23/09/2011

Approfondissement de l'analyse gorzienne

Approfondissement de l'analyse gorzienne

Dans mon article « Socialisme, Écologie politique et Anti-productivisme » est mise en évidence la différence entre système et logique du socialisme.

Toutefois l'un et l'autre sont complémentaires, et on ne peut les séparer que de manière académique.

Une logique socialiste peut être considérée comme un mouvement, ou un processus de transition systémique (socio-économique, politique, culturelle et sociétale).

[A noter que tout changement socio-économique ou politique entraîne un changement culturel (c'est à dire une évolution des mentalités) et sociétal (au niveau des actions de la collectivité).]

Une logique socialiste doit se comprendre essentiellement comme un mouvement, un déplacement amenant la société (comprise comme un tout) d'un point A à un point B.

Il est important de noter que l'on peut traduire le socialisme comme une opposition pure et simple au capitalisme, que ce soit en tant que logique ou

 

en tant que système. Cependant, tout anti-capitalisme n'est pas forcément du socialisme (par exemple certaines formes de sociétés conservatrices).

Un système socialiste proprement dit doit être l'aboutissement de ce mouvement, de cet logique du socialisme. Un système socialiste aura donc libéré l'être humain de toute aliénation, et pour cela, il aura éliminé au maximum toute logique de rentabilité, et surtout toute logique de maximisation des profits, de concurrence, de compétition, de marchandisation, de matérialisme, de productivisme, de consumérisme, etc.

Un système socialiste est donc un aboutissement d'un processus libératoire basé sur des valeurs humanistes.

On ne peut considérer l'interventionnisme étatique ou l'étatisme (l'extension des sphères de la société sous contrôle étatique) que comme des outils dans la construction du socialisme en tant que système.

Un système d'économie étatisée comme l'URSS peut être défini selon Gorz comme du capitalisme d’État, car la majorité des logiques qui s'y déployaient étaient d'ordre capitaliste (notamment les conditions de travail dans certains secteurs de travailleurs ou les logiques productivistes mises en pratique dans la planification).

Il est évident que le dépassement du capitalisme par le socialisme ne peut se faire aisément que par une étatisation de l'économie. L’État étant la seule structure démocratique on peut d'ailleurs y voir une démocratisation totale de la société, puisque l'ensemble des activités humaines seraient soumises au contrôle de la démocratie (donc du peuple).

Mais une étatisation de l'économie n'est pas une fin en soi, mais une étape. L'étape suivant étant la planification décentralisatrice. La planification représente l'abandon d'une partie du fonctionnement du système capitaliste, mais il faut garder à l'esprit que des logiques capitalistes peuvent subsister dans un système étatisé et planifié. A nouveau il faut rappeler que la planification, comme l'étatisation, ne sont que des étapes vers un système véritablement socialiste. Un système étatisé et planifié n'est qu'un socialisme en voie de développement, ou un capitalisme en voie d'abandon ; c'est un processus en cours.

Car un système socialiste abouti n'a plus besoin d’État, pas plus qu'il n'a besoin de démocratie parlementaire.

 

Un système socialiste est un système centré sur les besoins réels de chacune et de chacun (par une planification démocratique) et par le développement d'un niveau élevé (au maximum) d'auto-production, et donc l'adoption de l'auto-limitation. Un système socialiste abouti fonctionne par la démocratie directe et donc l'auto-gestion.

 

Faut-il faire une différence entre socialisme et communisme? Historiquement (au niveau de son emploi) je me contenterais de dire que l'un prône plus souvent le réformisme et l'autre la révolution. Mais les nouvelles formes révolutionnaires non violentes tendent à réconcilier ces deux méthodes. On notera par ailleurs la définition de Serge Latouche de sa révolution citoyenne pro-décroissance qui passe par une décolonisation des imaginaires permettant de faire de chaque être humain un citoyen avant d'être un consommateur (politisation citoyenne + changement des mentalités = révolution).

 

Peut-on se passer d'étatisation ou de la planification pour créer la société que nous appelons de nos vœux (société qui correspond à la vision gorzienne du socialisme)?

Peut-être, mais c'est un système qu'il reste à créer et à développer. Je tenterai prochainement de présenter une alternative pouvant faire lieu d'étape entre le socialisme (en tant que système abouti) et le capitalisme.

 

L'aboutissement de la décroissance (en tant qu'idéologie politique) est le même système (disons très proche) que le socialisme, mais elle emprunte un chemin différent, peut-être plus novateur. C'est dans cette direction que le socialisme en tant que mouvement politique (proposant un modèle de société) doit se tourner, car c'est dans la construction de l'étape intermédiaire permettant la création d'une société socialiste que réside toute la difficulté.

L'étatisation et la planification sont majoritairement mal perçues dans la population suisse (ou européenne). Il peut donc s'avérer nécessaire de proposer une évolution très en douceur, purement social-démocrate dans un premier temps par exemple. Ou bien alors adopter les nouvelles théories anti-productivistes de la décroissance. Les deux voies sont possibles et sont même fusionnables.

 

Une société libérée est une société ayant atteint un haut niveau (disons le niveau le plus élevé possible) d'auto-production collective et individuelle. Certes, il y aura toujours des échanges matériels, car ceux-ci peuvent encore se révéler nécessaires. On peut donc (évidemment) tendre vers une auto-production relative plutôt qu'absolue.

L'auto-production nécessite une sortie de la société de consommation, vers une société de l'usage centrée sur ses besoins. La liberté est donc dépendante de la capacité d'auto-limitation collective et individuelle.

Une société de ce type pourrait être mise en place via une planification décentralisatrice (une des erreurs de l'URSS est justement d'avoir choisi la planification centralisatrice).

 

Pour conclure, afin de rappeler l'enjeu de ma démarche, j'ajouterais que la recherche idéologique est nécessaire si l'on veut renverser la tendance dominante actuelle de la gauche centriste à la compromission avec le libéralisme. Cette lutte doit se garder de tout dogmatisme, mais doit se montrer intransigeante quant à ses fondamentaux, notamment l'exigence de refuser capitalisme, libéralisme, et productivisme !

16:28 Publié dans Gorz André | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gorz, socialisme, capitalisme, productivisme, écologie, autoproduction | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

20/09/2011

Socialisme, Écologie politique et Anti-productivisme

Socialisme, Écologie politique et Anti-productivisme

Dans son livre Capitalisme, Socialisme, Écologie André Gorz définit le socialisme comme un mouvement idéologique en opposition avec le capitalisme et tentant de le dépasser en proposant un autre modèle de société. Le socialisme scientifique se théorisait sous la forme d'un système centralisé, André Gorz se désintéresse du système pour parler en termes de logique anti-capitaliste.

Si on définit le capitalisme comme une logique de rentabilité, sous-entendant maximisation des profits, (et par conséquent baisse des coûts de production), le socialisme consisterait alors à établir des zones d'activité humaine échappant à cette logique. Gorz met en évidence le fait que dans un système d'économie étatisée, centralisée et planifiée, des pans de l'activité humaine se retrouvent quand même astreints à la logique capitaliste de rentabilité.

 

 

''Les systèmes économiques sont et demeurent capitalistes aussi longtemps que la logique de la rentabilisation maximale d'un maximum de capital (fixe et circulant) détermine les conditions de travail, les investissements, le modèle de consommation et donc le mode de vie, la culture et l'échelle de valeurs.''

 

 

Comment différencier le socialisme et la social-démocratie ? Car à première vue, du moment qu'on ne s'intéresse plus à ces idéologies en tant que système, mais en tant que logique il ne semble plus y avoir de différence entre ces deux modèles. La réponse est claire : la social-démocratie entérinant le système capitaliste comme fin en soi ne peut prétendre à le dépasser et ne peut donc pas accomplir l'objectif du socialisme, à savoir l'émancipation de l'être humain.

Un système dit socialiste est donc bien entendu nécessaire pour sortir du capitalisme, même si à l’intérieur de ce système des logiques capitalistes de rentabilité et de maximisation des profits subsistent. Celles-ci sont nécessaires pour financer l'extension des zones de non rentabilité des activités humaines, du moins dans une première étape, qui est l'étape de libération de la domination du capital.

Dans un second temps, pour accomplir son objectif d'émancipation de l'être humain, le socialisme doit se dissiper en tant que système via un processus de décentralisation socio-économique et politique, c'est à dire de relocalisation des activités humaines. Ce processus devrait amener l'être humain à l'auto-production et à l'auto-gestion par l'adoption d'une logique d'auto-limitation.

Le socialisme accomplit ainsi la révolution anti-productiviste qui est la finalité de la véritable écologie politique. On voit ainsi que l'écologie politique (et non l'écologisme vendu au capital) rejoint le même rêve d'émancipation humaine que le socialisme. L'auto-limitation étant une nécessité pour l'établissement d'une société relocalisée non dépendante du processus de mondialisation.

 

''L'écologie politique ne se borne pas à vouloir diminuer l'impact sur l'environnement du système de production existant. Il conteste les raisons pour lesquelles un certain nombre de techniques, de productions et de consommation ont été développées en premier lieu. Ces raisons sont contenues dans la logique de l'accumulation capitaliste : il faut que des quantités croissantes de capital puissent être investies avec profit, ce qui exige la consommation d'un flux croissant de marchandises et de services marchands. Il faut donc amener la population à satisfaire ses besoins par un maximum de consommation et susciter un maximum de besoins de consommation.''

 

 

Quant à la planification, elle est l'outil idéal pour mettre sur pieds une société centrée sur ses besoins et non plus sur ses envies. On voit ainsi comment socialisme et écologie politique sont liés, que ce soit dans les moyens ou dans les buts.

 

''La restructuration écologique (...) a donc nécessairement un sens anti-capitaliste et socialiste. L'investissement ne peut plus y avoir pour but croissance de l'économie, mais seulement sa décroissance, au profit de l'expansion des activités qui ne sont pas régies pas l'évaluation et la recherche du rendement et du gain.''

 

 

L'écologie politique ne doit pas disparaître sous les coups des penseurs libéraux qui ont théorisé un capitalisme vert (oxymore) sous le nom de développement durable. Le camps social-démocrate doit reconnaître que la social-démocratie ne peut ni résoudre la crise écologique, ni la crise sociale (on l'a vu avec la politique d'austérité mise en place en Espagne, en Grèce et au Portugal). Il est donc grand temps de revenir à un véritable socialisme émancipateur démocratique !

13:32 Publié dans Gorz André | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : andré gorz, socialisme, écologie, politique, productivisme, capitalisme | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg