04/01/2012

Le Saint Empire Germanique

Le Saint Empire Germanique

Lorsque j'ai publié ma petite pensée polémique hier sur la suppression de l'obligation d'apprendre l'allemand, j'étais loin de penser que cette question allait davantage passionner les foules que ma Théorie néo-socialiste de la démocratie sur le dépassement du capitalisme. Néanmoins il semblerait que la remise en question de la superstructure (ici représentée sous son pan culturel) soit un sujet davantage mobilisateur que les réflexions sur l'infrastructure.

Remettre en question l'enseignement obligatoire de l'allemand a été attaqué par plusieurs types de personnes. Citons notamment (et de manière non exhaustive) : les professeurs d'allemand, qui ont un intérêt rationnel à défendre le maintien de leur gagne-pain en place, les germanophones (suisse-allemand ou allemand), qui peuvent éventuellement se sentir attaqués dans leur identité culturelle, les lettrés, dont les valeurs sont remises en question, et les nationalistes (ou traditionalistes), pour des raisons idéologiques.

Mais le soutien à l'enseignement obligatoire de l'allemand est venu majoritairement d'une petite élite culturelle (principalement constituée d'étudiants) qui justement (après des années d'études acharnées) maîtrise présentement de manière efficiente la langue germanique.
Cette petite élite culturelle (rappelons de manière générale que seul 20 à 25% de la population termine et réussit le collège en Suisse), voit la remise en question de l'allemand comme une atteinte à ses privilèges (comprenez une atteinte aux capitaux linguistiques qu'elle s'est obtenus par l'investissement de ses heures de travail).
Mais dans les faits, de manière empirique, que constate-t-on ?
La majorité des gens n'étudie pas l'allemand pendant aussi longtemps qu'un collégien, et se dépêche de se lancer dans un processus de lent oubli graduel de la langue de Goethe dès qu'elle a terminé ses années de formation obligatoire à la langue germanique.
Comme on me l'a fait remarqué, ces individus subissent ensuite une discrimination, puisque sur le marché du travail ils sont moins performants que les individus germanophones. Cette discrimination offre à l'élite culturelle l'accès à un certain nombre de postes accessibles à une concurrence réduite.

La défense de l'enseignement obligatoire de l'allemand par l'élite culturelle correspond à une tentative de masquer le caractère élitaire et non démocratique que prend la sélection professionnelle en fonction de l'apprentissage de la langue allemande.
Alors que l'anglais est une langue aisée et accessible à tous, alors que son usage pourrait être généralisé au monde suisse du travail, l'élite culturelle préfère malgré tout imposer le maintien du statu quo.

Le pas suivant consiste à remettre en question l'école actuel et son caractère élitaire de reproduction des inégalités sociales (cf. Bourdieu).
J'aimerais bien savoir pourquoi il m'a été nécessaire d'étudier (en français) le Nouveau Roman de Sarraute ou l'autofiction de Doubrovsky, ou pourquoi j'ai dû apprendre tout un tas de théorèmes incompréhensibles en mathématiques.
Quelle est la part du contenu des programmes scolaires dont le rôle (conscient ou inconscient) est de faciliter l'accès à une classe (ayant des capitaux culturels hérités) à un certain type d'études universitaires et par la suite à un certain nombre de postes à haute valeur ajoutée ?

Commentaires

"on me l'a fait remarquer"
Attention au français!

Écrit par : Mère-Grand | 04/01/2012

"l'école actuel"
Il y a vraiment un problème avec l'école ... et pas seulement pour l'allemand :-), n'est-ce pas?

Écrit par : Mère-Grand | 04/01/2012

Pardonnez-moi, mais l'impertinence ne doit pas être réservée aux potaches de nos écoles.
J'ai bien apprécié votre dernier (ou avant-dernier) article sur des questions de méthodologie. Merci.

Écrit par : Mère-Grand | 04/01/2012

Pour continuer le questionnement :
Faut-il que l'école prépare les élèves au monde qui les attend réellement (p.ex. la réelle importance, en Suisse, de l'Allemand en plus de l'Anglais dans certaines filières commerciales et bancaires) , ou bien faut-il ignorer les impératifs de la future sélection ?
En les ignorant, rend-t-on service aux élèves ? Poser la question, c'est y répondre ...
Peut-on affirmer que tous les élèves qui ne sont pas issus de l'élite seraient forcément en échec ? Idéalement, l'école devrait être un lieu où certains contenus seraient abordés de telle sorte que la culture générale des jeunes s'acroisse. Ce qui est inadmissible, c'est qu'en Suisse, ces élèves-là ne soient pas mieux soutenus financièrement
Faut-il que tout ce que l'on apprend soit immédiatement utilisable et utilitaire ? Le collège n'est pas une école professionnelle. On y expose les élèves à plein de facettes du savoir humain et de la création (mes deux filles sont actuellement en 3ème et je vois défiler des contenus très variés).
Est-il nécessaire que l'élève aime tout ce qu'on lui propose, faut-il lui donner le choix (Sarraute ou disons : Marc Lévy?) ? Donner le message à un jeune qu'il pourra toujours faire ce qu'il aime ou ce qu'il juge utile, c'est le bercer d'illusions.
Il se peut que l'on découvre qu'on adore N. Sarraute ou que pour finir on a la bosse des maths. Je crois que c'est un peu l'objectif de ce zapping géant qui se pratique à l'école.
Le fait que l'école perde plein d'élèves en route est un grave problème de société. On peut l'interroger du point de vue politique et c'est certainement très utile, mais avec ça, on n'a pas fait le tour de la question.
J'ai l'impression que l'école ne sait plus captiver les élèves, ils ont tant de choses plus attirantes à faire en-dehors. Les enfants issus de l'élite pensent qu'ils auront une vie confortable, même s'ils ne bossent pas en classe, ils n'ont même pas besoin d'être vraiment bons !
Je suis ignorante en théorie politique et je devrais lire votre billet sur le capitalisme. En fait, j'ai essayé et j'ai échoué face à la difficulté. Je n'ai pas persévéré, parce que je n'y étais pas obligé, pas de test à passer, pas de note. Alors, je reste dans mon ignorance.
Je vous admire pour ce que vous faites et ai envie de sauver un petit bout de l'école en disant qu'elle n'a pas étouffé votre sens critique et votre force de conviction.

Écrit par : Frau Schaudi | 04/01/2012

Je tiens à préciser que je suis fils d'ouvriers et que je vis loin de la Suisse. Je suis content d'avoir, en tant que fils d'ouvrier, pu apprendre une langue aussi essentielle en Europe de l'Ouest et Centrale que l'Allemand.

Pas loin d'ici, les habitants de la zone limitrophe du Béarn et de la Soule avaient pour habitude d'échanger leurs enfants de manière à ce qu'ils soient tous bilingue basque-occitan. Personne ne se posait la question de savoir si c'étaient des langues utiles ou inutiles. Pourquoi cela n'est-il pas possible en Suisse ?

Avant d'être linguistiques, les barrières sont dans les têtes.

Écrit par : Christian Berdot | 04/01/2012

Bonsoir,

Secundo espagnol, j'ai le bonheur de connaître plusieurs langues en plus du français et de l'espagnol... dont l'allemand surtout utile en vacances à Alicante (bon quand j'étais jeune et beau...) ou en déplacement professionnel.

Mais il faudrait peut-être se pencher sur ce qu'en pensent nos amis alémaniques; en gros, bof.
Mieux vaut parler à un Welch en anglais, espagnol, hébreux ou je ne sais quoi plutôt qu'en Hoch-deutch...

De fait, le HD provoque parfois des boutons outre Sarine, la preuve nos différents conseillers fédéraux ont intérêt à connaître un patois zurichois ou bernois plutôt que le HD, non? oui...

Il faut reconnaître que le HD est devenu une langue étrangère pour nos voisins d'en face, le comble!
réaction épidermique face au cousin germain (pas mal celle-là) trop fort, grand, arrogant, etc.

Un autre détail, regardez nos super affiches publicitaires: les agences suisses allemandes (et quelques romandes) n'hésitent plus; vive l'anglais "universel"!

Mais un espoir subsiste... à force d'avoir de vrais allemands aux postes clés de nos entreprises, sans doute le HD reviendra à la mode.

Frohes neues Jahr oder etwas wie "Äs gutes Nöis"

Écrit par : Carlos Lafuente | 04/01/2012

Ach, ach.... Je ne comprends pas pourquoi les enfants ne sont pas éduqués de manière trilingue depuis leur plus jeune âge. A savoir en français, anglais ET allemand par exemple, et ceci par le système scolaire directement. J'ai moi-même grandi de manière bilingue voire trilingue (français, allemand, suisse-allemand). Je n'ai même pas le souvenir d'avoir dû apprendre ces trois langues, et cela m'a ouvert les portes pour en apprendre d'autres beaucoup plus facilement (anglais et italien).
Je comprends la difficulté d'apprendre la langue de Goethe à l'école. Mais en l'apprenant dès le plus jeune âge en "immersion", cela devrait considérablement faciliter la vie des petits élèves vivant en Suisse Romande. Ceci demande un changement radical du système scolaire qui devrait bien sûr s'opérer au niveau Suisse (vive l'utopie!).
N'oublions pas que l'apprentissage d'une deuxième ou troisième langue est réellement un atout pour le développement multilingue ultérieur.
Donc: abolir l'allemand ou le français en Suisse résulte d'une "mauvaise" foi de parts et d'autres et résulte d'une barrière qui se situe effectivement dans la tête, mais non dans la capacité d'apprendre que nous avons toutes et tous!

Écrit par : Patricia | 05/01/2012

La question éducation est toujours d'actualité et ce n'est pas le mercredi en plus qui fera la différence.

L'école serait plus intéressante si les cours avaient un lien logique. Je m'explique ; actuellement les élèves ont des blocs. Un certain nombre de français, mathématiques, histoire etc...ces heures viennent les une après les autres et c'est fatiguant ce manque de structures.

Il serait grand temps de changer la méthodologie avec des groupes d'essai. Ne changeons pas le programme mais changeons l'assimilation des informations. Je n'ai pas de plan précis à cela, puisque ce n'est pas mon métier de faire des recherches à ce propos. Je verrai les choses de cette façon (ceci un exemple):

Aujourd'hui la classe X étudie en mathématique Pytagore. La suite logique dans l'apprentissage de ce personnage est : son théorème, son époque, la philosophie, l'Histoire de la Grèce Antique etc...

L'apprentissage d'une culture générale ne passe pas forcément dans la segmentation des matières mais dans l'apprentissage d'un lien logique entre différentes matières.

Écrit par : plume noire | 05/01/2012

"Alors que l'anglais est une langue aisée et accessible à tous, alors que son usage pourrait être généralisé au monde suisse du travail, l'élite culturelle préfère malgré tout imposer le maintien du statu quo."

Vous auriez dû écrire : "Alors que l'anglais est une langue que l'on croit aisée (et qui est loin de l'être...). Quant à l'anglais avec des Suisses, c'est complètement hors de question en ce qui me concerne. Je refuse systématiquement de parler l'anglais avec mes compatriotes !

Et dans les affaires vient immanquablement le moment où l'on demande aux candidats :"Outre l'anglais, quellle autre(s) langue(s) parlez-vous ?". C'est à moment que l'on regrette d'avoir rejeté l'allemand et de l'avoir considéré comme inutile !

Or il n'est jamais inutile de parler la langue de son voisin !

Écrit par : Michel Sommer | 06/01/2012

J'ai comme une intuition...
Les branches à retirer de l'enseignement obligatoire ne seraient-elle pas, par hasard, celles où ta moyenne, cher Adrien, n'était guère brillante?
Tes écrits ne me sont pas antipathiques, d'habitude, mais devant tant de mauvaise foi et d'auto-complaisance je suis obligée de m'insurger...

De mon côté allemand, anglais, italien, swaili, esperanto, peu m'importe, tant que l'école pousse à aller vers l'autre, quelle que soit sa langue et sa culture. Et non, personne n'a dit que c'était facile.

Écrit par : Laura | 07/01/2012

@ Laura, je vous enverrais une copie de ma maturité si vous le souhaitez. Vous verrez que j'ai terminé la maturité avec 5 de moyenne en allemand :)
Tout n'est pas une question de notes ou de résultats.
Comme je le disais, je suis plutôt choqué par le coût d'opportunité élevé que représente l'apprentissage de l'allemand pour un francophone.

Écrit par : Adrien Faure | 07/01/2012

Les commentaires sont fermés.