29/04/2016

Les années rêvées

 

 

J'aurais aimé vivre dans les années 60.
Plus exactement, j'aurais aimé avoir 15 ans en 1960, 25 ans en 1970 et 35 ans en 1980.
Au lieu de ça, je suis né en 1991 et j'ai eu 20 ans en 2011.

 

Et pourtant, j'aime mon époque. Sa musique techno et son swing électro, ses nombreux écrans si pratiques, le réseau mondial d'échange et de débat Facebook, le téléchargement illimité donnant un accès gratuit à tous les films et toutes les musiques, le dieu Internet qui a libéré et démocratisé le savoir et la connaissance (merci Wikipedia), l'avènement de la philosophie analytique, les délicieux délires de l'art contemporain, les avions pas chers m'emmenant d'un bout à l'autre de la planète pour une poignée de francs, la nouvelle télévision de ma génération nommée Youtube, et même les chemises de hipsters.

 

Mon fantasme des années 60, c'est le fantasme de certaines choses moins présentes aujourd'hui : la contre-culture libératrice, les grands mouvements sociaux rassemblant la jeunesse, les utopies et les grands idéaux, les cheveux longs et wild, la communion psychédélique, l'esprit de révolte et l'aspiration à la liberté pleine et entière. Avec ces quelques mots, vous l'aurez peut-être compris, je suis moins branché Paris 68, mais plutôt Berkeley 64 ou San Francisco 67.

Pour que celles et ceux (quel que soit leur âge) qui n'ont encore jamais farfouillé dans cette fascinante époque puissent s'y baigner et s'y immerger par procuration, voici quelques bonnes pages à découvrir parmi les quelques traductions francophones sur lesquelles je suis parvenu à mettre la main ces derniers mois. A noter que l'aventure américaine des années 60 commence en fait... dans les années 1950, avec la Beat Generation (les Beatniks), artistes précurseurs de l'esprit libertaire hippie et subversif yippie. Leurs œuvres sont en grande partie encore sur ma table de chevet, donc j'en reparlerai à l'occasion.

 

« Turn on, tune in, drop out. »

 

Université de Harvard,1960, le professeur de psychologie Timothy Leary découvre la psilocybine, puis la diéthylamide de l'acide lysergique (le LSD), et entreprend d'en étudier les effets (positifs selon lui) sur ses élèves, sur des prisonniers (pour tester son impact sur la réduction de la récidive) et sur des théologiens (désireux d'étudier la ressemblance des effets avec la transe mystico-religieuse), tous volontaires évidemment, et à une époque où ces drogues sont encore... légales. Renvoyé en 1963, il devient son grand promoteur (« le pape du LSD ») et joue un rôle actif dans le développement du mouvement psychédélique. Arrêté par la police et emprisonné pour consommation de cannabis, il s'évade et s'exile pendant quelques aventureuses années, avant d'être arrêté à nouveau... en Suisse. Son histoire est à lire dans son autobiographie Mémoires acides. A noter que Leary milita au Parti Libertarien.

 

Il y a évidemment beaucoup à lire (et à dire) sur les hippies. En dehors des lectures théoriques possibles, je vous recommande un petit bijou, Les carnets américains de Alain Dister, qui retracent de manière très vivante ses tribulations dans les années 66 à 69 d'Est en Ouest, de Californie à New York, parmi les hippies, les freaks, les concerts de rock, les drogues, les phalanstères, labourant en tous sens l'Amérique du Nord en voiture, à pieds, en stop. Un magnifique témoignage. Pour contraster, on lira Les chroniques de l'Amérique de Joan Didion, qui se concentre uniquement sur les aspects négatifs de l'ère hippie (adolescents fugueurs paumés, jeunes sombrant dans la toxicomanie, petits enfants sous acide, etc.).

 

Le mouvement hippie a aussi son avant-garde, les Diggers, sortes de situationnistes américains, comédiens amenant la théâtre dans la rue, puis faisant du monde un théâtre (les situationnistes voulaient que la vie devienne art), la contestation devenant théâtre, les spectateurs devenant acteurs (de la pièce, de la vie, de la révolution). Ces libertaires, fervents adeptes de la gratuité (mais pas celle mise en place par l’État) à travers la free food, les free stores et la free clinic, s'activèrent pendant les années 1966 à 1968, essentiellement dans le mythique Haight-Ashbury, avant de décentraliser leur révolution dans d'autres quartiers de San Francisco. On lira leur épopée dans Les Diggers : Révolution et contre-culture à San Francisco sous la plume de Alice Gaillard.

 

Et puis, il y a tous les autres mouvements militants de ces années : mouvement pacifiste (contre la guerre au Vietnam), mouvement pour les droits civils (Black Power), mouvement pour la liberté d'expression (mouvement de contestation étudiant dont les Students for a Democratic Society), mouvement féministe, mouvement libertarien (qui se forme dans le bouillonnement de ces années). Un condensé de tout cela se retrouve dans le Youth International Party, dont les membres sont appelés les yippies. Leurs aventures, très joyeuses et très contestatrices, sont fraîchement narrées par Jerry Rubin, leader de ce mouvement, dans son livre-manifeste Do it.

 

Pour conclure sur une note politique, je tiens à dire que selon moi on ne fera pas avancer les idées de liberté sans un mouvement politique favorable à ces idées, et que ce mouvement ne prendra de l'ampleur que s'il est aussi (ou d'abord) un mouvement culturel (et artistique). Dans cette optique, il me paraît très intéressant de lire et comprendre ces années 60 américaines, sources d'inspiration pour notre présent et le XXIe siècle.

 

 

 

16:40 Publié dans Années 60 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg