30/09/2011

LOST in Capitalism

LOST in Capitalism

Pourquoi désirer dépasser le capitalisme ?
Est-ce une lubie idéaliste de jeune gauchiste? Une élucubration passéiste soixante-huitarde ? Une finasserie intellectuelle sans lendemain?

Nos adversaires droitistes nous répondrons certainement un peu de tout cela, car de manière évidente leur horizon se borne au capitalisme, puisque ce dernier fait le profit des classes dominantes qu'ils représentent.

Pourtant, il est de bonnes raisons de se battre pour en finir avec le capitalisme !
Allons-y pour un petit tour de salle.

Crise sociale

‎« La masse des pauvres, dans les pays riches, se débat dans la gêne d'un quotidien fait de pâtes à l'eau, de conserves à bas prix et de factures impayées. Tapie dans cette médiocrité lancinante gît la menace de glisser vers la déchéance de la rue, de l'alcoolisme et de la mort anonyme du petit matin » Hervé Kempf

En Suisse, on compte, selon une récente étude de Caritas, 1 million de pauvres.
Pourtant, on trouve 10% de la population mondiale de milliardaires chez nous.
En outre, on peut noter la présence de 283 000 millionnaires (sans prendre en compte le capital immobilier), et dans le même temps de 400'000 working poor (personnes travaillant à 100%, mais incapables de vivre avec le revenu qu'ils touchent).
Par ailleurs,
10 000 millionnaires possèdent plus de 10 millions de francs, alors que 56 % des contribuables possèdent entre 0 et 50'000 francs.
La moyenne suisse des écarts salariaux s'élève d'un facteur 73 (écart moyen entre le plus bas et le plus haut salaire), dans certaines grosses entreprises cet écart se chiffre parfois en plusieurs centaines de fois. A Genève, 18% des Genevois n'ont pas accès aux soins dont ils auraient besoin par manque d'argent (étude HUG),
alors que 9% des Genevois est millionnaire et possède 85% de la fortune totale du canton.
Au niveau mondial, 3 milliards d'êtres humains vivent avec moins de 3 dollars par jour, alors que 1011 milliardaires se partagent 3600 milliards de dollars (classement Forbes).
La classe mondiale des millionnaires représentent 0,2% de la population mondiale, toutefois elle possède 38% des richesses.
Enfin, je citerais Paul Ariès :
« Les 3 personnes les plus riches au monde ont un revenu annuel équivalent à celui des 150 millions les plus pauvres!
2 % des humains détiennent la moitié de la richesse mondiale!
50 % des humains n'en détiennent que 1 % »
et Jean Ziegler : « 35 millions de personnes meurent chaque année de la faim. Toutes les 5 secondes, un enfant âgé de moins de 10 ans meurt de faim. Près d'un milliard de personnes sont en permanence sous-alimentés. »


Crise écologique

Le capitalisme et son rouage central, le productivisme, a amené l'humanité devant le gouffre de l'auto-destruction en nous poussant à consumer toujours plus notre biosphère. Nous devons faire face à la raréfaction des ressources naturelles, à la chute drastique de la biodiversité, à l’acidification des océans, à l'épuisement des sols, au réchauffement climatique, pour ne citer que les principaux problèmes.
Capitalisme et écologie sont INCOMPATIBLES! Toute amélioration technique (de l'efficience en terme de consommation énergétique par exemple) est immédiatement annulé par une augmentation de la consommation du bien lui-même : (on réduit de 5% la consommation en essence d'une voiture, mais dans le même temps on augmente ses ventes de 15%), c'est ce qu'on appelle l'effet rebond.
La crise écologique, produite par le capitalisme, menace d'engloutir l'humanité !

http://adrienfaure.blog.tdg.ch/archive/2011/10/01/lost-in...

Crise politique

Le capitalisme tue le citoyen qui est en nous et dépolitise notre société par le biais de son industrie du divertissement visant à droguer le citoyen à la sur-consommation débilitante.

http://www.facebook.com/note.php?note_id=185170798174118


Crise psychique

Le capitalisme, construction du libéralisme économique (l'idéologie des riches), provoque chez ceux qui le subissent une mutation des valeurs en prônant la compétition et non la coopération, l'avidité et non le partage, la consommation et non le bon usage, l'exploitation et non l'entente, la guerre économique et non la coopération économique, l'individualisme et non la démocratie collective, l'hégémonie du privé et non l'association publique. Ces nouvelles valeurs ont comme conséquences de changer nos modes de vie et nos modes de comportement, avec comme conséquence un déséquilibre profond dans notre nature humaine. Le lien social, la vie en collectivité, l'espace public se retrouvent tour à tour affaibli. Le capitalisme pousse l'individu à travailler sans cesse davantage pour gagner davantage, afin de consommer davantage : l'individu perd ainsi sa vie à la gagner.
Enfin, on notera que globalement la joie de vivre se perd, vu les ventes croissantes d'anti-dépresseurs en Occident.

Ce petit tour de salle des conséquences du capitalisme est largement suffisant pour motiver la proposition d'un modèle alternatif, tel que je tente de le développer régulièrement dans mes écrits. Je reviendrai prochainement sur une transition vers un modèle de socialisme utopique abouti.
Mais il appartient à chacune et à chacun de s'engager dans la lutte politique pour un monde meilleur, aujourd'hui plus que jamais, la nécessité d'un changement appelle à la mobilisation!

10:44 Publié dans Capitalisme | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : capitalisme, économie, politique, société, écologie | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

28/09/2011

L'allocation universelle

L'allocation universelle

Je pensais écrire sur le processus de transition amenant la société du capitalisme mortifère jusqu'au socialisme abouti, mais ayant été invité par Léman Bleu pour parler succinctement de l'allocation universelle, je ne peux pas m'empêcher d'écrire un petit billet sur cette allocation universelle qui mérite qu'on s'étende sur elle.

L'allocation universelle, aussi appelée revenu d'existence, revenu de base ou dotation inconditionnelle d'autonomie, est intéressante car elle permet véritablement d'améliorer la vie des gens concrètement et très vite. Toutefois, elle n'est bien entendue qu'une mesure, et en ce sens insuffisante par elle-même à provoquer le changement de société global que j'appelle de mes vœux.

L'allocation universelle c'est la garantie d'une existence décente et digne.

Cela consiste à verser mensuellement un revenu ou une allocation, à chaque individu, qu'il soit riche, ou qu'il soit pauvre, qu'il travaille ou ne travaille pas. Cette allocation devrait assurer les besoins fondamentaux de chaque individu (notamment se nourrir, se vêtir, se soigner, se loger ou accéder à un minimum de culture). On parle donc bien ici de besoins, et non d'envie, la différence est essentielle.
L'allocation universelle permet de libérer l'individu de l'obligation du travail non enrichissant ou non satisfaisant sur un plan existentiel. A ce sujet, je me permets de citer Marx :
‎ « Le domaine de la liberté commence là où cesse le travail. »
En plus, cela permet de donner leur indépendance concrètement aux jeunes et ainsi de créer une société plus mature.

La question que l'on se pose ensuite est la suivante : est-ce que tout le monde va arrêter de travailler si on donne à tout le monde cette sympathique allocation universelle ?
Et bien selon une étude allemande, 70% des Allemands disent qu'ils continueraient de travailler si on leur donnait une allocation universelle, 20% qu'ils continueraient mais réduiraient leur temps de travail, et 10% qu'ils feraient autre chose dans leur vie comme « travail ».
Toutefois, ces mêmes Allemands pensent à 80% que si on donnait une allocation universelle aux autres Allemands, alors ces derniers ne travailleraient plus... On notera donc ici que une des raisons pour lesquelles l'allocation universelle n'est pas encore en place en Suisse ou en Allemagne consiste simplement en un manque de confiance envers ses concitoyens.


Il est important de bien se dire qu'il faut repenser le travail sous une nouvelle forme.
Après tout, nombre d'activités humaines importantes qui enrichissent la société ne sont pas rémunérées (ou pas assez), voire ne sont même pas prises en compte !
C'est le cas du travail des femmes ou hommes au foyer, de nombre d'artistes qui refusent de se vendre aux normes commerciales capitalistes, de la plupart des poètes, des bénévoles, ou encore des militants politiques.

Autre question : qui s'occuperait des tâches les plus pénibles ou les moins gratifiantes ?
A cela on peut proposer deux solutions : un tournus (par tirage au sort) ou bien (plus pragmatique) une valorisation de ces métiers pénibles ou moins gratifiants afin de les rendre plus attractifs.

