21:44 Publié dans Socialisme & économie planifiée | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg