09/05/2012

Comment je suis devenu socialiste

Comment je suis devenu socialiste


Cela peut surprendre, mais je n'ai pas toujours été socialiste.
Auparavant, j'ai même été carrément centriste !

Voici le récit de ma conversion.



15 ans

Je me découvre un intérêt pour la politique et l'actualité.
Pour assouvir cette soif naissante, je me tourne vers le seul journal qui me semblait accessible, le 20 Minutes.
A l'époque, je suis encore incapable de me positionner à gauche ou à droite, mais je me sens d'ores et déjà farouchement anti-UDC.

16 ans et 17 ans

Deux années de petits réflexions, et de premières lectures politiques.
Deux années de tâtonnements à se chercher politiquement.
Je découvre avec plaisir la Tribune de Genève et le Courrier.

18 ans

Les lectures de Susan George et Jean Ziegler me gagnent à la cause altermondialiste.
L'impérialisme occidental et le néo-colonialisme des multinationales sont la cause de tous les maux sur cette Terre.
Pour sauver les pays pauvres, il faut convaincre mes camarades du collège, et c'est pourquoi je fonde la Gauche des collèges de Genève, structure militante qui rédige et distribue des manifestes à l'attention des collégiens (et des professeurs).

Puis la Gauche des collèges mute en devenant Gauche du post-obligatoire genevois lors de notre extension à l'ECG.
Et moi je mute en devenant objecteur de croissance, car la lecture de Paul Ariès, de Serge Latouche, de André Gorz, et de Nicolas Ridoux, m'a convaincu de la nécessité d'une décroissance pour sauver la planète et ses habitants.

Enfin, pour conclure cette année pleine de changements, je suis recruté par une certaine Olga Baranova, à l'époque secrétaire de la Jeunesse Socialiste Genevoise.
Certes, j'aimais bien être indépendant, mais j'aime encore mieux avoir les moyens d'être davantage efficace dans mon engagement, ce que la JSG m'offre.

19 ans

Découverte de l'opposition entre social-libéraux (dits social-démocrates) et d'autres courants (socialisme, marxisme, communisme, libertaire) au sein de la JS.
Je me situe alors clairement en faveur du courant social-libéral, car je suis favorable au capitalisme même si je souhaite le voir encadré par l’État.

Je me mets à lire le Courrier International, le Temps, Gauchebdo, et La Décroissance, et je rejoins le Réseau Objecteur de Croissance.

Durant l'année, je deviens secrétaire de la JSG.

20 ans - été

C'est la crise.
Les gouvernement social-libéraux (dits social-démocrates) du sud de l'Europe se livrent à une politique néo-libérale d'austérité, seule solution selon eux pour sauver l'économie capitaliste.

Pour moi, c'est tout mon modèle politique qui s'effondre.
L'échec de ces gouvernements social-libéraux représentent l'échec du social-libéralisme.
Toutes mes convictions sont à terre, c'est un violent choc idéologique.

Je rejoins alors le mouvement des Indigné-e-s, réponse mondiale des peuples à l'austérité.
Car si le capitalisme social-libéral a échoué, alors il faut trouver une autre voie.
C'est pourquoi je crée ce blog sur le site de la Tribune de Genève.

Une autre voie doit être possible, et il faut bien essayer de la définir le mieux possible.
Assez vite, je comprends que la solution à la crise, c'est le socialisme !

Je suis donc le produit idéologique de la crise contemporaine du capitalisme.
Ainsi le capitalisme produit-il son antithèse.
Et ainsi cette antithèse finira-elle par le reléguer aux oubliettes de l'Histoire.

20 ans – jusqu'à aujourd'hui

La plupart de mes recherches, de mes interrogations, et de mes propositions de cette récente période sont visibles sur mon blog.

J'ai été fortement influencé par la lecture de Marx, mais aussi par mon entrée à l'université de Genève en science politique, où j'ai découvert des penseurs comme Gramsci ou Bourdieu auxquels je me réfère régulièrement.

En outre, je me suis mis à la lecture du Monde Diplomatique.

Durant cette année, je me suis aussi présenté aux élections fédérales avec un score glorieux de 0,5%, puis j'ai été élu à la co-présidence de la JSG.

Et l'Histoire poursuit sa course, amenant un social-libéral au pouvoir en France, et des socialistes aux portes du pouvoir en Grèce.

Et à présent me voilà à l'approche de mon anniversaire.
Socialiste.

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20:41 Publié dans Qui suis-je? | Lien permanent | Commentaires (24) | Tags : socialisme, parcours politique, politique | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Une belle illustration en effet des conditions de production d'un socialiste radical... ;-) Les germes idiosyncrasiques, dès le départ, par un rejet viscéral de la droite dure, et par là-même, de la droite en générale. Une radicalisation des positions lors de la crise du capitalisme qui voit l'effondrement de la gauche libérale... Etant plus âgé, c'est la bataille des référendums sur le Traité constitutionnel européen, et son rejet par la France et les Pays-bas, qui a marqué en moi une profonde incompréhension (tous les partis étaient pour sauf la gauche radicale et l'extrême droite, ainsi que des intellectuels) et le début d'une prise de conscience sur les vices libéraux d'une constitution avalisant la soumission de toutes les nations à une entité supérieure décidant pour tous d'un seul et unique modèle économique (et social) : le libéralisme... L'entourloupe ! Je me considérais comme anarchiste individualiste, avant 20 ans. Les artistes avaient (et ont toujours) ma prédilection en tant que "position sociale" souveraine, autonome, créative et insubordonnée à tout. Je chérissais Baudelaire, Rimbaud, Thoreau, Artaud, Nietzsche, les surréalistes. Depuis l'affaire du Traité, je me savais politiquement à gauche de la gauche. Mais mon tempérament libertaire et individualiste a toujours primé sur tout engagement politique. Aussi, me suis-je orienté très vite vers les philosophes, les penseurs, les écrivains, les poètes, plutôt que du côté de la politique politicienne. Je poursuis d'ailleurs mes recherches dans le sens de la frange anarchiste du socialisme, anti-autoritaire. J'ajoute à ce propos que, plutôt que d'attendre le "grand soir" socialiste, le vrai plaisir d'une pensée c'est de la pratiquer tous les jours autour de soi ! Etre ceci ou cela, peu importe l'étiquette que l'on se donne, c'est de pratiquer la tolérance, la générosité, l'altruisme, le refus des comportements égotistes, le don, l'amitié, une certaine idée du contrat social : la politesse, la considération, l'ouverture, la disponibilité personnelle... Et si tous les socialistes pratiquaient autour d'eux le socialisme, à la mesure de leur individualité, je pense même que les politiciens ne serviraient plus à grand-chose... ;-) Ce dont l'homme a plus besoin c'est d'humanité réelle. La politique de l'amitié. L'exigence d'une humanité concrète de gauche est à appliquer à tout instant de sa vie quotidienne; nul besoin d'un engagement politique nettement circonscrit à la caste publique représentative. En outre, je crois davantage aux révolutions qu'aux votations. Le printemps arabe en est une formidable illustration. La révolution s'impose par nécessité vitale; elle n'est pas décidée philosophiquement ni politiquement. Elle se déclare, c'est tout. C'est le peuple lui-même qui réagit, sans se soucier des doctrines libérales ou socialistes des politiques en place. Seulement, il est toujours dans son intérêt d'opter pour les issues vers lesquelles il a plus de chances de voir son mécontentement se métamorphoser en projets concrets. En l'occurrence, le socialisme... Il y a donc des "moments" révolutionnaires, en dehors de quoi, la politique se réduit à des affrontements stériles gauche/droite de très peu d'apports dans la vie concrète des gens.

Écrit par : Cedric | 09/05/2012

Socialiste... Mais bon, blouson de cuir, lunettes Ray-Ban (apanage du grand satan US)... t'as raison, Adrien, faut cultiver ton look. Dans quelques années (ou seront-ce des mois), la cravate, le genre banquier pénétré... Tu deviendras sans doute un krypto-socialo-repenti... MDR

Écrit par : Déblogueur | 09/05/2012

Lol !... C'est sûr, Adrien, va falloir t'accrocher... ;-)

Écrit par : Cedric | 09/05/2012

Le Monde diplomatique, bon journal. Je le lis aussi. ;-) Il y a Mediapart également, très critique, abordant les problèmes de fonds; beaucoup d'interview de penseurs, économistes, philosophes, cinéastes, intellectuels en lien avec l'actualité française, européenne et mondiale. Du journalisme d'investigation, très au fait de la question économique et à l'écoute de toutes les révolutions en marche sur le globe. Axé également sur les enquêtes judiciaires, corruptions des politiques, scandales financiers. La revue Moyen-Orient, pour suivre, trimestriellement, la révolution arabe dans tous les pays concernés. Très complète. Bonnes lectures...

Écrit par : Cedric | 10/05/2012

@Cédric : en vous lisant, je ne peux qu'approuver le fond du propos.
"
Ce dont l'homme a plus besoin c'est d'humanité réelle. La politique de l'amitié. L'exigence d'une humanité concrète de gauche est à appliquer à tout instant de sa vie quotidienne; nul besoin d'un engagement politique nettement circonscrit à la caste publique représentative."

Il y a quelque temps déjà, j'ai été frappée par l'un de vos commentaires, dans lequel vous disiez avec beaucoup de clarté que le choix de la sensibilité plutôt de gauche ou de droite se fait davantage par le tempérament que par un choix raisonné.

Comme Adrien peut encore se souvenir avec précision des étapes de son parcours politique, j'ai trouvé le leitmotiv des lectures journalistiques très judicieux. Ca parle à tout le monde, on voit bien les jalons.
Comme quoi, la lecture du "20 Minutes" peut amener loin ...

Écrit par : Calendula | 10/05/2012

Quand je pense qu'ils en avaient tous peurs ! L'arrivée des gratuits a été vécue par la presse traditionnelle comme une menace sérieuse, et un laminage du journalisme par le bas... En fait, ça a peut-être démocratisé plus encore l'information... Partant des gratuits, il se peut que beaucoup de jeunes finissent par acheter des quotidiens ou des mensuels plus complets... Les ouvrent à la réflexion sur le monde. Pas si mal... ;-)

Écrit par : Cedric | 10/05/2012

Déblogueur, savez-vous que bon nombre de jeunes de gauche restent ensuite à gauche toute leur vie ?
Et oui, c'est la grande majorité des cas !

Écrit par : Adrien Faure | 10/05/2012

Cédric

"J'ajoute à ce propos que, plutôt que d'attendre le "grand soir" socialiste, le vrai plaisir d'une pensée c'est de la pratiquer tous les jours autour de soi ! Etre ceci ou cela, peu importe l'étiquette que l'on se donne, c'est de pratiquer la tolérance, la générosité, l'altruisme, le refus des comportements égotistes, le don, l'amitié, une certaine idée du contrat social : la politesse, la considération, l'ouverture, la disponibilité personnelle... "

Comme c'est bien dit! :)
Oui effectivement il ne faut pas se contenter de théoriser des idées, mais il faut les vivre!

Ton parcours a l'air intéressant, quoique particulier ;)
A quand l'ouverture d'un blog pour qu'on en sache davantage sur tes idées ?

"En outre, je crois davantage aux révolutions qu'aux votations. Le printemps arabe en est une formidable illustration. La révolution s'impose par nécessité vitale; elle n'est pas décidée philosophiquement ni politiquement. "

Le caractère idéologico-politique du futur nouveau régime organisationnel dépend donc de la pensée dominante du mouvement révolutionnaire.

Écrit par : Adrien Faure | 10/05/2012

Mais qu'est-ce qu'il con, ( mais alors vraiment ! ) le "Déblogueur" .. Oh! là là!

Écrit par : Amiel | 10/05/2012

Les intellectuels sont là pour préparer le terrain de la révolution; mais elle ne se fera que sur des nécessités concrètes et vitales (pour le peuple) qui n'obéissent pas aux injonctions idéologiques. Toutes les révoltions sont d'abord vitalistes, puis récupérées ou détournées par la politique et les idéologies. C'est ce que Deleuze disait dans son "devenir-révolutionnaire". La révolution se fait toute seule, en réaction à une oppression devenue trop violente. Elle est dynamique et vitaliste, spontanée. Elle échappe à tout, même à l'Histoire. Seulement, elle est récupérée, pour le meilleur ou pour le pire...

