30/08/2012

Le libéralisme tue

Il y a eu l'exemple des parents grecques contraints par l'austérité d'abandonner leurs enfants, il y a à présent un nouvel exemple marquant des conséquences d'une politique libérale de réduction de l'intervention de l’État-providence en Grèce.

On peut en effet lire dans
le Monde Diplomatique de ce mois-ci, que : « La Grèce connaît une augmentation notable du nombre de malades depuis 2009. Entre 120 et 130 cas de paludisme ont été rapportés en 2011. (...) Entre 2010 et 2011, le nombre de nouvelles contaminations [au VIH] a augmenté de 57% dans l'ensemble du pays, selon le rapport d'activité 2012 des Nations unies concernant la Grèce. Sur la même période, il a même connu un bond record de 1250% dans le centre-ville d'Athènes, selon Médecins sans frontières. »

A force de couper dans la santé, de réduire l'accès aux soins, de faire baisser les revenus des travailleurs, les politiques libérales du gouvernement grec et de l'Union Européenne tuent...

15:44 Publié dans Austérité et Etat-providence | Lien permanent | Commentaires (46) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

24/08/2012

Comment réaliser une économie de plein-emploi ?

Lors de la publication de mon dernier texte sur les coopératives autogérées, plusieurs personnes m'ont écrit pour me dire que cet élément ne résolvait pas tout.
Je leur ai répondu que évidemment le modèle idéal de structure micro-économique dans la société socialiste ne résolvait pas forcément directement l'ensemble des problèmes macro-économiques. Comme on m'a en même temps demandé de ne pas négliger la question du chômage, je souhaite présentement proposer quelques pistes pour réaliser une économie de plein-emploi (exceptée le chômage frictionnel).

1. Mettre en place un cadre infrastructurel et environnemental de pointe en développant des services publics de qualité.
Le développement de l'offre des transports publics et leur gratuité, sont un exemple de ces plus-values collectives que la société doit mettre en place pour améliorer son cadre général.

2. Offrir aux individus une formation variée de haut niveau, afin que chaque individu soit apte à autodéterminer son avenir comme il le souhaite.
L'amélioration des conditions d'enseignement par la réduction du nombre d'élèves par classe représente un bon moyen d'améliorer le niveau de formation des individus.

3. Soutenir les secteurs économiques ayant une utilité locale et répondant à une offre de travail local.
En imposant les secteurs nuisibles (armements, publicité consumériste, trading en matières premières, etc.) et en subventionnant les secteurs utiles (soins aux personnes, énergies renouvelables, agriculture biologique, construction, etc.), ou simplement en baissant l'imposition des secteurs utiles, on peut réaliser ce type de transfert socialement bénéfique.

4. Créer de l'emploi en fonction de leur utilité locale tout en répondant à une offre de travail locale.
Cette proposition rejoint le point précédent, à la différence que la collectivité investit directement à travers l’État pour créer des emplois publics.

5. Investir localement dans les services publics.
Identique au premier point, à la différence que la logique diverge. Tout en gardant en tête le but recherché d'amélioration d'un service collectif à la population, on obtient comme résultat secondaire un soutien de l’État à l'offre locale générale par ses investissements rationnels.

6. L’État accroît le revenu des travailleurs du secteur public.
En augmentant le revenu des travailleurs, leur consommation croît, et la production par conséquent aussi. Et lorsque la production croît, le nombre d'emplois aussi.

7. L’État accroît le revenu des travailleurs du secteur privé.
En augmentant le revenu des travailleurs, leur consommation croît, et la production par conséquent aussi. Et lorsque la production croît, le nombre d'emplois aussi.

8. L’État redistribue les richesses des plus riches aux plus pauvres.
De cette façon la consommation croît, étant donné que les besoins des plus pauvres sont plus élevés que les besoins des plus riches (autrement dit les plus pauvres épargnent moins que les plus riches). Puis, la consommation entraîne la production qui engendre l'emploi.

8. Partager le temps de travail entre tous les travailleurs.
Les 35 heures l'ont prouvé (malgré leur application partielle, elles ont créé 500 000 emplois), le partage du temps de travail est un bon moyen de répartir le travail entre toutes et tous. En suivant ce raisonnement, on peut procéder à une réduction du temps de travail hebdomadaire, ou bien augmenter la durée des vacances et des congés.

9. Instaurer une allocation universelle pour les jeunes, et accroître les rentes AVS.
En augmentant les moyens des catégories de population les plus précaires, on leur permet de consommer davantage. Puis, la consommation entraîne la production, qui engendre l'emploi.

10. Développer la recherche et la technologie.
C'est une évidence, mais plus on dispose de technologies, plus on peut développer de nouveaux secteurs économiques et innover. Ce qui entraîne évidemment création d'emplois. 


11. Planifier l'ensemble des forces économiques.
Une solution osée certes, mais qui a le mérite d'assurer le plein-emploi, puisque la planification de la production se fait en fonction des besoins, et que les forces productives (travail et capital) sont ensuite réparties selon cette planification, sans que rien ni personne ne soit laissé sans participation.

A travers ces quelques points presque tous parfaitement keynésiens, on aura noté qu'effectivement il s'agit de règles générales, dont certaines demandent un développement davantage précis. Ce qui sera le propos d'une note future.

21:17 Publié dans Plein-emploi | Lien permanent | Commentaires (19) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

L'illusion de la moyennisation : une aliénation contemporaine

J'ai récemment mentionné l'illusion de la propriété privée des capitaux pour tous (illusion puisque démentie subermement par la réalité des faits statistiques).
Aujourd'hui, je souhaiterais aborder une autre illusion contemporaine qui m'est apparue lors d'un débat avec le libertaire Achille Karangwa : l'illusion de la moyennisation, ou plus exactement l'illusion d'appartenance à la classe moyenne.


De nos jours en Occident, la plupart des gens n'ont pas conscience d'appartenir en soi à une classe sociale, de par leur simple existence en tant que membre d'un mode de production, et par conséquent en tant que membre déterminé socialement et économiquement par ce mode de production. Mais si on leur demande quelle classe ils appartiennent, la grande majorité d'entre eux auront une tendance nette à se définir comme appartenant à la
classe moyenne.

Il semblerait en effet, selon cette vision, que notre époque ne connaisse plus qu'une vaste et unique classe moyenne, avec quelques riches et quelques pauvres saupoudrant le tout.

Cet aveuglement est typiquement une conséquence du bourrage de crâne libéral qui persifle à nos oreilles à travers l'hégémonie culturelle capitaliste.

Ainsi, nous (la grande majorité de la population, dans laquelle je m'inclus évidemment) tendons subjectivement à nous identifier à une classe qui n'est pas la nôtre.
Ce qui a comme conséquence une incapacité à développer une culture de classe, et surtout à développer une conscience de classe propre à nous permettre de nous organiser politiquement et idéologiquement de façon à défendre nos intérêts réels et objectifs, et non nos intérêts subjectifs (dictés par les théoriciens libéraux au nom de la servilité envers le capital). Ou pour le dire plus simplement, la confusion d'appartenance de classe engendre une confusion idéologique qui se traduit par une incapacité à défendre ses intérêts de classe...

Une seule solution : ré-orienter notre appartenance subjective de classe pour qu'elle corresponde à notre appartenance objective.

Afin d'établir un découpage objectif de la société en classes sociales, nous pouvons nous appuyer sur les critères du revenu (du travail et du capital), de la fortune (capitaux immobiliers et mobiliers), et du mode de vie (culture).
Une analyse plus fine prendrait aussi en compte (et l'exprimerait de manière évidente) les variations entre possession de capitaux culturels, sociaux, et symboliques, ce qui n'apparaît que sous forme de conséquence sinon.

Dans ma classification ci-dessous, j'introduis donc trois catégories : l'appartenance de classe objective, l'appartenance de classe subjective (actuelle), et les catégorisations marxistes.

On notera que j'inclus la classe moyenne dans les classes dominées, car je considère que la porosité entre les populaires et la classe moyenne est relativement élevée (au contraire, la mobilité sociale au-delà de la classe moyenne est très largement plus réduite).

En ce qui concerne l'appartenance de classe subjectivement vécue majoritairement aujourd'hui, j'ai trouvé que cette conception s'incarnait bien dans les catégories spontanées des mouvements populaires des Indigné-e-s. Ces derniers ont réduit en effet la société à, nous les 99% (les classes moyennes), versus eux les 1% (les trilliardaires), et tant pis pour les travailleurs et les pauvres. 

Classes subjectives versus classes objectives.png

 

01:40 Publié dans Classes sociales et moyennisation, Lutte des classes | Lien permanent | Commentaires (15) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

19/08/2012

La coopérative autogérée : le modèle du socialisme de demain

L'entreprise privée est l'entité basique du mode de production capitaliste.

Elle existe sous diverses formes, dont deux principales : premièrement, l'entrepreneur/patron (gestionnaire et propriétaire) et son salariat (cas des PME), et deuxièmement, le manager/patron (le gestionnaire), l'actionnariat (le propriétaire), et le salariat (cas des grandes entreprises).

La principale critique socialiste envers le mode de fonctionnement de pareille entité tourne autour du processus de domination du propriétaire et/ou gestionnaire de l'entreprise sur les travailleurs membres de son salariat, et de l'expropriation de la valeur du travail qui en découle.


A cette critique, certains socialistes répondent par l'entreprise étatique et la planification totale.
Si ce modèle étatiste et planificateur fait sens lors de phase de développement industriel (et pré-industriel), ou dans des cas d'économie de guerre ou de pénurie, il est moins évident qu'il soit la réponse socialiste la plus pertinente à notre époque et dans le contexte que nous connaissons (et compte tenu de notre état actuel de développement économique et technologique).

Ainsi, le socialisme que je prône préférera défendre un mode de production fondée sur la coopérative autogérée.
Concrètement, cela signifie que la collectivisation des moyens de production donne la propriété non à l’État socialiste, mais aux travailleurs eux-mêmes.
(Oublions la querelle philosophique entourant les PME, il est évident que la collectivisation concerne avant tout le grand capital et non les petites entreprises avec un petit salariat.)

La propriété des travailleurs sur leurs entreprises est la grande véritable révolution économique du socialisme, car elle change la structure de base de tous les rapports économiques entre les individus.

En effet, dans la coopérative autogérée (CA), tout rapport de domination économique est supprimé puisque le statut même de salarié est aboli (l'égalité de statut est instauré).
Chaque travailleur recevant une part égale des bénéfices (à ne pas confondre avec le revenu normal du travail) de la CA, il en résulte une plus forte incitation à s'investir et à s'impliquer dans le bon fonctionnement de l'entreprise et dans la réussite de ses activités. Cette incitation représente un gain probable de productivité élevé et constant pour toute l'activité économique de la société socialiste.
Les conséquences psychologiques de cette révolution sont par ailleurs sûrement aussi importants (bonus de motivation, gain en autonomie, responsabilisation, croissance de l'estime de soi, etc.)

Toutefois, il est évident que toute production au niveau technologique actuelle nécessite une division du travail (par exemple simplement entre travail manuel et intellectuel). Cette division du travail implique une différence de fonction dans la CA, sans induire du tout une inégalité de statut.
Ainsi, les fonctions de coordination, d'administration, et de gestion, de la CA sont toujours assurés par certains travailleurs. De cette façon, les améliorations en innovation (à différencier avec le progrès de la recherche et de la technologie, l'innovation représente la mise en place de nouvelles configurations d'organisation pour améliorer la production) peuvent se poursuivre.

Concernant les modalités pratiques de l'organisation interne des CA, l'autogestion peut être découpée en temporalité décisionnelle différente.

A long terme, c'est l'Assemblée Générale des travailleurs (coopérateurs) qui prend les décisions stratégiques sur l'avenir de la CA (comme les décisions touchant aux investissements ou à des choix de développement sectoriel). Pour cela elle peut utiliser la démocratie directe, éventuellement par unanimité.

A court terme, l'AG des travailleurs délègue, par mandat impératif, à quelque uns des siens la prise de décisions, en ce qui concerne la gestion, l'administration, et la coordination, des activités quotidiennes de la CA.

A moyen terme enfin, les délégués à la coordination appelle des AG extraordinaires pour traiter des prises de décision tactiques.

De cette façon, la coopérative autogérée représente-elle un véritable modèle de démocratie économique socialiste.

On notera toutefois, que une majorité de travailleurs pourraient fort bien décider de stigmatiser ou de dominer une autre minorité de la CA.
C'est pourquoi, l'État socialiste se doit-il de contrôler un minimum les CA pour éviter toute dérive (surtout en ce qui concerne les licenciements).

 

13:53 Publié dans Coopérative autogérée | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : coopérative, coopérative autogérée, ca, autogestion, travailleurs | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

18/08/2012

Le marxisme au XXIème siècle

A l'attention des marxologues : il s'agit ici de l'entame d'une réflexion, sans prétention d'aucune sorte d'exhaustivité.

***

Le marxisme est la grande philosophie politique (englobant tous les champs de l'activité humaine) qui a marqué ces deux derniers siècles.
Bien entendu, sa puissance continue de rayonner jusqu'à notre époque contemporaine, alors que les errements du capitalisme ont boosté les ventes du Capital, et que la gauche européenne cherche à se réinventer.

