28/09/2011

L'allocation universelle

L'allocation universelle

Je pensais écrire sur le processus de transition amenant la société du capitalisme mortifère jusqu'au socialisme abouti, mais ayant été invité par Léman Bleu pour parler succinctement de l'allocation universelle, je ne peux pas m'empêcher d'écrire un petit billet sur cette allocation universelle qui mérite qu'on s'étende sur elle.

L'allocation universelle, aussi appelée revenu d'existence, revenu de base ou dotation inconditionnelle d'autonomie, est intéressante car elle permet véritablement d'améliorer la vie des gens concrètement et très vite. Toutefois, elle n'est bien entendue qu'une mesure, et en ce sens insuffisante par elle-même à provoquer le changement de société global que j'appelle de mes vœux.

L'allocation universelle c'est la garantie d'une existence décente et digne.

Cela consiste à verser mensuellement un revenu ou une allocation, à chaque individu, qu'il soit riche, ou qu'il soit pauvre, qu'il travaille ou ne travaille pas. Cette allocation devrait assurer les besoins fondamentaux de chaque individu (notamment se nourrir, se vêtir, se soigner, se loger ou accéder à un minimum de culture). On parle donc bien ici de besoins, et non d'envie, la différence est essentielle.
L'allocation universelle permet de libérer l'individu de l'obligation du travail non enrichissant ou non satisfaisant sur un plan existentiel. A ce sujet, je me permets de citer Marx :
‎ « Le domaine de la liberté commence là où cesse le travail. »
En plus, cela permet de donner leur indépendance concrètement aux jeunes et ainsi de créer une société plus mature.

La question que l'on se pose ensuite est la suivante : est-ce que tout le monde va arrêter de travailler si on donne à tout le monde cette sympathique allocation universelle ?
Et bien selon une étude allemande, 70% des Allemands disent qu'ils continueraient de travailler si on leur donnait une allocation universelle, 20% qu'ils continueraient mais réduiraient leur temps de travail, et 10% qu'ils feraient autre chose dans leur vie comme « travail ».
Toutefois, ces mêmes Allemands pensent à 80% que si on donnait une allocation universelle aux autres Allemands, alors ces derniers ne travailleraient plus... On notera donc ici que une des raisons pour lesquelles l'allocation universelle n'est pas encore en place en Suisse ou en Allemagne consiste simplement en un manque de confiance envers ses concitoyens.


Il est important de bien se dire qu'il faut repenser le travail sous une nouvelle forme.
Après tout, nombre d'activités humaines importantes qui enrichissent la société ne sont pas rémunérées (ou pas assez), voire ne sont même pas prises en compte !
C'est le cas du travail des femmes ou hommes au foyer, de nombre d'artistes qui refusent de se vendre aux normes commerciales capitalistes, de la plupart des poètes, des bénévoles, ou encore des militants politiques.

Autre question : qui s'occuperait des tâches les plus pénibles ou les moins gratifiantes ?
A cela on peut proposer deux solutions : un tournus (par tirage au sort) ou bien (plus pragmatique) une valorisation de ces métiers pénibles ou moins gratifiants afin de les rendre plus attractifs.

Est-ce utopique ? Je pense que l'on parle d'une utopie un peu trop concrète à mon goût, car celle-ci est d'ores et déjà en application dans un tas de pays !
Citons : le Brésil, l'Inde, le Koweit, l'Alaska, Singapour et la Namibie.

En Namibie, on a observé les conséquences suivantes suite à l'instauration de l'allocation universelle : augmentation du niveau d'éducation, baisse de la criminalité, augmentation du niveau de sécurité alimentaire, étoffement du tissu économique par la création de micro-entreprises, et hausse d'emplois. Bref, rien que des conséquences fort positives !

Bon, combien cela coûterait-t-il en Suisse ?
Selon une étude réalisée par le docteur en sciences économiques Samuel Bendahan, verser 2000 francs à chaque Suisse (bébés et mineurs y compris) reviendrait à 170 milliards de francs (c'est à dire 1/3 de notre PIB).
Mais ce qu'il faut prendre en compte c'est que l'allocation universelle remplacerait la majeure partie de notre sécurité sociale (en tout cas l'AVS, l'AI, les allocations familiales, et les prestations complémentaires), ce qui représente 135 milliards.
Donc, au final, il manque 35 milliards à trouver.
Toutefois, si on donne une allocation universelle seulement aux individus majeurs, on réduit d'autant les dépenses.
En outre, la disparition des structures étatiques (préc-citées) de la sécurité sociale signifiera une baisse des coûts étatiques (il ne s'agit toutefois pas d'exclure aucunement une intervention étatique visant à davantage de redistribution des richesses).
Mais bon, de toute façon 2000 francs ce n'est pas assez, je penche plutôt pour 2500 francs, il faudra de toute façon trouver alors des sources alternatives de financement comme par exemple un impôt davantage progressif et déplafonné, et/ou un revenu maximal.
Voilà, je crois avoir présenté les éléments qui me paraissent essentiels.

