24/05/2013
Du mauvais usage du mot « a-politique »
On l'entend partout et tout le temps : les parlements des jeunes sont a-politiques, les Indignés sont a-politiques, les jeunes sont a-politiques, les politologues sont a-politiques, bref, tout le monde est a-politique sauf les horribles individus qui osent affirmer leur appartenance à un parti, ou leur adhésion à un corpus x ou y d'idées politiques.
Ce lieu commun est profondément faux.
Les parlements des jeunes organisent des débats sur des questions politiques, et ce faisant, font de la politique. Par conséquent, ils ne peuvent certainement pas être dit a-politiques.
Les Indignés voulaient légèrement transformer l'organisation de toute la société, ce qui me paraît quelque peu politique...
Les politologues traitent de politique ! Comment pourraient-ils être a-politiques.
Ceci pour dire que le mot « a-politique » signifie bel et bien, qui n'est pas politique, qui n'est pas lié d'une quelconque façon à la politique.
Alors évidemment, si on part du principe que tout est politique, alors bien sûr le mot même « a-politique » devient une contradiction, un non sens.
Mais même s'il on accepte que tout n'est pas forcément politique, alors il faut bien quand même admettre que le mot « a-politique » ne doit pas être confondu avec le mot « a-partisan ».
Car c'est de cela dont il s'agit la plupart du temps : d'une non appartenance à un parti ou à un corpus idéologique défini.
Vive le mot « a-partisan » donc, et cessons d'abuser à tort et à travers du mot « a-politique ».
21:36 Publié dans a-politique vs a-partisan | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
Du mauvais usage du mot « éducation » ?
Je m'interroge ces temps-ci sur l'emploi du mot « éducation ». On lit souvent en effet ces derniers temps que M. Freysinger va devenir « ministre de l'éducation ».
Pourtant, il me semble bien que le mot « éducation » fait référence à l'activité des parents de transmettre à leurs enfants un certain nombre de connaissances, d'aptitudes, et de valeurs, qui vont forger leur personnalité et leur comportement.
Éduquer n'est-il pas une tâche réservée aux parents ?
Je pense que le système scolaire ne se charge pas d'éduquer des élèves, mais de les instruire. L'instruction publique transmet certes elle-aussi des aptitudes, des connaissances, et des valeurs, mais l'instruction publique est neutre, contrairement aux parents, et agit en toute transparence et impartialité, ce qui n'est pas forcément le cas des parents, qui en outre peuvent se livrer éventuellement à une forme d'endoctrinement plutôt que d'éducation.
Ainsi, je maintiens mon interrogation quant au bon usage du mot « éducation », tant il me semble bien qu''il vaudrait mieux distinguer l'activité éducative des parents, de l'activité d'instruction des professeurs et de l'école. Ce ne sont pas forcément les mêmes connaissances qui sont transmises, ni les mêmes aptitudes, ni les mêmes valeurs, et les méthodes de transmission sont différentes des parents à l'école, sans même parler de la différence de relation qui existe, entre les parents et l'école, avec l'élève.
14:37 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
22/05/2013
Petit glossaire des principales idéologies et doctrines politiques contemporaines – version V
Plus d'un an et demi après mon dernier petit glossaire, j'en propose une nouvelle version, totalement renouvelée et améliorée, et débarrassée de toute la confusion de la version précédente. Les doctrines sont classées sous les axes politiques du clivage gauche/droite en fonction de leur sens contemporain, ceci car ce clivage n'a toujours été qu'un clivage fluctuant et subjectif, impliquant d'adapter mes classifications à l'esprit de l'époque. Certes, on pourrait écrire une saga sans fin sur chacune des doctrines que je présente en quelques mots, et l'intérêt de cette présentation est simplement de permettre au curieux de savoir mettre un nom sur son positionnement politique.
Extrême droite (ou droite radicale)
Nationalisme
Le nationalisme s'oppose à l'internationalisme des mouvements socialistes en prônant l'organisation de la société sur la base d'un regroupement historico-culturel autour du concept de nation. Afin de réaliser l'unité nationale, le nationalisme prône la collaboration de classe (le corporatisme), dont la forme contemporaine se traduit par la paix du travail, ou la consultation généralisée lors d'une prise de décision politique (néo-corporatisme). Une petite minorité de nationalistes parle parfois de réaliser l'unité nationale par la société sans classes ou l'égalité (simple posture ?), mais généralement les nationalistes prônent systématiquement la collaboration de classe.
Sur les questions économiques, les nationalistes adoptent soit un positionnement étatiste et protectionniste, soit un positionnement plutôt libéral.
Sur les questions morales ou sociétales, les nationalistes sont bien souvent généralement conservateurs.
Sur les questions de migrations, les nationalistes sont bien entendu pour une fermeture maximale (ou au moins forte) des frontières et une immigration des plus limitée.
Droite
Conservatisme
Le conservatisme s'oppose au progressisme. Il prône le maintien de l'ordre moral et sociétal actuel et refuse davantage de liberté dans les mœurs.
Réaction
Être réactionnaire, c'est être pour le retour à l'ordre ancien. Autrefois, les réactionnaires étaient favorables au retour de l'Ancien Régime et de la monarchie. Aujourd'hui on qualifie de réactionnaires les conservateurs.
On classerait aussi probablement le courant de l'écologie profonde (anti-humaniste), pour qui la biosphère est plus importante que l'être humain, dans les courants réactionnaires.
Libéralisme radical (ou minarchisme, ou libérisme, ou ultra-libéralisme, ou néo-libéralisme)
Les libéraux radicaux défendent le capitalisme de marché et s'opposent à une intervention de l’État dans la société et dans l'économie afin de préserver ce qu'ils appellent la liberté individuelle (ou liberté négative), entendue comme la liberté de faire ce qu'il nous plaît sans qu'autrui ne viennent nous empêcher de le faire. Les libéraux radicaux acceptent que l’État se charge des fonctions dites régaliennes de la justice, de la police, et de l'armée, mais refusent tout Etat-providence.
Les libéraux radicaux se présentent volontiers comme les descendants du libéralisme classique (la première formulation du libéralisme).
Anarchisme libéral (ou libéralisme humaniste, ou libertarianisme, ou anarcho-capitalisme)
Les anarchistes libéraux refusent l'existence de l’État et prônent son abolition afin de préserver la liberté individuelle telle que définie plus haut. Selon eux, le marché capitaliste seul devrait régler tous les échanges entre les êtres humains. Ils sont aussi favorables à l'abolition de la démocratie et de la politique, car par définition la démocratie et la politique sont coercitifs, une majorité imposant sa volonté à une minorité.
Centre droit
Écologie libérale
Les écologistes libéraux sont des social-libéraux de droite favorables à une forme relativement légère d'intervention de l’État dans le capitalisme de marché pour y mener des modifications favorables à l'environnement.
Social-libéralisme de droite
cf. Social-libéralisme
Les social-libéraux de droite sont favorables à un État-providence de petite taille.
Centre
Social-libéralisme
Descendants du courant du nouveau libéralisme du XIXe siècle, les social-libéraux prônent un État providence (ou État-social), au sein d'une économie capitaliste de marché, à même d'assurer les droits sociaux des individus. L’État-providence doit notamment organiser la solidarité par la fiscalité afin d'assurer le maintien d'un système de santé et d'instruction publique efficace, et de développer un filet social composé entres autres d'assurances chômage, d'aides sociales, et d'un système de retraite.
Centre gauche
Social-libéralisme de gauche ou keynésiens
cf. Social-libéralisme
Les social-libéraux de gauche sont des social-libéraux keynésiens qui ajoutent à leur vision d'une économie capitaliste de marché modéré par un Etat-providence d'autres rôles à l’État. Ce dernier est en effet censé assurer la bonne marche de l'économie capitaliste de marché par la régulation, la redistribution des richesses (dans un but économique et non uniquement social), et d'autres politiques économiques (soit budgétaires, soit monétaires).
Gauche
Écologie politique (ou décroissance)
Courant à l'origine proche du socialisme (si ce n'est dérivé), l'écologie politique contemporaine a tendance à perdre en consistance. Malgré cela, ce courant continue de porter une remise en question de notre mode de production et de notre mode de consommation, ainsi que de notre imaginaire, afin de nous amener à penser une société soutenable écologiquement qui ne se fonde pas sur le mythe d'une croissance économique infinie. La remise en question du productivisme (produire toujours plus) et du consumérisme (consommer toujours plus), ainsi que la critique du matérialisme (au sens commun du terme) et de la publicité, se retrouvent dans l'écologie politique, qui articule des idées phares comme la relocalisation des activités humaines ou le ralentissement de notre rythme de vie.
Étatisme philanthropique
Les étatistes philanthropiques sont favorables à une forme ou une autre de capitalisme d’État ou de capitalisme bureaucratique, c'est à dire à une forme d'économie où l’État a une propriété plus ou moins étendue des moyens de production et en organise la production dans des buts philanthropiques. La production peut être déterminée par les mécanismes de l'offre et de la demande (avec une régulation étatique forte), ou bien par un procédé de planification en fonction de la consommation. En sus de ce rôle d’État producteur, et éventuellement planificateur ou régulateur, l’État assure bien entendu aussi un rôle keynésien et organise un État-providence fort avec des services publics développés.
Socialisme
Le socialisme est un projet de société qui prône l'organisation de la société afin de maximiser l'autonomie et la liberté individuelle et collective. Afin de supprimer l'exploitation et la domination, le socialisme préconise la propriété des travailleurs sur leurs moyens de production, (ou simplement la propriété collective), l'abolition du salariat, et le dépassement du capitalisme. Des modèles de socialisme de marché ou planifié sont envisageables. L’État peut ou pas jouer un rôle plus ou moins grand dans l'organisation d'une société socialiste, selon le degré d'autonomie atteint par les membres de la société dans leur capacité d'auto-organisation et d'autogestion.
cf. Aussi mon article sur le socialisme.
Extrême gauche (ou gauche radicale)
Communisme
Le communisme est un socialisme accompli où l'autonomie de tous a été réalisé, et où par conséquent l’État n'est plus particulièrement nécessaire. L'égalité économique (et pas seulement l'équité) est aussi une réalisation du communisme. Enfin, le communisme est nécessairement un système planifiée.
Anarchisme
L'anarchisme est un projet de société assimilable au socialisme. La principale différence réside dans sa plus grande rapidité à vouloir abolir l’État et la hiérarchie.
Marxisme
cf. Mon article sur le marxisme.
15:02 Publié dans Idéologies politiques & projets de société | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
19/05/2013
Du mauvais usage du mot « salarié »
On trouve régulièrement dans la presse de gauche (par exemple dans le journal de SolidaritéS) une drôle de confusion par rapport au mot « salarié ».
Ainsi, on peut lire par exemple : « Les salariés fonctionnent en autogestion dans leur coopérative. »
Ce qui est perturbant, car du moment que les travailleurs fonctionnent en autogestion dans une coopérative, ou autrement dit du moment qu'ils sont propriétaires de leurs moyens de production et que le rapport de domination capitaliste a été aboli, alors ils ne sont plus des salariés, mais des travailleurs libres, autonomes, indépendants.
L'abolition de la propriété privée des moyens de production amène justement les travailleurs à abolir le salariat, et par conséquent à ne plus être, de facto, des salariés.
C'est pourquoi, il est erroné de dire qu'un travailleur resterait un salarié après l'abolition du rapport salarial. La catégorie sociale des salariés n'est en effet qu'une sous-catégorie de celle des travailleurs.
Les mots ont leur importance, et ils montrent peut-être dans le cas présent qu'un trop grand nombre de gens à gauche ont oublié qu'un objectif central du socialisme consiste bel et bien à abolir le salariat.
20:00 Publié dans Salariat, salariés | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
16/05/2013
Du mauvais usage du mot « économie »
On tombe de manière récurrente dans la presse sur un étrange usage du mot « économie ». Il semblerait en effet que pour bon nombre de journalistes, y compris dans la presse de gauche (aïe), le mot « économie » désigne aujourd'hui les patrons. Ainsi, on lit souvent des phrases telles que : « L'économie et les syndicats s'opposent sur les salaires. »
Pourtant, qu'est ce que l'économie en fait ?
L'économie est-t-elle constituée de patrons ? Certes oui, mais est-t-elle uniquement composée de patrons ? Non, il y a des travailleurs, et qui plus est, il y a bien entendu davantage de travailleurs que de patrons.
Donc, déclarer que l'économie équivaut aux patrons est erroné.
En outre, qu'est ce qui pré-existe ? Le patronat ou les travailleurs ?
Il est évident que l'aventure humaine commence avec le travail, et c'est seulement après que se forme le capital.
Bien entendu, le mot « patronat » lui-même est polysémique. Un autoentrepreneur est-il un patron par exemple ?
Je pense que le mot « économie » devrait désigner patronat et travailleurs, mais que s'il fallait trancher pour savoir si ce mot désigne davantage le patronat ou les travailleurs, je dirais qu'il désigne davantage les travailleurs.
L'emploi de ce mot dans les médias me semble donc problématique, et relève un peu de la propagande en mettant l'accent sur le patronat plutôt que sur les travailleurs.
« Le capital est seulement le fruit du travail et il n'aurait jamais pu exister si le travail n'avait tout d'abord existé. » Abraham Lincoln
23:36 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
15/05/2013
Présence des élèves en classe non obligatoire : hypothèses
Suite à ma proposition de donner la possibilité aux élèves du cycle de ne pas être pénalisés pour leur non présence en classe, j'ai interrogé un de mes élèves (15 ans, en dernière année du cycle, 11ème Harmos, niveau A) pour lequel je travaille comme répétiteur. Le résultat m'a semblé intéressant.
Selon lui, sur une classe de 20 élèves en 11ème année Harmos, niveau A, qu'il juge dans la moyenne des classes motivées, 75% des élèves continueraient d'aller en cours normalement ou quasi-normalement (c'est à dire ne louperaient volontairement que quelques cours d'une matière ou l'autre), et seul 25% des élèves iraient à seulement 50% ou moins des cours.
Sur une classe de 20 élèves en 11ème année Harmos, niveau A, qu'il juge dans la moyenne des classes peu motivées, 50% des élèves continueraient d'aller en cours normalement ou quasi-normalement (c'est à dire ne louperaient volontairement que quelques cours d'une matière ou l'autre), et 50% des élèves iraient à seulement 50% ou moins des cours.
On le voit, la distinction (faite par mon élève, et non par moi) entre classes motivées et peu motivées, m'amène à renforcer ma conviction en faveur de davantage d'implication des élèves dans l'élaboration des programmes scolaires (enfin actuellement il n'y a simplement pas de possibilité pour les élèves de donner leur avis).
En outre, d'après mon élève, les élèves sont assez grands et assez matures dès la 10ème année pour choisir plus spécifiquement leur parcours scolaire désiré.
Par ailleurs, selon lui, sur une classe de niveau B, 11ème Harmos, seul 25% des élèves iraient à seulement 50% ou moins des cours, et 75% des élèves à 25% ou moins des cours.
On peut constater qu'il a une image assez négative de la participation volontaire des élèves de niveau B aux cours, ce qui s'explique peut-être par le fait qu'il est dans un cours de niveau A.
Pour rappel, le nouveau système scolaire comprend à présent 3 niveaux et non plus seulement 2 (A et B).
Enfin, ajoutons qu'il pense que les élèves de 9ème année Harmos (1ère année du cycle) viendraient à tous les cours, tandis que la 10ème année Harmos représenterait une étape intermédiaire entre celle décrite plus haut et celle de 1ère année.
Bien entendu, ces chiffres n'ont pas de valeur généralisable, et c'est pourquoi je m'occuperai l'année prochaine de réaliser un sondage sur les élèves d'un cycle entier.
16:45 Publié dans Instruction publique | Lien permanent | Commentaires (22) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
14/05/2013
Réformer le capitalisme ?
En tant que membre d'un parti réformiste comme le PS et de sa branche réformiste radicale la JS (et le Mouvement des idées socialistes), je me dois de poser la question du réformisme.
Peut-on réformer le capitalisme pour réaliser le socialisme ?
Si j'ai pu le penser autrefois, je dois bien me rendre à l'évidence que historiquement aucune tentative réformiste de réformer le capitalisme pour réaliser le socialisme n'a abouti à du socialisme, et je vois mal comment l'équilibre politique actuel aurait la moindre chance de changer ce constat historique étant donné l'abandon du socialisme comme objectif par la majeure partie de la gauche en Europe.
Le socialisme ne peut se réaliser que par le bas, pas par le haut, comme on a pu le voir avec la Catalogne en 1937 ou avec la Hongrie de 1956, ou à l'inverse en 1937 en France lorsque le Front populaire fit tout pour contrer les pulsions révolutionnaires du mouvement ouvrier prêt à instaurer le socialisme.
Ainsi, même si un gouvernement composé de militants aussi radicaux que moi arrivait au pouvoir et instaurait l'autogestion dans toutes les entreprises, que se passerait-il ?
Et bien il est possible que nombre de travailleurs n'en veuillent pas forcément et reviennent aux formes capitalistes d'organisation.
L'autonomie véritable ne se donne pas, elle se conquiert.
Si le réformisme ne peut mener au socialisme, alors que pouvons-nous faire nous autres militants dans nos partis et nos mouvements politiques socialistes ?
D'abord, les outils de la démocratie semi-directe (initiatives populaires, référendums, et même pétitions dans une moindre mesure) nous permettent de proposer des changements directement au peuple.
Ensuite, l'activité parlementaire et la gestion du pouvoir par des socialistes peuvent permettre de réaliser certaines réformes positives, notamment dans la démocratisation du pouvoir lui-même.
A un autre niveau, c'est par l'action consciente, autonome, et politique, des usagers sur leurs espaces de vie (notamment par l'organisation associative), des travailleurs sur leur travail (notamment par l'action syndicale), et des étudiants sur leur lieu d'étude, que peut se construire directement des pans d'une société socialiste, et c'est par ces luttes que le socialisme peut être rendu possible.
Enfin, il reste la lutte culturelle : les mouvements socialistes doivent former un mouvement culturel proposant des idées et un mode de pensée différent (c'est aussi la lutte idéologique), et mettant cela en pratique dans leurs rapports immédiats avec autrui. Un mouvement culturel ne réalisera probablement pas le socialisme, mais il peut y participer et instiller des idées et des débats nécessaires parmi la population.
16:12 Publié dans Réformisme | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
13/05/2013
Libéralisme culturel ou progressisme ? L'erreur Michéa.
Un argument de Michéa, qui est presque devenu un lieu-commun rabâché par une certaine gauche conservatrice (voire communautariste), consiste à dire qu'en France la droite fait la promotion du libéralisme économique tandis que la gauche social-démocrate fait la promotion du libéralisme culturel, et qu'ainsi tous deux marchent main dans la main sur la voie du capitalisme libéral.
La première erreur de Michéa consiste à croire que les classes populaires ont forcément envie de revenir à une société pré-capitaliste communautariste (Gemeinschaft), ce qui n'est à mon sens pas le cas.
La deuxième erreur de Michéa, la plus importante car elle ruine sa thèse, consiste à confondre libéralisme culturel et progressisme. En effet, le libéralisme culturel n'est pas identique au progressisme, car le libéralisme culturel ne peut que prôner la liberté des mœurs, mais il ne peut nullement prôner la coercition collective pour mettre en place une certaine vision d'un idéal culturel ou moral, contrairement au progressisme !
Par exemple, le libéralisme culturel sera contre l'interdiction de l'avortement par la collectivité, mais il sera aussi contre son remboursement par la collectivité, car ce remboursement passerait par une coercition collective (l'impôt pour financer ce remboursement notamment). Au contraire, le progressisme, s'il est lui aussi contre l'interdiction de l'avortement par la collectivité, et en plus de cela favorable à son remboursement.
Et voilà, la gauche social-démocrate étant progressiste et non favorable au libéralisme culturel, la thèse de Michéa s'effondre.
12:22 Publié dans Libéralisme, Progressisme et libéralisme culturel | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
12/05/2013
Qu'est ce que le socialisme ?
M'étant éloigné du marxisme, je me dois de formuler une nouvelle définition du socialisme, et cette-dernière sera castoriadienne.
Le matérialisme historique et ses différentes phases ne voient qu'une succession d'infrastructures et de superstructures dans l'évolution historique, et le socialisme est pour Marx un moment déterminé de l'histoire.
Pour Castoriadis au contraire, le socialisme, qui a certes une finalité structurelle ou organisationnelle, est un un projet d'autonomie et de liberté qui tente de voir le jour de nombreuses fois dans l'histoire, sous des noms différents. S'il n'est réalisé que rarement complètement, le socialisme n'en reste pas moins une pulsion historique qui revient donc de manière récurrente.
J'irais même plus loin en disant que le socialisme commence dans l'individu, lorsque celui-ci adopte comme état d'esprit et comme projet de vie le projet d'autonomie et de liberté. Le socialisme est donc intemporel puisqu'il peut fort bien apparaître de manière isolée hors des sentiers balisés de l'histoire.
Les individus ayant adopté le projet socialiste (le projet d'autonomie et de liberté) et se réunissant pour le réaliser deviennent donc le mouvement socialiste.
Et c'est ce mouvement qui jette les bases de la première démocratie en Grèce antique, puis c'est lui qui réapparaît avec la révolte des esclaves dans la Rome antique, et c'est encore lui qui est à l’œuvre lorsque se forment les premières républiques modernes.
La révolution française, loin d'être une simple révolution bourgeoise ou libérale, est l'expression de ce mouvement pour l'autonomie.
Puis, le mouvement socialiste prend son nom véritable en se confondant avec le mouvement ouvrier. Après le mouvement ouvrier, ce sont les femmes qui portent le projet socialiste en se battant pour leurs droits. Puis le mouvement des jeunes lors de mai 68 qui brise le conservatisme, et enfin le mouvement écologiste qui s'attaque à l'exploitation sous de nouvelles formes.
Par ailleurs, le socialisme est quelques fois réalisé : la Commune de Paris en 1871, la Catalogne républicaine en 1937, le soulèvement hongrois de 1956, Marinaleda sûrement aujourd'hui sous une forme modeste.
En ayant tracé ce cheminement historique du mouvement socialiste et du socialisme, on peut voir que toute conception d'une classe en soi, d'une classe déterminée à réaliser le socialisme, est une erreur. Les individus qui se battent pour réaliser le socialisme le font parce qu'ils pensent que ce projet de société est valable, en tous temps, en tous lieux, par amour de la liberté, par amour de l'autonomie.
Le capitalisme pourrait nous abreuver d'or et d'argent, il pourrait nous engloutir sous des monceaux de victuailles et de richesses, que nous voudrions toujours le socialisme, car c'est moins une question de niveau de vie, que de liberté.
Bien sûr, ces individus ont une histoire, des origines, qui leur ont permis d'adhérer ua projet socialiste. Cette adhésion ne sort pas de nulle part. Toutefois, il faut abandonner les déterminismes économiques et cesser de croire qu'une mythique classe ouvrière réalisera le socialisme.
Le socialisme sera réalisé par ceux qui croient en ce projet de société.
Faut-il à présent donner une définition des structures d'une société socialiste ?
Je me contenterais de dire que la société socialiste est celle où l'individu peut le plus se gouverner par lui-même et le moins déléguer sa souveraineté à autrui. C'est celle où la liberté a été réalisée par la suppression de toute exploitation et par l'élimination de la domination. C'est enfin la gestion des individus sur leurs espaces de vie, de travail, sur ce qui les touche et les concerne, de manière horizontale, et autogestionnaire.
(Pour une description plus détaillée, se référer à mes autres textes sur les structures du socialisme.)
14:18 Publié dans Socialisme | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
Le socialisme se suffit à lui-même (suite)
J'aimerais compléter ma précédente publication en généralisant le principe que j'y ai affirmé. En effet, si j'ai dit que l'écologie politique est une composante du socialisme, cela n'est pas valable que pour elle. Le socialisme n'est pas qu'un type d'organisation idéal du mode de production et des institutions politiques, ces points n'étant que des implications de ses prémisses éthiques, le socialisme contient aussi, implique, le progressisme, le féminisme, l'internationalisme, etc.
Et voilà pourquoi il est vain d'accumuler des listes de mots pour se définir politiquement (SolidaritéS est un expert la-dedans), car du bon sens donné au mot « socialisme » découle tout le reste.
C'est aussi pourquoi un socialiste ne peut être ni conservateur, ni nationaliste, ni productiviste.