Est-ce utopique ? Je pense que l'on parle d'une utopie un peu trop concrète à mon goût, car celle-ci est d'ores et déjà en application dans un tas de pays !
Citons : le Brésil, l'Inde, le Koweit, l'Alaska, Singapour et la Namibie.

En Namibie, on a observé les conséquences suivantes suite à l'instauration de l'allocation universelle : augmentation du niveau d'éducation, baisse de la criminalité, augmentation du niveau de sécurité alimentaire, étoffement du tissu économique par la création de micro-entreprises, et hausse d'emplois. Bref, rien que des conséquences fort positives !

Bon, combien cela coûterait-t-il en Suisse ?
Selon une étude réalisée par le docteur en sciences économiques Samuel Bendahan, verser 2000 francs à chaque Suisse (bébés et mineurs y compris) reviendrait à 170 milliards de francs (c'est à dire 1/3 de notre PIB).
Mais ce qu'il faut prendre en compte c'est que l'allocation universelle remplacerait la majeure partie de notre sécurité sociale (en tout cas l'AVS, l'AI, les allocations familiales, et les prestations complémentaires), ce qui représente 135 milliards.
Donc, au final, il manque 35 milliards à trouver.
Toutefois, si on donne une allocation universelle seulement aux individus majeurs, on réduit d'autant les dépenses.
En outre, la disparition des structures étatiques (préc-citées) de la sécurité sociale signifiera une baisse des coûts étatiques (il ne s'agit toutefois pas d'exclure aucunement une intervention étatique visant à davantage de redistribution des richesses).
Mais bon, de toute façon 2000 francs ce n'est pas assez, je penche plutôt pour 2500 francs, il faudra de toute façon trouver alors des sources alternatives de financement comme par exemple un impôt davantage progressif et déplafonné, et/ou un revenu maximal.
Voilà, je crois avoir présenté les éléments qui me paraissent essentiels.

Ceci étant dit, qu'est ce qui empêche la création de l'allocation universelle ?
Comme toujours, la volonté politique.

22:30 Publié dans Allocation universelle | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : allocation universelle, revenu d'existence, vie, existence, liberté, droits, besoins, travail | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

27/09/2011

Le socialisme du XXIème siècle

Le socialisme du XXIème siècle

Correction, reformulation et amélioration de mon texte « Pour un renouveau du socialisme »


1)
Démocratie

La démocratie consiste en le pouvoir du peuple par le peuple pour le peuple.
Un peuple est formé d'une collectivité d'individus politisés.
Au contraire, les masses sont formées d'ensemble d'individus dépolitisés. Plus les masses sont nombreuses, plus il est facile de manipuler la société.
La politisation, c'est à dire la conscience d'appartenir à une collectivité ou communauté politique, est la clef d'un juste fonctionnement de la démocratie.
En 1789, quand la société fut capable de se penser en tant que corps social, et donc politique, elle prit le pouvoir sur ses oppresseurs et se libéra du joug monarchique.
La modernité, au sens des Lumières, consiste en la capacité pour une société de s'autonomiser des tutelles oppressives ou aliénantes. De nos jours, le haut degré de dépolitisation menace le fonctionnement de la démocratie. Par le biais de la société de consommation, et par une production industrielle du divertissement débilitante, le capitalisme produit cette dépolitisation.
En vidant de son sens la démocratie, le capitalisme la nie.

Un nouveau socialisme aura à cœur de développer la démocratie et non de la nier.
Pour cela, il est nécessaire de tendre au maximum en direction de la démocratie directe, celle-ci étant l'essence même de la véritable démocratie, et donc de la possibilité pour chacun de prendre réellement des décisions sur sa vie collective et politique. Toutefois, dans un espace commun étendu, il faut passer par une démocratie parlementaire semi-directe, auquel on devrait adjoindre un certain pourcentage de députés tirés au sort. Afin de tendre au maximum à la démocratie directe, un nouveau socialisme devra obligatoirement décentraliser (ou relocaliser) les activités humaines.
En cela, le nouveau socialisme que je propose se place dans la continuité des socialistes utopistes comme Babeuf, Fourrier ou Cabet.


2)


Économie privée

L'économie privée n'est pas démocratique.
Elle appartient par essence à des propriétaires privés, et ceux forment une minorité possédante, car la concurrence amène toujours à l'accumulation de capital (les plus gros avalant les plus petits).
Le monopole privée est donc le stade ultime du capitalisme, d'où le caractère oligarchique qu'il prend.
L'économie privée n'est pas soumis au politique, c'est à dire qu'elle échappe au contrôle démocratique, bref le peuple ne peut influer sur cette économie. En effet, le peuple ne peut se décider collectivement que sur l'économie publique, entendez l'économie étatique.
Ainsi, l'économie privée qui règne sur des pans immenses des activités humaines, ne dépend-t-elle pas de la volonté démocratique. Les individus doivent se soumettre à la minorité possédante et se vendre.
L'économie privée agit, elle, directement sur la politique et influe sur les résultats démocratiques.
La politique s'en trouve manipulée et les choix politiques ne représentent plus les intérêts de la majorité, mais ceux de la minorité possédante.

Un nouveau socialisme devra dépasser l'économie privée en la réduisant à des entités de petites tailles collaborant avec la volonté populaire. L'intérêt de tous passe donc avant l'intérêt d'une minorité.

3)

Démocratie réelle

La seule structure que la volonté populaire peut contrôler, la seule structure économique sur laquelle le peuple peut influer et décider, c'est bien entendue la structure publique, comprenez la structure étatique.
Seul l’État est soumis à la démocratie, aux décisions politiques prises par le peuple, et à la volonté de tous. L’État est l'instrument du peuple dans la construction d'une société idéale, il est l'outil qui permet à la volonté démocratique de tailler le monde qu'il désire.
Il n'y a nulle limite aux capacités de l’État. Seul la démocratie, la volonté populaire, décide des limites à mettre à la mise en pratique de ses capacités.
Plus l'économie privée est sous contrôle de l’État, plus elle est étatisée, plus elle est sous contrôle du peuple, et de la démocratie. Une économie très étatisée est donc une économie très démocratique, ou démocratisée.

4)

Liberté

La liberté de la société et des individus dépend de la démocratie. Plus une société est démocratisée, c'est à dire plus son économie dépend de l’État démocratique, plus les individus s'émancipent de la domination de la minorité possédante.
En se libérant de la minorité possédante, les êtres humains acquièrent en liberté.
Autonomes, décidant démocratiquement par eux-mêmes, de ce qu'ils veulent comme société, les citoyens vont naturellement aller vers un socialisme harmonieux ; c'est à dire vers un partage du temps de travail, un partage égalitaire des ressources, et une autogestion pertinente (autant qu'il est possible).
Afin d'être le plus libre possible, les individus doivent ensuite décentraliser la prise de décision politique et la prise de décision économique (appelée aussi planification).
En rapetissant les structures économiques, en les morcelant quand c'est possible, l'individu acquiert en indépendance et en possibilités d'influer sur sa réalité.
L'indépendance ultime des individus dépendra du développement de leurs capacités à l'autoproduction et à leur penchant pour l'auto-limitation.
Simplicité volontaire et partage sont les clefs de la liberté, de l'émancipation collective et de l'autonomie individuelle joyeuse.
Un nouveau socialisme devrait, à ce moment-la, avoir atteint son stade final de développement et l'on pourrait considérer que les conditions sont réunies pour assurer à la société et à l'individu l'accès au bonheur.
Car tout projet d'un nouveau socialisme ne doit avoir comme finalité que le soucis de construire une société où règne la joie de vivre !


Les notions présentées ci-dessus ne sont pas suffisantes, j'en suis bien conscient, mais elles permettent de proposer une lecture moderne de ce que pourrait être un nouveau socialisme du XXIème siècle.
Dans ma prochaine note, je présenterais le processus que pourrait proposer un nouveau socialisme pour accomplir le changement global que je prône.

12:07 Publié dans Socialisme | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : socialisme, démocratie, liberté, autonomie, politique, économie | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

26/09/2011

NEO-SOCIALISME

NEO-SOCIALISME

Le libéralisme a su se réinventer plus d'une fois, et trouver des formes de plus en plus en adéquation avec le contexte historique et culturel afin d'assurer la domination des classes les plus riches.
Aujourd'hui, le socialisme doit répliquer, et seule une refonte idéologique permettra de faire face aux défis actuels.

En effet, nous assistons à une crise du capitalisme qui se découpe en trois sous-crises : financière, économique et politique. Ces sous-crises s'articulent ensuite en crises-conséquences : crise sociale (la plus importante), crise écologique (qui englobe tout) et crise psychique (que l'on peut relier à toute les crises). Bien entendue, on peut aussi dire que le capitalisme est une crise en lui-même puiqu'il représente un modèle inadéquat à assurer le bonheur de la race humaine (ce qui doit être e but de tout système idéologique).
Les crises ne tueront pas forcément le capitalisme, ce dernier pouvant fort bien muter (et a déjà commencé à muter) en une forme autoritaire, ploutocratique et malthusienne pour s'assurer la domination des classes les plus riches sur le reste de la société.

Un néo-socialisme doit fermer la parenthèse de la social-démocratie qui aura failli tuer la gauche, et donc déclarer son opposition naturelle et fondamentale au capitalisme (et donc à tout modèle quelconque d'économie de marché), au libéralisme économique (et non au libéralisme des moeurs), et au productivisme (comprenant consumérisme et matérialisme).

Le néo-socialisme pourrait s'axer autour des points suivants :

- Revenir à un certain marxisme, et le dépasser par la démocratie.

Cela signifie concrètement revenir à un modèle d'économie globalement étatisé, selon le principe que l’État est la seule structure économique démocratique. Toutefois, les petites entités ne seraient pas concernés (on ne va pas étatiser le boulanger du coin!) En outre, le système de marché sera remplacé majoritairement par un système planifié. La planification a aussi un rôle de bon usage des ressources à jouer au niveau écologique.
Attention : toute idée de dictature de classe ne me semble plus d'actualité évidemment.
Par ailleurs, l'idée de centralisation est abandonnée au profit de la décentralisation au maximum.
La planification se fera donc de manière décentralisée.
Bref, c'est un retour aux socialismes utopistes (Fourrier, Babeuf, etc.) plutôt que aux socialismes scientifiques qui ont abouti au capitalisme d’État.

- Intégrer les thèses altermondialistes.

Concrètement ce point est fort aisé à accomplir : il consiste à cesser d'imposer un modèle dominant à l'étranger et de ne pas s'ingérer de manière impérialiste dans les affaires des pays étrangers.
Donc, adieu FMI, OMC , BM, libre-échange, dette oppressive, dépendance à l'exportation, et autres dogmes libéraux dépassés et nuisibles. Par contre, vive le protectionnisme intelligent, l'autosuffisance, les échanges intérieurs, et l'autoproduction.

- Incarner l'anti-productivisme.

C'est le point le plus complexe à établir. L'anti-productivisme (aussi appelé décroissance) est une pensée d'avant-garde, dernière mutation de l'écologie politique (qui accomplit ainsi comme le socialisme son retour en avant). L'anti-productivisme consiste en de nombreux points énoncés aux points précédents (autosuffisance, autoproduction, protectionnisme intelligent, etc.), mais on peut faire ressortir comme points essentiels la nécessité de relocalisation (décentralisation) des activités humaines, la baisse du temps de travail, ou le droit à une dotation d'existence.

Le but du néo-socialisme doit être d'émanciper l'être humain de la domination d'une minorité possédante, et d'assurer son bonheur (ou les conditions du bonheur) en se centrant sur ses besoins non seulement matériels (à ne pas confondre avec ses envies comme le fait le capitalisme), mais aussi immatériels (comme l'importance du lien social, de la culture, de l'art, etc.)

Cette courte et imprécise présentation mérite d'être développée et détaillée.
Je vous invite toutefois à vous référer à mes récents textes pour trouver davantage de pistes, sur le socialisme : http://adrienfaure.blog.tdg.ch/archive/2011/09/18/pour-un... ou sur la décroissance : http://adrienfaure.blog.tdg.ch/archive/2011/09/17/la-decr...

La lutte continue !

25/09/2011

La fin de la démocratie – la mort des idéologies

La fin de la démocratie – la mort des idéologies

Où sont passés les citoyens ? Pourquoi la politique n'est-elle pas davantage au cœur de leur vie?
L'année passée, j'avais analysé la dépolitisation en mettant en cause la société de consommation et le consumérisme matérialiste :

http://www.facebook.com/note.php?note_id=185170798174118

J'énonçais donc que c'était le capitalisme productiviste qui dépolitisait en transformant le citoyen en consommateur individualiste incapable de s'engager dans un processus collectif politique.

Mais aujourd'hui, je propose un autre axe de lecture : la mort des idéologies.

En effet, si les citoyens se détournent du jeu politique démocratique, c'est parce qu'ils ne trouvent pas leur place dans les partis politiques.
Pendant la majeure part du XIXème siècle et du XXème siècle, les partis ont représenté des idéologies. Les idéologies articulaient un ensemble d'idées basées sur des valeurs et une vision du monde, et le tout formait de véritables projets de société.
Globalement on trouvait les trois grands courants suivants : libéralisme, conservatisme et socialisme.


Aujourd'hui, l'idéologie libérale a accomplis son rêve : nous vivons tous dans le joyeux monde du capitalisme mondialisé !
Cette idéologie ne peut plus que proposer un hyper-capitalisme (version néo-libéral) ou revenir à une version plus soft. Toutefois, son horizon reste borné par le capitalisme.
Le conservatisme, ne proposant plus de modèle de société, s'est dissout dans les questions de mœurs.
Enfin, le socialisme ayant été mis en application sous sa forme productiviste marxiste (capitalisme d’État), et ayant fait naufrage sous cette forme, les anciens socialistes ont adhéré à la social-démocratie qui entérine le capitalisme comme modèle dominant.

Si tous les partis ne proposent que des nuances (nuances qui ont leur importance je ne le nie nullement) de capitalisme, alors on peut considérer que les idéologies sont mortes et que la diversité des offres politiques est faible.
On comprend alors pourquoi la majorité des gens se désintéressent de la politique et préfèrent s'investir autrement...
La démocratie est-t-elle condamnée ?

Non !

Car la renaissance s'en vient !
A gauche, écologie politique anti-productiviste et l'altermondialisme ont été les terreaux favorable à l'épanouissement d'une nouvelle idéologie, d'un nouveau socialisme du XXIème siècle !
Ce néo-socialisme devrait permettre de régénérer les mouvements sociaux et de mobiliser des foules pour la construction d'un nouveau modèle de société par delà le capitalisme mortifère !!

NB : Dans ma prochaine note, je synthétiserai quelques éléments fondateurs d'une refondation d'un socialisme, sur la base de mon précédent article : http://adrienfaure.blog.tdg.ch/archive/2011/09/18/pour-un...

22:58 Publié dans Idéologies politiques & projets de société | Lien permanent | Commentaires (37) | Tags : démocratie, idéologie, société, socialisme, politique | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Petit glossaire des idéologies traditionnelles version II

Petit glossaire des idéologies traditionnelles version II

Nationalisme de gauche : Adulation de la Nation, conservatisme, rejet et stigmatisation de l'étranger (voire de l'Autre en général), anti-capitalisme, ou anti-libéralisme.

(On citera en exemple Genève Non Conforme, Alain Soral ou encore le nazisme.)

Extrême gauche

Communisme libertaire ou anarchisme de gauche : Abolition de l'État et de la propriété privée, au profit de l'autogestion par libre association d'individus. Démocratie directe et participative.

Marxisme : Économie étatisée et planifiée, répartition égalitaire des revenus, et dictature de classe. Système mis en place par la révolution.

 

Gauche

Socialisme : Économie étatisée et planifiée, répartition égalitaire des revenus. Système mis en place par la démocratie.

Centre Gauche

Sociale-démocratie : Économie de marché (capitalisme), mais interventionnisme étatique, pour limiter les inégalités par les lois, les impôts, les taxes, etc.

Le Parti Socialiste (PS) et les Verts sont majoritairement sociaux-démocrates.

Centre

Mélange entre le social-libéralisme et la social-démocratie.

 

Centre Droit

Social-libéralisme  : Mélange entre le libéralisme économique et la sociale-démocratie.

Droite

Libéralisme économique : Économie de marché (capitalisme), pas d'intervention étatique. Très fortes inégalités. Mais pas de privatisation de l'État!

Extrême droite

Ultra-libéralisme : Économie de marché (capitalisme), privatisation partielle de l'État. Crée une société ultra-inégalitaire.

Néo-libéralisme : Ultra-libéralisme auquel on adjoint un État répressif (pénalisation de la société). La justice, la police et l'armée restent donc sous le contrôle de l’État (selon le Consensus de Washington), permettant ainsi de privatiser l'État-social et dans le même temps de réprimer la population précarisée par la disparition de la redistribution étatique.

Le Parti Libéral-Radical (PLR), le Parti Démocrate-Chrétien (PDC) et les Verts Libéraux sont néo-libéraux.

 

Anarchisme de droite (aussi appelé anarchisme de droite, ou anarcho-capitalisme, libertarisme, ou libérisme, ou encore néo-féodalisme, ou tout simplement ploutocratie) :

Économie de marché (capitalisme), privatisation totale (abolition) de l'État. Crée à la longue une société ultra-inégalitaire dominée par une oligarchie (une caste de riches).

Le Tea-Party est majoritairement anarchiste de droite.

 

Nationalisme de droite : Adulation de la Nation, conservatisme, rejet et stigmatisation de l'étranger (voire de l'Autre en général), économie de marché (capitalisme) et libéralisme (ou une forme plus extrême du libéralisme). L'Union démocratique du Centre (UDC) est nationaliste de droite.

Version I :            http://www.facebook.com/note.php?note_id=204377546253443

13:20 Publié dans Idéologies politiques & projets de société | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : politique, idéologie, gauche, droite, centre | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Esquisse d'un programme politique de décroissance

Esquisse d'un programme politique de décroissance (en vrac)

Mon propos n'est nullement ici de présenter le projet de la décroissance en tant qu'idéologie politique, cela a d'ores et déjà été fait dans un de mes précédents textes : http://adrienfaure.blog.tdg.ch/archive/2011/09/17/la-decroissance-un-projet-d-avenir.html
J
e désire simplement présenter une liste de mesures pouvant servir de constitution à un programme politique en faveur de la décroissance.

- Dotation inconditionnelle d’autonomie : pour un revenu d'existence, une allocation universelle permettant à tous et à toutes de subvenir à ses besoins fondamentaux. Cette allocation pourrait se faire de manière non monétaire.

- Redistribution des richesses des plus riches aux plus pauvres : revenu minimum et maximum, écarts salariaux maximaux, impôts le plus progressifs possibles. 

"La seule façon que vous et moi acceptions de consommer moins de matière et d'énergie, c'est que la consommation matérielle - donc le revenu de l'oligarchie - soit sévèrement réduit." Hervé KEMPF

- Défense des sphères de la gratuité, extension de la sphère de la gratuité aux biens communs ou vitaux, et extension des services publics. 

- Relocalisation des activités humaines : pour contrer la politique ultra-libérale de délocalisation et favoriser une économie écologique, sociale et solidaire.

- Démantèlement des entreprises multinationales ou des entreprises obèses au profit de petits entités économiques.

- Création de monnaies locales pour favoriser le développement d'économies locales non dépendantes de la spéculation sur les changes ou sur les ressources naturelles.

- Sortie du nucléaire et développement des énergies renouvelables. Limitation de la consommation énergétique.

- Réduction du temps de travail : travailler moins pour vivre plus. Le partage du travail entre tous les travailleurs et travailleuses permet de créer de l'emploi pour tout le monde.

- Egalité homme-femme : lutter contre les inégalités salariales entre hommes et femmes et toute autre inégalité de genre.

- Engagement en faveur de la paix et de la tolérance : réduction du budget de l'armée et lutte contre la xénophobie et le rejet de l'Autre.

- Développement d'une agriculture agro-écologique et biologique locale : afin d'assurer une autosuffisance alimentaire minimum en prévision de la réduction des échanges commerciaux mondiaux avec la fin du pétrole.

- Auto-suffisance alimentaire de 100%.

- Gratuité des transports publics financée par une taxation des transports privés motorisés (d'autres sources de financement sont envisageables).

- Soins gratuits et accessibles à toutes et à tous.

- Education gratuite et accessible à toutes et à tous.

- Valorisation des métiers manuels et pratiques.

- Étatisation d'un minimum de logements pour assurer l'accès à toutes et à tous au logement. 

- Promotion de l'autogestion.

- Promotion du troc et des SEL (permet de sortir des simples échanges marchands).

- Promotion de la coopération (et déjà dans l'éducation avec les jeux coopératifs par exemple).

- Création de jardins potagers publics, associatifs ou communaux.

- Apprentissage de l'autoproduction à l'école.

- Promotion du vélo et création de pistes cyclables en grand nombre.

- Création de nouveaux espaces publics et espaces verts ouverts à toutes et tous.

- Promotion des coopératives.

00:46 Publié dans Décroissance, écologie politique & Anti-productivi | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : décroissance, politique, idéologie | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

24/09/2011

La social-démocratie : un paradoxe perdu

La social-démocratie : un paradoxe perdu

Il y a encore quelques mois, je me montrais convaincu de la nécessité de combattre le libéralisme (et non pas uniquement ses formes les plus extrêmes que sont le néo-libéralisme ou l'ultra-libéralisme). Toutefois, je me positionnais encore comme social-démocrate (position qui avait été la mienne depuis ma politisation à mes 15 ans), et par conséquent comme pro-capitaliste par fatalisme idéologique. C'est en assistant à la politique d'austérité néo-libérale menée par des gouvernements social-démocrates en Grèce, en Espagne et au Portugal que je compris avec dépit l'échec de cette idéologie. Les barrières de la sociale-démocratie sont trop grandes pour lui permettre d'être réellement efficaces. Comment pourrait-t-elle mener sa politique de libération des individus par l'extension des sphères hors logique capitaliste, alors qu'elle dépend du bon fonctionnement du capitalisme lui-même pour mettre en place ses politiques ?

Sa dépendance à la bonne santé du capitalisme la condamne à se trahir fatalement et à n'être qu'une illusion pour bonnes âmes...

Poussé par cet évidence, je ne peux qu'embrasser la cause du socialisme véritable !

NB : Je ne réfute nullement l'apport positif de la social-démocratie, ou sa capacité à court terme à clairement améliorer la situation des classes précarisées ou moyennes. Je constate simplement son incapacité à mener une politique émancipatrice sur le long terme, du fait de sa dépendance totale à la bonne santé du capitalisme, alors qu'il est certain que les logiques des politiques social-démocrates sont majoritairement anti-capitalistes et ne peuvent que péjorer le bon fonctionnement de ce système, puisque son bon fonctionnement dépend de la création d'inégalités et de misère.

La social-démocratie est enfermée dans ce paradoxe de vouloir bien faire dans un cadre dont elle dépend pour pouvoir bien faire, mais qui se péjore lorsqu'elle agit dans la direction humaniste !

00:59 Publié dans Social-démocratie | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : social-démocratie, socialisme, capitalisme, idéologie, politique | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

23/09/2011

Décroissance ou Barbarie

Décroissance ou Barbarie

Dans mon dernier texte, La décroissance : un projet d'avenir ( http://www.facebook.com/note.php?note_id=262993157058548 ) je déclarais :

 

''La question que la société moderne doit se poser au sujet de la crise écologique c'est : faut-il subir une récession économique provoquant chômage et aggravation de la crise sociale ou alors faut-il faire le pari de la décroissance, c'est à dire d'une réduction planifiée démocratiquement de notre empreinte écologique ?

Les conséquences du réchauffement climatique (catastrophes naturelles, montée des eaux, migrations massives de réfugiés climatiques, désertification, raréfaction de l'eau douce, etc.), couplées à celles de l'épuisement des ressources (chute de pans entiers de la production par manque de certains métaux, chute des échanges commerciaux par manque de pétrole, etc.) et à celles de la chute de la biodiversité (par exemple le coût de la disparition des abeilles pour la pollinisation) signifient une récession majeure qui entraînerait l'humanité dans le chaos et la barbarie.

La seule façon d'éviter cela, de résoudre la crise écologique, consiste à limiter notre impact écologique aux capacités de régénération de la Terre. Pour cela, il est nécessaire de sortir du dogme de la croissance, et de repenser notre mode de vie sur des bases plus respectueuses de notre environnement.''

Aujourd'hui, je désire développer en quelques points la barbarie possible qui nous attend si nous refusons la décroissance.

En effet, pour répondre à la crise écologique, découlant de l'économie de croissance, nos ploutocraties occidentales mettront en place des politique malthusiennes de réduction démographique. Car plutôt que de partager et de s'auto-limiter, les classes dominantes préféreront obliger les autres à se restreindre.

J'hypothèse le déroulement suivant :

 

1) Les étrangers.

Stigmatisation. Limitation des droits, des libertés et des ressources. Pénalisation du caractère étranger. Augmentation du nombre de centre de détention. Expulsions massives. Limitation de la natalité.

 

2) Les « jeunes » naturalisés.

Stigmatisation. Dénaturalisation. Cette catégorie se rapporte ensuite au cas des étrangers.

 

3) Les pauvres.

Stigmatisation. Limitation des droits, des libertés et des ressources. Pénalisation de la pauvreté. Augmentation du nombre de centres de détention. Travail forcé généralisé. Limitation de la natalité.

 

4) Les opposants.

Stigmatisation. Limitation des droits, des libertés et des ressources. Limitation de la démocratie. Pénalisation de l'opposition. Arrestations massives et répression. Augmentation du nombre de centres de détention. Travail forcé. Ré-instauration de la peine de mort.

 

5) Les pays pauvres.

Stigmatisation. Fin de la coopération internationale et de l'aide au développement. Guerre économique et financière. Guerres d'invasion et d'appropriation des ressources. Colonisation. Occupation. Génocide.

 

Voilà la barbarie dans ses grosses lignes.

A nous de nous engager pour que ce futur n'advienne jamais!

22:47 Publié dans Décroissance, écologie politique & Anti-productivi | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : décroissance, barbarie, engagement, politique | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Approfondissement de l'analyse gorzienne

Approfondissement de l'analyse gorzienne

Dans mon article « Socialisme, Écologie politique et Anti-productivisme » est mise en évidence la différence entre système et logique du socialisme.

Toutefois l'un et l'autre sont complémentaires, et on ne peut les séparer que de manière académique.

Une logique socialiste peut être considérée comme un mouvement, ou un processus de transition systémique (socio-économique, politique, culturelle et sociétale).

[A noter que tout changement socio-économique ou politique entraîne un changement culturel (c'est à dire une évolution des mentalités) et sociétal (au niveau des actions de la collectivité).]

Une logique socialiste doit se comprendre essentiellement comme un mouvement, un déplacement amenant la société (comprise comme un tout) d'un point A à un point B.

Il est important de noter que l'on peut traduire le socialisme comme une opposition pure et simple au capitalisme, que ce soit en tant que logique ou

 

en tant que système. Cependant, tout anti-capitalisme n'est pas forcément du socialisme (par exemple certaines formes de sociétés conservatrices).

Un système socialiste proprement dit doit être l'aboutissement de ce mouvement, de cet logique du socialisme. Un système socialiste aura donc libéré l'être humain de toute aliénation, et pour cela, il aura éliminé au maximum toute logique de rentabilité, et surtout toute logique de maximisation des profits, de concurrence, de compétition, de marchandisation, de matérialisme, de productivisme, de consumérisme, etc.

Un système socialiste est donc un aboutissement d'un processus libératoire basé sur des valeurs humanistes.

On ne peut considérer l'interventionnisme étatique ou l'étatisme (l'extension des sphères de la société sous contrôle étatique) que comme des outils dans la construction du socialisme en tant que système.

Un système d'économie étatisée comme l'URSS peut être défini selon Gorz comme du capitalisme d’État, car la majorité des logiques qui s'y déployaient étaient d'ordre capitaliste (notamment les conditions de travail dans certains secteurs de travailleurs ou les logiques productivistes mises en pratique dans la planification).

Il est évident que le dépassement du capitalisme par le socialisme ne peut se faire aisément que par une étatisation de l'économie. L’État étant la seule structure démocratique on peut d'ailleurs y voir une démocratisation totale de la société, puisque l'ensemble des activités humaines seraient soumises au contrôle de la démocratie (donc du peuple).

Mais une étatisation de l'économie n'est pas une fin en soi, mais une étape. L'étape suivant étant la planification décentralisatrice. La planification représente l'abandon d'une partie du fonctionnement du système capitaliste, mais il faut garder à l'esprit que des logiques capitalistes peuvent subsister dans un système étatisé et planifié. A nouveau il faut rappeler que la planification, comme l'étatisation, ne sont que des étapes vers un système véritablement socialiste. Un système étatisé et planifié n'est qu'un socialisme en voie de développement, ou un capitalisme en voie d'abandon ; c'est un processus en cours.

Car un système socialiste abouti n'a plus besoin d’État, pas plus qu'il n'a besoin de démocratie parlementaire.

 

Un système socialiste est un système centré sur les besoins réels de chacune et de chacun (par une planification démocratique) et par le développement d'un niveau élevé (au maximum) d'auto-production, et donc l'adoption de l'auto-limitation. Un système socialiste abouti fonctionne par la démocratie directe et donc l'auto-gestion.

 

Faut-il faire une différence entre socialisme et communisme? Historiquement (au niveau de son emploi) je me contenterais de dire que l'un prône plus souvent le réformisme et l'autre la révolution. Mais les nouvelles formes révolutionnaires non violentes tendent à réconcilier ces deux méthodes. On notera par ailleurs la définition de Serge Latouche de sa révolution citoyenne pro-décroissance qui passe par une décolonisation des imaginaires permettant de faire de chaque être humain un citoyen avant d'être un consommateur (politisation citoyenne + changement des mentalités = révolution).

 

Peut-on se passer d'étatisation ou de la planification pour créer la société que nous appelons de nos vœux (société qui correspond à la vision gorzienne du socialisme)?

Peut-être, mais c'est un système qu'il reste à créer et à développer. Je tenterai prochainement de présenter une alternative pouvant faire lieu d'étape entre le socialisme (en tant que système abouti) et le capitalisme.

 

L'aboutissement de la décroissance (en tant qu'idéologie politique) est le même système (disons très proche) que le socialisme, mais elle emprunte un chemin différent, peut-être plus novateur. C'est dans cette direction que le socialisme en tant que mouvement politique (proposant un modèle de société) doit se tourner, car c'est dans la construction de l'étape intermédiaire permettant la création d'une société socialiste que réside toute la difficulté.

L'étatisation et la planification sont majoritairement mal perçues dans la population suisse (ou européenne). Il peut donc s'avérer nécessaire de proposer une évolution très en douceur, purement social-démocrate dans un premier temps par exemple. Ou bien alors adopter les nouvelles théories anti-productivistes de la décroissance. Les deux voies sont possibles et sont même fusionnables.

 

Une société libérée est une société ayant atteint un haut niveau (disons le niveau le plus élevé possible) d'auto-production collective et individuelle. Certes, il y aura toujours des échanges matériels, car ceux-ci peuvent encore se révéler nécessaires. On peut donc (évidemment) tendre vers une auto-production relative plutôt qu'absolue.

L'auto-production nécessite une sortie de la société de consommation, vers une société de l'usage centrée sur ses besoins. La liberté est donc dépendante de la capacité d'auto-limitation collective et individuelle.

Une société de ce type pourrait être mise en place via une planification décentralisatrice (une des erreurs de l'URSS est justement d'avoir choisi la planification centralisatrice).

 

Pour conclure, afin de rappeler l'enjeu de ma démarche, j'ajouterais que la recherche idéologique est nécessaire si l'on veut renverser la tendance dominante actuelle de la gauche centriste à la compromission avec le libéralisme. Cette lutte doit se garder de tout dogmatisme, mais doit se montrer intransigeante quant à ses fondamentaux, notamment l'exigence de refuser capitalisme, libéralisme, et productivisme !

16:28 Publié dans André Gorz | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gorz, socialisme, capitalisme, productivisme, écologie, autoproduction | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Petite évolution historique des idéologies

Petite évolution historique des idéologies

1) Prenons comme situation initiale le féodalisme.

 

- Sous le féodalisme, c'est le système économique dit du mercantilisme qui était en place.

 

2) Le mercantilisme, combiné aux conditions historiques, a amené l'apparition d'un courant idéologique anti-féodaliste : le libéralisme.

 

- Le premier libéralisme est le « libéralisme classique ».

 

3) Le libéralisme classique, combiné à nouveau aux conditions historiques, crée le modèle capitaliste, l'économie de marché.

 

- De par ce lien de parenté entre libéralisme et capitalisme, on peut parler de capitalisme libéral.

 

4) En réaction au capitalisme libéral se développe le marxisme.

5) La réplique idéologique du libéralisme au marxisme consiste en son « nouveau libéralisme ».

 

- On peut parler ici de mutation du libéralisme idéologique qui intègre l'intervention de l’État dans sa vision de la société.

 

6) Le capitalisme libéral a comme conséquence l'apparition de la crise écologique.

 

- En réaction apparaît l'écologie politique.

 

7) Avec l'échec du capitalisme d’État soviétique, le nouveau libéralisme devient l'idéologie dominante.

 

- Le nouveau libéralisme se scinde en deux courants : le social-libéralisme de droite, et la sociale-démocratie de gauche. Tous deux entérinent le capitalisme comme fin en soi.

 

8) En réaction au nouveau libéralisme naît le néo-libéralisme.

 

- Le néo-libéralisme rejette la mutation du libéralisme classique au nouveau libéralisme, et théorise une version extrémiste et radicale du libéralisme classique.

 

9) En réaction à l'affaiblissement généralisée du marxisme et à la victoire idéologique du néo-libéralisme naît la mouvance alter-mondialiste, descendante du marxisme et ayant intégré la critique dite tiers-mondiste.

 

10) En réaction à l'écologie politique le libéralisme invente l'écologie libérale.

 

- Développement durable ou capitalisme vert sont d'autres noms pour cette réplique idéologique du capitalisme libéral à l'écologie politique.

 

11) En réaction à l'écologie libérale naît la décroissance ou anti-productivisme, descendante de l'écologie politique, de l'altermondialisme et du marxisme (sous sa forme définite par André Gorz).

 

12) L'alter-mondialisme, la décroissance, le marxisme et la social-démocratie accouchent d'une nouvelle mutation idéologique fusionnelle : le néo-socialisme.

 

- Le néo-socialisme...

c'est nous !

00:08 Publié dans Idéologies politiques & projets de société | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : histoire, idéologie, évolution, politique | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

20/09/2011

Socialisme, Écologie politique et Anti-productivisme

Socialisme, Écologie politique et Anti-productivisme

Dans son livre Capitalisme, Socialisme, Écologie André Gorz définit le socialisme comme un mouvement idéologique en opposition avec le capitalisme et tentant de le dépasser en proposant un autre modèle de société. Le socialisme scientifique se théorisait sous la forme d'un système centralisé, André Gorz se désintéresse du système pour parler en termes de logique anti-capitaliste.

Si on définit le capitalisme comme une logique de rentabilité, sous-entendant maximisation des profits, (et par conséquent baisse des coûts de production), le socialisme consisterait alors à établir des zones d'activité humaine échappant à cette logique. Gorz met en évidence le fait que dans un système d'économie étatisée, centralisée et planifiée, des pans de l'activité humaine se retrouvent quand même astreints à la logique capitaliste de rentabilité.

 

 

''Les systèmes économiques sont et demeurent capitalistes aussi longtemps que la logique de la rentabilisation maximale d'un maximum de capital (fixe et circulant) détermine les conditions de travail, les investissements, le modèle de consommation et donc le mode de vie, la culture et l'échelle de valeurs.''

 

 

Comment différencier le socialisme et la social-démocratie ? Car à première vue, du moment qu'on ne s'intéresse plus à ces idéologies en tant que système, mais en tant que logique il ne semble plus y avoir de différence entre ces deux modèles. La réponse est claire : la social-démocratie entérinant le système capitaliste comme fin en soi ne peut prétendre à le dépasser et ne peut donc pas accomplir l'objectif du socialisme, à savoir l'émancipation de l'être humain.

Un système dit socialiste est donc bien entendu nécessaire pour sortir du capitalisme, même si à l’intérieur de ce système des logiques capitalistes de rentabilité et de maximisation des profits subsistent. Celles-ci sont nécessaires pour financer l'extension des zones de non rentabilité des activités humaines, du moins dans une première étape, qui est l'étape de libération de la domination du capital.

Dans un second temps, pour accomplir son objectif d'émancipation de l'être humain, le socialisme doit se dissiper en tant que système via un processus de décentralisation socio-économique et politique, c'est à dire de relocalisation des activités humaines. Ce processus devrait amener l'être humain à l'auto-production et à l'auto-gestion par l'adoption d'une logique d'auto-limitation.

Le socialisme accomplit ainsi la révolution anti-productiviste qui est la finalité de la véritable écologie politique. On voit ainsi que l'écologie politique (et non l'écologisme vendu au capital) rejoint le même rêve d'émancipation humaine que le socialisme. L'auto-limitation étant une nécessité pour l'établissement d'une société relocalisée non dépendante du processus de mondialisation.

 

''L'écologie politique ne se borne pas à vouloir diminuer l'impact sur l'environnement du système de production existant. Il conteste les raisons pour lesquelles un certain nombre de techniques, de productions et de consommation ont été développées en premier lieu. Ces raisons sont contenues dans la logique de l'accumulation capitaliste : il faut que des quantités croissantes de capital puissent être investies avec profit, ce qui exige la consommation d'un flux croissant de marchandises et de services marchands. Il faut donc amener la population à satisfaire ses besoins par un maximum de consommation et susciter un maximum de besoins de consommation.''

 

 

Quant à la planification, elle est l'outil idéal pour mettre sur pieds une société centrée sur ses besoins et non plus sur ses envies. On voit ainsi comment socialisme et écologie politique sont liés, que ce soit dans les moyens ou dans les buts.

 

''La restructuration écologique (...) a donc nécessairement un sens anti-capitaliste et socialiste. L'investissement ne peut plus y avoir pour but croissance de l'économie, mais seulement sa décroissance, au profit de l'expansion des activités qui ne sont pas régies pas l'évaluation et la recherche du rendement et du gain.''

 

 

L'écologie politique ne doit pas disparaître sous les coups des penseurs libéraux qui ont théorisé un capitalisme vert (oxymore) sous le nom de développement durable. Le camps social-démocrate doit reconnaître que la social-démocratie ne peut ni résoudre la crise écologique, ni la crise sociale (on l'a vu avec la politique d'austérité mise en place en Espagne, en Grèce et au Portugal). Il est donc grand temps de revenir à un véritable socialisme émancipateur démocratique !

13:32 Publié dans André Gorz | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : andré gorz, socialisme, écologie, politique, productivisme, capitalisme | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

18/09/2011

Pour un renouveau du socialisme !

Socialisme

I - NOTIONS

 

1)

 

Démocratie

 

- Un peuple = collectivité politisée des individus

AU CONTRAIRE des masses = ensemble d'individus dépolitisés

 

- Politisation = conscience d'appartenir à une collectivité/communauté politique

Capitalisme (société de consommation/consumérisme) = processus de dépolitisation

 

- démocratie directe ˃ démocratie parlementaire

- démocratie parlementaire + démocratie directe

= compromis nécessaire dans un espace commun ETENDU

 

2)

Économie privée

- L'économie privée = non démocratique

CAR non soumis au politique

DONC non soumis au peuple

CAR soumis à une minorité possédante

DONC minorité possédante gouverne l'économie privée

 

=> économie privée influe sur politique => politique devient non démocratique

 

 

3)

 

ce sont les rapports de force économiques qui créent les rapports de force politiques

=> l'économique > politique

 

But du socialisme = politique > économique

= bien commun > intérêt privé

= liberté de tous > liberté de certains

= bonheur de tous > bonheur de certains

 

4)

 

Le socialisme = la démocratie réelle

- L’État = outil de la construction collective

= de la gestion de la vie en collectivité.

 

- L’État est soumis au politique

le politique = le peuple

l’État est la structure la plus démocratique

 

- L’État peut tout = le politique peut tout = le citoyen peut tout

 

- L'extension des activités humaines sous contrôle de l'Etat = démocratisation de la société

 

 

5)

 

- Liberté = non domination de l'être humain = non aliénation = égalité

 

DONC liberté = autonomie de chacun = indépendance de tous

 

SYSTEME SOCIALISTE (abouti)

= Autoproduction + auto-limitation + autogestion + démocratie directe + planification décentralisée

 

II – PROCESSUS

Il est essentiel que durant tout le processus on procède à l'accomplissement de la justice sociale et de l'égalité par toutes les politiques de redistribution possibles.

L'égalité, l'émancipation de l'être humain et l'accès au bonheur sont les buts mêmes du socialisme.

1) capitalisme (plus ou moins libéral)

 

=> Domination d'une minorité possédante – compétition entre tous – inégalités – destruction inévitable de la biosphère – aliénation de l'individu ...

 

2) capitalisme social-démocrate = interventionnisme étatique (lois, règles, taxes, impôts, etc.)

=> Préparation psychologique du peuple aux logiques socialistes

 

3) social-démocratie étatiste = dépassement de la social-démocratie = étatisation de secteurs économiques rentables afin de financer davantage de logiques socialistes

 

=> Démonstration des capacités d'émancipation des logiques socialistes = épanouissement social

 

4) étatisme = étatisation de l'économie privée = prise de contrôle par les citoyens des activités humaines

 

=> Nécessité probable de préserver la propriété privée dans certains domaines exceptionnelles.

 

=> Il ne s'agit pas ici d'un dogme, mais d'une mesure nécessaire pour libérer l'individu et la société de la dictature d'une minorité possédante.

 

=> Prise de contrôle du peuple de lui-même = indépendantisation des individus vis à vis de la dictature du capital = Démocratisation de l'économie

 

5) étatisme planifié = planification de l'économie privée selon les besoins

 

=> De l'importance de bien comprendre le sens du mot BESOIN (qui n'a rien à voir avec une envie)

=> De l'importance d'une logique du bon usage des choses (opposée au mésusage)

 

6) étatisme planifié décentralisateur = planification décentralisatrice des activités humaines économiques et politiques

 

=> construction d'une société à taille humaine = autonomisation maximale de l'être humain

 

7) système socialiste abouti = démocratie directe (sans démocratie parlementaire), auto-production (au maximum), auto-limitation, auto-gestion.

 

- démocratie directe est possible grâce à la décentralisation (relocalisation)

 

- auto-production, relative et non absolue

=> nécessite et induit auto-limitation

 

- échanges doivent êtres basées sur planification des besoins

+ planification doit se faire au niveau le plus proche de l'individu

 

- auto-gestion = principe général d'autonomie envers communauté politique

 

- organisation étatique est préservée MAIS uniquement au sens administratif ET public du terme

 

=> services publics et administration sont préservés

 

- le système socialiste = aboutissement des idéologies anarchistes et écologistes (au sens anti-productiviste du terme)

=> la lutte à gauche forme un tout unifié

 

- minorité possédante trouvera aussi le bonheur dans un système socialiste, car elle aussi est aliénée par les logiques capitalistes

13:45 Publié dans Socialisme | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : socialisme, démocratie, économie, liberté, égalité | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

17/09/2011

La décroissance : un projet d'avenir

La décroissance : un projet d'avenir

Plutôt qu'un long texte illisible et peu attirant, je préfère présenter ici le projet de société de la décroissance par rubrique thématique.

La croissance

La décroissance pose le constat que après des décennies de croissance économique notre civilisation humaine rencontre un certain nombre de crises qui font qu'on ne peut pas considérer que cette croissance ait amené le bonheur dans nos sociétés modernes. Ainsi la croissance a créé la crise écologique, composée de ses trois facettes : réchauffement climatique, baisse drastique de la biodiversité, et épuisement des ressources naturelles. Car une croissance économique illimitée est impossible dans un monde aux ressources limitées (paraphrase de Kenneth Boulding). La décroissance propose donc de mettre des limites à l'expansion des activités économiques matérielles humaines, et donc de sortir du dogme de la croissance (on peut donc parler de a-croissance selon la formule de Latouche).

 

Le découplage de la croissance

Nombre d'écologistes croient dans la possibilité d'une autre croissance, ou croissance verte qui serait mise en place par un génial développement durable. Cette croissance découplerait les flux matériels et immatériels. Les flux matériels seraient rendus de moins en moins importants par l'amélioration de l'efficience technique, c'est à dire par une amélioration croissante de l'efficacité à produire autant, ou plus, avec moins. L'amélioration de l'efficacité devrait se faire au même niveau que la croissance. Ces idées sont certes nécessaires à l'établissement d'une société de décroissance, mais elles ne peuvent pas prétendre représenter une solution véritable en elles-mêmes au dilemme de la croissance, car une augmentation de l'efficience technique à l'infini (suivant l'idée d'une croissance permanente infinie) est impossible, non seulement au niveau logique ou technologique (sauf à adhérer à un scientisme pur et dur), mais aussi parce que toute production nécessite un certain nombre de matériaux de base dont on ne peut se passer (par exemple pour construire une table il faut tel masse de bois).

 

Décroissance ou récession

La question que la société moderne doit se poser au sujet de la crise écologique c'est : faut-il subir une récession économique provoquant chômage et aggravation de la crise sociale ou alors faut-il faire le pari de la décroissance, c'est à dire d'une réduction planifiée démocratiquement de notre empreinte écologique ?

Les conséquences du réchauffement climatique (catastrophes naturelles, montée des eaux, migrations massives de réfugiés climatiques, désertification, raréfaction de l'eau douce, etc.), couplées à celles de l'épuisement des ressources (chute de pans entiers de la production par manque de certains métaux, chute des échanges commerciaux par manque de pétrole, etc.) et à celles de la chute de la biodiversité (par exemple le coût de la disparition des abeilles pour la pollinisation) signifient une récession majeure qui entraînerait l'humanité dans le chaos et la barbarie.

La seule façon d'éviter cela, de résoudre la crise écologique, consiste à limiter notre impact écologique aux capacités de régénération de la Terre. Pour cela, il est nécessaire de sortir du dogme de la croissance, et de repenser notre mode de vie sur des bases plus respectueuses de notre environnement.

 

Humanisme

La décroissance est humaniste dans le sens où elle place l'être humain avant toute chose. Si elle propose des solutions à la crise écologique, c'est par soucis de permettre la sauvegarde de l'espèce humaine et non celle des ours blancs. La décroissance est donc l'opposé total de tout malthusianisme, et de toute politique de réduction démographique. La décroissance ne prône nullement une décroissance démographique, mais au contraire une décroissance économique !

 

Crise sociale

Malgré ces dernières décennies de croissance, les inégalités explosent, les écarts salariaux s'accroissent (moyenne d'un facteur 73 en Suisse pour 2010), et les disparités de richesse montent en flèche (la classe mondiale des milliardaires se partagent 3600 milliards de dollars). Dans les pays riches la pauvreté touche des portions croissantes des classes moyennes (il y a un million de pauvres en Suisse), et de plus en plus de gens se retrouvent contraints de travailler pour des salaires de misère afin d'assurer leur survie (on notera les 400 000 working poor en Suisse). De plus, les services publics et les droits fondamentaux sont constamment attaqués, affaiblissant encore plus la condition des individus les plus précarisés.

Dans les pays pauvres, la misère s'étend inexorablement (3 milliards de personnes vivent avec moins de 3 dollars par jour).

Tout projet de décroissance commence donc par une redistribution massive des richesses des plus riches aux plus pauvres. Les droits fondamentaux doivent être garantis, les services publics étendus et renforcés (en instaurant la gratuité de la santé par exemple). Un revenu maximum et minimum doit être imposé, ainsi que des écarts salariaux fixes. Il faut aussi reconsidérer l'héritage et les possibilités d'accumulation privée de capitaux. Par ailleurs, un revenu d'existence, aussi appelé allocation universelle, revenu de base, ou dotation inconditionnelle d'autonomie, est instauré afin de permettre à chacun de subvenir à ses besoins.

 

Sortir du productivisme et du capitalisme

L'économie capitaliste définit l'être humain comme un être aux besoins illimités. Cette confusion entre besoins limités (cf. Pyramide de Maslow) et envies/désirs illimités est nécessaire à son fonctionnement. La machine productiviste se fonde sur l'idée (fausse) d'un être humain, Homo Oeconomicus, fantasmé, cherchant à combler le moindre de ses désirs. En cela, elle voit en chaque être humain un enfant et crée chez lui des dépendances.

Une société de décroissance abolit la confusion entre envie et besoin. Elle doit mettre au centre de sa construction les besoins de l'être humain et hiérarchiser ses envies : les envies matérielles devront être limitées, et celles immatérielles pourront être comblées.

Centrer une société sur ses besoins c'est encourager l'individu à s'autonomiser (s'auto-gérer), et à s'auto-limiter. En développant l'auto-production, l'individu se libère de ses dépendances au capitalisme marchand et à l’idéologie consumériste.

Cette société réduit nécessairement l'échange marchand, et redonne toute son importance au don et au lien social qui l'accompagne. Les expériences du type des services d'échanges locaux (SEL) peuvent donner une piste d'un autre type d'échanges.

La décroissance est donc un processus de re-humanisation de la société, autant qu'une logique de libération du productivisme. Le capitalisme étant fondé sur le productivisme, la décroissance est un projet résolument anti-capitaliste ; socialiste dans le sens gorzien du terme.

 

Sortir de la société de consommation

Redonner sa place à l'individu dans la société signifie faire de lui un citoyen et un usager avant d'être un consommateur. L'individu doit avoir conscience de son appartenance à une collectivité politique et de la nécessité de son engagement dans le sens du bien vivre commun. L'individu doit oublier ses comportements consuméristes au profit d'une logique de l'usage, ou du bon usage de chaque chose. L’État peut ici taxer le mauvais usage, ou mésusage, et assurer la gratuité du bon usage. On aura à cœur, par exemple, d'assurer la gratuité des transports publics et de taxer l'emploi d'un véhicule privé. Enfin, l'accès au crédit sera durci, afin de limiter la facilité d'accès au moindre désir. Un contrôle étatique sur le crédit (aux particuliers comme aux entreprises) est aussi envisageable.

 

Repenser la production

Une production intelligente est nécessaire dans une société de décroissance. Pour cela, il faudra interdire la publicité, car celle-ci sert de véritable propagande au consumérisme marchand, et représente le gaspillage de 500 milliards de dollars annuels ! Acheter pour acheter, acheter pour exister, acheter pour se faire valoir, sont des réflexes (malsains) qui doivent disparaître. La publicité est le moteur de l'achat inutile, ou futile, ce contre quoi la décroissance se bat dans sa lutte pour une société plus sobre et plus humaine (moins déshumanisé).

Une nouvelle production intégrera des critères d'efficience écologique et énergétique, et sociaux. Elle intégrera aussi les nécessités d'être réutilisable et recyclable ; logiques à l'opposé de l'obsolescence programmée qui est bien entendue abolie et sévèrement réprimée. (A noter que Marx a montré que l'obsolescence programmée n'est que le stade ultime d'une production capitaliste.)

 

Repenser l'investissement et la propriété privée

Un changement de société ne peut se faire en comptant sur le bon vouloir des classes dominantes les plus riches et donc les plus gaspilleuses et pollueuses. Il est évident que celles-ci désirent se maintenir en position de force et que le projet de la décroissance ne peut les agréer.

Il est donc possible qu'il soit nécessaire d'étendre l'intervention et le contrôle de l’État à de larges pans de l'économie actuelle. C'est pourquoi propriété la privée des capitaux (en tout genre) comme les libertés économiques ne seront pas forcément assurés dans un processus de construction d'une société de décroissance.

 

Repenser le travail

Le revenu d'existence permet de sortir de la nécessité pour l'individu d'accepter n'importe quel travail, et permet de redonner du sens à son métier, qui passe de nécessité de survie, à enrichissement du quotidien, créateur de sens.

La société de décroissance est donc nécessairement une société non travailliste. Le temps de travail y est réduit, c'est à dire que les travailleuses et travailleurs ont d'avantage de vacances, de congés (en tout genre) et de pauses, et que leur temps hebdomadaire est réduit. Le partage du temps de travail permet certes de créer de l'emploi, mais ce n'est pas une nécessité en soi. Ce qui compte étant d'améliorer la qualité de vie et les conditions de travail de chacune et de chacun.

La société de décroissance se passe des métiers nuisibles. La publicité, la création de société offshore, l'évasion fiscale, l'armée, la construction d'automobile ou d'autoroutes, la production de gadgets, sont quelques exemples de secteurs qui seront reconvertis dans une économie de la décroissance. Seuls les métiers œuvrant dans le sens du bien commun seront maintenus.

On privilégiera la création immatériel (et je ne parle évidemment pas d'un leurre de l'immatériel comme internet qui est un pollueur massif et un consommateur de ressources importantes) sur la production matériel.

Une économie relocalisée

Les secteurs clefs de l'économie de la décroissance sont ceux qui permettent de faire aboutir une nouvelle société du bonheur, en équilibre avec les écosystèmes et la biosphère, ayant résolu la crise sociale, et étant sortie du consumérisme matérialiste au profit d'une multiplication des échanges et des liens sociaux.

Une première nécessité sera de relocaliser toutes les activités humaines. Le tourisme de masse à l'autre bout de la planète sera remplacé par un tourisme local, les gens exerceront leur emploi à proximité de leur logement, et on préférera la consommation de la production locale sur celle du marché mondial.

Il s'agit donc d'appliquer une certaine forme de protectionnisme, c'est à dire de subventionner la production locale (pour autant que cette production aille dans le sens du bien commun) et de taxer les productions étrangères. On est bien loin du dogme du libre-échange tant prisé par les économistes libéraux !

La relocalisation de l'économie s'accompagnera d'une relocalisation politique, c'est à dire d'une décentralisation du pouvoir politique. Ce mouvement de décentralisation est essentiel pour penser un projet de décroissance. C'est en rendant un maximum d'autonomie à l'être humain que la décroissance pourra le libérer de l'aliénation capitaliste et productiviste.

Attention toutefois : relocaliser et décentraliser ne signifie nullement qu'une planification concertée ne soit pas nécessaire. Une planification des échanges économiques et une planification de la production relocalisée par entité politique relocalisée est souhaitable. (La planification de la production dépend de choix démocratiques, mais elle doit aboutir à une planification selon les besoins.)

L'aboutissement de ce processus de relocalisation permettra d'atteindre une démocratie directe pure et de se passer de démocratie parlementaire. Quant à l’État, il subsistera sous une forme certainement plus édulcorée.

Enfin, l'économie de la décroissance est nécessairement une économie de petites entités économiques, ce qui exclut d'office l'existence d'entreprises à taille surdimensionnée (ou hégémonique du type multinationale).

 

Auto-production

Une société de décroissance doit viser un haut niveau d'auto-production collectif et individuel. Pour cela il faut viser à l'auto-suffisance alimentaire qui répond à un besoin fondamental de l'être humain, à savoir : se nourrir.

L'auto-suffisance alimentaire ne doit plus dépendre de l'agriculture productiviste, c'est dire du cercle vicieux des pesticides et des engrais (les pesticides détruisant les sols, il faut ensuite utiliser des engrais). C'est pourquoi, le passage à une agriculture biologique et agro-écologique (locale évidemment) est essentiel.

La planification des échanges dépendra de la capacité des individus et de la société à répondre à leurs besoins par eux-mêmes (notamment par l'association sous forme de services d'échanges locaux ou de groupement d'agriculteurs et de demandeurs).

Le protectionnisme devrait encourager ces pratiques.

 

Quelques chantiers économiques

Une économie de la décroissance est un vivier d'emplois, tant le nombre de changements est élevé.

Le passage à une agriculture biologique et agro-écologique est l'un de ces chantiers. L'extension du recyclage, ou le développement de centres de troc en est un autre. Inévitablement, il s'agira aussi de passer à une production énergétique (décentralisée) fondée sur les énergies renouvelables, ainsi que d'améliorer l'efficience de toute la production et de toutes les infrastructures en terme de coût écologique (notamment en ressources) et énergétique. En outre, il faudra réaliser le passage du transport privé au transport public (en augmentant l'offre et en rendant accessible l'accès).

Bien entendue, d'autres secteurs clef dans la construction d'une société plus humaine sont d'ores et déjà bien connus : la culture, l'art, l'éducation et la santé. Ces secteurs doivent recevoir les moyens proportionnels à leur haute importance et on ne peut transiger sur ce point.

 

Impacts indirects

Les changements proposés plus haut ne vont pas avoir que des conséquences directes positives, mais aussi des conséquences positives indirectes (transversalité). Ainsi, une société plus sobre (moins portée aux excès en tout genre), plus solidaire, plus sociable, plus humaine, et plus écologique, est une société où il fait bon vivre. Imaginez bien cette société du temps libre, du travail enrichissant, du lien social, et d'une vie active chez soi (comprendre proche de son chez soi). Cette société ne produira plus de criminalité, de mal-être, de haine de l'Autre, de stress, d'accident de voiture, de guerre pour le contrôle des ressources, de fanatisme, d'obésité, d'addiction aux anti-dépresseurs, de violence, de frustration, de conflit (à toutes les échelles) ; bref la décroissance se propose de réaliser la société tant rêvée par nombre d'utopistes, à la différence que c'est une utopie plus réelle que la réalité que nous vivons qui n'est qu'une illusion vendue par des escrocs !

 

La décroissance, une lutte politique ici et maintenant

L’idéologie de la décroissance représente une chance fantastique et inestimable pour la gauche de proposer un nouveau modèle de société rassembleur. Il ne tient qu'à elle de s'en saisir et de se faire le héraut de ce rêve prophétique. Il appartient en outre à chacun et à chacune de se faire citoyen-militant et d’œuvrer à la conversion du plus grand nombre. Seule la mobilisation des masses dépolitisées et leur repolitisation permettra d'obtenir un front assez large pour faire face à nos adversaires productivistes, tenants du capitalisme libéral.

La décroissance sera le prochaine étape de l'évolution humaine, ou l'humanité ne sera pas, ravagée par les guerres et son propre aveuglement auto-destructeur !

Cet article est réalisé grâce à la lecture de Paul Ariès, de Serge Latouche (« Petit traité de la décroissance sereine »), de Tim Jackson (« Prospérité sans croissance »), de André Gorz (« Capitalisme, Socialisme, Ecologie »), et du mensuel de La Décroissance.