04/11/2011

La social-démocratie en question

La social-démocratie en question

Au XXème siècle, l'extension des idées marxistes dans le monde force les penseurs libéraux à répliquer. C'est pourquoi ces derniers théorisent un compromis entre socialisme et libéralisme : le social-libéralisme.
Cette idéologie prône l'intervention et la régulation de l’État dans le cadre du capitalisme pour limiter et réduire les inégalités socio-économiques. Il s'agit donc d'établir une forme d'efficacité productive équitable.

Cette idéologie (renforcée par le keynésianisme) va remporter un immense succès en convertissant progressivement la majeure partie des social-démocrates, alors marxistes réformistes.

Depuis ce moment, cette idéologie peut être séparée entre deux courants proches : le social-libéralisme (de droite) et la social-démocratie (de gauche).
Toutefois, il n'y a pas de différence fondamentale au niveau socio-économique entre ces deux courants idéologiques. Au niveau politique, la social-démocratie est classée au centre gauche, et le social-libéralisme au centre droit.

Deux principales critiques existent au sujet de la social-démocratie :

La première, marxiste, dénonce le fait que la social-démocratie et son Etat-providence empêche la polarisation sociétale nécessaire à la mobilisation des classes dominées pour que ces dernières se soulèvent et renversent les classes dominantes.

La seconde, néo-libérale (voire libérale classique), prétend que le défaut du social-libéralisme réside dans son improbable pérennité. Car toute intervention étatique visant des buts humanistes affaiblit l'efficacité du capitalisme et réduit la production de richesses.
Avec la réduction des richesses, l’État s’appauvrit et se retrouve dans l'incapacité d'intervenir. Il lui faut donc s'endetter pour financer de nouvelles mesures humanistes et par là réduire l'efficacité et la production de richesses. C'est un cercle vicieux.
Leur solution consisterait à revenir à un libéralisme classique offensif : le néolibéralisme (et ses formes voisines), seul à même de rétablir la bonne marche du capitalisme.

Aujourd'hui, on peut constater avec l'exemple scandinave, les bons résultats obtenus par la social-démocratie.
Toutefois, l'exemple actuel des pays sud-européens pourrait prouver la critique néo-libérale.

En réalité, la situation scandinave permet de se rendre compte des limites de la social-démocratie : on a certes atteint une situation de progrès humain importante, toutefois il est difficile d'aller encore plus loin dans l'égalitarisme et la justice sociale. C'est l'optimum limité de la social-démocratie.
Si on veut tendre vers une société plus juste, davantage égalitaire, il est alors nécessaire de passer au socialisme démocratique.

Quant à la situation sud-européenne, elle montre l'échec possible de la social-démocratie quand un certain nombre de facteurs péjoratifs sont réunis (par exemple pour la Grèce : forte évasion fiscale, fortes dépenses militaires, fort soutien financier au clergé).
Dans ce cas-là, la seule solution humaniste est le socialisme. L’État manquant de recettes, il faut en effet nécessairement étatiser des entreprises rentables pour maintenir l'Etat-social et l'étendre.

En conclusion, on peut définir la social-démocratie comme un juste but à atteindre, mais non comme la finalité de notre action. L'idéal auquel nous devons tendre restant le socialisme démocratique.

Commentaires

L'Etat s'appauvrit par la baisse des impôts, et aussi parce que la part des salaires dans le PIB diminue. Tout l'argent ainsi soustrait va alimenter les fonds spéculatifs qui vont jouer contre les Etats et leur souveraineté, contribuant directement à accroître leur dette. Si le niveau des impôts était correct, aucun Etat ne devrait avoir de dette, car les Etats ne recourent à l'emprunt que par insuffisance d'impôts. On assiste à un sabotage en règle de l'Etat depuis la fin de l'URSS au profit d'une oligarchie qui détient le pouvoir économique, le seul qui compte. A la tête du "pouvoir" politique, il n'y a que des marionnettes.