J'ajouterais que la tentation inverse est simplement une erreur.
Penser que le féminisme impliquerait le socialisme ne me paraît pas fondé, car le féminisme est tout simplement une catégorie moins globale. Et c'est pareil pour l'internationalisme ou le progressisme, ou l'écologie politique. Seul le socialisme peut impliquer l'ensemble de ces courants, car seul le socialisme a une portée aussi générale puisqu'il se confond avec le projet d'autonomie et de liberté en tant que catégorie éthique fondamentale, impliquant toutes les sous-catégories de projets autonomisants.
Le socialisme est donc un tout qui se suffit à lui-même.
13:23 Publié dans Socialisme | Lien permanent | Commentaires (45) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
11/05/2013
Le socialisme se suffit à lui-même
C'est par ma lecture de Marx que j'ai compris que le socialisme n'avait pas besoin d'une reconceptualisation à la sauce néo-socialiste (et encore moins écosocialiste), et c'est par ma lecture de Cornelius Castoriadis que j'ai compris que le socialisme n'a pas besoin du marxisme.
Mais à présent, je me rends compte, toujours grâce à ma compréhension des écrits de Castoriadis, que le mouvement socialiste, le mouvement d'émancipation qui traverse l'histoire et les individus, comprend le mouvement écologiste et décroissant.
L'objection de croissance, la décroissance, l'écologie politique, ne sont qu'une des composantes de ce mouvement socialiste, de ce mouvement de lutte pour la liberté et l'autonomie.
Étant conséquent, par la présente, j'abandonne l'usage du terme « objecteur de croissance » pour définir mes idées politiques.
Je suis socialiste, et le socialisme se suffit à lui-même.
19:29 Publié dans Socialisme | Lien permanent | Commentaires (29) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
09/05/2013
Réformer l'instruction publique
Voici quelques propositions pour réformer l'instruction publique dans le sens du projet socialiste d'une société plus autonome et plus libre.
Réforme du contenu enseigné
1. Renforcement des cours d'éducation citoyenne au cycle.
Dans l'état actuel des choses, ce cours sans structure est une quasi farce où les élèves n'apprennent presque rien. Il faut impérativement que ce cours soit donné par un professeur issu des sciences politiques, afin qu'il puisse offrir un contenu sérieux, et précis. L'apprentissage du fonctionnement des institutions politiques est essentiel si on veut former des citoyens informés. Une dotation horaire d'une heure par semaine en dernière année du cycle (11ème Harmos) me semble par ailleurs un minimum pour ce cours.
2. Création d'un cours d'initiation à la politique au post-obligatoire (en 1ère ou en 2ème année par exemple).
Ce cours enseignerait aux élèves à connaître les enjeux de la politique, les idéologies politiques, et les partis politiques (ainsi que les autres acteurs concernés, par exemple syndicaux ou associatifs), formant ainsi des citoyens intéressés et conscients des enjeux de la cité. Il devrait être donné par un professeur issu de la philosophie (ou éventuellement de l'histoire ou de la science politique).
Deux heures par semaine sur un an me semble le minimum pour ce cours.
3. Renforcement de l'enseignement de l'histoire suisse dans les cours d'histoire (que ce soit au cycle ou au post-obligatoire).
Aujourd'hui, les élèves n'apprennent quasiment rien sur l'histoire suisse, et ne connaissent ni la révolution genevoise, ni l'épisode du Comité d'Olten.
4. Introduction de l'enseignement de l'histoire économique dans les cours d'histoire (cycle et post-obligatoire).
L'histoire économique n'est pas vraiment enseigné aujourd'hui en cours d'histoire, et cela voile aux élèves un pan de compréhension du monde (par exemple, il serait je pense fort souhaitable que les élèves puissent apprendre comment l'Europe en est arrivée là où elle est aujourd'hui, ou autrement dit, comment s'est déroulé son développement économique, et comment a pu se faire la Révolution industrielle, phénomène unique dans l'histoire de l'humanité).
5. Introduction de l'enseignement de la sociologie au post-obligatoire.
Cet enseignement existe déjà dans la plupart des pays européens, nous avons simplement du retard à reconnaître l'importance de la sociologie dans la compréhension du monde.
6. Mise à option des mathématiques et du français en 3ème et 4ème année au collège. En effet, rien ne sert de surcharger les élèves de cours qu'ils ne souhaitent pas forcément suivre. 4 ans de mathématiques et de français non voulus, c'est bien trop, 2 ans me semble suffisant pour transmettre un contenu minimal.
7. Réforme du cours d'éducation sportive qui devra proposer des modules à options dès le cycle jusqu'au post-obligatoire.
Il est absolument abusif de demander aux élèves de faire tout et n'importe quoi avec leur corps. Un tel modèle à modules contraindra les professeurs à faire preuve d'originalité et à se renouveler pour proposer du contenu attractif.
Réforme de l'organisation disciplinaire
1. Suppression de la pénalisation et de la sanction de la non présence des élèves aux cours (au cycle et au post-obligatoire).
Il est absurde qu'une classe soit complètement stoppée dans ses activités parce que certains élèves ne sont pas intéressés par le contenu des cours. Par conséquent, il faut accepter que les élèves peu motivés par le contenu d'un cours ne soient pas toujours présents à celui-ci. C'est la seule solution que je vois aux gros problèmes de discipline qu'endurent aujourd'hui élèves et professeurs (au cycle). En outre, un élève qui n'assiste pas à un cours se sanctionne lui-même, puisque son contenu devra être rattrapé par lui-même.
2. Facilitation des renvois (au cycle et au post-obligatoire).
Si des élèves ne sont pas intéressés par le contenu d'un cours, mais qu'ils viennent néanmoins à ce cours et y expriment d'une manière ou d'une autre leur manque d'intérêt, il est souhaitable que les professeurs puissent leur demander de partir.
On pourrait se passer des carnets de notation dans ce cas.
3. Suppression des retenues (au cycle et au post-obligatoire).
Le système des retenues est inutile du moment que les élèves n'assistent pas contraints à des cours qui ne les intéressent pas, car ils ne causent plus de problèmes disciplinaires.
Réforme de l'organisation de la gestion de l'enseignement
1. Création d'une Assemblée générale des élèves dans chaque établissement (dont les tâches administratives seraient gérées par un comité élu) dont tous les élèves seraient automatiquement membres (au cycle et au post-obligatoire). Cette Assemblée déciderait de l'organisation de la vie de l'établissement en collaboration avec les professeurs (qui sont déjà réunis au sein de la FAMCO et de l'Union), et avec des représentants du Département de l'instruction publique (mais aucun des trois acteurs ne pourraient l'emporter sur les autres, ils devraient avoir chacun 1/3 des voix).
L'ensemble des Assemblées générales des élèves seraient réunies au sein d'une Fédération.
2. Participation des élèves à l'élaboration des programmes d'enseignement, à travers des commissions réunissant des délégués des professeurs (les Responsables de discipline) et de l'Assemblée générale des élèves, et de représentants du Département de l'instruction publique.
3. Suppression de la Direction de chaque établissement. Ses membres s'occuperaient uniquement des tâches de gestion, et seraient soumis aux décisions prises par les élèves, les professeurs, et les représentants du DIP.
NB : Je sais que je suis plutôt ambitieux avec les élèves (très jeunes) du cycle. Il est possible qu'il soit plus facile de commencer par réformer le post-obligatoire, avant le cycle.
18:13 Publié dans Instruction publique | Lien permanent | Commentaires (38) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
08/05/2013
Le MCG touche le fond
Avec son dernier tout-ménage, le MCG touche le fond, et fait une belle démonstration de sa vacuité idéologique.
Populisme est encore un mot trop recherché pour définir cet amas de lieux-communs sans fondement qui se veut un discours politique.
Permettez-moi de revenir sur les points les plus erronés que j'ai trouvé pendant ma lecture de cette mauvaise propagande.
Les dealers
Il y a des dealers à Genève.
Que propose le MCG ?
Répression policière accrue.
Pourtant, s'il y a des dealers (c'est à dire une offre), il faut bien qu'il y ait des consommateurs (une demande) sur ce marché (noir) !
Par conséquent, ce marché ne disparaîtra jamais, et mieux vaut faire preuve de pragmatisme et de bon sens en légalisant et encadrant le marché, plutôt qu'en poursuivant la spirale de la répression, coûteuse et inefficace.
On pourra ainsi surveiller la qualité des produits vendus, mettre en place des lieux de vente adéquats (avec comme conséquence la disparition des dealers dans les rues), suivre médicalement les consommateurs, et financer le tout par une taxation sur la vente des produits.
Les mendiants
Il y a des mendiants à Genève.
Que propose le MCG ?
Répression policière accrue.
Pourtant, l'interdiction de la mendicité est complètement inutile et inefficace, et qui plus est coûte des millions chaque année en frais de justice, policiers, et postaux (pour les envois des factures en Europe de l'est...) Pareil aveuglement frise donc l'obsession et l'incompétence, tant il est évident que l'interdiction doit être levée.
Les frontaliers
Il y a des frontaliers à Genève.
Que propose le MCG ?
Stigmatisation et rejet.
Pourtant, les frontaliers ne prennent nullement le travail des Genevois. La dernière étude commanditée par la Fédération des entrepreneurs romands (c'est pas vraiment des gauchistes eux) et réalisé par le professeur d'économie de l'université de Genève Yves Flückiger le prouve bien : les frontaliers ne prennent que les emplois que les Genevois ne veulent ou ne peuvent pas exercer.
La lutte contre le chômage passe par le partage du temps de travail, la création d'emplois étatiques dans des secteurs nécessaires, par l'amélioration de l'insertion des jeunes sur le marché du travail, et par un crédit (public par exemple) à bas taux à de potentiels entrepreneurs-coopérateurs.
Les « prisons-palaces »
Le mythe de la prison comme lieu de plaisance est largement entretenu par le MCG.
Comment peut-on dire des absurdités pareilles ?
Les MCG a-t-il le moins du monde conscience de ce que représente l'emprisonnement d'un être humain ?
L'emprisonnement, il faut le rappeler semble-t-il, consiste à priver un individu d'une grande part de ses droits et de ses libertés. La condition de prisonnier n'est certainement pas une condition enviable ni plaisante. Une prison n'est jamais un palace ! (Et je ne parle même pas l'horreur que doit représenter une prison totalement surpeuplé comme Champ-Dollon...)
Le bonneteau
Ridicule non affaire sur lequel le MCG tente bêtement de capitaliser des voix de quelques mécontents.
Les citoyens sont bien assez grands pour ne pas participer d'eux-mêmes à pareille escroquerie pour attrapes-nigauds.
Les villas
Pour conclure, une jolie démonstration du caractère bourgeois du MCG qui, bien qu'il critique formellement la crise du logement, affirme qu'il faut à tout prix préserver la zone villa pour mieux entasser les précaires dans des grosses tours de béton, alors qu'en déclassant les zones villas de Genève on pourrait au contraire construire suffisamment de logements pour en finir avec la crise du logement, au plus grand profit des 83% de locataires genevois.
17:27 Publié dans MCG | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
05/05/2013
Le socialisme, un projet pour la liberté
Certains militants pensent parfois que le socialisme serait composé de deux courants antagonistes, dont l'un (dominant) serait exclusivement tourné vers l'augmentation du niveau de vie de la population (et en premier lieu des catégories dominées de la population) via la croissance de l'Etat-providence, et dont l'autre, plus libertaire, se concentrerait sur la réalisation de l'autogestion (la gestion des travailleurs sur leurs moyens de production, la gestion des usagers sur leur lieu de vie, la gestion des étudiants sur leurs lieux d'étude, etc.).
Mais à mon avis, c'est une erreur de vouloir opposer l'un à l'autre, comme il est erroné de chercher à opposer l'égalité ou la justice à la liberté.
Cette erreur provient probablement d'une confusion sur l'essence et la finalité du projet socialiste, ou bien d'une non adhésion au projet socialiste en tant que tel.
Car le socialisme n'est pas seulement un projet égalitariste par amour de l'égalité, pas plus qu'il n'est un projet de justice par adulation de la justice. Le projet socialiste met simplement l'égalité et la justice au service de la liberté, et affirme que sans égalité et sans justice, il ne peut y avoir de liberté réelle.
Le développement de l’État-providence, l'extension du respect des droits sociaux, l'amélioration des conditions de vie, sont partie intégrantes du projet socialiste car ils servent sa finalité : la réalisation de la liberté.
En effet, nul n'est libre sans accès à des soins, sans accès à l'instruction, sans accès à des transports publics de qualité, sans accès à un minimum vital, etc.
La liberté passe nécessairement par l'instauration d'un bon niveau de vie.
Toutefois, la critique du capitalisme, la critique de l'exploitation, n'est pas qu'une critique envers un niveau de vie insuffisant (puisqu'un niveau de vie suffisant est absolument nécessaire à toute liberté réelle), c'est aussi, et ce de manière essentielle, une critique contre l'exploitation en tant qu'aliénation de la liberté.
Car l'existence structurelle du patronat est productrice d'une domination qui aliène la liberté des travailleurs, et qui nie leur autonomie à décider souverainement de ce qui les concerne en premier lieu : la gestion de l'organisation du travail. De même, l'existence d'une autorité extérieure à celle des étudiants et des professeurs au sein de l'université aliène la liberté des usagers de leur espace de vie (étudiants et professeurs) à décider souverainement. Ces exemples montrent que la liberté n'est pas qu'une question d'augmentation du niveau de vie, de réalisation de la justice ou de l'égalité, mais bien aussi une question de démocratie réelle, d'autonomie réelle des individus, et de suppression de toute exploitation ou domination (de toute hétéronomie).
Ainsi, le socialisme se confond avec le projet d'autonomie, avec le projet de liberté, et vouloir lui ôter une de ses composantes ne fait pas sens selon moi.
17:48 Publié dans Liberté, Socialisme | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
02/05/2013
Cahuzac & transparence
L'affaire Cahuzac, où un ministre haut placé d'un gouvernement social-démocrate se permet de ne pas participer à l'effort de solidarité entre les membres de la société en cachant des centaines de milliers d'euros en Suisse, met en évidence la dégénérescence de la social-démocratie française, incapable de réaliser ne serait-ce qu'un pas en direction du socialisme.
Face à cette situation désastreuse, nombreux sont ceux qui appellent à l'instauration de la transparence pour les élus. Certes, cela semble être une bonne idée pour éviter des cas comme celui de Cahuzac, mais cela ne va pas au fond du problème.
Le fond du problème c'est qu'un individu qui possède un bien immobilier va être moins incité à soutenir l'extension du contrôle de la collectivité sur le sol et le logement, de même un individu riche sera peu tenté par l'idée d'accroître l'impôt sur la fortune, quant à celui qui a investi beaucoup de capitaux, il sera peu enclin à augmenter la taxe sur les gains du capital.
On pourrait continuer longtemps avec ce type d'exemples qui nous montre simplement la nécessité que la transparence ne concerne pas que les élus, mais aussi, et déjà, les candidats. Je pense en effet que dans une véritable démocratie, il est souhaitable que les citoyens puissent choisir à qui ils délèguent leur souveraineté en toute transparence, et en pleine connaissance des intérêts de chaque candidat, ce qui implique de connaître la situation économique des candidats, comme la fortune, la possession immobilière, le revenu, les capitaux mobiliers, etc.
Donc oui à la transparence, mais pas seulement après les élections !
Article publié dans la Cuite Finale de mai, le journal de la Jeunesse Socialiste Genevoise.
Je suis toujours très chargé à cause de mes études. Je me remets sérieusement à écrire sur ce blog pendant les vacances, après les examens, car je manque actuellement de temps pour avancer vraiment dans mes recherches personnelles (par contre j'essaie d'écrire de la fiction, mais c'est une autre histoire...)
23:38 Publié dans Transparence | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
03/04/2013
L'égalité des chances, un mythe libéral méritocratique
Je profite d'être en vacances pour prendre quelques minutes pour publier cette petite réflexion, histoire de remettre le concept de l'égalité des chances à sa juste place. J'aimerais en outre pouvoir publier davantage, mais mes études ne me le permettent malheureusement pas...
Toutefois, nous avons réuni une jolie équipe de débattants en philosophie politique sur ce groupe facebook : http://www.facebook.com/groups/132460310252049/
Je vous encourage à nous y rejoindre, si ce type de questions vous intéressent.
C'est en commençant par se réapproprier les idées politiques que les citoyens pourrons ensuite se réapproprier les institutions politiques.
L'égalité des chances est aujourd'hui un concept revendiqué par nombre de gauchistes, aussi bien que par nombre de droitistes.
Mais d'où sort-il donc ?
L'égalité des chances est un concept imaginé par les idéologues libéraux pour répondre à la critique portant sur les écarts de revenus et de fortunes très élevés que l'on observe dans tout pays capitaliste (par exemple en Suisse, la moyenne des écarts salariaux est de 1 pour 93 en 2011).
Les libéraux ont justifié ces écarts par le concept du mérite. Selon eux, les plus riches sont plus méritants, donc leur revenu ou leur fortune plus élevé que le reste de la population se justifie. Quand ils parlent de patrons, les libéraux vont par exemple dire que les patrons sont méritants parce qu'ils prennent des responsabilités et des risques, parce qu'ils engagent des travailleurs, etc.
Mais pour pouvoir renforcer cette conception du monde, il faut réaliser une véritable méritocratie, ce qui implique l'égalité des chances. L'idée étant que si tout le monde part avec les mêmes chances, les plus pauvres n'auront ensuite qu'à s'en prendre à eux-mêmes, et les plus riches pourront s'auto-complaire encore davantage dans leur richesse sans problème de culpabilité (même plus besoin de charité ou d'humanitaire pour se donner bonne conscience).
Seul problème dans cette jolie construction, l'égalité des chances est un concept qui semble à première vue inatteignable.
En effet, en se fondant sur les catégorisations de Bourdieu, on peut constater que si l'est certes possible d'éliminer l'héritage de capitaux économiques (fortunes, capitaux mobiliers et immobiliers), ce que peu de libéraux prônent, il semble beaucoup plus difficile de supprimer l'héritage (la transmission) de capitaux culturels (éducation, formation, instruction, connaissances, etc.), de capitaux sociaux (réseaux, contacts, parrains, etc.), ou de capitaux symboliques (renommée, prestige, etc.).
Et si on en restait là, on pourrait se contenter d'affirmer que le concept d'égalité des chances est bidon, car inatteignable.
Mais en réalité, et là je remercie Antoine Conforti II de m'avoir éclairé là-dessus, l'égalité des chances est atteignable.
En effet, si on retire les enfants de leurs parents dès leur naissance, et qu'on les fait élever de manière strictement égalitaire dans des centres d’État, alors on atteint une réelle égalité des chances.
Par conséquent, l'égalité des chances n'est pas une valeur inatteignable, mais c'est une valeur qui mène à une forme de totalitarisme.
Enfin, je dois quand même mentionner que certains libéraux ont répondu à la critique de l'égalité des chances par... le marché.
Selon eux, il n'y a pas de mérite, mais uniquement le marché. Ainsi, si certains gagnent 1000 fois davantage de que d'autres, ce n'est pas qu'ils l'ont mérité, mais c'est que le marché (les lois de l'offre et de la demande) fait que les prestations qu'ils offrent sont rares et demandées au point de justifier, de par cette rareté et cette forte demande par rapport à l'offre sur le marché du travail de leur secteur, des rémunérations 1000 fois plus élevées.
Bien entendu, nous avons encore une fois à faire à une classique mystification libérale. Car même si demande et rareté implique pareils écarts de rémunération, cela n'est pas une justification valable, mais uniquement la démonstration des absurdités que produit le marché capitaliste. En effet, la valeur du travail d'un individu ne vaudra jamais 1000 fois davantage que celle d'un autre (personnellement des écarts salariaux de 1 pour 5 me semblent acceptables).
Ceci étant dit, j'invite donc à présent mes camarades et amis de gauche, et particulièrement celles et ceux se réclamant du socialisme, d'abandonner sans crainte le concept d'égalité des chances.
Quel besoin avons-nous de nous appuyer sur une valeur qui n'a été conçue que pour justifier des inégalités auxquelles nous comptons mettre fin ?
Si nous réclamons la gratuité de l'instruction publique ce n'est pas au nom de l'égalité des chances, mais pour construire une société autonome où chacun des individus qui la compose est libre de penser par lui-même et de se réaliser.
« L'objectif de la politique de la politique n'est pas le bonheur, c'est la liberté. »
Cornelius Castoriadis
16:51 Publié dans Egalité des chances | Lien permanent | Commentaires (57) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
17/03/2013
Novembre 2018 : retour du Comité d'Olten
Dans un peu moins de 5 ans, nous fêterons les 100 ans de la première et dernière grève générale qu'a connu la Suisse, et de ce que certains considèrent comme l'unique tentative de révolution socialiste qu'ait connu notre pays.
C'est en effet en novembre 1918 que se forma le Comité d'Olten, composé du mouvement socialiste et syndicale, qui s'érigea en contre-gouvernent populaire des travailleurs, et qui élabora 11 revendications principales :
renouvellement immédiat du Conseil national selon le système de la représentation proportionnelle,
droit de vote et d'éligibilité pour les femmes,
introduction du droit au travail pour tous,
introduction de la semaine de 48 heures, dans toutes les entreprises publiques ou privées,
organisation d'une armée essentiellement populaire,
mesures visant à assurer le ravitaillement,
assurance vieillesse et survivants,
monopole de l'État pour les importations et les exportations,
paiement des dettes publiques par les possédants.
La grève générale fut appelée par le Comité d'Olten lorsque le Conseil Fédéral leva 100 000 hommes pour les écraser. 250 000 travailleurs se mirent alors en grève.
Malheureusement, la mobilisation des travailleurs ne suffit pas face aux troupes du Conseil Fédéral (malgré la rébellion de certains soldats), et le Comité d'Olten fut arrêté, 3500 personnes mises en accusation.
Cet épisode n'est bien entendu jamais enseigné à l'école obligatoire ou post-obligatoire, lutte idéologique oblige, et seules des recherches personnelles peuvent amener à découvrir son existence.
C'est pourtant un événement fondamental en Suisse, puisque c'est l'unique moment où le socialisme faillit être instauré en Suisse, et puisque c'est à partir de ce moment-la que la classe dominante suisse, effrayée par la possibilité d'un renversement du capitalisme, met en place la paix du travail, qui restera en place jusqu'à nos jours.
Dans un peu moins de 5 ans, nous, les militants socialistes, nous réunirons donc à nouveau à Olten pour commémorer la lutte du mouvement socialiste et des travailleurs, et pourquoi pas, remettre sur pieds le Comité d'Olten.
La plupart des 11 revendications du Comité d'Olten de 1918 ayant été à peu près réalisées, nous devons en établir 11 nouvelles pour le prochain siècle.
Enfin, on peut se demander si une nouvelle grève générale est encore envisageable.
18:07 Publié dans Comité d'Olten 1918 -2018 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
15/03/2013
Défense du Mouvement Socialiste Anticapitaliste
Alors qu'une majorité des membres de la Jeunesse Socialiste Vaudoise ont refusé que leur parti adhère au Mouvement Socialiste Anticapitaliste (MSA), censé fédérer l'aile gauche du Parti Socialiste Suisse avec la Jeunesse Socialiste Suisse, permettez-moi ici de répondre aux critiques et questions qui ont été émises lors du débat sur l'adhésion, et de montrer en quoi elles sont infondées.
1. Le MSA se dit anticapitaliste, mais par quoi voudrait-il remplacer le capitalisme ?
Cette première question met en évidence deux choses : soit son auteur manque de « culture » politique, soit son auteur est pro-capitaliste. Ceci étant dit, il suffit d'ouvrir le programme du PS de 2010 pour avoir la réponse... Le PS y dresse une liste de 9 façons de dépasser le capitalisme par une démocratisation de l'économie privée (qui vont de l'extension des services publics, à la propriété étatique de certaines entités économiques, en passant par l'autogestion et la propriété des travailleurs). Quant à la JS, elle a clairement et simplement défini dans Démocratie Socialiste que le dépassement du capitalisme pouvait se faire par la propriété des travailleurs sur leurs moyens de production et l'instauration de l'autogestion. Bref, PS et JS sont d'accord sur comment dépasser le capitalisme, et la réponse revient en gros à prôner le socialisme démocratique.
2. L'idée du MSA est intéressante, mais il existe d'ores et déjà d'autres mouvements de ce type, donc le MSA n'est qu'une copie supplémentaire inutile.
