07/05/2012

Débat autour du socialisme avec John Goetelen

Débat autour du socialisme avec John Goetelen

En réponse à mon article sur les PME et le socialisme, John Goetelen, alias Homme Libre, a publié une réaction en deux parties.

Voici la première, à laquelle je réponds à travers le présent écrit :


http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2012/05/05/socialis...

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«
Je crois à l’individu, à sa créativité, et à la liberté d’agir et d’entreprendre. »

Je crois à l'individu, et c'est justement pour le préserver de toute exploitation et de toute aliénation de type économique que j'adhère au socialisme.
En organisant collectivement la production, et non égoïstement, on préserve l'individu de toute production qui va à l'encontre de ses intérêts, puisque toute production allant à l'encontre la société ou de son cadre (l'environnement, l'écologie) va au final à l'encontre des intérêts réels de l'individu.

La créativité des individus est aujourd'hui borné par les limites du marché, nécessité d'une rentabilité et de faire du profit.
Grâce à la création collective, on pourra distribuer richesses, ressources, et fruits de la production, de manière à assurer les moyens à chacun de développer sa créativité, y compris hors des limites castratrices du marché et de ses lois limitatives.
Le socialisme est donc un vecteur de créativité et de progrès.

Quant à ce qu'on appelle la liberté d'entreprendre, elle existera dans le socialisme toujours, mais à travers la propriété commune (ou collective) des moyens de production, et elle sera donc filtrée par l'intérêt de tous (donc par l'intérêt réel de l'individu).

«
Pas d’accord. Si le pouvoir économique est entre les mains d’une minorité, le droit de vote fait qu’il est possible d’édicter des lois qui limitent ce pouvoir. »


Selon la théorie du reflet de Marx, la superstructure (le rapport de force politique et idéologique) n'est que le reflet de l'infrastructure (le rapport de force socio-économique).
Gramsci a montré que le capitalisme et les intérêts d'une minorité se maintenaient en place par le maintien d'une hégémonie culturelle, morale, idéologique, et intellectuelle.
La pensée des classes dominantes dominent donc malgré la démocratie représentative, et le rapport de force politique n'est que la conséquence de cette aliénation idéologique et politique généralisée dans la société capitaliste.
Bourdieu ajoute lui que l'individu est forcé à intérioriser sa position de classe et son statut social, et à accepter l'ordre établi par la société (capitaliste).
Et puis très concrètement, on constate bien à chaque votation ou élection en Suisse que les moyens financiers des forces politiques sont très différents entre droite et gauche, entre intérêts de la minorité disposant du pouvoir économique, et la majorité dépossédée.
Bref, sans démocratie économique, pas de démocratie réelle !

« [Le contrat] c’est l’opposé de l’esclavage, c’est la reconnaissance des droits des deux parties. »

Entre le propriétaire du capital et celui qui ne possède que sa force de travail (manuelle, intellectuelle), il ne peut y a voir d'égalité contractuelle.
Celui qui ne possède rien doit se vendre ou accepter de vivre mal (en tout cas en Occident où les restes de l'Etat-social protège encore un peu un certain droit à la survie). Il n'a donc pas le choix de se vendre.
Le contrat, c'est donc l'illusion de la liberté.
Le contrat c'est la liberté du plus fort d'exploiter le plus faible.

«
Le salariat n’est pas un esclavage et il est simplement abusif de lui superposer la traite des esclaves. »

Selon la théorie de Marx de la plus-value, le propriétaire des moyens de production (aujourd'hui l'actionnaire ou le patron) exproprie une part de la valeur du travail des travailleurs (des salariés) afin de s'offrir une rente (le revenu du capital) sans travailler.
Le revenu du capital privé c'est donc le revenu de l'oisiveté et du vol.

«
La répartition équitable équitable des fruits de la production est un thème central dans le socialisme proposé. Equitable doit-il être compris dans le sens de justice ou d’égalité? »

Voici un point sur lequel je diffère de mes amis communistes, car je ne crois pas que le revenu du travail (le salaire) doive forcément être égalitaire. Je penche justement plutôt pour une répartition équitable des fruits de la production. Un écart salarial maximal de 1 pour 5 me paraît raisonnable (si on prend comme salaire minimum 4000 francs, cela correspond à un maximum mensuel de 20 000 francs, une somme encore fort rondelette).