Écrit par : Johann | 05/11/2011

Je pense ps que les gens d en bas trouvent qu ils paient pas assez d impôts...il faut souligner que là baisse d impôt en faveur des personnes morales handicap l'état qui flotte aider des personnes physiques. Là hausse constante des prix de consommation, de santé, d immobilier etc...nous payons toujours plus et pourtant ce plus que nous deboursons pour le bien de l economie est souvent à peine taxé. Je suggère que l on devrai avoir aussi des forfait fiscaux en tant que personnes physiques si on aide l économie locale. Dans tout les cas ps de solutions tant que nous aurons des hommes de paille au pouvoir.

Écrit par : Plume noire | 05/11/2011

Je peux paraître désabusé mais je me questionne sur les capacités d'intégration de nouvelles idéologies politiques (et aussi sur les existantes) en essayant de ne pas tomber esclave de l'agitation ou du sentimentalisme politique.

Dans son sens le plus large, c'est le mot "religieux" qui me vient à l'esprit, tant de foi et de ferveur dans le credo d'une saine idéologie capable de concilier politique et économie. Mais une société qui fonde ses bases constitutionnelles à partir du plus démuni a-t-elle réellement besoin d'autant d'activité politique ?

La politique et l'économie ne sont-elles pas des formes superficielles de la vie, qui tout comme les religions, n'ont malheureusement donné aucun résultat à long terme en matière d'ordre et de paix (intérieurs et extérieurs) ?

La modification d'un modèle politique va-t-elle changer l'individu ou ne faudrait-il pas prendre le problème à l'envers ?

L'optimisation d'un système ne risque-t-elle pas d'exiger que l'individu soit lui-même optimisé ?

Écrit par : Androide | 05/11/2011

@ Johann, +1

@ Plume Noire, il ne s'agit pas d'augmenter les impôts des classes précarisées et moyennes, mais bien des plus riches.
Plus les riches payeront, moins classes moyennes et précarisées seront imposées.

@ Androide, l'activité politique n'est que l'organisation démocratique de la vie en collectivité. Plus elle est forte, plus les gens ont de prise sur leur vie.

Il nous faut changer de système et changer de mentalités. L'un et l'autre sont interdépendants.

Écrit par : Adrien Faure | 05/11/2011

Si les différences entre social-démocratie et social-libéralisme ne sont pas "fondamentales" pourquoi les considérer comme deux courants distincts. D'ailleurs, on peut qualifier tous les gouvernements actuels dirigés par le Parti socialiste de social-libéral. Pourrais-tu étayer un peu plus là-dessus?

Par rapport à l'origine du social-libéralisme, je crois qu'il ne faut pas négliger le fait que les idées bourgeoises ont été présentes aussi dans le mouvement ouvrier du début du XXe siècle, particulièrement dans la IIe Internationale. Il y a eu un tas d'intellectuels de la IIe Internationale qui ont voulu réviser le marxisme en le déformant totalement. Ce qui a conduit, parmi d'autres faits marquants, les principaux dirigeants de la social-démocratie de droite a voté les crédits de guerre en 1914 en envoyant les travailleurs à la guerre pour défendre les intérêts impérialistes, de la France, de la Grande-Bretagne et de la Russie pour les uns, de l'Allemagne pour les autres.

La description qui est donnée sur la critique marxiste ressemble ou évoque la politique du pire. C'est parce qu'il y a un amalgame entre Etat-Providence et social-démocratie. La politique actuelle des PS est la meilleure preuve que ce lien n'est pas valable. La remise en cause des droits des travailleurs et des services publics est acceptée et validée par les PS européens, du moins lorsqu'ils sont au pouvoir.

Les marxistes conséquents critiquent la social-démocratie par le rôle qu'elle joue dans l'aliénation des masses et le retard que cela provoque dans la prise de conscience des travailleurs que le capitalisme ne peut pas être réformé, moralisé et régulé.

Pour finir mon commentaire, l'essentiel serait de savoir si pour toi le socialisme démocratique doit forcément passer par l'étape social-démocrate ou social-libéral. A mon avis, l'erreur principale est de croire que le PS peut progressivement passer d'une politique social-libérale à une politique social-démocrate, voire à une politique en accord avec ce que tu appelles socialisme démocratique.

Le social-libéralisme est le programme appliqué par les socialistes européens, alors que la social-démocratie n'est qu'une chimère que les socialistes agitent pour garder la confiance des travailleurs. Et la présence d'un "courant franchement de gauche" au sein du PS n'est qu'un moyen de légitimer le social-libéralisme.

Écrit par : Manuel Esteban | 06/11/2011

@ Manuel Esteban, il me semble que l'on peut différencier un social-libéralisme de droite et une social-démocratie de gauche selon le degré d'intervention de l'Etat mené au sein du capitalisme.
Mais peut-être que cette distinction est quelque peu artificielle.

(Mon traitement du lien Etat-providence et social-démocratie/social-libéralisme se fonde sur deux textes : "Qu'est ce que le libéralisme?" de Catherine Audard et "Theories of the Democratic State" de John Dryzek et Patrick Dunleavy.)

Le socialisme démocratique, c'est à dire le marxisme réformiste, peut ou pas passer par la social-démocratie.
Dans l'état actuel des forces politiques, il est plus aisé d'aller d'abord à la social-démocratie pour ensuite tendre vers le socialisme démocratique.

Écrit par : Adrien Faure | 06/11/2011

"Leur solution consisterait à revenir à un libéralisme classique offensif : le néolibéralisme (et ses formes voisines), seul à même de rétablir la bonne marche du capitalisme."

Faux. Il faudrait voir à ne pas confondre le libéralisme prêché par Goldman Sachs et ce que les libéraux classiques entendent par marché libre.

Le néolibéralisme, ça n’existe pas. C’est un néologisme commode pour continuer à apposer l’étiquette de libéralisme sur un système de connivence oligarchique sans aucun lien avec une économie de marché un tant soit peu libérale - c’est-à-dire puissamment égalitaire dans son fonctionnement, eh si. Un socialiste comme vous pourrait d’ailleurs s’interroger sur cette fureur à vouloir coller l’étiquette de libéralisme à tout prix sur des politiques qui n’ont rien à voir avec, évaluer à qui ça profite, mais passons.

Socialisme, social-démocratie et social-libéralisme, quel que soit les noms qu’on leur donne ces systèmes ont tous en commun de considérer l’Etat, le pauvre, comme un puits sans fond d’où jailliront en quantité illimitée les ressources qui manquent au reste de la société. C’est oublier que les ressources de l’Etat ne proviennent toujours et par définition que de ce que les autres membres de la société ont été forcés d’y mettre, et que partant, il est inévitable qu’un système socialiste finisse de près ou de loin par favoriser sa clientèle électorale au détriment des autres, creusant ainsi indéfiniment les inégalités, modèle sur lequel fonctionnent aujourd’hui la quasi-totalité des Etats dans le monde.

Question : si nationaliser des entreprises rentables c’est tellement cool, qu’attendons-nous pour nous précipiter dessus ? Réponse : si vous nationalisez des entreprises rentables, c’est-à-dire concrètement que vous utilisez la force publique pour confisquer ses bénéfices et les redistribuer à votre guise, vous ôtez à l’entrepreneur et à ceux qui voudraient suivre son modèle leur incitation à créer de la richesse. Vous lui ôtez la propriété de son entreprise, puisqu’elle dépend désormais de l’Etat. Ce n’est donc plus lui qui prend les décisions pour l’entreprise, mais l’Etat. Question : qui est à même de prendre les décisions de nature à favoriser le développement de l’entreprise ? L’entrepreneur qui l’a pensé depuis des années, ce développement, ou le fonctionnaire qui n’est là que pour redistribuer la valeur ajoutée ainsi créée ?

Bref, comme d’hab, le socialisme consiste à aligner les belles intentions et sommer l’intendance de suivre le rythme. Les socialistes ne veulent pas s’embarrasser de chiffres, c’est pour les comptables ça, les chiffres. Si on y croit, ça existe. Si ça n’existe pas, c’est que certains n’y croient pas. (Et il faut alors les débusquer et les châtier). Finalement, le socialisme s’apparente à l’animisme…

Écrit par : Naith | 07/11/2011

@ Naith, je vous invite à lire Hayek qui parle de son néolibéralisme qui vise à revenir au libéralisme classique, mais à l'améliorer.

Un système socialiste démocratique n'a pas de clientèle mais sert le bien commun, l'ensemble de la population.

Des coordinateurs (managers) fonctionnaires ayant les mêmes capacités, expériences et formations que les managers privés pourront fort bien administrer des entreprises étatiques. Cela se fait déjà.

Ne soyez pas réducteur quand vous parlez de socialisme.

Écrit par : Adrien Faure | 07/11/2011

Adrien, si vous avez lu Hayek, vous devriez savoir comme moi que le néolibéralisme tel qu'il est dénoncé aujourd'hui (comme vous le faites en parlant de libéralisme "offensif", allusion aux attaques spéculatives et autres mécanismes de marchés mal réglementés favorisant la loi du plus fort) n'a pas grand-chose à voir avec les thèses qu'il développe. Personne, dans les cercles libéraux, n'évoque le "néolibéralisme", c'est une tarte à la crème de jacobin ça.

"Des coordinateurs (managers) fonctionnaires ayant les mêmes capacités, expériences et formations que les managers privés pourront fort bien administrer des entreprises étatiques. Cela se fait déjà."

Non. C'est précisément cette consanguinité entre haut fonctionnariat et grosses corporations qui offrent à ces dernières les protections dont elles ont besoin, les soustrayant aux règles de la concurrence. En France par exemple cette propension à parachuter des énarques à la tête des grandes entreprises dont beaucoup ont été nationalisées dans le passé joue un grand rôle dans le conservatisme et l'inertie des acteurs du marché. A cet égard je ne suis pas si loin de votre position, dans le sens où comme beaucoup de grandes entreprises considérées comme privées fonctionnent en réalité comme des organisations para-étatiques juridiquement et financièrement, on se dit que la marge serait ténue vers une étatisation complète de celles-ci. Mais toutes choses égales par ailleurs, s'imaginer que les incentives de l'entrepreneur et celles du fonctionnaire qui viendrait administrer son entreprise à sa place sont comparables, c'est se fourrer le doigt dans l’œil. Et c'est bien le défaut de votre raisonnement sur l'étatisation joyeuse des entreprises.

La quête de la redistribution arbitraire est la constante de toutes les formes de socialisme, c'est ce qui le rend facile à caricaturer pour les libéraux. N'importe qui peut imaginer un découpage du gâteau à sa guise. C'est plus difficile de concevoir comment accroître sa taille globale. Quand bien même il serait possible d'évaluer et de quantifier cette notion si subjective qu'est le "bien commun", la simple réalité statistique induite par la redistribution arbitraire, à savoir que certains gagnent pendant que d'autres perdent au jeu de l'Etat, crée des clientèles différentes aux intérêts opposés. Les socialistes refusant de l'admettre, ils finissent immanquablement par mettre en cause les intentions de leurs adversaires, coupables de ne pas vouloir se plier aux règles qu'ils entendent leur imposer.

Écrit par : Naith | 08/11/2011

@ Naith, la philosophe libérale Catherine Audard comme mes professeurs de science po nous parle de néo-libéralisme.

Vous me parlez d'énarques, personnellement je pense à de véritables travailleurs-managers. N'oubliez pas que nombre de coopératives ou d'entreprises en autogestion fonctionne souvent avec un tournus des tâches.

La redistribution n'est pas arbitraire. Elle vise la justice sociale, et elle tend vers l'égalité des ressources. Dans une telle société tout le monde trouvera son compte.
Pour éviter le clientélisme on suivra la marche à suivre développé ultérieurement : 1) la décentralisation 2) l'assemblée populaire (comme la Landsgemeinde) 3) la démocratie mixte représentative et athénienne 4) de l'autogestion généralisée

Écrit par : Adrien Faure | 08/11/2011

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