Cette remarque est fausse. Il n'existe pas d'autre mouvement comme le MSA. Au sein du PS suisse il existe certes plusieurs tendances formant l'aile gauche du PS, mais aucune n'a été fondée pour les fédérer toutes au sein d'une seule et même entité. L'auteur de cette remarque n'est simplement pas au courant des caractéristiques de chacune de ces tendances et de leurs objectifs.
3. C'est à la Jeunesse Socialiste de fédérer l'aile gauche du PS, en fondant le MSA on divise la JS.
Cette remarque est absurde. Si c'est à la JS de fédérer l'aile gauche du PS, alors pour pouvoir la fédérer il faut qu'elle se dote d'une structure autre que celle de la JS, puisque seule les moins de 30 ans peuvent y adhérer !
Par conséquent, si c'est le rôle de la JS de fédérer l'aile gauche du PS, alors la JS doit faire exactement ce que nous faisons : fonder une structure pouvant regrouper la JS avec les autres tendances de l'aile gauche du PS.
Il n'y a division que parce que les JSV refusent d'adhérer au MSA, le MSA n'étant lui-même que l'expression de cette volonté de fédérer et d'unir l'aile gauche du PS avec la JS, donc de jouer le rôle de la JS justement.
4. Le MSA est créé à l'interne de la JS, et pourtant nous demandons ensuite à la JS d'intégrer le MSA, il y a donc un problème logique.
Le MSA n'est pas un mouvement créé à l'interne de la JS. Le MSA est créé à l'interne du PS et (!) de la JS. La JS n'est qu'une des tendances de l'aile gauche du PS. Son adhésion n'est qu'un pas vers l'union des différentes tendances de l'aile gauche du PS. Il est bien que le mouvement partent des jeunes, mais il ne faut pas non plus nous donner trop d'importance. L'adhésion de la JS au MSA est importante, mais elle semble plus facile et évidente que les autres adhésions recherchées qui sont celles des différentes composantes du PS.
5. Quelles sont les modalités d'action du MSA ? Comment agir concrètement ?
La feuille de route du MSA est souple. Nous avons décidé de nous concentrer sur l'adhésion des sections des JS romandes pour commencer. Dans le même temps nous souhaitons renforcer notre collaboration avec notre alter-ego suisse-allemand afin de préparer la fusion future de nos mouvements. La question de l'adhésion des sections du PS, ainsi que celle des autres tendances de l'aile gauche du PS, se poseront plus tard, dès que nous aurons terminé les demandes d'adhésion au JS romandes.
Dans le même temps que nous effectuons ces procédures, nous voulons développer notre présence sur les réseaux sociaux, à travers nos deux blogs, et notre page et notre compte facebook. Un travail d'écriture doit aussi se faire pour convaincre le plus grand nombre de se joindre à nous et d'adhérer à nos idées. En outre, nous désirons prendre position sur de nombreux sujets, comme ceux des votations, pour commencer à faire entendre cette voix de l'aile gauche du PS que nous sommes en train de mettre sur pieds.
A la longue, lorsque suffisamment de militants nous aurons rejoint, nous structurerons davantage notre mouvement et l'organiserons davantage.
6. Le logo et le nom du MSA sont caricaturaux.
Le nom du MSA est-il caricatural ?
En fait c'est un pléonasme, le socialisme étant par définition (ontologiquement) anticapitaliste. Ce nom a été choisi car il est le meilleur pour différencier ceux qui réduisent le socialisme à une émotion empathique ou à une valeur x ou y, et ceux, comme nous, pour qui le socialisme est un véritable projet de société proposant un contre-modèle au
capitalisme.
Mais nous sommes souples et ouverts, et par conséquent disposés à débattre de toute proposition alternative.
Quant au logo il représente un poing, une rose, avec du rouge, et du noir. Autrement dit que des éléments qui sont sur les drapeaux de la JS et du PS...
Leurs drapeaux seraient-ils caricaturaux ?
A nouveau, nous sommes néanmoins ouverts à toute proposition.
7. Le socialisme anticapitaliste n'est pas une bonne idée.
Désolé cher auteur de cette remarque, mais si tu penses que le socialisme (anticapitaliste) n'est pas une bonne idée, alors nous ne sommes simplement pas sur le même bateau. Les programmes du PS et de la JS intègrent le dépassement du capitalisme par le socialisme. Ne pas adhérer à cela c'est donc ne pas adhérer à un des points importants des programmes du PS et de la JS.
21:36 Publié dans Mouvement Socialiste Anticapitaliste | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
14/03/2013
Je suis candidat !
Il y a 2 ans, j'étais candidat sur la liste de combat de la Jeunesse Socialiste Genevoise pour le Conseil National. C'était ma première participation à une élection, et notre campagne fut ludique (rappelez-vous nos affiches en 3D) et active (que de stands!). Nous étions toutefois peu nombreux à la JSG et une grande motivation était nécessaire pour assumer cette campagne avec si peu de forces militantes.
Samedi dernier, le Congrès du Parti Socialiste Genevois m'a élu candidat sur la liste socialiste pour le Grand Conseil, faisant taire les mauvaises langues qui disaient que mes positions radicales rendaient impossible mon élection au sein du parti (en réalité ma place en bas de liste est sûrement surtout due au fait que je suis peu actif au sein du PS, du fait de mon fort investissement à la JS). Je remercie d'ailleurs chaleureusement toutes et tous les camarades qui ont voté pour moi, me permettant ainsi de me lancer dans cette nouvelle aventure électorale.
Pourquoi me lancer dans cette élection ?
Tout d'abord, pour renforcer la représentation des jeunes qui sont aujourd'hui sous-représentés, et qui paient ainsi le prix de leur faible nombre, et de leur faible participation aux votations.
Ensuite, pour permettre à la Jeunesse Socialiste Genevoise de faire campagne aux côtés du PS tout en ayant ses propres candidat-e-s (au pluriel car ma camarade co-présidente Caroline Marti est aussi sur la liste socialiste), dont elle peut être assurée (en tout cas dans mon cas) qu'ils défendront ses idées, et notamment notre Manifeste.
Enfin, parce que je souhaite participer à la lutte électorale pour remporter une majorité de gauche au Grand Conseil, ce qui est notre objectif à toutes et tous à gauche à présent.
Il serait à présent d'usage, il me semble, que je présente quelque peu mes choix politiques et ma formation, ainsi que quelques idées politiques représentatives de mes positions, bien que les lecteurs réguliers de mon blog connaissent tout cela d'ores et déjà assez bien.
J'ai donc 21 ans, et je suis étudiant à l'université de Genève, à la Faculté des Lettres, en philosophie et en histoire générale. Avant cela j'ai fait une année en Faculté des sciences économiques en sociales, en science politique. Avant l'université, j'ai passé la maturité gymnasiale au collège de Candolle, option spécifique anglais et option complémentaire géographie, et auparavant j'ai terminé ma scolarité obligatoire au cycle de l'Aubépine. En dehors de ma formation estudiantine, je suis pratiquant de kung-fu depuis plus de 12 ans, et j'ai fondé l'association Martial Arts of Geneva qui organise régulièrement des rencontres entre pratiquants d'arts martiaux différents.
Mon engagement politique a commencé autour de mes 17 ans, quand j'ai fondé la Gauche des collèges qui rédigeait et publiait un petit journal militant, et se livrait toutes sortes d'activité de mobilisation et de conscientisation. Recruté par Olga Baranova à mes 18 ans au sein de la Jeunesse Socialiste Genevoise, j'y ai été d'abord responsable des nouveaux membres, puis secrétaire externe. Plus tard, j'ai été élu co-président de la JSG, avant d'être président unique, et à présent à nouveau co-président.
Au début de mon engagement militant, ce sont surtout les questions altermondialistes qui m'intéressaient, puis les questions écologiques, et notamment la critique que fait la décroissance (Paul Ariès, Serge Latouche, Nicolas Ridoux) de notre époque (d'où mon engagement au sein du Réseau Objecteur de Croissance genevois), mais j'avais alors un positionnement très modéré (social-libéral). Avec la crise et les témoignages réguliers sur la paupérisation croissante de l'Europe du sud, je me suis radicalisé jusqu'à adhérer au socialisme, nourri par Marx, et raffiné par Castoriadis.
Par ailleurs, j'ai participé un peu cette année à la rédaction de Pages de gauche, journal socialiste indépendant, mais j'écris surtout sur ce blog, dans le journal de la JSG la Cuite Finale, et dans le journal des élèves de science politique Troubles Obsessionnels Politiques.
Actif principalement à la JSG, je n'en suis pas moins aussi membre du PS depuis 2012. Avec quelques camarades des JS et du PS de Suisse romande, nous avons d'ailleurs fondé le Mouvement Socialiste Anticapitaliste qui vise à fédérer l'aile gauche du PS suisse.
En outre, j'ai participé au mouvement des Indigné-e-s lors de sa création, et à son développement lorsqu'il a pris la forme d'Occupy Geneva. C'est aussi à cette période que j'ai tenté l'expérience du Cercle Gramsci, qui a malheureusement avorté, faute d'accord sur ses objectifs entre les participants.
Quant à mes idées politiques en elles-mêmes, je crains que le mieux serait de se référer à mes anciennes et futures publications sur ce blog.
En très résumé, j'adhère au programme du PS suisse de 2010 (celui pour les 25 prochaines années), au programme du PS genevois pour la prochaine législature, au document Démocratie Socialiste de la JS suisse, et au Manifeste de la JS genevoise.
En résumé, je suis favorable au projet socialiste qui vise à rendre chaque individu autonome et libre. Pour ce faire, je pense nécessaire de supprimer toute exploitation de l'être humain par un autre être humain, donc de supprimer le salariat, et la propriété privée des moyens de production, et de les remplacer par l'autogestion et la propriété des travailleurs sur leurs moyens de production.
Concrètement, un Grand Conseil à majorité de gauche, épaulé d'un Conseil d’État de gauche, pourrait par exemple mener une politique d'achat d'entreprises privées avant de proposer aux travailleurs de cette entreprise s'ils sont favorables à devenir une coopérative autogérée, cela nécessite l'organisation d'un vote et d'une campagne démocratique interne, et en cas de vote positif de mener les transformations structurelles nécessaires (il y a aussi des degrés différents d'autonomie possible pour les travailleurs au sein d'une entreprise que l'on peut mettre en place avant d'en arriver à une coopérative autogérée en tant que telle).
Afin d'étendre l'autonomie individuelle et collective, il me semble aussi souhaitable de mener des réformes radicales des institutions politiques.
En outre, je rappellerai aussi les nécessaires lois sociales pour instaurer une certaine équité et égalité au sein de la société : salaire minimum de 4000 francs, écart salarial de 1 pour 5, et revenu maximum.
Sans oublier la nécessité de supprimer le chômage par une répartition du temps de travail, soit en augmentant le nombre de semaines/jours de vacances, soit en limitant le nombre maximum d'heures de travail par semaine. (Bien sûr, on peut aussi mener des politiques keynésiennes.)
Et puis, n'oublions pas la nécessité de résoudre la crise du logement par la collectivisation progressive du sol et du logement, l’État devant acquérir progressivement tout cela, et en devenir propriétaire. Avec 80% de locataires et 20% de propriétaires, si cette évidente bonne idée n'est pas encore réalité, c'est bien parce que les 20% de propriétaires sont sûrement représentés à plus de 60% parmi les élus ! Combien d'élus sont locataires ? Voilà une question intéressante.
La population doit aussi reprendre à travers l’État le contrôle du crédit et du développement économique en étatisant les banques.
Enfin, comme l'héritage n'a aucune légitimité éthique il faut le socialiser et le partager équitablement entre toutes et tous (sans privilège).
Voilà, un petit résumé de mes idées politiques.
Et comme j'ai plusieurs brouillons de texte en cours (en fait j'en ai des tonnes non publiées), je compte bien revenir sur tout cela très prochainement.
Pour le moment, permettez-moi simplement de nous souhaiter une bonne campagne, et une victoire électorale en autonome 2013.
Et vive le socialisme !