En fait, j'ai plutôt le projet d'écrire. Mais je suis tellement boulimique de lectures que je passe beaucoup plus de temps à lire qu'à écrire !... Un tropisme capitaliste dont je ne m'honore pas... ;-) On oublie qu'il y a un réel profit à écrire et penser sans ambition d'aucune sorte. Et que la plus épanouissante des relations d'échange se fait entre deux amis plutôt qu'avec une foule d'anonymes... mais je n'exclus rien. Pour l'heure, j'accumule des fragments libres, à la manière de Niezsche, Adorno, les carnets de Camus, le journal de Thoreau, qui permet l'usage libre du poème au texte philosophique... Idéalement, tout citoyen devrait avoir son propre chantier à lui ! Mais là, pour le coup, c'est une utopie utopique... ;-)

Écrit par : Cedric | 10/05/2012

Après réflexion, il me vient une idée pour sauver l'idéal du "nouvel homme". Si un nouvel homme doit advenir, à mon avis, ce sera celui rêvé par le Siècle des Lumières et des encyclopédistes. "L'homme total". A la fois penseur, poète, artiste, théoricien, savant, musicien etc. Déjà partiellement incarné par des figures comme Goethe, Adorno, Nietzsche, Rousseau, Voltaire, Diderot, Thoreau, Schopenhauer, Elisée Reclus, Jean-Marie Guyau, Auguste Blanquis... etc.

Écrit par : Cedric | 10/05/2012

"Déjà partiellement incarné par des figures comme Goethe, Adorno, Nietzsche, Rousseau, Voltaire, Diderot, Thoreau, Schopenhauer, Elisée Reclus, Jean-Marie Guyau, Auguste Blanquis... etc."

Et bien nous y voilà! Une bonne et belle liste d'idoles! Ou d'idoles "partielles". Fallait le dire plus tôt. Un sacré mélange avec au moins trois réactionnaires notoires. Et Blanqui c'est sans "s".

Écrit par : Johann | 10/05/2012

Et "homme total" ça a de très forts relents d'übermensch.

Écrit par : Johann | 10/05/2012

Oui, ce sont tous des nazis. On s'en est aperçu...

Écrit par : Cedric | 11/05/2012

En fait Julien, ce que je crains le plus pour votre avenir, avec vos petites catégories et toutes vos étiquettes (qui sont une grande spécialité du marxisme à la Suisse, on s'en moquait déjà en France dans les années septante...) c'est de finir dans la peau de Johann. Et là vrament ça craint.

Écrit par : Rantanplan | 11/05/2012

Que des lectures de gauche, voire d'extrême gauche, très surprenant que vous soyez devenu socialiste, en effet. J'ai suivi plus ou moins le même parcours que vous, sauf que j'ai étudié Science Po à Lausanne. L'enseignement, là-bas, était axé sur l'esprit critique. Oui, l'esprit critique de tout ce qui ne venait pas des sources et penseurs que vous avez cité. Il m'a fallu du temps pour m'en rendre compte, mais quand la vie, je veux dire la vraie vie, sonnera à votre porte, nul doute que vous relativiserez un peu votre idéalisme, sans pour autant renoncer à avoir une sensibilité de gauche.

Moi aussi, j'ai 'bouffé' du Bourdieu, du Susan George, de l'altermondialisme, du déterminisme social, de la vision idéelle et réelle, de superstructure et infrastructure et autres. Un jour, je l'espère pour vous, vous vous rendrez compte, comme moi, que certes la marche du monde est injuste, certes bien des choses ne devraient pas exister, mais à la fin, mieux vaut cultiver son jardin. Et ne me servez pas de l'individualisme capitaliste et d'éthique protestante, j'ai déjà donné. Je respecte votre engagement, mais avec le recul de l'âge, on se rend parfois compte que tout ce fatras idéologique, ces utopies, ces espoirs sont anéantis par la seule chose que les idées ne peuvent contrôler : la nature humaine.

Vouloir contredire la nature humaine, c'est enlever la liberté à l'Homme d'être ce qu'il est (malheureusement) : un animal parfois social et sociable, mais souvent guerrier, revanchard, avide de pouvoir et terriblement cruel. Sans vouloir paraphraser des gens nettement plus talentueux que moi, nous sommes condamnés à nous auto-détruire, d'une manière ou d'une autre. Plutôt que Don Quichotte, je préfère donc nettement l'image de Voltaire et mener ma vie en essayant de faire le bien autour de moi.

Écrit par : Courant alternatif | 11/05/2012

Rantanplan, je ne m'appelle Julien désolé.
La classification n'est qu'un idal-type, une caricature de la réalité, certes.
Néanmoins, cela permet de se représenter le monde de façon structurée, et c'est un plus pour l'analyser.
Par ailleurs, je ne me considère pas comme marxiste.
Allez, ne vous inquiétez pas pour mon avenir ;)

Écrit par : Adrien Faure | 11/05/2012

Courant alternatif, comment pouvez-vous avoir pareille vision déterministe, statique, et déterminante de la nature humaine ???
Surtout après pareilles études...

Écrit par : Adrien Faure | 11/05/2012

Cédric, quelles différences vois-tu entre le socialisme libertaire et celui que je développe sur ce blog ?

Écrit par : Adrien Faure | 11/05/2012

La société sans classes est une position radicalement communiste. Le fait d’y défendre la liberté individuelle et la démocratie, de refuser tout recours à la violence et/ou à la dictature dans la conquête du pouvoir et dans son exercice, rejet de l’autoritarisme marxiste, inscrit de facto cette théorie dans le cadre libertaire. Pour le reste, le fédéralisme et sa décentralisation, les coopératives, le collectivisme (qui possède lui aussi des variantes libertaires et/ou communistes), le mutualisme, l’anarcho-syndicalisme, les planifications écologiques, économiques, tout cela se retrouve dans le socialisme libertaire. Mais le primat de départ de la société sans classes, encre à mon avis ton système dans la catégorie du communisme libertaire. Tout à fait défendable également, dans le sens où il fait son deuil du césarisme socialiste...

Écrit par : Cedric | 11/05/2012

Je découvre même à l'instant sous la plume de Michel Onfray que le communisme libertaire a été réalisé avec succès en Espagne, de 1936 à 1939 ! Il se réfère à un très gros livre de Gaston Leval, l'Espagne libertaire 1936-1939. A lire donc de toute urgence... ! Je cite Onfray :

"En regarde de l'Histoire, la Commune de Paris semble un évènement mineur. Pourtant, cette dernière a généré une quantité incroyable de travaux, alors que rien n'existe sur la Révolution espagnole qui, elle, a réalisé le communisme libertaire.
Qu'est-ce que le communisme libertaire ? 1 : L'organisation d'une société sans classes; 2 : le fonctionnement de cette société sur la base du fédéralisme, et de la libre et nécessaire association. Gaston Leval précise en effet que les deux tiers des terres ont été cultivées sans patrons, sans propriétaires, sans administrateurs, sans se soucier d'argent, sans objectif de concurrence, sans cadres, sans chefs. Dans l'industrie, les usines, les fabriques, les ateliers, les services publics, et sans l'Etat, sans les capitalistes, les ouvriers, via leurs syndicats et les comités d'entreprise, ont assuré la production et l'ont même améliorée.
L'égalité est réalisée. Chacun a reçu en fonction de ses besoins. Dans nombre de régions, les collectivités agraires et les entreprises industrielles ont fonctionné sur le principe des associations libres, des coopératives, des mutualisations. Les rendements ont été augmentés, des nouvelles richesses créées. La démocratie directe a fonctionné, elle a évité la représentation, le mandat et la délégation : les gens concernés ont eux-mêmes décidé de leur avenir. L'entraide (de Kropotkine) a remplacé la lutte (de Darwin), la solidarité (anarchiste) a pris la place de la rivalité (capitaliste). Les théories libertaires fonctionnent donc quand on les met en oeuvre concrètement, elles n'ont pas besoin de se nourrir de sang des bourgeois, elle vit d'une positivité qui, seule, mérite intérêt. L'Espagne réalise l'ordre libertaire.
Gaston Leval cite Elisée Reclus pour montrer combien cette anarchie concrète, réalisée dans l'histoire, mérite qu'on s'en soucie et qu'on prenne modèle sur elle." (Michel Onfray, L'Ordre libertaire, p. 511-512.)

"L'anarchie est la plus haute conception de l'ordre." (Elisée Reclus)

Écrit par : Cedric | 11/05/2012

Très intéressant!
Merci Cédric : )

Écrit par : Adrien Faure | 11/05/2012

@ Cédric,

Je constate là encore que nous avons des points communs: mettre en pratique, rester libre de toutes ses forces, placer l'humain et l'humanité de l'humain réellement au centre de ma vie, etc.