A travers ces quelques lignes, je souhaite simplement revenir sur quelques éléments de l'analyse marxiste (ou néo-marxiste), afin de tenter de les actualiser à ma façon.

A noter que je ne prétends nullement être marxiste (il est d'ailleurs très clair que je suis bien trop étatiste et modéré pour être qualifié comme tel), même si j'adhère à bon nombre de concepts marxistes.

***

Tout d'abord, que reste-il de nos jours de l'analyse en termes de classes sociales ?
La société west-européenne est-elle encore composée de classes ?

Selon moi, on peut affirmer que les classes sociales existent toujours bel et bien, mais qu'elles existent surtout objectivement, et bien moins subjectivement.

Ainsi, si la division du travail est un fait avéré (la classe en soi), son développement à notre époque a pris des proportions si immenses (ultra-spécialisation de chaque corps disciplinaire) que l'affaiblissement de la culture de classe (la classe pour soi) a réduit passablement la conscience de classe.
Cet argument économique est de plus renforcé par un argument culturel avec la montée de l'individualisme dans nos sociétés européennes.
Les membres d'une classe sociale ne sont donc plus forcément conscient de leur appartenance, même si l'existence de la classe est une réalité sociale et économique, sans qu'on puisse découper avec facilité et nominalement des classes clairement homogènes.

On notera que la presse et les sciences sociales (sauf les adeptes de l'individualisme méthodologiques) utilisent volontiers le concept de classe sociale.

C'est en réfléchissant à la lutte des classes qu'on comprend l'évolution de l'opposition entre classes sociales.
Ainsi, les classes les plus précaires aujourd'hui en Europe de l'ouest vivent très majoritairement dans une pauvreté relative, et rarement dans une pauvreté absolue.
De même, la frange de la classe moyenne supérieure vit certainement aussi bien que la grande bourgeoisie de l'époque de Marx.
Quant à la classe des plus aisés, on trouve dans ses membres une couche supérieure d'ultra-riches qui possèdent des fortunes si immenses qu'elles équivalent à l'addition de plusieurs populations entières de pays pauvres (les 3 personnes les plus riches au monde ont un revenu annuel équivalent à celui des 150 millions les plus pauvres).

L'inégalité du mode de production capitaliste est donc bien moins ressentie dans les pays européens, puisque la lutte des classes a pris un caractère mondialisé et que ce sont les plus pauvres qui sont les premiers à être exploités pour que les pauvres des pays où vivent les plus riches puissent vivre dans de meilleures conditions (bien évidemment ceci n'est pas du tout une fatalité, mais une conséquence logique de l'organisation capitaliste du travail).

Néanmoins, dans les faits, il y a bel et bien une classe dominante qui possède la majeure partie des capitaux (puisque 0,2% de la population mondiale possède 50% de l'ensemble des capitaux côtés en bourse), ce qui correspond à une terrifiante accumulation du capital dans quelques mains.
L'illusion est donc de croire que parce qu'il y a une foultitude de petits, moyens, et minuscules actionnaires, cela signifierait que nous sommes tous devenus des capitalistes, alors que dans les faits, le capital est majoritairement dans les mains des (grands) capitalistes qui se rient de cette illusion de propriété, travestie sous la forme de micro-dividendes.

Du moment qu'on a établi (par une simple constatation statistique) l'existence de la classe dominante, il coule de source qu'il y a par conséquent un certain nombre de classes dominées.

Mais comment démontrer le phénomène de domination des classes dominantes sur les classes dominées, autrement qu'en constatant l'accumulation du capital que ce mode de production et d'organisation induit ?

Premièrement, en observant que l'existence même du salariat est fondée sur un rapport de domination.
Le travailleur n'est jamais libre de choisir son travail, et ses condition de travail, mais il est contraint au travail par la nécessité de vivre (l’État providence assure certes généralement potentiellement de manière à peu près adéquate la survie physique, mais pas la survie psychologique qui comprend des dépenses liées à l'acceptation sociale et culturelle) à se vendre. La liberté contractuelle du travailleur est donc une liberté formelle, et non réelle.

Deuxièmement, le travailleur est dominé (et même aliéné) par l'expropriation de la valeur de sa force (manuelle ou intellectuelle) par le manager et le capitaliste (ou le patron/l'entrepreneur lorsqu'il s'agit d'une petite entreprise).
La rente managériale/patronale correspond au prélèvement effectué sur le dos du travailleur par le manager/patron.
Ce phénomène est encore plus clair avec la rente actionnariale (le prix de l'oisiveté), qui correspond très clairement à un prélèvement de la valeur du travail du travailleur.