21:44 Publié dans Qui suis-je? | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
05/03/2013
De la démocratisation des institutions politiques
Tandis que le projet libéral réduit le champ politique à la question de plus ou moins de libertés négatives (celles de ne pas être dérangé dans ses affaires par un autrui qui peut être aussi bien son voisin, que la collectivité, ou l’État), et qu'il traduit cette revendication par celle du plus ou moins d’État, il semble éminemment nécessaire et souhaitable pour les socialistes de replacer comme question centrale du champ politique la question de plus ou moins d'autonomie. Depuis ma lecture de Cornelius Castoriadis, je suis en effet convaincu que c'est là la notion clef du socialisme, car c'est elle qui agrège et réconcilie liberté positive et négative, et qui exprime le mieux l'essence de notre lutte et de notre projet de société.
Si l'autonomie est donc la finalité de notre action politique, il faut pouvoir la développer dans toutes les sphères d'activité de la société, et en premier lieu dans la sphère des institutions politiques et dans celle de l'organisation de notre mode de production et de consommation.
Dans les lignes suivantes, je souhaite simplement esquisser quelques idées, quelques pistes, pour avancer sur la voie de la démocratisation des institutions politiques.
Pourquoi ce souci de démocratiser les institutions politiques ?
Car je pense qu'on peut considérer que c'est en renforçant la possibilité qu'on les membres de notre société d'agir sur leur destin en tant que membre de cette société que l'on renforce leur autonomie et leur liberté.*
Voici donc quelques mesures pour démocratiser les institutions politiques que je présente ci-dessous par ordre de radicalité (et donc de faisabilité).
- Réduction du nombre de signatures pour pouvoir déposer une initiative ou un référendum. La volonté des citoyens de soumettre au vote de toutes et tous une question qui leur importe ne doit point se heurter à un mur de signatures trop élevé.
- Suppression des rentes à vie pour les élus. Il est en effet surprenant et choquant que quiconque puisse toucher de la collectivité une rente à vie parce qu'il a exercé une quelconque charge politique. Ce privilège doit être aboli.
- Instauration de la transparence sur le financement des partis. N'est-il pas souhaitable que les citoyens sachent vraiment pour quelles organisations ils votent et les intérêts que ces organisations défendent ? Car on ne peut douter que le financement d'un parti est assez révélateur des intérêts qu'il défend.
- Baisse de l'âge minimal du droit de vote à 16 ans. Car à 16 ans (voire plus jeune), nombre de jeunes sont prêts et intéressés à participer à la prise de décision collective et au débat politique. Quant aux autres, et bien ils viendront grossir les rangs des abstentionnistes. Mais donner la parole à davantage de jeunes, c'est accroître nos chances d'avoir de futurs citoyens motivés et informés, et c'est seulement sur la base d'individus autonomes que peuvent s'élever des sociétés autonomes.
- Limitation des dons privés aux partis politiques. On ne peut laisser certains partis politiques recevoir tellement plus que d'autres, car les campagnes sur des sujets de votation ou lors d'élection s'en trouvent complètement inégales. Pareille inégalité nuit à la liberté de choix des citoyens qui se retrouvent parfois harcelés par certains partis aux moyens faramineux.
- Suppression du quorum. Pourquoi faudrait-il mettre une barre arbitraire à un parti pour qu'ils puissent participer à un législatif ? Lorsqu'un législatif a 100 sièges, n'est-il pas fort logique que 1% des voix des votants reviennent à obtenir un siège ?
Les petits partis ont le droit d'être représentés sans être écrasés par les grands partis. Cette mesure améliore la représentativité du législatif, et respecte davantage le choix des votants.
- Instauration de la transparence à propos des élus. Les citoyens ont le droit de savoir qui ils ont élu pour savoir qui les représentent. C'est une condition nécessaire à tout acte de délégation de sa liberté et de sa souveraineté sur soi-même à quelqu'un d'autre. Transparence doit donc être faite sur les fonctions, métiers, capitaux mobiliers et immobiliers, fortunes, possessions, et revenus, de tout élu.
- Introduction du tirage au sort dans le choix des élus aux législatifs. Soit avec un système de parlement mixte où une partie (10, 20, 30, 40, ou 50%) des parlementaires serait tirée au sort (par exemple sur la base du volontariat et du parrainage citoyen), et l'autre élue. Soit avec un système bicaméral où une chambre serait élue et l'autre tirée au sort. L'introduction du tirage au sort permettrait d'en finir avec la domination des plus riches, des plus instruits, et des meilleurs orateurs, qui ont tendance à accaparer les places des législatifs au détriment de tous les autres.
Voilà quelques mesures que notre future majorité de gauche au Grand Conseil pourrait avoir à coeur de réaliser.
*On notera que contrairement à une catégorisation stupide que j'avais faite, on ne peut séparer la philosophie politique entre philosophie sociale et économique, et philosophie éthique. La philosophie politique est toujours éthique, puis économique et sociale. Ce texte illustre cela de manière évidente.
15:10 Publié dans Démocratie & institutions politiques | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
02/03/2013
Fondation du Mouvement Socialiste Anticapitaliste
Les gérants de la blogosphère du site de la Tribune de Genève n'ayant pas donné suite à notre demande d'obtenir un blog sur cette plate-forme, nous avons décidé de créer un blog sur une autre plate-forme. Pour le moment, voici déjà la charte fondant le mouvement.
Charte du Mouvement Socialiste Anticapitaliste (MSA)
Constatant les divisions au sein de la gauche et du mouvement socialiste, ainsi que sa droitisation et les échecs de ses politiques social-libérales en Europe, il nous paraît nécessaire de remettre au centre de la politique le projet socialiste.
C’est pourquoi, par la présente, nous fondons le Mouvement Socialiste Anticapitaliste afin d'unir la Jeunesse Socialiste Suisse et les différentes composantes de l'aile gauche du Parti Socialiste Suisse. Il ne s’agit pas de fonder un mouvement concurrent au mouvement socialiste, mais transformer le parti de l’intérieur. Sur le long terme, nous souhaitons unifier la gauche anticapitaliste dans son ensemble.
■ Par « socialistes anticapitalistes », nous affirmons être favorables :
- au dépassement du capitalisme par le socialisme démocratique
- à la propriété des travailleurs sur leurs moyens de production
- à l'autogestion des travailleurs (prise de décision collective)
- à la socialisation du crédit
- à une démocratisation radicale des institutions
■ Les buts généraux du mouvement sont de :
- démocratiser le fonctionnement du PS et lutter contre la bureaucratisation interne
- renforcer et développer la tendance socialiste anticapitaliste au sein du PS
- s'assurer que le PS soit bien sur la voie du socialisme
- éviter toute droitisation ou centrisation du PS
- œuvrer pour l'union de l'ensemble des forces de gauche anticapitalistes sur le long terme
Adopté à Genève, le 9 février 2013, par les membres fondateurs
,
Adrien Faure, Président de la Jeunesse Socialiste Genevoise, et membre du Parti Socialiste Genevois
Samia Dabboubi, membre de la Jeunesse Socialiste Vaudoise, et membre du Parti Socialiste Lausannois
Bryan Chirinos, Graphiste et membre du comité de la Jeunesse Socialiste Genevoise
Karim Lasseb, membre du Parti Socialiste Vaudois et de la Jeunesse Socialiste Vaudoise
Idrees Samim, conseiller communal et membre du Parti Socialiste Vaudois

17:35 Publié dans Mouvement Socialiste Anticapitaliste | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
27/02/2013
La Librairie du Boulevard : la coopérative autogérée de Genève
« Il est absolument inutile qu'un chef de musique soit propriétaire des instruments de son orchestre, tout comme il peut parfaitement diriger ses musiciens en restant étranger à la question de leur « salaire ». Les fabriques coopératives démontrent qu'en tant que fonctionnaire de la production, le capitaliste est devenu tout aussi superflu que l'est suivant lui-même le propriétaire foncier. Son travail est complètement indépendant du capital du moment qu'il ne résulte pas du caractère capitaliste de la production, qu'il ne répond pas à la fonction qui a pour seul but l'exploitation du travail des autres et qu'il a pour point de départ le travail social, dans lequel la coopération de plusieurs est nécessaire pour atteindre un résultat déterminé. » Karl Marx
Alors que nous prônons sans cesse une société socialiste composée de coopératives autogérées uniquement, il paraît fort pertinent d'étudier celles qui existent d'ores et déjà, qui plus est à Genève. Ainsi, à deux pas du siège du Parti Socialiste, à la rue de Carouge, se trouve la Librairie du Boulevard, la coopérative autogérée de Genève fondée en 1975.
La Librairie du Boulevard est une excellente librairie qui propose un choix de livres variés, allant de la littérature jeunesse, aux ouvrages anti-capitalistes, en passant par la psychanalyse ou l'alimentation, sans oublier un beau rayon de littérature en poche. Mais au-delà de la qualité de son offre, c'est la qualité de son mode d'organisation qui est à relever. Fonctionnant en autogestion, les 6 travailleurs (à temps partiel) qui la composent se retrouvent tous les lundis matins pour se répartir les tâches et s'organiser pour la semaine. Convivial, ce mode d'organisation supprime la hiérarchie, et conduit les travailleurs à s'impliquer fortement.
En sus de l'autogestion, la Librairie du Boulevard est aussi une coopérative. Les coopérateurs (il y en a 200) ne travaillent pas tous à la librairie, mais participent à des assemblées générales. Ils ne touchent aucun revenu de l'activité de la librairie, mais soutiennent ainsi ce beau projet. Quant aux travailleurs, ils deviennent généralement à la longue eux-aussi coopérateurs.
Tous les profits que réalise la librairie sont partagés entre les travailleurs, qui touchent tous le même salaire, le temps de travail étant rémunéré de manière égalitaire. En cas de problème financier, les travailleurs ont toujours réussi à s'arranger, que ce soit avec le départ à la retraite de l'un d'entre eux, ou en faisant quelques heures supplémentaires. L'ancienneté au sein de la coopérative ne donne droit qu'à une semaine de vacances supplémentaire après 20 ans.
Cette expérience de socialisme appliqué est une belle démonstration qu'un autre modèle de société est possible, fondée sur des valeurs comme l'autonomie, la liberté, et l'égalité. Notre combat ne peut que sortir renforcé par l'existence de pareille expérimentation positive, résistance quotidienne à l'ordre capitaliste.
Alors, la coopérative autogérée, le modèle de demain ?
« Dans le cadre de la propriété privée des moyens de production, les fabriques coopératives créées par les travailleurs sont la première brèche dans l'ancienne forme de propriété individuelle des moyens de production. (...) Dans ces coopératives, l'antagonisme entre le capital et le travail est supprimée. (...) Elles montrent comment, à un stade déterminé du développement des forces productives matérielles et des formes de production sociales correspondantes, un nouveau mode de production peut surgir et se développer naturellement à partir d'un mode de production donné. » Karl Marx
Adrien Faure
Article rendu possible grâce à une interview réalisée auprès de Catherine Rosselet, travailleuse au sein de la Librairie du Boulevard que je remercie ici pour son temps et ses réponses.
Cet article a été publié dans la "Cuite Finale", le journal de la Jeunesse Socialiste Genevoise, ainsi que dans "Trouble Obsessionnel Politique", le journal des élèves de science politique.
15:56 Publié dans Librairie du Boulevard | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
19/02/2013
L'AVS & les jeunes...
En Suisse, dès qu'on a 18 ans, on est censé cotiser à l'AVS. Toutefois, si on est sans revenu, on commence alors à cotiser à 20 ans.
Ceci, on l'apprend dans la petite brochure verte que l'on reçoit à ses 18 ans, lors d'une cérémonie de passage organisée dans sa commune.
Bizarrement, la brochure prévient aussi que si l'AVS ne nous envoie rien à nos 20 ans, c'est alors à nous de les contacter.
Il est quand même surprenant que cette information soit dans la brochure, car cela démontre, malheureusement, une normalisation de l'incapacité de l'AVS à gérer ces envois...
Et j'ai pu constater que c'est effectivement le cas !
L'AVS ne m'a rien envoyé à mes 20 ans, et j'ai passé les 1 an et demi qui ont suivi (j'ai à présent 21 ans) à les harceler pour obtenir de pouvoir cotiser... Non seulement ils ne répondent jamais au téléphone, mais qui plus est ils ont beau dire qu'ils vous enverront le nécessaire, ils n'envoient jamais !
Le pire, c'est que je ne suis pas un cas isolé... nombre de mes amis sont dans la même situation.
Bref, par la présente, permettez-moi de déplorer l'incompétence de ceux qui sont en charge de l'AVS.