«
La politique gère, la morale juge ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. » 

Toute conception idéologique (donc politique) s'appuie sur des conceptions morales (une vision de ce qui est bien ou mal, de ce qui est souhaitable). Il est illusoire de vouloir séparer les deux.

«
Par ailleurs, à la place du chef d’entreprise on aura une sorte d’entité abstraite: l’assemblée de la coopérative autogérée. C’est la majorité des votants qui sera responsable de l’entreprise, et non pas une personne ou un groupe de personnes bien défini. Donc personne en réalité ne sera responsable nominativement. »

Attention, démocratie économique au sein de l'entreprise (ou autogestion), ne signifie pas suppression des fonctions dans l'entreprise, mais prise de décision collective dans les choix.
Concrètement, cela signifie qu'il y aura toujours des coordinateurs (aujourd'hui managers) qui exerceront une activité de gestion et de planification (donc il y aura toujours des responsables).

«
Pourquoi l’humain serait-il soudain différent sous le socialisme? »

Comme prouvé en sociologie, l'individu est socialisé par son contexte social, par le système dans lequel il vit. Dans une nouvelle organisation de la société, on aura un nouvel être humain : un individu réellement libre.

10:09 Publié dans Socialisme | Lien permanent | Commentaires (20) | Tags : socialisme, capitalisme, libéralisme | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Si la liberté est entravée et dans la vie de tous les jours c'est la faute à qui Adrien ? surement pas aux radicaux -libéraux mais à des grouspucules qui empéchent le monde de tourner dans le sens des aiguilles terrestres et non celui des utopiste. Des mouvements comme les Verts,écologistes et autres mouvances sectaires dignes descendants du new âge qui frappa l'occident dès 70 avec des théories ne menant à rien sauf a faire réver aux crépuscule des dieux des gens pris dans un système n'ayant bientot plus rien à envier a celui des années 50.
A force de vouloir interdire même le bon sens je prends comme exemple l'histoire du lait malsain pour la vache,dommage elle aurait pu fournir du vin,et celui de ne plus manger de viande alors que ce sont les mêmes à avoir obligés les paysans de notre pays et de Navarres à se plier au dogme du Bio,faut vraiment se moquer du peuple et c'est pas grâce à la gauche ou du moins celle que vous préconisez que celui-ci gagnera des libertés supplémentaires,bien au contraire !
puisque vous et votre génération ne rêver que du mot capitalisme mais à votre manière qui n'aura plus rien à envier non plus à ceux que vous mettez aux pilori aujourd'hui qui eux donnent du travail au peuple et qui je vous le rappelle paient des charges sociales très élevées mais pour ceux qui en ont réellement besoin,du moins en Suisse.De plus beaucoup de jeunes ne savent même plus gérer leur liberté mais c'est pas la faute au gouvernement c'est celle de leurs parents ou de leurs profs universitaires un peu trop allumés du chalumeau /vieille expression qui signifie bien ce qu'elle veut dire.
J'ai pourtant toujours vécu entourée d'universitaires,mais je vois en vous lisant que ceux d'hier pourtant jugés très souvent inclassables eux, étaient des enfants possédant un coeur associé à leur esprit et que le mot social a vraiment été inscrit dans leurs gènes,on ne peut en dire autant aujourd'hui,car vouloir transformer un monde sans cesse en pleine mutation ou réformé après une nouvelle réforme et remplies de nouveaux interdit ,une europe stable n'est pas pour demain ne vous en déplaise,mais c'est bien le but toujours recherché par la gauche n'est-il pas vrai?
J'ai ressorti comme beaucoup d'autres un 2me portrait du Général Guisan ,allez savoir pourquoi!

Écrit par : lovsmeralda | 07/05/2012

"Si la liberté est entravée et dans la vie de tous les jours c'est la faute à qui Adrien ? surement pas aux radicaux -libéraux ".

La liberté est entravée tous les jours par la gauche et par la droite car la liberté n'est ni de gauche ni de droite. Mais faut-il encore savoir ce que c'est la liberté. Hélas on est très peu à la connaître. Mais dès que c'est fait on ne se trompe plus.

Le paysage politique est devenu sectaire et se nourrissant uniquement de la politique des petits copains. Cela dit remerciez les verts grâce à eux les entreprises ont pu inventer un nouveau concept publicitaire : le green washing!

Écrit par : plume noire | 07/05/2012

L'avènement d'un nouvel homme sous le socialisme, voilà qui est d'une naïveté terrible... Comme si la politique allait abolir le problème de l'existence en elle-même... Le temps, le vieillissement, la mort, les inégalités, la pénibilité, les différences... Le socialisme est une réponse politique mais pas un théodicée. Comme disait Stuart Mill, le meilleur système politique sera le système qui sera le plus socialiste possible sans nuire à l'activité économique. J'ai une citation à propos de ce qui a été dit par Adrien et qui répond en partie au problème :


«Camus veut « une économie collectiviste et une politique libérale » (Pléiade II. 539), mais pas l’une sans l’autre : une économie collectiviste sans la liberté, c’est la dictature, et précisément celle de l’Union soviétique ; une liberté sans l’économie collective, c’est un autre genre de tyrannie, celle des Etats-Unis. La collectivisation sans liberté abolit l’initiative individuelle et toute liberté singulière ; la société libre sans propriété collective donne les pleins pouvoirs à l’argent. Camus veut le social de l’URSS et la liberté des Etats-Unis. »

Michel Onfray – L’Ordre libertaire : la vie philosophique d’Albert Camus, p. 288

Écrit par : Cedric | 07/05/2012

Sur les rapports de Gramsci avec les dogmes marxistes :

« Antonio Gramsci fut le penseur d’une gauche dialectique, en mouvement, le contraire d’une gauche figée. Contre le catéchisme du matérialisme dialectique et historique, mamelles théologiques de la révolution bolchevique, le créateur du parti communiste italien propose une gauche dynamique, jamais fixée, toujours à construire. Il considérait le marxisme moins comme un corpus transcendantal que comme une boîte à outils idéologiques. La gauche n’est pas une forme idéale, pure, conceptuelle, mais une force plastique en perpétuel devenir. (…) Pour Gramsci, la conquête effective du pouvoir suppose une bataille gagnée en amont sur le terrain des idées : pas de victoire pratique sans succès idéologique au préalable. Gramsci réfute Marx pour qui la révolution s’inscrit naturellement dans le mouvement de l’Histoire en vertu d’un irrépressible tropisme dialectique. Pour l’italien, les intellectuels doivent assurer d’abord leur domination sur le champ intellectuel et culturel. Le gramscisme nomme cette idée : combattre et gagner d’abord sur le terrain des idées pour empoter ensuite la victoire concrète. La révolution sociale exige d’abord la révolution des esprits. » Michel Onfray, L’Ordre libertaire : la vie philosophique d’Albert Camus, p. 167.

Écrit par : Cedric | 07/05/2012

Ah Cédric, une bien jolie citation de Gramsci :)
Le socialisme en tant que mouvement l'emporterait sur le socialisme en tant que finalité statique.
Et le socialisme doit de concevoir comme lutte intellectuelle et idéologique. C'est une vision que je partage bien entendu !

Sur la vision de Camus, je n'arrive pas à m'imaginer ce qu'il entend réellement comme modèle d'organisation collectif :S

Dans un nouveau système il y aura un nouvel humain oui, je le crois.
Pourquoi en serait-il autrement ?