Par contre quelques différences - et avec Adrien Aussi: je mets en cause bien plus les humains qui gèrent le système que le système lui-même. La force du libéralisme est de pouvoir prendre de nombreuses formes adaptées aux besoins. Il peut même laisser se développer les idées qui le combattent. Le libéralisme laisse ouvertes de nombreuses portes. Et je ne crois pas que ce soient les multinationales qui sont la cause des malheurs du monde. Ce sont les humains quand ils utilisent le système de manière inappropriée au bien commun, quand l'équilibre entre la dynamique individuelle et collective bascule trop d'un côté (le même risque de l'autre côté avec l'étatisme socialiste, à mon avis).

Je ne suis pas d'accord non plus que la gauche soit perçue ou revendiquée comme seule porteuse de valeurs comme la solidarité. Elle donne à l'Etat la responsabilité de cette solidarité alors que la droite la donne à la famille ou à des entités privées. On voit de la droite le cliché du baroudeur égoïste qui fait la cata sur son passage, et la gauche comme celle qui vient mettre des pansements. Pas d'accord avec ce manichéisme.

Problème: la solidarité par la famille est sérieusement atteinte par la perte d'influence de la famille. Cette perte d'influence a beaucoup de causes. La gauche y participe à sa manière en voulant remplacer les parents dans l'éducation, comme par exemple donner le pass pilule aux adolescentes de 15 ans. Je comprends qu'il y a là un pragmatisme, j'en avais d'ailleurs fait un billet, mais quel déficit de relation familiale cela montre. La gauche ne fait rien pour renforcer la famille, au contraire elle pousse l'individualisme au maximum dans le couple sous l'effet d'un féminisme de revanche. Il faut dire que pour la gauche, la famille fait penser à la vieille droite pétainiste.

Quelle erreur!

Que l'on vive avec plus de liberté dans le groupe familial oui, mais qu'on le démantèle donne toujours plus de place à l'Etat. La gauche me semble vouloir diminuer les autorités naturelles (famille en particulier) et la droite veut parfois trop d'autorité formelle.

Ce n'est pas l'autorité qui dérange, c'est le formalisme.

Cédric, j'ai aussi pris le train de l'anti-autoritarisme et de la non-domination, en les mettant en pratique dans ma vie. Mais je reconnais aujourd'hui que je me suis aussi, à certaines reprises et dans certains domaines, empêché d'avoir une autorité vraie, sage et non abusive, à cause de théories auxquelles je donnais foi mais qui ne me le rendaient pas.

En fait je vais plus loin: un partie de la théorie anti-autoritaire me servait d'alibi pour ne pas m'assumer pleinement, pour éviter parfois de prendre ma place avec assurance. C'était pratique: la théorie cachait mes incertitudes et mon manque d'assurance à prendre pleinement ma place. Raaahhhh.... Depuis que j'ai réalisé cela, je ne peux pas être pro-féministe, altermondialiste, étatiste. L'ennui est que j'ai de la peine à m'identifier à la droite. Peut-être parce qu'elle n'est pas assez théorisée et trop souvent présentée comme la défense d'intérêts égoïstes. Alors qu'il y a une vraie philosophie sociale et économique à droite, comme à gauche.

Écrit par : hommelibre | 11/05/2012

Il y a des formules libertaires où l'Etat n'existe plus; comme c'était le cas dans la révolution espagnole. Les mutuelles, les associations libres ou nécessaires, les coopératives, fédéralisées, tout cela a permis à tout un monde agraire et industriel de faire des bénéfices et d'en rétribuer les travailleurs à hauteur des besoins. Il y a chez Proudhon un Etat anarchiste au service du peuple et qui oeuvre à la cause socialiste. Avec l'Etat, sans l'Etat, il est possible d'organiser une société libertaire au service des intérêts de tous.

