03/05/2012

PME & petits patrons : socialisme ?

PME & petits patrons : socialisme ?

Je constate avoir à nouveau touché un point sensible, et je m'en réjouis, car rien n'est plus nuisible qu'un nœud idéologique non dénoué.

Quelle est la place des PME et des petits patrons dans le socialisme ?

Les PME n'ont pas de place dans le socialisme et les petits patrons non plus.
Attention toutefois, je ne dis pas qu'il faut supprimer les PME et mettre les petits patrons au chômage.
Je dis que le principe des PME et que la fonction de petit patron (ou de patron tout court) n'a pas sa place dans le socialisme.

Nulle domination économique ne doit être pour nous un modèle, même lorsque cette domination d'un petit entrepreneur sur ses salariés prend des formes qui peuvent paraître acceptables.
Car le socialisme c'est l'abolition de tout rapport de domination économique.

Mais le petit patron est-il heureux aujourd'hui dans le capitalisme ?

Dans les faits on constate que la plupart des petits patrons, des petits entrepreneurs, travaillent beaucoup, gagnent peu (parfois moins que leurs employés), et ne jouissent donc pas d'une condition de vie idéale.
Le socialisme est donc la solution à leurs difficultés.

Le socialisme est dans l'intérêt des petits patrons, car en transformant toutes les entreprises, y compris évidemment les PME, en coopératives autogérées propriétés collectives des travailleurs, le socialisme instaure la démocratie économique, c'est à dire une juste et égalitaire répartition de la prise de décision dans l'entreprise (ou plus exactement dans la coopérative).
En agissant ainsi on libère le petit patron de ses soucis et on lui offre une coopération égalitaire (et donc harmonieuse) avec ses nouveaux collègues.

L'abolition du salariat par la socialisation des moyens de production est donc une mesure avantageuse pour les petits patrons et les petits entrepreneurs.

Mais il y a un deuxième point que je souhaiterais aborder, c'est la question du libre-entreprenariat.
Quel est sa place dans le socialisme ?

Le libre-entreprenariat n'a pas sa place dans le socialisme.
Un individu ou un groupe d'individus ne devrait pas pouvoir choisir comme bon lui semble ce qui doit être produit ou non.
Comment saurait-il ce qui est souhaitable socialement ou écologiquement ?

C'est par une planification démocratique et décentralisée que nous devrions établir ce qui doit être produit, ou en tout cas ce qui ne doit pas être produit. 

Mes chères et chers camarades de l'aile social-libérale, je vous le dis, ne vous contentez pas de prôner les PME comme fin de l'Histoire en remplacement des multinationales, car cela contredit au principe de non domination économique qui est essentiel au socialisme.

A force de combattre uniquement le néo-libéralisme, nous autres socialistes, laissons les social-libéraux présenter leur discours comme uniques solutions, alors que ces mêmes social-libéraux ont échoué à résoudre la crise actuelle dans tout le sud de l'Europe...!


12:58 Publié dans PME & petits patrons | Lien permanent | Commentaires (18) | Tags : pme, petits patrons, socialisme | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Persiste et signe...

Écrit par : Déblogueur | 03/05/2012

"Comment saurait-il ce qui est souhaitable socialement ou écologiquement ?"
Je retourne exactement la même question, à la lettre près, à M. le membre de la future élite auto-proclamée. ^^

Sérieusement, j'aimerais vraiment savoir sur quelle base (au sens de la légitimité) vous estimez avoir plus de compétences que tous vos concitoyens quant à savoir ce qui doit être produit ou non.

Je crois que l'incapacité de l'idéologie socialiste à se remettre en question et à reconnaître que ses élites ne détiennent pas le savoir absolu -obligatoirement supérieur à celui de tous leurs concitoyens- est une tare bien plus pesante encore que sa naïveté affligeante.

Cordialement.

Écrit par : Nom/Prénom | 03/05/2012

Nom/Prénom, ce n'est certainement pas une élite qui imposerait quoique ce soit.
La planification serait démocratique je vous le répète, et décentralisée (donc aux plus proches des intérêts réels des individus).