Troisièmement, la domination des classes dominantes s'effectuent par le biais de la théorie du reflet de l'économique sur le politique : ainsi les rapports de force de la superstructure (lutte idéologique, politique) sont le reflet des rapports de force de l’infrastructure (la lutte économique).
Plus simplement, le pouvoir des classes dominantes se fait sentir à travers les organes défendant leurs intérêts (les partis de droite notamment), ces derniers disposant en effet des capitaux économiques, sociaux, culturels, et symboliques, des classes qu'ils défendent.
Cette domination des classes dominantes sur la superstructure correspond à la théorie gramscienne de l'hégémonie idéologique, que Marx traduit par son concept d'aliénation idéologique des masses.

Voilà en ce qui concerne les bases théoriques du processus de domination des classes dominées par les classes dominantes.

Un autre élément intéressant que l'on peut actualiser du marxisme, réside dans la concentration du capital.
Marx pensait que la concentration du capital était le résultat inéluctable du jeu de la concurrence entre capitalistes (les plus gros mangeant les plus petits, et la réduction des coûts de production par des économies d'échelle étant avantageuse).
Et aujourd'hui, on peut constater qu'effectivement les multinationales représente un stade très élevé et très prononcé de concentration du capital.
Cette concentration est même si importante que certaines multinationales gèrent des fortunes et des populations (salariées) plus importantes que plusieurs pays.

Enfin, un dernier point que j'aimerais abordé dans la présente note, consiste en la théorie du matérialisme historique selon laquelle l'antagonisme de classe, moteur de l'Histoire, devait amener logiquement l'avènement du socialisme, puis du communisme, stade suprême de l'évolution humaine.

Marx s'est-il trompé ?

Après tout, les classes dominantes, craignant leur renversement par une révolution socialiste, ont fini par lâcher du lest et ont permis la construction de l’État providence.

En réalité, l’État providence a eu une fonction importante pour les classes dominantes : mettre fin aux crises de suproduction.
Ainsi, en redistribuant quelque peu les richesses aux classes dominées alors en sous consommation, les classes dominantes s'assuraient des débouchés nombreux parmi les masses (c'est l'avènement de la société de consommation).

Mais à la longue, l’État providence a commencé à coûter fort cher, et les classes dominantes n'avaient pas très envie de payer davantage pour l'entretenir, et c'est pourquoi elles ont préféré que les Etats s'endettent, tout en essayant de diminuer la taille de l’État social (c'est l'invention du néo-libéralisme).

De nos jours, cette dette a explosé en crise de la dette, et les classes dominantes ont décidé de reprendre la main en formant des gouvernements d'union nationale (des pantins technocrates) ayant comme seul mot d'ordre : austérité.

Avec l'austérité, l’État providence commence à diminuer, et avec sa diminution croît la paupérisation.
Cette paupérisation recrée les anciennes consciences de classe, et de ces anciennes consciences de classe renaissent les esprits révolutionnaires.

Et les esprits révolutionnaires se remettent à penser à la prophétie de Marx.
Et la révolution socialiste reprend forme.

« Un spectre hante le monde. C'est le spectre du monde dans lequel nous voulons vivre, le spectre d'une société possible à laquelle nous voulons participer. »
Luis Sepulveda

« L'être humain n'est jamais libre lorsque son porte-monnaie est vide. »
Lech Walesa


« Surmonter la pauvreté n'est pas un acte de charité, c'est un acte de justice. »
Nelson Mandela

16:17 Publié dans Marxisme | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : marxisme, marx, socialisme, xxième siècle | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

15/08/2012

Mon adhésion au Parti Socialiste

Mon adhésion au Parti Socialiste

Aujourd'hui j'ai envoyé ma demande d'adhésion au Parti Socialiste suisse et genevois.

Si j'ai pris cette décision c'est parce que je considère que le PS est le parti le plus à même de mener les luttes nécessaires, en Suisse et à Genève, pour améliorer la vie de la grande majorité de la population.

Alors que les Verts s'affaiblissent idéologiquement et politiquement (en s'enfonçant dans le centrisme), il est plus que jamais essentiel de s'engager et de soutenir le mouvement socialiste et ses forces militantes.

Quant à l'extrême gauche, elle devrait faire un effort pour apparaître moins doctrinale et plus unie, elle en paraîtrait ainsi sûrement davantage efficace et davantage attractive.
Car sa désunion, incomprise du plus grand nombre, de même que ses hésitations à se lancer pleinement au parlementarisme et au réformisme, la desserve selon moi.

Au contraire le PS, bien que pas toujours aussi radical que je le souhaiterais, représente bien la force de gauche apte à faire l'équilibre entre volontarisme idéologique, et souplesse pragmatique politique.

Ainsi, je souhaite rejoindre le PS (dans lequel j'ai déjà un pied à travers mon activité militante au sein de la JS) afin d'avoir l'opportunité de m'engager davantage en son sein et de participer à de nouveaux combats dans la réalisation du socialisme démocratique, et dans la construction d'une société heureuse et égalitaire.

Still Undeterminate – Beauty and Goodness

Still Undeterminate – Beauty and Goodness

D'où vient notre désir de changer le monde ?

Grâce à la sociologie des émotions, j'ai appris à interpréter le phénomène de l'engagement, et par conséquent à comprendre comment et pourquoi je me suis retrouvé moi-même à écrire les lignes, que vous lisez en ce moment sur le blog créé pour cette occasion.
Récit.


A travers la myriade de souffrances humaines retransmises par nos médias omniscients, nous saisissons à un moment quelconque, à un moment rapide et indéterminé, une image, une représentation, qui tout à coup nous prend à la gorge, et nous fait ressentir une étrange sensation d'empathie.
Alors naît une forme étonnante de communion avec cette souffrance unique, et pourtant potentiellement universelle.
Et de ce contact empathique s'embrase une étincelle, une émotion subversive et subvertissante : l’indignation.

Cette indignation est comme une rage dévorante qui déchire votre esprit d'un éclair de colère et fait trembler les fondations de votre squelette corporel.

Ainsi, peut naître la possibilité d'autre chose.
D'une douleur unique, d'un cas précis, d'une souffrance intime mais rendue publique par la sapiens collective, s'élève alors le cri de l'humanité qui empathie.
Cette humanité est tout un potentiel de transformation, cette humanité émotionnelle c'est la beauté de l'acte de l'engagement.
L'esthétique de l'engagement naît donc de l'émotion empathique, et c'est l'émotion empathique qui engendre son enfant vigoureux : la révolution.

La révolution c'est la tentative, malaisée, ardue, et pavée de doutes, de faire cesser la souffrance d'autrui. La révolution correspond à la recherche du Bien, à l'avènement d'une humanité humaine.

Mais le Bien ne peut s'acquérir sans théoriser, et c'est là que l'espace se fendille en un trilliard de quadrilatères théorisants, c'est là que le continuum spatio-temporel se rompt pour s'ouvrir à l'infinité des possibilités dans lesquelles pourraient peut-être résider le Bien, ou quelque chose qui pourrait s'en approcher en tant soi peu.

Toutefois, malgré le nuage et les rouages de la théorie théorisante, il n'y a rien dans son essence dynamique que l'émotion, pure et éclatante, d'une humaine humanité.

Cette émotion doit être préservée, couvée, entretenue, et éveillée toujours, car c'est d'elle que naît le champs des possibles, c'est d'elle que les murs du conformisme dominant pourront être transcendés, et c'est d'elle que l'utopie prend son sens concret.

J'ai envie de dire aujourd'hui que nous oublions trop souvent cette émotion, surtout lorsque comme moi vous cherchez à travers les manuscrits et les papyrus des réponses à la recherche du Bien.

Mais cet oubli n'est peut-être pas une fatalité.
J'entrevois en effet une chance pour nous de ne pas nous enfermer dans notre seule action matérielle : c'est la recherche de l'esthétique, c'est la recherche du Beau.
Car lorsque le Bien et le Beau s'unissent pour ne former qu'une seule et même entité idéale, alors l'utopie se transcende et devient plus qu'une idéologie : un rêve collectif.

*

L'engagement naît de l'émotion, de l'empathie.
L'empathie survient par les sens.
Les sens réagissent à la souffrance.

Ainsi s'exprime notre humanité.
L'engagement matérialise notre humanité, il la concrétise et la sublime.
C'est l'esthétique de l'engagement.

*

Rechercher le Beau c'est rechercher le Bien.
Rechercher le Bien c'est rechercher le Beau.

06:56 Publié dans Esthétique de l'engagement | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : beau, bien, esthétique, engagement, émotion, empathie | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg