05/12/2011

Le lac de Coase : le capitalisme vert en action !

Le lac de Coase : le capitalisme vert en action !

Coase a imaginé comment régler la crise écologique en utilisant les logiques mêmes qui l'ont produites, à savoir les logiques du capitalisme.

Son idée était que en privatisant (en marchandisant) la nature, alors cette même nature serait préservée de toute nuisance. Dans le capitalisme en effet tous les individus font des choix rationnels (une hypothèse osée sur la nature humaine sur laquelle est basée notre économie contemporaine), et ainsi, tout propriétaire d'un bien privé le gérera de manière à en tirer le plus grand profit. Il est donc dans l'intérêt du propriétaire d'un bien privé que ce bien ne perde pas de sa valeur. De même, si il s'agit d'un moyen de production, il sera dans l'intérêt du propriétaire de ce moyen de production d'en assurer la pérennité afin que sa rente de propriétaire ne se tarisse point.

Prenons donc l'exemple d'un lac.
Plusieurs pêcheurs pêchent du poisson dans ce lac, et ils en tirent un revenu qui leur permet de vivre. Ce lac est un moyen de production naturel qui n'appartient à personne, donc dont la propriété est commune (c'est un bien collectif). Mais les pêcheurs ne sont pas assez rationnels pour se rendre compte que si ils pêchent trop de poissons il n'y en aura plus (que si ils exploitent Mère Nature au-delà de ses capacités régénératives alors Mère Nature dépérira).
Coase propose donc de privatiser ce lac pour le préserver.
Le lac devient la propriété d'un seul pêcheur. En tant que propriétaire (rationnel) de ce lac, il veut en assurer la pérennité, et donc il limite le nombre de pêcheurs qui en ont l'accès. Pour cela il instaure un droit de péage pour accéder à son bien. Les autres pêcheurs vont donc devoir lui payer une certaine somme pécuniaire qui correspond à une partie de la valeur marchande de leur production. On peut aussi dire que les pêcheurs doivent travailler plus longtemps pour obtenir le même revenu qu'ils pouvaient obtenir quand le lac n'était pas le propriété privée d'un seul pêcheur. On voit ici le principe de l'expropriation capitaliste : le possesseur des moyens de production (des capitaux) dérobe une partie de la valeur du travail du travailleur simplement parce qu'il possède les moyens de production.

Cette démonstration de la théorie de Coase amène le constat suivant : la privatisation de la nature peut certes amener à préserver dans une certaine mesure la nature (mais pas à régler la crise écologique puisque celle-ci découle d'une logique inhérente au capitalisme, à savoir le productivisme, le toujours plus), mais elle provoque en échange l’accroissement des inégalités et donc une précarisation croissante.

La crise écologique ne se résoudra pas à coup de baguette magique capitaliste à privatiser le monde.
Elle ne se réglera que par la refonte de nos sociétés contemporaines sur une logique d'auto-limitation, c'est à dire par un apprentissage collectif à distinguer l'essentiel du futile. Toute auto-limitation induit nécessairement le partage. Et c'est ce partage que redoute les classes dominantes et qui les enferme dans des délires à la Coase.

13:16 Publié dans Capitalisme vert | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : lac, coase, capitalisme vert, privatisation, propriété privée, écologie | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Cela fonctionnerait si l'humain n'était pas aussi con. Mais l'humain qui se croit le summum de l'intelligence est malheureusement une bête bête. Par exemple, regardez ce qu'il a fait avec le DODO. Le Dodo avait bon goût. Ils auraient pu en garder quelques couples pour qu'ils se reproduisent mais non, il a fallu les manger tous et puis se dire : oh comme c'est triste, il n'y a plus de Dodo.

Écrit par : VIVIANE TITS | 05/12/2011

Cela fonctionnerait si l'humain n'était pas aussi con. Mais l'humain qui se croit le summum de l'intelligence est malheureusement une bête bête. Par exemple, regardez ce qu'il a fait avec le DODO. Le Dodo avait bon goût. Ils auraient pu en garder quelques couples pour qu'ils se reproduisent mais non, il a fallu les manger tous et puis se dire : oh comme c'est triste, il n'y a plus de Dodo.

Écrit par : VIVIANE TITS | 05/12/2011

5.12.11 Blog d'Adrien Faure, http://adrienfaure.blog.tdg.ch/comments
Je ne pense pas que votre objection à la théorie de Coase soit très bonne: en effet, on pourrait arguer que par sa gestion le propriétaire, en maintenant la pérennité de la ressource, assurerait un meilleur revenu à long terme aux pêcheurs, malgré la taxe qu'il prélève. Cela reste à démontrer, mais l'argument est recevable. En fait, c'est ailleurs que le bât blesse:
- Le proprio peut très bien vouloir, par exemple pour accumuler du capital à réinvestir ailleurs, tirer un revenu maximum à court terme de son bien en le surexploitant: adieu poissons!
- Il peut aussi estimer obtenir un meilleur profit de son lac en l'exploitant différemment, quitte à nuire aux poissons, par exemple en l'utilisant comme poubelle à déchets toxiques.
En fait, Coase présuppose que le meilleur profit à tirer du lac est l'exploitation des poissons à long terme, ce qui est un argument d'autorité parfaitement arbitraire. Comme quoi, ces dignes économistes universitaires aux prétentions scientifiques tiennent raisonnent souvent plus comme des piliers de Café du Commerce.

Écrit par : pcm | 05/12/2011

@Pcm, votre argument est juste jusqu'à ce que nous ayons calculé la différence entre la vente de poissons sur le long terme et les profits de vos deux exemples pris séparément.

Écrit par : Adrien Faure | 05/12/2011

Je ne sais pas si il faut privatiser la nature un lac ou un océans; mais il faut admettre que quand cela n'appartient à personne on a tendance à s'en foutre. L'industrie de la pêche qui raréfie les océans en sont un bel exemple. Elle exploite quelque chose qui ne l' appartient pas. Et que pour elle c'est à l'état de régler les problèmes de régulation des espèces du moment que cela ne les concerne pas directement. C'est à dire dermerdez-vous du moment que cela ne change rien pour nous. Les propriétaires de vaches ou de poules n'ont pas intérêt a voir le cheptel disparaître. Parce Que cela leur appartient et que leur existence ça leur rapporte financièrement.

C'est pareil avec les braconniers qui détruisent les espèces tel les éléphants ou les rhinocéros. Un commerce de l'ivoire exploités par des propriétaires de ces espèces menacée obligerait les propriétaire pour des raisons financières d'avoir intérêt à ce que leur gagne pain de soit pas anéanti par une disparition totale.

En résumé; on pourrait bien non pas privatiser un lac une mer à un seul ou plusieurs propriétaires; mais de privatiser ce qui est exploitable. C'est à dire le poisson par exemple dans le principe des cheptels.

D.J

Écrit par : D.J | 09/12/2011

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