Accessoirement, le socialisme de marché est aussi envisageable.
La création d'entreprise continue de se faire librement, mais dans le cadre du socialisme : donc toutes les entreprises ont le statut de coopérative autogérée, et la répartition des fruits de la production est équitable.

Écrit par : Adrien Faure | 03/05/2012

"Le socialisme est dans l'intérêt des petits patrons, car en transformant toutes les entreprises, y compris évidemment les PME, en coopératives autogérées propriétés collectives des travailleurs, le socialisme instaure la démocratie économique, c'est à dire une juste et égalitaire répartition de la prise de décision dans l'entreprise (ou plus exactement dans la coopérative)."

Ouh la la, l'homme soit-disant libre ne va pas aimer ça! "Démocratie économique" ce ne sont pas des gros mots? Et pourtant c'est la révolution qui s'impose, car actuellement nous avons des patrons de droit divin. Cf. Merck-Serono. Dans une coopérative, il faut discuter, décider ensemble des objectifs et des rémunérations, impensable pour ceux qui veulent montrer qu'ils en ont une plus grosse que le voisin.

Dire qu'il y en a qui pleurent. Dire qu'il y en a qui découvrent seulement maintenant la réalité du capitalisme. Ce n'est pas seulement une faute de jugement, c'est une faute de goût.

Que certains continuent donc à déverser leur haine compulsionnelle sur Hollande, manifestation de leur totale impuissance et de leurs jugements hideux, dans 4 jours il sera élu. Non pas que le capitalisme aura pris un coup, simplement par mesure de salubrité publique face à l'arrogance et aux mensonges.

Et pour que la justice passe : Karachi, Woerth-Bettencout, Kadhafi.

Écrit par : Johann | 03/05/2012

@Adrien,vos élucubrations me font sourire,certe vous êtes jeune,encore bien naif et doux rêveur d'un monde de demain qui sera vôtre.Mais j'ai des doutes en voyant les nombreux réactionnaires qui argumentent à coups de taxes et impots vouloir protéger l'environnement ce dernier étant aussi devenu sujet électoral.On a vu Greenpeace montré du doigt hier soir par devant des milliers de télespecteurs, ce groupe ayant humilié les Inuits en les traitant de tueurs d'animaux.
Heureusement des explorateurs privés ont remis les pendules à l'heure redonnant leur dignité à ce peuple qui ne tue que pour survivre et rien de plus.Ou voulez vous en venir direz vous? hé bien n'oubliez pas que votre monde sera fait de ces mouvements inquisiteurs,ecoterroristes,qui cherchent à endoctriner par la pensée subjective tout en ne respectant pas les us et coutumes des pays visités.La première politesse exigeant de chaque visiteur qui vient en suisse ou même s'établir à ne pas vouloir endoctriner des citoyens par de fumeuses théories très souvent héritées de périodes ou la morphine était largement utilisée par de nombreux chercheurs scientifiques; ces mouvements ne trouveront plus refuge en leur pays mais dépendront financièrement de vous uniquement! voilà le danger à venir pour votre génération,entretenir des affabulateurs expulsés de leur pays car considérés comme fauteurs de troubles.la Suisse risque de se retrouver dans des sitations épiques mais prévisibles ,nous on sera plus là pour épauler les jeunes alors imaginez ce qui risque d'arriver mais pour vous et ceux de votre génération
voyez j'ai beau être ringarde je me fais tout de même du souci pour les jeunes de demain qui croulant sous les taxes environnementales décrétées très souvent par eux-mêmes se retrouveront encore plus pauvres que le SDF d'aujourd'hui
toute belle soirée pour Vous

Écrit par : lovsmeralda | 03/05/2012

"se retrouveront encore plus pauvres que le SDF d'aujourd'hui"

Mais plus riches d'un environnement plus sain. Il n'y a donc que le fric qui vous intéresse? Belle mentalité! Très courante au demeurant.

Écrit par : Johann | 03/05/2012

Allez donc chez Hayoun si vous voulez débiter des conneries. Son blog est là pour ça.

Écrit par : Plouf | 03/05/2012

Adrien,

Si la PME - ou l'entreprise en général - n'a plus sa place dans le socialisme, alors je ne peux pas être socialiste.

La société aurait-elle pu être aussi inventive et créative sous le socialisme? Pasteur aurait-il pu mettre au point les premiers vaccins s'il avait dû avoir l'aval de ses pairs? Probablement pas: tous étaient contre lui, sauf 2.

Les avions auraient-ils été inventés s'il n'y avait pas eu des fous qui risquent leur vie? La science aurait-elle existé s'il n'y avait pas eu des individus qui transgressent les décisions collectives (par exemple de l'église en ce qui concerne l'astronomie ou l'anatomie, entre autres).

Qui va décider de ce qu'un poète soit écrire et publier? Et dans la coopérative autogérée, comment peut-on parler de démocratie authentique si c'est la majorité qui décide?

Qui peut décider du bien-fondé du projet d'un inventeur intuitif? Comment le nivellement par la masse peut-il être une chance d'avenir pour la société, alors que l'évolution va dans le sens de plus de spécialisation et d'individualisation, donc de responsabilité devant le monde et à ses propres yeux?

J'ai participé durant 20 ans à des associations, et souvent dans les comités. Là c'est un peu comme une coopérative - sauf qu'on n'a pas de rémunération. Les décisions se prennent non pas parce que nous connaissons les besoins de la société mais parce qu'il y a un projet et que ceux qui amènent le projet sont plus convaincants que les autres (nous ne sommes pas égaux en personnalités, en charisme, en capacité d'analyse, etc). Dans une coopérative je serais trop limité.

Pour moi la société est entre autre l'expression des individus qui la composent. Les individualités créatives sont moins limitées que les collectivités. Et ces individus créatifs ne sont ni bêtes ni suicidaires. Ils créent par passion, ou en constatant un besoin. Ils sont capables d'analyser la société où ils vivent, de constater les nécessités écologiques, etc.

Le socialisme que vous développer me paraît autoritaire et ne propre qu'un seul plan: le nivellement, sous prétexte de démocratie économique. Ce n'est pas ainsi que je vois l'avenir de l'humanité. Ce socialisme veut imposer une égalité des revenus pour tout le monde. Et pourquoi? Moi je ne suis pas dérangé que des gens gagnent mille fois plus que moi. J'ai toujours appris à vivre simplement, j'en suis ravi. Je ne regrette pas les nuits blanches, les heures sans compter, les risques, les casses, les succès. Pour rien au monde je n'aurais voulu que l'on me soulage de ces charges! Car en contrepartie je dispose d'une liberté que j'apprécie, je peux être créatif, suivre mes intuitions et ma vocation, tester ma propre valeur.

Non, je ne voudrais pas que l'on m'empêche de cela. Le socialisme que vous décrivez me parait être potentiellement une dictature.

D'ailleurs il ne règle ni les questions économiques, par exemple qui va investir pour créer une chaîne de production? L'Etat? Alors ce n'est plus la démocratie économique). Ni les relations de pouvoir: qui va gérer la police et l'armée, et répartir l'argent des impôts? Etc...

Pourquoi donc, alors que vous jouissez en Suisse d'une grande liberté, vous étudiez selon votre choix, vous écrivez ce que vous voulez sans personne pour voter pour ou contre, pourquoi donc développer une théorie qui réduit la liberté grâce à laquelle vous pouvez justement dire ce que vous dites sans avoir à en référer à un vote majoritaire?

Écrit par : hommelibre | 03/05/2012

Bonjour, Adrien,
Je crois que la part d'utopie réside par ici et je vous cite :

"Mais le petit patron est-il heureux aujourd'hui dans le capitalisme ?" (...)
"En agissant ainsi on libère le petit patron de ses soucis et on lui offre
une coopération égalitaire (et donc harmonieuse) avec ses nouveaux collègues."

Je ne pense pas que tous les petits patrons sont malheureux dans le capitalisme. J'en connais ici et maintenant qui sont tout contents.
Vous voulez en quelque sorte faire le bonheur de tous ?

La coopération harmonieuse et égalitaire est très difficile à réaliser, parce que les êtres humains n'ont pas tous les mêmes objectifs.
Même libérés du joug du capitalisme, il y aura des égoïstes, des obnubilés, des têtus, des frustrés, des envieux.
Quelle formation de gestion de groupe faudra-t-il fournir à ces groupes auto-gérés, qui n'auront pas de chef ?
Quel temps ces groupes auront-ils à disposition pour prendre leurs décisions :commandes de matériel, procédés de fabrication, personnel à engager,
innovations à initier etc.
Je sais bien qu'ils fonctionneront en harmonie avec tous les autres groupes auto-gérés, et une belle planification qui chapeaute le tout, mais à mon sens, cette supra-structure est également très chronophage.
Imaginer toute une société idéaliste qui n'aurait que le bien commun comme priorité et un temps élastique à disposition... Je n'y arrive pas !
Au secours !

Écrit par : Calendula | 04/05/2012

Homme libre

"Si la PME - ou l'entreprise en général - n'a plus sa place dans le socialisme, alors je ne peux pas être socialiste."

Vous pouvez sûrement être au moins social-libéral, ce qui est déjà bien aujourd'hui je trouve, au vu de l'extrémisme de certaines attaques contre les services publics, et l'Etat-social.

"La société aurait-elle pu être aussi inventive et créative sous le socialisme? Pasteur aurait-il pu mettre au point les premiers vaccins s'il avait dû avoir l'aval de ses pairs? Probablement pas: tous étaient contre lui, sauf 2."

Pourquoi les individus seraient-ils moins créatifs sous le socialisme?
Au contraire, je pense qu'ils le seront davantage, car ils disposeront de davantage de temps libre, et que la notion de travail pourra être redéfini de manière à libérer l'individu de tout travail aliénant.

"Les avions auraient-ils été inventés s'il n'y avait pas eu des fous qui risquent leur vie? La science aurait-elle existé s'il n'y avait pas eu des individus qui transgressent les décisions collectives (par exemple de l'église en ce qui concerne l'astronomie ou l'anatomie, entre autres)."

Fallait-il vraiment créer des avions ?
La planète se meurt à cause d'eux...
Vous voyez, peut-être eut-il justement dans ce cas mieux valu que la collectivité puisse empêcher pareil développement technologique.

"Qui va décider de ce qu'un poète soit écrire et publier? "

Personne. La liberté d'expression ne saurait être remise en question dans le socialisme démocratique.

"Et dans la coopérative autogérée, comment peut-on parler de démocratie authentique si c'est la majorité qui décide?"

Dans le socialisme démocratique c'est la majorité qui décide.
Dans le capitalisme, c'est une minorité qui décide.

"Qui peut décider du bien-fondé du projet d'un inventeur intuitif? Comment le nivellement par la masse peut-il être une chance d'avenir pour la société, alors que l'évolution va dans le sens de plus de spécialisation et d'individualisation, donc de responsabilité devant le monde et à ses propres yeux?"

Au lieu de devoir mendier des crédits à des firmes privés uniquement intéressés par le profit, les inventeurs obtiendront de la collectivité tout l'argent dont ils ont besoin pour leurs recherches, du moment qu'elles vont dans le sens du bien commun.

"J'ai participé durant 20 ans à des associations, et souvent dans les comités. Là c'est un peu comme une coopérative - sauf qu'on n'a pas de rémunération. Les décisions se prennent non pas parce que nous connaissons les besoins de la société mais parce qu'il y a un projet et que ceux qui amènent le projet sont plus convaincants que les autres (nous ne sommes pas égaux en personnalités, en charisme, en capacité d'analyse, etc). Dans une coopérative je serais trop limité. "

Les coopératives ne seront pas laissés libres de faire ce qu'elles veulent (un point sur lequel je diffère de mes amis anarchistes). L'Etat socialiste démocratique interviendra pour les encadrer.

"Pour moi la société est entre autre l'expression des individus qui la composent. Les individualités créatives sont moins limitées que les collectivités. Et ces individus créatifs ne sont ni bêtes ni suicidaires. Ils créent par passion, ou en constatant un besoin. Ils sont capables d'analyser la société où ils vivent, de constater les nécessités écologiques, etc."

Le soucis de rentabilité, la domination du capital privé, jugulent la créativité.
Le socialisme démocratique la libérera.

"Le socialisme que vous développer me paraît autoritaire et ne propre qu'un seul plan: le nivellement, sous prétexte de démocratie économique. Ce n'est pas ainsi que je vois l'avenir de l'humanité. Ce socialisme veut imposer une égalité des revenus pour tout le monde. Et pourquoi? Moi je ne suis pas dérangé que des gens gagnent mille fois plus que moi. J'ai toujours appris à vivre simplement, j'en suis ravi. Je ne regrette pas les nuits blanches, les heures sans compter, les risques, les casses, les succès. Pour rien au monde je n'aurais voulu que l'on me soulage de ces charges! Car en contrepartie je dispose d'une liberté que j'apprécie, je peux être créatif, suivre mes intuitions et ma vocation, tester ma propre valeur. "

Sans égalité, pas de démocratie, car les plus riches contrôlent la politique par leur capital.

"Non, je ne voudrais pas que l'on m'empêche de cela. Le socialisme que vous décrivez me parait être potentiellement une dictature."

La dictature c'est le capitalisme.

"D'ailleurs il ne règle ni les questions économiques, par exemple qui va investir pour créer une chaîne de production? L'Etat? Alors ce n'est plus la démocratie économique). Ni les relations de pouvoir: qui va gérer la police et l'armée, et répartir l'argent des impôts? Etc..."

L'Etat socialiste démocratique investira, distribuera, collectera, et redistribuera.
Mais les individus pourront aussi créer des coopératives, faire de la recherche, monter des projets, etc., du moment qu'ils vont dans le sens du bien commun.

"Pourquoi donc, alors que vous jouissez en Suisse d'une grande liberté, vous étudiez selon votre choix, vous écrivez ce que vous voulez sans personne pour voter pour ou contre, pourquoi donc développer une théorie qui réduit la liberté grâce à laquelle vous pouvez justement dire ce que vous dites sans avoir à en référer à un vote majoritaire?"

Nous différons sur la définition du mot "liberté".

"Toute conception de la liberté exprime la position de classe de celui qui la professe : chaque classe dominante appelle liberté le maintien de ses privilèges de classe." Roger Garaudy (de son étude sur Karl Marx)

Écrit par : Adrien Faure | 04/05/2012

Calendula, votre commentaire est très intéressant, car il touche à une corde sensible de ma réflexion : le socialisme démocratique est-il dans l'intérêt de toutes et tous, ou seulement d'une majorité de la population (classe précarisée, classe ouvrière, classe intellectuelle, classe moyenne) ?
On peut aussi ajouter que le petit patron qui se croit heureux ne l'est objectivement pas forcément. Mais là on commence à émettre des jugements un peu autoritaires je trouve.

Par rapport à l'autogestion. Il se peut effectivement qu'il y ait des ratés, ou des difficultés par moment. Dans ce cas c'est le rôle de l'Etat socialiste démocratique d'intervenir pour résoudre les complications. Mais à la longue, les gens s'habituant à un nouveau mode de fonctionnement, l'Etat aura moins besoin d'intervenir.

Écrit par : Adrien Faure | 04/05/2012

Je fais de gros efforts d'imagination pour essayer de comprendre :

- Ce qui pourrait initier le changement de société qui nous ferait passer du système capitaliste actuel au socialisme démocratique : une révolution populaire, une catastrophe naturelle majeure, une pollution dévastatrice ou ... des votations ?

- La période de transition serait très difficile, si elle n'est pas vécue comme la seule solution possible pour la survie. En effet, dans l'état actuel de notre société, tous aspirent à amasser des biens de consommation du dernier cri. Je crois bien que les seuls qui songent à la décroissance sont des bourgeois comme moi!

- Une fois que les gens ( en Suisse ? en Europe ? dans l'hémisphère Nord ?) seraient convertis au nouveau système, comment ferait-on pour leur apprendre à fonctionner ainsi, en autogestion harmonieuse ? Ca ne vient pas naturellement.
L'habitude vient, certes, mais il faut que ça marche assez bien dés le départ, pour qu'on n'abandonne pas.

-Pour pouvoir prendre de bonnes décisions, il faut comprendre le système dans son ensemble. Si un seul pays fonctionne ainsi, il devra bien tenir compte des autres systèmes à l'entour.
-Si tous s'y mettent en même temps, il faudrait arriver à articuler les différentes grandes unités les unes avec les autres. Des personnes devraient s'y consacrer entièrement, car c'est un sacré boulot de rassembler toutes les informations nécessaires à la planification efficace et équitable. Ces gens, seront-ils assez purs et désintéressés, pour ne pas profiter de leur situation ?
- Je suppose que les pays, tels que nous les connaissons actuellement, n'existeraient plus, mais il y aurait bien encore des endroits qui ont des ressources naturelles, d'autres des infra-structures pré-existantes, d'autres seraient très peuplées, d'autres beaucoup moins. A mon sens, les déséquilibres sont inévitables et, à nouveau, pour pouvoir aplanir ses inégalités, il y aura des arbitrages à effectuer.

Bref, je me noie dans un verre d'eau hypothétique.
Ce qui me noie le plus, c'est l'harmonie et le bonheur qui devrait entourer tout ça. Selon moi, ce serait forcément conflictuel et semé de difficultés.

Écrit par : Calendula | 04/05/2012

Adrien,

J'ai fait une réponse... trop longue. Je la publie en billet, en deux fois. Première partie:

http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2012/05/05/socialisme-et-libre-entreprise-l-incompatibilite.html

Écrit par : hommelibre | 05/05/2012

Homme libre, je vous remercie de vous être donné cette peine.
Je vais aller lire votre réponse de ce pas.

Écrit par : Adrien Faure | 05/05/2012

Calendula

"Ce qui pourrait initier le changement de société qui nous ferait passer du système capitaliste actuel au socialisme démocratique : une révolution populaire, une catastrophe naturelle majeure, une pollution dévastatrice ou ... des votations ?"

Une révolution populaire est hautement improbable dans la situation actuelle en Suisse. Mais tout dépend de l'évolution du capitalisme, et des crises socio-économiques.
Par contre la crise écologique est un bon facteur pouvant amener au pouvoir un gouvernement socialiste démocratique. La solution à la crise écologique nécessitant une rupture avec le mode de production capitaliste et avec ses logiques productivistes (alors que le socialisme résout ce problème par la planification écologico-économique).
Bien entendu, le premier élément fondamental pour l'instauration du socialisme démocratique passe par l'élection ou la votation.

"- La période de transition serait très difficile, si elle n'est pas vécue comme la seule solution possible pour la survie. En effet, dans l'état actuel de notre société, tous aspirent à amasser des biens de consommation du dernier cri. Je crois bien que les seuls qui songent à la décroissance sont des bourgeois comme moi!"

C'est pourquoi Paul Ariès nous invite à construire un socialisme et une décroissance attirante.
A nous de mettre en évidence tout ce que notre projet de société recèle de positif.

" -Pour pouvoir prendre de bonnes décisions, il faut comprendre le système dans son ensemble. Si un seul pays fonctionne ainsi, il devra bien tenir compte des autres systèmes à l'entour. "

Totalement d'accord.
Il nous faudra savoir faire preuve de pragmatisme dans nos relations (notamment commerciales) avec nos voisins.


"-Si tous s'y mettent en même temps, il faudrait arriver à articuler les différentes grandes unités les unes avec les autres. Des personnes devraient s'y consacrer entièrement, car c'est un sacré boulot de rassembler toutes les informations nécessaires à la planification efficace et équitable. Ces gens, seront-ils assez purs et désintéressés, pour ne pas profiter de leur situation ?"

Il y aura du travail pour beaucoup de monde comme ça^^
Plus sérieusement, l'élément clef pour contrer toute dérive bureaucratique consiste en une transparence la plus élevée possible dans les activités politiques et économiques.
La décentralisation de la planification est aussi un point important.

"- Je suppose que les pays, tels que nous les connaissons actuellement, n'existeraient plus, mais il y aurait bien encore des endroits qui ont des ressources naturelles, d'autres des infra-structures pré-existantes, d'autres seraient très peuplées, d'autres beaucoup moins. A mon sens, les déséquilibres sont inévitables et, à nouveau, pour pouvoir aplanir ses inégalités, il y aura des arbitrages à effectuer."

Les déséquilibres mondiaux devront effectivement être aplanis, sur le long terme.

" Bref, je me noie dans un verre d'eau hypothétique.Ce qui me noie le plus, c'est l'harmonie et le bonheur qui devrait entourer tout ça. Selon moi, ce serait forcément conflictuel et semé de difficultés."

Vos hypothèses sont intéressantes!
Mais le socialisme démocratique n'est pas seulement un projet statique, mais aussi un mouvement de construction porté par un mouvement humain.
Bon nombre de questions se résoudront sur le moment, même si on y apporte des réponses avant.

L'harmonie et le bonheur sont les buts même de la décroissance et du socialisme démocratique. Cela demande néanmoins de dépasser, de résoudre, certains conflits.
Mais une société sans classe où il n'y aura plus qu'une grande classe moyenne qui vivre bien, sera sûrement une société harmonieuse :)

Écrit par : Adrien Faure | 05/05/2012

@Adrien :
Merci d'avoir pris le temps de répondre à mes questions concrètes.
Ce qui semble sous-tendre toute cette dynamique : un laps de temps relativement long et une masse critique de personnes très motivées, à la fois idéalistes et pragmatiques.
Pour qu'un tel projet puisse prendre de l'ampleur, il faut commencer petit et profiter d'un effet boule de neige. A mon sens, de telles unités pourraient co-exister avec un capitalisme assez classique dans un premier temps.
Selon moi, ce type de fonctionnement devrait faire ses preuves d'abord dans de petits cadres, prouver que ça marche. D'ailleurs, ça existe et a déjà existé.
J'ai un vague souvenir de mes années-collège : notre excellent prof d'Histoire avait travaillé sur le Fourriérisme et ça avait l'air passionnant.
Ces expériences sont restées marginales jusqu'à présent. Ou bien ?

Écrit par : Calendula | 05/05/2012

Calendula,

"Pour qu'un tel projet puisse prendre de l'ampleur, il faut commencer petit et profiter d'un effet boule de neige. A mon sens, de telles unités pourraient co-exister avec un capitalisme assez classique dans un premier temps."

Je vois où vous voulez en venir : lancer des projets de développement politico-économique socialiste et décroissant à petite échelle (commune, quartier, localité, village, etc.)
C'est effectivement une bonne idée (c'est le "penser global, agir local").
Le village de Marinaleda en est un bon exemple.
Mais tous les projets de coopératives, d'autogestion, de SEL, ou d'éco-villages, en sont d'autres exemples.

En fait, avec votre exemple des phalanstères de Fourrier, vous abordez le socialisme utopiste pré-marxiste :)

Savez-vous que Fourrier n'est plus étudié au collège?
Pas plus que la quasi totalité des penseurs politiques...
Le niveau de politisation du collège à Genève est aujourd'hui extrêmement bas!
Et après on s'étonne que les jeunes votent si peu... :(

Écrit par : Adrien Faure | 06/05/2012

Nous n'avons pas non plus réellement étudié Fourrier, mais il a suffi que ce prof nous parle une fois de ses recherches, et avec tant de passion, que cela m'a marquée à tout jamais.
Vous l'aurez compris, je suis dépassée par votre pensée théorique.
J'ai un esprit trop terre-à-terre pour vous suivre sans garanties de praticabilité. Je vais aller voir ce qu'est Marinaleda.
Ceci dit, sans théoriciens et sans utopies on ferait du sur-place.

Écrit par : Calendula | 06/05/2012

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