Le libéralisme est un mode de gestion économique qui concentre toutes les richesses au même endroit. La dérégulation, l'innovation financière n'a qu'un but : permettre de faire de l'argent le plus rapidement possible. Contourner les lois. Le trading s'effectue aujourd'hui à la milliseconde par des ordinateurs surpuissants. Qui, d'ailleurs, finissent parfois par buger... ;-) et provoquer des minicrachs éclairs de plusieurs milliards de pertes... Avec ce système de fou, la dette des états membres rapporte beaucoup d'argent. L'effondrement est donc rentable pour les marchés financiers par le biais de la spéculation sur la dette souveraine. Sans parler de celle sur les produits élémentaires et qui provoque des famines dans le tiers-monde. Pas joli, joli... En outre, le PIB n'a jamais cessé d'augmenter chaque année, sans interruption, et l'argent n'a jamais cessé en même temps de disparaître de l'économie réelle... Ou est-elle passée, cette masse de milliards annuels produites par le travail ? Il faut le demander aux actionnaires dont les impôts ont été largement baissés - comme aux banques - et dont les revenus et les capitaux sont... gigantesques... Car même si les heures de travail ont baissé; la productivité a augmenté en conséquence. On travail moins, mais on produit plus ! Voilà aussi l'origine de la casse psychologique et physique des travailleurs. Tout ce système-là dépend du libéralisme, qui est un auxiliaire puissant du capitalisme financier et productiviste.

L'important pour la gauche c'est de défendre la solidarité. Tant mieux si cette valeur est défendue à droite également. Il va de soi que la droite place les intérêts économiques avant les intérêts humains (austérité, appauvrissement de l'Etat, etc.); à gauche, c'est le contraire. Et ce d'autant plus que les structures qui sont à la base du capitalisme et de la finance actionnariale, sont des créations humaines. Cette crise n'est pas naturelle, elle est artificielle. N'oubliez pas que c'est le système bancaire qui est responsable de la crise économique en raison d'actifs pourris issus des dérégulations massives et de la création de produits dérivés extrêmement risqués par le système financier. Les états ont sauvé leurs banques sur l'argent public; ce qui lança la crise de la dette. A aucun moment les responsables n'ont payé la note, alors que, quelques mois après, les bénéfices étaient à nouveau dispendieux ! La crise de la dette est uniquement politique, mais pas réelle pour un sous. Les peuples n'ont pas à payer pour les erreurs des spécialistes cupides du système bancaire et financier, UBS et Goldman Sachs en tête... Donc, l'invention des hommes (la Bourse, l'économie libérale) n'a pas à prendre le pas sur leur liberté. Si elle les aliène, il faut la détruire. A-t-on vu plus grotesque situation qu'un système créé par l'homme qui se retourne contre lui et dont on dit : on ne peut rien faire contre notre création ! Nous devons obéir à ses obligations... Ridicule. Il faut changer la ruche.

Quand il s'agissait de parler d'autoritarisme marxiste, il s'agissait de la dictature du prolétariat, et de la violence comme nécessité révolutionnaire. L'autoritarisme socialiste, c'est la violence armée. Rien à voir avec l'autorité personnelle. Il faut défendre une autorité libertaire : celle du savoir. Celui qui sait est détenteur d'une autorité par le simple fait qu'il sait ce que d'autres ne savent pas. Exemple : le professeur à ses élèves; les parents à leurs enfants. Le chef d'entreprise à ses employés. Le juge à l'égard du citoyen. Pas besoin d'aller plus loin... L'autorité est conférée par le savoir et la connaissance, naturellement. Donc, je vous rejoins : le formalisme est hypocrite.

En tout cas, c'est une erreur de penser que la liberté individuelle est l'occasion d'une perte de souveraineté personnelle ! Autrement dit : sans éthique, ni probité, ni dignité. Ce sont les petits libéraux, consuméristes, qui agissent comme si le monde entier (et les autres) n'étaient que des moyens en vue d'une fin : leur pur plaisir. Non, la morale est aussi de gauche et elle se traduit par une éthique de gauche : solidarité, générosité, considération humaine, respect de l'autre, hospitalité, partage.

On ne pourra jamais faire l'économie d'une éducation ! A droite comme à gauche... Donc, je pense que tout ce qu'il vous faudrait pour vous retrouver en harmonie entre votre vie et votre pensée, c'est de creuser dans la logique de gauche, sous-tendue par cette liberté éthique du contrat social. A mon avis, une vision binaire ou manichéenne, véhiculée par la mollesse politique, vous enferme dans des catégories soit dépassées, soit trop clivantes. Je suis convaincu que toute valeur éthique peut obtenir une définition de gauche et de droite.

Écrit par : Cedric | 12/05/2012

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