13:25 Publié dans AVS | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
03/02/2013
Fonder un bar-coopérative autogéré ? (suite)
Après avoir exposé mon idée, j'ai tenté de trouver des jeunes motivés par le projet, et des informations sur comment le réaliser pratiquement. Par bonheur, je connais quelques personnes (dont un jeune entrepreneur que je remercie chaleureusement) qui ont pu me donner quelques conseils et explications que je retranscris ici. Merci de bien vouloir me dire si je fais erreur sur quoique que ce soit.
D'abord je suis assez content, car j'ai trouvé 8 personnes de motivés par le projet, et 2 autres prêts à aider bénévolement pour lancer le projet, sans oublier John Goetelen qui a offert gracieusement sur cette plate-forme ses services de coach.
Pour lancer le projet il faudra de l'argent. Donc soit les coopérateurs-travailleurs arrivent à rassembler l'argent nécessaire, soit il faut obtenir d'une manière ou d'une autre un crédit (on m'a parlé par exemple de la Banque Alternative). Si l'on prend un crédit, on m'a conseillé de se constituer en Société Anonyme (bon, la forme juridique officielle ne changera rien au modèle final, ce sera de toute façon une coopérative autogérée égalitaire), car les SA peuvent prendre des crédits sans que leurs propriétaires ou gestionnaires ne soient poursuivis en cas de faillite. Mais j'ai quand même l'impression de sortir un peu du projet de base. Se passer de crédit serait évidemment idéal, notamment parce que le crédit implique toujours un intérêt à payer (sauf dans les cas des banques islamiques ?)
En ce qui concerne les coûts, trouver un local est paraît-il difficile, car les régies ne sont pas très enthousiastes à l'idée de transformer leurs locaux en bar. Par contre reprendre un bar coûte un prix d'entrée, de... 120 000 à 200 000 francs !! (Ce qui implique que jamais je ne trouverais pareille somme sans obtention d'un crédit.)
En outre, à cela s'ajoute la nécessité d'avoir une patente. On m'en a proposé une pour 500 francs par mois. Par contre, il n'est pas nécessaire que qui que ce soit ait un diplôme de cafetier. La seule contrainte c'est l'argent.
Par ailleurs, si l'on souhaite se décharger des frais administratifs, les fiduciaires prennent au moins 2000 francs.
Ceci étant dit, il y a une autre possibilité, c'est de se constituer en association avec un but précis. Dans ce cas il s'agirait d'une coopérative autogérée égalitaire associative, dont les travailleurs seraient rémunérés.
Les avantages sont qu'il n'y a pas besoin de patente, et qu'il est plus facile de trouver un local.
Cela semble donc clairement plus avantageux de se constituer en association.
Voilà c'est tout pour le moment.
15:10 Publié dans Bar-coopérative autogéré | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
31/01/2013
Fonder un bar-coopérative autogéré ?
A présent que j'ai découvert qu'il n'y avait qu'une seule coopérative autogérée à Genève, la Librairie du Boulevard, et éventuellement le Jardin de Cocagne (je manque d'informations sur ce dernier), je me dis que le tissu économique genevois est finalement assez pauvre de ce point de vue là... (Si vous connaissez d'autres coopératives autogérées à Genève, merci de bien vouloir m'en informer, je suis preneur !)
Il semblerait que même nos bars de gauche aient préféré adopter le modèle économique dominant (je ne les en blâme pas, je constate).
Ce qui m'amène à me dire que nous devrions y remédier par nous-mêmes, nous autres jeunes socialistes (j'emploie le terme socialiste ici de manière générale et a-partisan), puisque nous sommes de loin les premiers à fréquenter les bars à Genève.
Fonder un bar qui serait une coopérative (selon le principe de la propriété des travailleurs sur leurs moyens de production) et autogérée (prise de décision collective des travailleurs sur le fonctionnement de leur coopérative), et qui reposerait sur une égalité de revenu (même revenu pour le même temps de travail), voilà un beau projet.
Concrètement, il faudrait rassembler quelques jeunes motivés et prêts à mettre un peu d'argent pour les frais de départ (location, achat du mobilier, achat des fournitures pour la vente). Ensuite, on pourrait imaginer un tournus dans les présences pour faire tourner le bar, ce qui permettrait un revenu d'appoint par exemple pour des étudiants comme moi.
Le projet peut-il ensuite réussir à tourner financièrement ?
Étant donné son statut de coopérative autogérée il devrait probablement attiré bien des gens désireux de soutenir un autre modèle de société. Rendez-vous compte : le seul bar-coopérative autogéré de Genève !
Et puis il faudrait compter sur les évènements particuliers, conférences, concerts, et autres meeting alternatifs.
Sans oublier une déco bien socialiste, et une bibliothèque militante.
Bon, il ne me reste plus qu'à trouver un groupe de jeunes motivés.
A suivre, j'espère.
17:17 Publié dans Bar-coopérative autogéré | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
29/01/2013
Qu'est ce que l’État ? (V) – Synthèse intermédiaire
De la nature de l’État – organisation
L’État est avant toute chose ce que j'appellerai la matérialisation du principe d'organisation.
Le principe d'organisation est inhérent à la nature humaine : l'être humain est un être social, contraint par la nécessité de la reproduction, à vivre en collectivité (même restreinte), une société d'ermites, d'atomes humains isolés est une aberration et n'est pas viable. Parce qu'il est contraint de vivre en société, et parce qu'il aime vivre en société, l'être humain doit coopérer avec ses semblables.
Cette nécessaire coopération implique une organisation de la société (quelle que soit la forme précise que prend cette organisation) : c'est le principe d'organisation.
L’État matérialise donc cette organisation humaine, du moment qu'il y a société (c'est à dire du moment que deux personnes vivent ou coopèrent ensemble).
Sans État, pas d'organisation. Sans organisation, pas de société. Sans société, pas d'être humain.
Ce premier développement implique que toute société humaine peut à tout moment fonder (théoriquement) un État si elle le désire.
La reconnaissance sociale, et symbolique, de cet État est une autre question qui dépend des circonstances et du rapport de force entre le nouvel État et les autres Etats l'environnant ou l'englobant (dans le cas d'un État dans l’État).
Lorsque les Indigné-e-s s'approprient une partie de la cité genevoise, c'est une tentative de faire sécession avec l’État genevois (et fédéral). En se proclamant communauté autogérée, libre, et indépendante, qui plus est libérée de toute aliénation, ce groupe social fait les premiers pas vers la sécession (symbolique certes).
L'expérience des Indigné-e-s correspond à une tentative de changer la société dans laquelle ils vivent en créant une autre société plus attractive (enfin c'était l'idée de base on me dira, puisqu'après cela n'a pas tellement bien fonctionné). Cette autre société adopte ses propres règles, et ses propres institutions : bref, on a les bases (un peu vague certes) d'un État complexe qui voit le jour.
Donnez leur quelques lopins de terres fertiles, et vous les verrez bâtir les bases d'un État avec sa propre production, et son circuit de consommation, son commerce extérieur, etc.
Cet exemple montre les avantages en termes d'analyse que permet ma conception de l’État comme matérialisation du principe d'organisation.
Mais il y a aussi des avantages pour la formulation de notre projet socialiste d'une société autonome. J'y reviendrai.
On notera enfin que cette conception de l’État ne s'oppose pas à celle triviale d'un État en tant que territoire, population, et frontières.
De la nature de l’État – coercition
Étant donné que j'ai avancé ma conception de l’État, je dois à présent démontrer que la conception marxiste, libérale, et anarchiste, de l’État est erronée.
Toutes ces conceptions affirment la même chose : l’État est source de coercition.
Je prétends pourtant que ceci est une confusion. L’État n'est pas source de coercition, l’État est un outil (puisqu'il n'est que matérialisation de l'organisation humaine) coercitif. Mais son degré de coercition, comme son caractère coercitif, ne provient pas de son essence, de sa nature. La coercition étatique, et le degré de coercition étatique, est la conséquence directe de l'infrastructure et de la superstructure en place. Si l'infrastructure économique d'une société est très coercitive, alors la superstructure politique sera très coercitive (théorie du reflet de Marx), et par conséquent l’État sera très coercitif. Le capitalisme est coercitif, tout comme le totalitarisme, ou le bureaucratisme soviétique.
Mais si c'est simple, alors pourquoi ne choisit-on pas un modèle de société non coercitif ?
Parce que cela n'existe pas. Toute société est coercitive. Même deux individus devant prendre une décision ensemble finiront par exercer une coercition l'un sur l'autre (de manière symétrique ou pas).
La démocratie est coercitive bien entendu, car il y a toujours une majorité exerçant le pouvoir sur une autre. De même, la démocratie par unanimité cache simplement le rapport de force sur l'envers du décor, dans l'ombre du trône.
Quant à la démocratie directe, à l'autogestion, on atteint certes un stade peu coercitif (en termes de degré de coercition), mais il y a toujours coercition d'une majorité sur une autre.
L’État anarchiste, l’État libertaire
A présent, venons-en à la question anarchiste (ou libertaire) plus en détails.
Les anarchistes confondant État et modèles d’État (ou de société) prônent donc l'abolition de l’État. Que veulent-ils dire par là ? Et bien, qu'il faut supprimer toute organisation verticale du pouvoir, et organiser la société de manière horizontale, bref autogestion, et démocratie directe. L’État anarchiste est donc un État organisée sur des bases très peu coercitives, c'est le degré moindre de coercition (théoriquement, car la démocratie directe, la sur-décentralisation peut aussi présenter des problèmes à cause de la promiscuité dans la prise de décision politique).
Dans l'idéal, les libertaires suppriment l'acte de délégation, mais dans une société complexe, ils sont contraints (s'ils veulent maintenir une société complexe en place) de déléguer certaines tâches, et c'est pourquoi ils emploient une forme de délégation particulièrement raffinées : le mandat impératif révocatoire, qui permet de révoquer le mandé, et de fixer des termes strictes et précis à ses tâches.
L’État anarcho-capitaliste, l’État libertarien
Ne peut exister. Et oui, il s'agit d'une contradiction logique.
L'anarchisme libérale (ou libertarianisme) mène nécessairement à un État libéral (capitaliste) très conventionnel (répressif envers les travailleurs). L'inégalité de la répartition des moyens de production impliquant nécessairement un État répressif apte à faire respecter l'inégalité par la majorité lésée rebelle.
L’État capitaliste
C'est la forme d’État que l'on connaît, l’État intervient dans l'intérêt de classe capitaliste quand il le faut, et protège les droits et lois capitalistes.
Mais l’État capitaliste peut être plus ou moins social-libéral ou libéral, selon la taille de son Etat-providence, le développement des droits sociaux, de la protection des travailleurs et des syndicats, etc.
L’État socialiste
Quelle forme doit prendre l’État socialiste ?
Je crois que je suis trop fatigué pour rentrer dans le détail maintenant... Mais je listerai quelques mots clef qui me serviront d'autant de pistes : décentralisation, fédéralisme, confédéralisme, démocratie directe et semi-directe, tirage au sort, mutualisme, conseillisme, coopérativisme, associationnisme, sociocratie, etc.
Disons que la citation de Cornelius Castoriadis fera à nouveau bien l'affaire ici :
« Qu'est ce qu'une société autonome ?
J'avais d'abord donné au concept d'autonomie, étendu à la société, le sens de « gestion collective ».
Je suis maintenant amené à lui donner un contenu plus radical, qui n'est plus simplement la gestion collective (l'autogestion) mais l'auto-institution permanente et explicite de la société ; c'est à dire un état où la collectivité sait que ses institutions sont sa propre création et est devenue capable de les regarder comme telles, de les reprendre et de les transformer.
Si on accepte cette idée, elle définit une unité du projet révolutionnaire. »
18:09 Publié dans Qu'est ce que l'Etat ? | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
28/01/2013
Du marxisme analytique
Après avoir lu la critique que Cornelius Castoriadis fait du marxisme, et avoir pris en compte les faiblesses et les limites de ce courant de pensée, je reviens pourtant immédiatement dessus avec le marxisme analytique.
Le marxisme analytique est un courant de la philosophie analytique (d'origine anglo-saxonne), qui se dérive sous d'autres formes que purement philosophiques (et notamment sur le plan de la théorie économique il me semble).
Pourquoi Diable est-ce que je m'intéresse au marxisme analytique ?