Écrit par : Adrien Faure | 07/05/2012

Parce que tout système est abstrait; alors que toute vie est concrète. Rien de l'infrastructure idéologique ou matérielle ne peut pénétrer l'âme individuelle. Or, c'est précisément à ce niveau-là, ontologique, métaphysique, que se joue le problème du "sens" de l'existence et que nul ne peut dissocier de l'existence individuelle. L'Etre et le Néant, la tragédie de la "condition humaine" est en aucun cas soluble dans une politique, fut-elle la meilleure du monde. L'homme reste le même : un être-pour-la-mort, et la politique s'arrête là où commence la problématique existentielle. La solitude devant soi-même, le solipsisme. Et je passe bien entendu sur le fait que, le réel étant impur par nature, le meilleur des systèmes ne saura jamais laver l'humain de ses tropismes propres : haines, envies, intérêts, luttes de classe, jalousies, rapacités, égocentrismes, et toute la palette des sentiments humains qui seront aussi persistants que la race humaine elle-même. Aucune idéologie ne pourra jamais modifier l'essence de l'homme, produit de la nature. Toute révolution se fait toujours dans les limites étroites de l'idéal, lui-même restreint par la réalité naturelle de l'homme qui est éternelle et bornée dans sa constitution. D'un point de vu politique : une amélioration, certes, mais pas de grand-soir...

Écrit par : Cedric | 07/05/2012

Hum je crains de ne pas avoir la même vision de la nature humaine.
Pour moi c'est une variable qui évolue, pas une donnée fixe.

Écrit par : Adrien Faure | 07/05/2012

Et bien je pense moi que les problèmes existentiels des Grecs, des Romains, des premiers hommes comme de nous aujourd'hui, restent les mêmes, fondamentalement. Il n'y a que les structures artificielles qui changent... L'homme est un singe dont l'évolution génétique n'a pas bougé depuis son apparition, il y a 200'000 ans. Il faut faire avec cette fatalité-là... Toute révolution se bornera à la sphère des possibles, considérablement réduite à la sphère des réalités. Rien ne change jamais substantiellement. Les variables, comme tu le dis, sont de l'ordre de l'éternel retour de Nietzsche... Toute téléologie s'inscrit d'elle-même dans la mythologie religieuse de l'avènement d'un âge d'or ou d'un messie. Une transsubstantiation d'un singe en saint... ;-) A moins d'être croyant... ! Reste que la téléologie révolutionnaire est la part la plus délirante et la plus mortelle, in fine, dans l'histoire du XXème... Celle de "l'homme nouveau", de Hitler à Staline...

Écrit par : Cedric | 07/05/2012

A méditer... ;-)

« La politique et le sort des hommes sont formés par des hommes sans idéal et sans grandeur. Ceux qui ont une grandeur en eux ne font pas de politique » (II. 845)


Albert Camus – Carnets 1937

Écrit par : Cedric | 07/05/2012

Merci Adrien pour ces développements. Je lirai plus tard la deuxième partie. Je constate que même si nous ne sommes pas d'accord nous nous stimulons. :-)

La question de la part du social et de l'individuel dans la construction de l'humain reste à mon avis ouverte, c'est-à-dire que je ne vois pas l'humain à ce point construit par le social. Il y a un jeu constant entre les deux, comme entre nature et culture, avec une ligne de passage osmotique fluctuante.

Concrètement je constate que des évolutions majeures - évolutions ou changements, car je reprends à mon compte ce que dit Cédric sur les variables et l'éternel retour - ont régulièrement été initiées par des individus. On peut penser à Bouddha, Mahommet, Jésus, Galilée, Georges Sand, Marx, et combien d'autres. Le collectif n'a pas généré le changement, il l'a reçu ou subi. Je n'attribue donc pas au collectif les conditions de la créativité: je les atribue à l'individu qui, dans certaines circonstances et par l'expérience personnelle qu'il vit, peut associer ensemble de manière nouvelle des éléments déjà existants, et faire des synthèses originales.

Dans la théorie sur l'humain proposée par le socialisme que vous décrivez, j'ai l'impression que l'on oublie... l'humain. Je rejoins encore une fois Cédric: l'humain a les mêmes problématiques aujourd'hui qu'il y a des millénaires. A lire les philosophes grecs par exemple on constate que les grandes questions sur l'existence, la liberté, l'organisation des sociétés, etc, est la même. Platon n'a-t-il pas déjà décrit les différentes formes de pouvoir, classant la démocratie comme le pire après la tyrannie? Tocqueville n'a-t-il pas déjà anticipé sur la démocratie actuelle et l'individualisme consommateur, ainsi que sur le rôle au final maternant du pouvoir? Je crois bien que le socialisme décrit la puissante maternante à son extrême, sans possibilité de sortir de cet utérus sécurisant et enfermant tant il nous fait dépendre du milieu.

L'humanité de l'humanité me semble absente de la théorie socialiste: la part intime et individuelle où se rencontrent lâcheté et courage, altruisme et jalousie, meurtre et salut. Cela a existé dans tous les systèmes connus, et tous ont dû légiférer sur ces points. Cette part humaine de l'humain n'est donc pas dépendante d'un système particulier. L'humain est le dénominateur commun de tous les systèmes. Et je crains que dans la théorie socialiste, s'il n'est pas "sauvé" par le collectif, le pouvoir devra le sauver malgré lui. Bourdieu, à l'égard de qui je suis très critique, a préparé les nouveaux goulags avec son idée de l'introjection de la domination. Avec sa théorie, d'une part on déresponsabilise l'individu - méthode de base des totalitarismes et outil de domination - et l'on prépare les hôpitaux politiques qui "désaliéneront" ces individus. La théorie de Bourdieu est très perverse car elle donne au prochain pouvoir totalitaire l'outil le plus intime de sa domination: l'outil psycho-sociologique; les humains sont aliénés et ne le savent pas, mais le pouvoir le sait et sauvera ces humains malgré eux.


"L'Homme nouveau" est un mythe réactualisé régulièrement depuis toujours. A mon avis, si tant est que ce mythe ait quelque possibilité d'incarnation collective un jour, ce ne sera pas par le conditionnement produit par le collectif. La conscience individuelle sera toujours convoquée, forcément, pour évaluer nos propres actes. Et cette conscience naît entre autre de la confrontation avec les autres, avec la différence, avec les jeux humains. Dans les interactions permises par la démocratie actuelle, les classes sociales ne sont plus une grille d'analyse aussi efficaces qu'il y a 150 ans. Et déjà à l'époque elles correspondaient à un moment historique particulier où l'exploitation a été poussée très loin - ce qui n'^était pas le cas à différentes époques d'avant. Sous la féodalité naissante, le seigneur avait un réel rôle de protection du paysan ou de l'artisan. Il y avait déjà un contrat!


Vous dites que l'Etat doit imposer une morale. Je pense qu'il doit seulement préserver la morale que les peuples ont écrite et expérimentée, et qui évolue. Si l'Etat avait dû édicter une morale, l'union libre serait encore proscrite, par exemple. L'Etat est l'expression de la pensée d'un peuple qui, lui, est traversé de tous les courants et pulsions imaginables. La morale est d'ailleurs en général un compromis. Un Etat qui voudrait faire un Homme nouveau, à la limite parfait, c'est Le Meilleur des Monde, c'est-à-dire la fourmilière, où le collectif formate profondément les individualités - probablement jusque dans la génétique. Or que la génétique serve à comprendre les comportement quand il y sont liés - si c'est le cas - ou à comprendre et prévenir des maladie, oui. Qu'elle devienne un instrument de normalisation des humains, non.

La fourmilière n'a jamais marché dans l'Histoire connue des humains. C'est qu'elle ne leur est pas adaptée. Contraignons les humains à être "bons" et "non-égoistes", ils vont en sourdine se rebeller et faire exploser le système tôt ou tard.

J'aimerais que l'humain soit bon, comme vous. Il l'est en partie. Mais que de sang a été versé au nom du Bien et de la volonté de formater les humains.


Je reviens plus tard. Encore un mot sur la liberté: je me sens, je me veux libre dans mes choix, dans la mesure du réel qui est le mien. C'est une position de principe. Elle me fait grandir. Je pense qu'il faut voir l'humain libre et responsable, n'en déplaise à Chomsky, et que c'est la seule manière de croire en lui. Voir l'humain victime justifie par la suite tous les pouvoirs abusifs qui, sous prétexte de le sauver, veulent le dominer.


Je ne crois pas que la théorie change l'humain. C'est le réel qui le révèle et c'est le réel où, parfois, il élargit sa conscience. Je pense que là aussi Cédric a bien mis en miroir la théorie et le réel.

A plus.

Écrit par : hommelibre | 07/05/2012

Je rejoins l'analyse d'hommelibre, évidemment... puisqu'elle rejoint la mienne. ;-) Je reste juste un peu sceptique sur les accusations protées contre Pierre Bourdieu. Je n'ai pas lu tous ses ouvrages, je ne peux donc le défendre ici. Mais je sais qu'il fut - involontairement sûrement - imbibé par la positivisme du XIXème qui laissait croire à quelque discipline des sciences humaines que ce soit, les mêmes prétentions à l'objectivité scientifique que les sciences pures... Et qui dit "objectivité scientifique" dit vérité absolue. Or, on découvre qu'il n'en va même pas ainsi pour les sciences pures... ! Donc, dans ses primats théoriques, Bourdieu a effectivement surévalué sa discipline, ce qui la destinait fatalement à devenir dogmatique... de là à dire qu'il a élaboré les ferments d'une nouvelle forme de totalitarisme, c'est aller loin !... Je me réjouis d'enquêter là-dessus ! ;-)

Écrit par : Cedric | 07/05/2012

Cédric, je pense que l'on peut avoir d'autres interprétations de Bourdieu. mais ce qu'en dit Adrien synthétise bien un point essentiel. Il reprend en le modifiant légèrement le principe de l'aliénation. Je me souviens d'amis qui affirmaient qu'il faudrait "détordre" les classes qui sont inconscientes de leur aliénation. Produire des aliénés par une théorie, puis le désaliéner malgré lui, c'est là où je vois l'outil d'un éventuel futur totalitarisme.

L'aliénation est un concept intellectuel assez particulier, puisque seuls ceux qui la définissent sont supposés la voir chez les autres qui, par définition, en seraient inconscients. C'est une pente très glissante.

Certes Adrien ne dit pas cela explicitement, et j'apprécie de pouvoir débattre avec lui, mais invoquer cet aspect de la théorie de Bourdieu laisse la porte ouverte à une utilisation inquisitrice. Je ne dis pas toutefois que c'est l'intention d'Adrien.

Écrit par : hommelibre | 07/05/2012

J'ajoute également que la République de Platon est un texte très surprenant quand on le lit en parallèle à aujourd'hui. Effrayant sous bien des aspects, mais troublant sous bien d'autres. Le passage sur les différentes formes de gouvernement, comme le dit hommelibre, en est un moment frappant. - 400 avant J.-C... le Léviathan de Hobbes, aussi, est un texte qui m'a considérablement surpris avec Le Traité théologico-politique de Spinoza, de la même époque. 17ème siècle...

Écrit par : Cedric | 07/05/2012

Dans la vision d'Adrien, le point le plus difficilement acceptable est le "nouvel être humain".
Et il en est justement une des pierres angulaires.
Comme Cédric et hommelibre, je pense que l'être humain jouit d'une belle stabilité, en ce qui concerne ses pulsions et ses passions. Je pense au code d'Hamourabi, aux récits bibliques, aux Dix Commandements. Nos lointains ancêtres nous ressemblaient terriblement. Non seulement ceux qui commettaient des félonies, mais également ceux qui essayaient de les empêcher et de punir celles-ci.
Quand bien même on pourrait imaginer une évolution vers l'altruisme, la modération, la frugalité, la patience, la solidarité etc, j'imagine la période de transition comme un champ de mines. Il y aurait des hommes nouveaux aboutis qui se retrouveraient face à des êtres encore en devenir.
Si les expériences à petite échelle sont le fait de personnes volontaires et motivées, comment convertir ou convaincre le plus grand nombre à fonctionner autrement ?
En sachant que cela représente une difficulté majeure, les circonstances de la conversion devront être très motivantes et probablement contraignantes, du type : pas d'alternative possible pour cause de fin des ressources naturelles.

Écrit par : Calendula | 07/05/2012

Je pense en effet que l'altruisme s'enseigne et que l'égoïsme est naturel. En quoi il n'est pas nécessaire d'être bien cultivé pour être de droite... Mais il ne faut pas non plus exagérer la difficulté... C'est très facile à enseigner; mais l'éducation publique refuse d'intégrer ne serait-ce que le B.A BA de l'éducation civique...

Écrit par : Cedric | 08/05/2012

@ Cédric: Absolument d'accord qu'il ne faut pas baisser les bras et qu'il faut enseigner le fonctionnement en groupe et le civisme, mais une heure de cours théorique ne fera jamais le poids ! L'éducation civique existe actuellement au C.O.et c'est très bien, mais on ne peut se donner bonne conscience avec seulement ça.
A l'école, les règles de la vie en groupe s'apprennent au quotidien, lorsque les profs essayent de faire respecter les règles élémentaires que sont : lever la main, attendre son tour, écouter les autres, répondre de façon correcte et sans dénigrer l'autre. Ca paraît bête, mais beaucoup d'enfants n'y arrivent pas, tellement ils sont égocentriques.
D'autres moments importants sont les camps de ski, les courses d'école et la préparation du voyage d'étude. Les élèves sont obligés, à ces moments-là, de tenir compte du groupe.
La pratique d'un sport d'équipe est également très formateur. Pendant le jeu, on doit s'organiser pour atteindre un objectif clair. Par ailleurs, la vie d'un club permet d'apprendre plein de choses sur l'interdépendance et le partage des tâches et des responsabilités.
Je l'ai déjà dit : je suis très terre-à-terre et je ne lis pas assez.
Dans un groupe, je serais "les jambes", alors que vous ou Adrien, vous seriez "la tête." !

Écrit par : Calendula | 08/05/2012

Oui, il faut faire prendre conscience aux adolescents - et même plut tôt encore - que le civisme se pratique en permanence. Effectivement, l'intersubjectivité est une problématique éthique constante. Ce qu'il faut gommer au possible dans l'enseignement c'est la séparation entre l'école et la vie quotidienne. Lorsqu'un enfant aura saisi que tout est lié dans une même réalité; que le savoir n'est pas abstrait et qu'il renvoie à une authentique réalité pratique, le fossé entre le discours et les actes sera comblé. Je partage ce sentiment. L'enseignement n'est pas encore une "utopie concrète"... ;-) Dans le livre sur Camus de Michel Onfray (que je suis en train de lire) il est question "d'utopie modeste", une variante...

Écrit par : Cedric | 08/05/2012

Je crois que je vais lire ce livre d'Onfray !
"Utopie modeste" - c'est réaliste à mes yeux, à ce moment précis de l'histoire de la Suisse.
Les enfants sont généralement très sociables et adorent "jouer" ensemble, se retrouver avec leurs semblables et organiser des activités. C'est passionnant d'observer comment ils s'y prennent. Les tyrans ne sont pas du tout appréciés et il faut savoir négocier pour la mise-en-place des divers dispositifs, les règles de jeu ou la gestion du matériel. Souvent, ça finit bien, parfois mal et on se tape dessus ou on va chercher les adultes...
Il y a vraiment beaucoup à faire de ce côté-là. A mon sens, plus il y a d'adultes bienveillants à disposition, mieux l'enfant s'en sort. La famille seule ne peut pas amener à la dimension sociale (j'ai l'impression d'écrire une lapalissade...).

Écrit par : Calendula | 08/05/2012

Les vérités deviennent fatalement des lapalissades, si elles sont vraiment vraies... ;-)

Écrit par : Cedric | 08/05/2012

Sur la question de la nature humaine.
Selon les théories structuralistes et fonctionnalistes en sociologie, l'être humain est socialisé d'une certaine façon.
Il y a donc formatage social.
Mais d'un autre côté je ne nie pas non plus que l'être humain possède des caractéristiques naturelles, biologiques.
Néanmoins, je pense que c'est la construction sociale de l'être humain qui va dominer son comportement et ses choix plutôt que la construction naturelle.

J'aimerais ajouter que le socialisme n'a pas forcément besoin d'un nouvel individu pour fonctionner. L'individu actuel est adapté au socialisme démocratique.
Si j'étais communiste ou anarchiste, j'intégrerais par contre la nécessité d'un nouvel humain dans mon projet de société.
Mais le socialisme démocratique est adapté aux caractéristiques de l'individu contemporain, même si on peut penser que ce nouveau système ne pourra qu'améliorer l'être humain.

Écrit par : Adrien Faure | 08/05/2012

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