Ceci étant dit, qu'est ce qui empêche la création de l'allocation universelle ?
Comme toujours, la volonté politique.

22:30 Publié dans Allocation universelle | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : allocation universelle, revenu d'existence, vie, existence, liberté, droits, besoins, travail | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Bonjour Monsieur,

Bravo pour votre article. Avez-vous lu Denis de Rougemont, "L'amour et l'Occident"?

Et aussi cet ouvrage : "L'Europe au-delà du chômage
Une étude du Centre Européen de la Culture (Genève)
Préface de Michel Hansenne"

ISBN 978-90-5201-025-0

www.peterlang.com/download/datasheet/14064/datasheet_21025.pdf

L'idée d'allocation universelle de citoyen y est largement évoquée.

Bonne fin de semaine.

Écrit par : denise | 28/09/2011

Bonjour,

Merci de cet article nécessaire !

Un sujet lié est le "dividende universel" correspondant à la répartition de la création monétaire sur l'ensemble des membres du système monétaire d'échange économique.

Quelques explications par ici :
http://www.creationmonetaire.info/2011/06/theorie-relative-de-la-monnaie-20.html

Les deux systèmes sont complémentaires. En outre, la répartition de la création monétaire élimine la concentration de monnaie dans les mains de quelques banquiers, qui gagnent alors le pouvoir de choisir les investissements futurs qui les avantagent, ce qui permet tous les excès, comme le nucléaire.

Écrit par : bernard | 29/09/2011

Bonjour.

Quant on voit les profits réalisés par la finance et le grand-patronat, et les montants des évasions fiscales (en France en tout cas, mais pas que, en Suisse je ne sais pas, le système est différent - et le potentiel d'augmentation de l'imposition plus important), on se dit que le financement d'une allocation d'autonomie est tout trouvé !

Cordialement.

Écrit par : LHG | 29/09/2011

Intéressant. Mais si vous lisez "l'Utopie Urgente" de Philippe Souaille (éd. Slatkine, 2007), par ailleurs ancien réd en chef du journal du parti radical, vous y découvriez qu'il prône également ce revenu universel. Comme quoi la réalpolitik est parfois plus complexe que vos petits schémas simplistes.
J'aime bien aussi cette idée. Et pas besoin d'être docteur en économie pour calculer que 5 milions de suisses à 2000 CHF/mois, cela fait 120 milliards par an...
5 millions parce que j'exclus à priori les mineurs. Tout en supprimant les allocations familiales, faire des enfants devant être un désir, à assumer, pas une source de revenus. Bon 2000 CHF, cela permet tout juste de vivre, en Suisse, et c'est bien le but. Pas question d'aller au-delà, sous peine de se retrouver avec une immigration non désirée et fort coûteuse...
C'est suffisant pour vivre à la campagne, un peu plus rude à Genève. Tant mieux, cela incitera ceux qui n'ont pas de travail rémunérateur en ville à aller voir ailleurs. Et puis surtout, cela évitera les effets de seuil, détestables.
En fait l'idéal serait un revenu vraiment universel, mondial, calculé en fonction des coûts de la vie locaux. Calculé de manière à ce qu'il permette à chacun de survivre localement et donc réduise les flux d'émigration, tout en entretenant une économie locale dans les villages, aussi bien en Afrique que dans les Cévennes (en Suisse, l'économie des villages est déjà assurée).
Dans certains pays d'Afrique, ce revenu pourrait n'être que de 10 CHF par mois, cette somme étant déjà supérieure à ce que gagne un petit paysan... Cela suffirait à créer une masse d'argent en circulation au plus près des gens tout à fait considérable, contrairement effectivement à l'injection de monnaie par les banques... Le développement d'une vraie économie, et d'une vraie consommation, avec cependant les effets à en attendre au niveau des ressources en matière première, positifs... et négatifs.

Écrit par : Gracchus Baboeuf | 29/09/2011

@Gracchus Baboeuf.on ne qu'être de votre avis .On peut même argumenter quand on voit l'AI presque universelle de la part de notre pays pénalisant des gens demandeurs d'aide sociale et bien Suisses,un salaire universel va faire rire les plus réalistes.On sait tous qu'en sortant de l'EPFL ces jeunes qui doivent faire leurs expériences aimeraient toucher une paie de ministre,hélas ils seront mis à l'épreuve du feu comme tout apprenti qui se respecte.Il faut savoir raison garder et ce dans tous les domaines ne dit-on pas ?car un diplome après de longues études c'est magnifique mais le monde réel est d'une toute autre dimension à laquelle beaucoup d'étudiants ne sont pas préparés tandis qu'un apprenti lui, d'une pierre deux coups sera déjà dans le monde du travail

Écrit par : lovsmeralda | 29/09/2011

où gracchus baboeuf alias souaille se fait sa pub
pas très crédible

sur le dos d'un petit nouveau qui vient gratter sur ses plates-bandes... ça pue le coq

que de petites envolées de piou-piou
engrossis dans leurs cages
où les plus vieux cannibalisent les jeunes

Écrit par : olà! | 29/09/2011

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