Et bien parce que je ne suis plus étudiant en science politique, mais étudiant en philosophie et en histoire, et qui plus est étudiant à Genève. Et il se trouve qu'à Genève (contrairement à Lausanne par exemple) on enseigne la philosophie analytique.
Mais ce qui est très intéressant, c'est que les caractéristiques de la philosophie analytique ne correspondent pas vraiment du tout aux théories habituellement usitées par les penseurs de gauche (pour l'anecdote, le directeur du département de philosophie à Genève est un grand pourfendeur du gauchisme).
Ainsi les caractéristiques du marxisme analytique sont les mêmes que celles de la philosophie analytique (je me base sur Gerald Cohen pour ces trois éléments) :
- validité logique de l'argumentation
- adhésion à la théorie du choix rationnel
- emploi de la théorie des jeux
Et c'est d'ores et déjà très surprenant !
Rendez-vous compte que le carcan logique signifie la négation du matérialisme dialectique (dans le A se trouve le non A qui permet le dépassement de A).
Quant à la théorie du choix rationnel, elle est normalement employé par les libéraux, et elle s'oppose au holisme, et donc au structuralisme, pourtant d'obédience marxienne à l'origine il me semble.
Tout cela implique une nouvelle conception du matérialisme historique et une nouvelle conception de la notion de classe sociale.
C'est donc, avec un intérêt certain que je vais commencer à étudier le marxisme analytique avec un ouvrage de Gerald Cohen. Ce dernier promet une chose au début de son livre : le marxisme analytique a réfuté plusieurs éléments importants du marxisme, toutefois, tout ce qui subsiste est irréfutable.
Et c'est ainsi que les marxistes analyticiens disent avoir poursuivi la tâche de développer un socialisme scientifique. Que quelqu'un ose soutenir cela aujourd'hui est proprement subversif, surtout lorsqu'il le défend sur des bases aussi rigoureuses que la philosophie analytique.
A suivre.
17:04 Publié dans Marxisme analytique | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
« Pourquoi je ne suis pas marxiste » : Castoriadis et le projet d'autonomie
« Qu'est ce qu'une société autonome ?
J'avais d'abord donné au concept d'autonomie, étendu à la société, le sens de « gestion collective ».
Je suis maintenant amené à lui donner un contenu plus radical, qui n'est plus simplement la gestion collective (l'autogestion) mais l'auto-institution permanente et explicite de la société ; c'est à dire un état où la collectivité sait que ses institutions sont sa propre création et est devenue capable de les regarder comme telles, de les reprendre et de les transformer.
Si on accepte cette idée, elle définit une unité du projet révolutionnaire. »
Cornelius Castoriadis, après avoir critiqué dans sa jeunesse (années 40) le stalinisme (pour son totalitarisme), puis démontré les faiblesses du trotkysme (incapable de dépasser le projet d'une économie étatisée bureaucratique et centralement planifiée), finit par abandonner le marxisme (fin des années 60).
Sa critique du marxisme s'articule autour de plusieurs axes, dont deux prépondérants : Marx n'a pas tenu compte du progrès technologique, ni de la lutte des classes dans sa théorie de la valeur.
En résumé, selon Castoriadis, il est impossible de calculer la valeur de la force de travail car celle-ci dépend de la lutte des classes (le rendement du travail dépend entres autres de la résistance du travail à son exploitation).
Cette critique a beau affaiblir la théorie de la valeur (en la rendant non quantifiable), elle ne la vide pas de son contenu conceptuel selon moi : la théorie de la valeur permet en effet toujours d'exprimer clairement le phénomène de l'exploitation capitaliste.
Mais cette critique explique les erreurs de prédiction de Marx en ce qui concerne la paupérisation croissante qu'il prévoyait.
Une deuxième critique de Castoriadis consiste à remettre en question la loi de la composition organique du capital, et une autre à attaquer la théorie de la baisse tendancielle du taux de profit. Sur ces deux points, on notera que les marxistes ont contre-attaqué par la suite (cf. Notamment « Ca-pi-tal » de Ben Fine et Alfredo Saad-Filho).
Enfin, Marx aurait oublié le progrès technologique dans sa théorie de la valeur.
Mais bref, comme dirait Popper, l'économie marxiste est falsifiée selon Castoriadis.
Toutefois, il est très important, et même essentiel, de noter que si Castoriadis renonce au marxisme, il ne renonce nullement au projet socialiste ou au projet révolutionnaire :
« Ce que nous appelons le projet révolutionnaire a été engendré dans et par les luttes des ouvriers, et cela avant Marx (entre 1790 et 1840 en Angleterre et en France). Toutes les idées pertinentes sont formées et formulées pendant cette période : le fait de l'exploitation et de ses conditions, le projet d'une transformation radicale de la société, celui d'un gouvernement par les producteurs et pour les producteurs, la suppression du salariat. »
Le marxisme n'est pas le début du projet socialiste. Le projet socialiste voit le jour en réaction au capitalisme, et il est son possible (et souhaitable) dépassement. Et surtout, le projet socialiste voit le jour de manière spontanée.
Libérer le socialisme du carcan marxiste (ou marxien) est un point nécessaire, à mon sens, à une pensée libre et indépendante, apte à penser et repenser le monde en fonction de son évolution constante.
Ainsi le socialisme peut-il se refonder sur ses fondamentaux : le projet d'autonomie qui agrège en lui-même liberté positive et négative, et implique l'égalité, la solidarité, et la justice, ainsi qu'une forme de démocratie radicale à développer.
« Aujourd'hui, les individus sont conformes au système et le système aux individus. Pour que la société change, il faut un changement radical dans les intérêts et les attitudes des êtres humains. La passion pour les objets de consommation doit être remplacée par la passion pour les affaires communes. »
PS : J'ajoute quelques lignes pour rappeler que je considère quand même que le marxisme offre de bons outils analytiques et de bonnes lunnettes pour comprendre et agir sur le monde. Toutefois, j'affirme que le socialisme se suffit à lui-même. Et c'est pourquoi je me considère comme socialiste, mais non marxiste, bien que j'emploie régulièrement des concepts développés par Marx.
12:36 Publié dans Castoriadis & l'autonomie, Marxisme | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
27/01/2013
Qu'est ce que l’État ? (IV) – Socialisme et étatisme
Pourquoi en vient-on à défendre l'étatisme, c'est à dire l'intervention systématique de l’État pour résoudre tous les problèmes qu'une société rencontre ?
Lorsque j'ai pris conscience de l'incapacité (structurelle) des gouvernements social-libéraux (ou social-démocrates) d'Europe du sud à faire face à la crise de la dette, mon premier réflexe fut d'abandonner le social-libéralisme (auquel j'adhérais alors) et de me tourner vers un étatisme à grande puissance (« L’État peut tout », écrivais-je dans mes premiers écrits).
Cette adhésion à un interventionnisme étatique chevronné fut une sorte de réflexe, qui est non naturel, mais social (ou culturel). J'ai été socialisé de manière à ce que mon premier réflexe en cas d'échec du capitalisme (puisque rappelons-le, en tant que social-libéral je n'étais pas opposé au capitalisme), soit de me tourner automatiquement vers l’État (par ignorance principalement dirais-je).
Le projet étatiste qui vise à réaliser le bonheur sur Terre est-il socialiste ?
Certains l'ont pensé, beaucoup l'ont d'ailleurs pensé dans les années 30 et 40 où le socialisme semblait correspondre pour beaucoup à l'économie planifiée centralisée et étatiste. En effet, le projet étatiste a une finalité logique (lorsqu'il se radicalise) dans la planification et la centralisation de la production et de l'information (bien que les modèles étatistes et planificateurs décentralisés soient sûrement plus performants).
C'est un projet tout entier fondé sur la liberté positive et la notion de bonheur (à la sauce Maslow), car le projet étatiste (tel que je le décris ici) est un étatisme philanthropique (ou un keynésianisme radical selon certains).
C'est un projet qui s'accorde fort bien en réalité avec les concepts de dictature éclairée.
Ceci étant dit, il faut bien noter qu'il n'est pas évident du tout que le projet étatiste philanthropique soit inefficace ou non bénéfique. Au contraire, il est probable que ce projet de société soit efficace et bénéfique. On peut même le décentraliser, et bien sûr il peut prendre une forme démocratique (en outre la démocratie peut être radicalisée).
Mais le projet étatiste philanthropique n'est pas socialiste, car ce qui définit le projet socialiste n'est pas la liberté positive, ni la liberté négative des libéraux, et en réalité l'égalité (ou l'équité) ne sont que des valeurs secondaires du socialisme.
Ce qui définit le socialisme c'est l'autonomie.
Car dans son essence, le socialisme est le projet d'émancipation des exploités et des opprimés en lutte pour leur indépendance et leur autonomie.
Bien entendu, on peut définir la liberté comme identique à l'autonomie, et dans ce cas le projet socialiste devient le projet de la liberté. Et c'est d'ailleurs peut-être fort vrai, car la liberté positive et négative ont moins de valeur que la liberté en tant qu'autonomie (et en outre l'autonomie implique ces deux formes conceptuelles de liberté).
Le socialisme n'équivaut donc pas à l'étatisme philanthropique. Ce dernier n'est que la forme que prend la solidarité ou l'égalité lorsqu'il oublie l'autonomie, ou lorsqu'il tente d'agir uniquement au sein du capitalisme.
A nous de développer le projet socialiste non comme un étatisme philanthropique, mais comme un projet autonomisant, fondé sur l'autogestion, la démocratie radicale, la coopération, l'association, le fédéralisme, et la propriété des travailleurs sur leurs moyens de production.
15:12 Publié dans Qu'est ce que l'Etat ?, Socialisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg
24/01/2013
Rencontre de pré-fondation du Mouvement des Socialistes Anticapitalistes
Alors que la crise systémique du capitalisme s’approfondit, plongeant sans cesse de nouveaux pans de la population européenne dans la pauvreté, et alors que l'échec patent des politiques social-libérales menées par la gauche en Europe du sud s'exprime dans la chute de leur gouvernement et dans leur effondrement électoral, il semble plus que jamais nécessaire que le mouvement socialiste anticapitaliste se renforce et s'unisse pour faire face au défi de dépasser le capitalisme, dans le conflit contre toutes les forces libérales, conservatrices, et réactionnaires.
La crise du capitalisme commence à se faire sentir en Suisse, et ceci nous indique que nous devons organiser nos forces pour renforcer notre capacité de mobilisation et d'action politique. Il est temps pour le PS suisse de se préparer à la crise et d'adapter ses outils analytiques et ses idées.
Pour ce faire, un groupe de militants issus de la Jeunesse Socialiste Genevoise et de la Jeunesse Socialiste Vaudoise se rencontrera le samedi 9 février à Genève pour lancer les bases du mouvement, avant sa fondation.
A moyen terme, nous visons à unir la Jeunesse Socialiste Suisse et l'aile gauche du Parti Socialiste Suisse afin de structurer et d'organiser notre tendance socialiste anticapitaliste au sein du parti.
Nous cherchons donc à unir dans notre mouvement les différentes composantes de l'aile gauche du parti: la Plate-forme des travailleurs socialistes, Pages de gauche, l’Étincelle (der Funke), et le Cercle d'Olten.
Sur le long terme, nous espérons convaincre l'ensemble de nos camarades de se joindre à nos idées.
Par « socialistes anticapitalistes », nous affirmons être favorables :
- au dépassement du capitalisme par le socialisme démocratique
- à la propriété des travailleurs sur leurs moyens de production
- à l'autogestion des travailleurs
Les buts généraux du mouvement sont de :
- renforcer et développer la tendance socialiste anticapitaliste au sein du PS
- s'assurer que le PS soit bien sur la voie du socialisme
- éviter toute droitisation ou centrisation du PS
- oeuvrer pour l'union de l'ensemble des forces de gauche anticapitalistes sur le long terme
Par un curieux mais heureux hasard, il se trouve qu'en Suisse alémanique la même démarche a aussi été lancée, et 5 sections (30 à 50 militants) de la JS suisse y participent déjà.
Après avoir développé le mouvement en Suisse romande, nous devrions donc joindre nos mouvements avec nos camarades suisses-allemands.
Pour toute demande d'information, écrivez-moi.
18:10 Publié dans Mouvement des Socialistes Anticapitalistes | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note |
|
Facebook |
Imprimer | | |
| |
| Adrien Faure |
del.icio.us |
Digg





