01/10/2011

LOST in Productivism

LOST in Productivism

Les pics d'exploitation des ressources rares se succèdent depuis que l'être humain a vendu son âme au capitalisme productiviste.
Petit retour en arrière de cette évolution du développement humain mis en évidence par Alain Gras.


Pendant toute l'histoire humaine pré-productiviste, l'humanité a utilisé sa propre énergie, celle des animaux, celle de l'eau ou du vent (avec les moulins par exemple), celle du soleil, et bien entendue celle obtenue par l'utilisation du bois. Vers la fin du Moyen-Âge, la civilisation humaine est à deux doigts de s'écrouler : nous avons atteint le pic du bois, c'est à dire consommé la majeure partie des ressource forestières d'Europe (un galion espagnol nécessitait 3000 chênes tricentenaires). Pour pouvoir poursuivre son développement productiviste, l'humanité se tourne alors vers le charbon, puis vers le pétrole et le gaz.

Aujourd'hui, nous avons atteint le pic de production du pétrole.
Selon le groupe de chercheurs allemands Energy Watch, le pic de production mondial du pétrole aurait été franchi en 2006. Les chercheurs prévoient une division par deux de la production pétrolière entre 2006 et 2030. Ainsi nous sommes entrés dans l’ère du pétrole cher. L'Association for the Study of Peak Oil and Gas

prévoit un pic de production du gaz en 2020. Le pic de production du charbon devrait suivre.
Il faut savoir que nous dépendons à 85% de ces trois ressources pour notre consommation énergétique. Alors, que notre civilisation dépend de ces trois ressources, que se passera-t-il quand elles viendront à manquer ? Car, lorsqu'une ressource a dépassé son pic d'extraction, il devient alors de plus en plus cher en énergie (et donc en coût financier de production) d'extraire les ressources, jusqu'au moment où il n'est plus intéressant d'un point de vue énergétique de chercher à les exploiter (quand il faut davantage d'énergie pour extraire ces ressources, que elles-mêmes rapporteront ensuite).


La vie telle que nous la connaissons est donc terminée.

 

L'augmentation croissante des prix du pétrole va provoquer une augmentation croissante des prix du transport qui provoquera en premier lieu une inflation généralisée, puis qui étranglera progressivement le commerce mondial.

La fin du commerce mondiale signifie la fin du processus de mondialisation : nous entrerons dans une ère de relocalisation des activités humaines autour de nos besoins et non plus de nos envies (la nécessité nous y forcera). Il s'agit donc de la disparition de la société de consommation au profit d'une société de l'usage ou de la sobriété.

Par ailleurs, la voiture, et autre carcasses motorisées, seront remplacées par le vélo et la marche. Les transports publics pourront perdurer tant que nous pourrons produire suffisamment d'électricité, ce qui sera de plus en plus difficile vu que nos sources de production énergétiques dépendent d'échanges avec l'étranger que ces mêmes échanges ne se feront plus qu'au compte goutte. En effet, l'uranium de nos centrales nucléaires provient d'Afrique, les panneaux solaires sont construits grâce à des métaux de Chine, les éoliennes nécessitent du cuivre, le gaz nous vient d'Ukraine, etc.
Bien entendue, cela signifie aussi la fin d'une grande partie de notre production futile typique de notre système économique actuel.

L'humanité sera donc libérée du consumérisme, du productivisme, du matérialisme, de la publicité et du mercantilisme.

De plus, nous aurons le plein emploi. Avec la disparition des machines tous les postes mécanisés devront être repourvus. En particulier le secteur agricole qui aura besoin d'une forte main d'œuvre vu que engrais et pesticides ne seront plus disponibles.

Évidemment la transition d'une société de consommation à une société de sobriété ne se fera pas sans heurt. Avec des taux d'autosuffisance alimentaire actuellement assez bas dans le monde (en Suisse tout de même 60 %) et une baisse de la productivité de ce secteur due à la fin de l'utilisation d'engrais et de pesticides, il y aura des famines et des conflits pour le contrôle des terres agricoles.

D'ailleurs, en général, les conflits armés s'étendront partout dans le monde pour l'accaparement des ressources. Couplé avec les centaines de millions de réfugiés économiques ou écologiques (on en prévoit 1 milliard en 2050), les risques seront grands de voir des régimes fascistes ou éco-fascistes se mettre en place. Une ploutocratie, ou simplement une prise de contrôle armée de l'oligarchie est aussi envisageable (si celle-ci refusait par exemple de se restreindre).

Il y a toutefois une solution d'anticipation à cette crise qui se rapproche : une sortie du capitalisme productiviste, ou autrement dit, la décroissance.
Globalement cela consiste à créer des sociétés anti-productivistes fondées sur le partage et la sobriété heureuse avec de hauts taux d'autoproduction et d'autosuffisance dans les domaines les plus importants de l'économie (ceux servant à combler les besoins fondamentaux de l'être humain).
Toutefois, la mise en place de telles sociétés nécessitent certainement, à mon sens, un processus de transition (néo)socialiste.

Pour une présentation complète de la décroissance je vous renvoie à la note suivante :
http://adrienfaure.blog.tdg.ch/archive/2011/09/17/la-decr...

17:54 Publié dans Productivisme | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : productivisme, décroissance, capitalisme, économie, ressources, écologie, politique, socialisme, pétrole, gaz | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Bravos & MERCIS.
Rien de nouveau, mais voilà quelque chose de clairement posé!

Écrit par : marSel | 04/10/2011

On peut dire que vous avez une vision à long terme. Cette perspective est à la fois nouvelle et novatrice mais il faut vraiment croiser les doigts. Chacun est tout à fait conscient que l’éradication du capitalisme productiviste prendra peut être un siècle mais l’espoir fait vivre.

Écrit par : emplois | 12/11/2011

Les commentaires sont fermés.